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mercredi, 23 novembre 2016

L’INCROYABLE RETOURNEMENT: QUAND LE PROCES DE LAURENT GBAGBO SE TRANSFORME EN PROCES DE LA CPI

 

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L’hommage du quotidien français Médiapart au Président Laurent Gbagbo:

Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux

 

 
Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Korhogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité.

Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier.

Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journalistes d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien.

Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur.

Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d'état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait.

Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain – l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien – a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo.

En décembre 2012, enfin, un socialiste – François Loncle – révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français.

Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté.

Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison ?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité.

Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo – œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices.

Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose.

Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique […] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis la ministre a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI.

Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer.

Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre la partialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger.

Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français – en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Bourgi – et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple.

Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait pour soutenir le combat de l'homme que l'on admire aujourd'hui ?

 

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).

 

Source: MEDIAPART

vendredi, 18 novembre 2016

OU EST L'OR DE LA BCEAO ? L'INCROYABLE ET IMPENSABLE HISTOIRE DU «METAL ETERNEL» DES AFRICAINS DE LA ZONE CFA

 

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« Il n’y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d’hommes pour tirer du fond de la terre l’or et l’argent ; ces métaux d’eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont des richesses que parce qu’on les a choisis pour en être les signes. »

Montesquieu

 

Au 31 décembre 2015, le volume du stock d’or détenu par la BCEAO est de 1 174 234,76 onces, soit environ 36,5 tonnes. Avec un cours de l’once d’or à 664 330 de FCFA, la contrevaleur de ces actifs est de 780 milliards de FCFA. Seul 10 % des avoirs en or de la BCEAO est détenu sur le territoire de  l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’essentiel (90 %) est en dépôt dans les coffres de la Banque de France pour une valeur estimée à 700 milliards de FCFA à fin décembre 2015.


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D’après les états financiers 2015 de l’institution communautaire, « les avoirs en or sont comptabilisés, au bilan, au cours du jour de la transaction, sur la base de leur poids. Le stock d’or détenu est évalué sur la base de la moyenne trimestrielle du fixing journalier le plus bas de l’once d’or à la Bourse de Londres, convertie en FCFA au cours indicatif du dollar US du dernier jour du trimestre. »

Hormis le rachat effectué par la Banque Centrale auprès des États membres de l’UEMOA et de la Mauritanie du stock d’or monétaire de l’ex-AOF (38,7 kg), aucune transaction d’or n’a été enregistrée depuis plusieurs années. La variation du montant du stock d’or s’explique par l’appréciation et la dépréciation du cours moyen de l’once d’or sur la période revue.


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D’après le site AcheterOr.org, les réserves d’orofficielles’ détenues par les banques centrales et publiées par le Conseil Mondial de l’Or (World Gold Council, WGC) sont exactement de 32 702 tonnes au 1er janvier 2016 ![1] » Selon les données d’août 2016 de International Financial Statistic[2], les plus gros détenteurs d’or dans le monde bancaire sont : les Etats-Unis (1er, 8 133 tonnes), l’Allemagne (2e, 3 378 tonnes), le Fond Monétaire International (3e, 2 814 tonnes), l’Italie (4e, 2 451 tonnes), la France (5e, 2 435 tonnes), la Chine (6e, 1 823 tonnes), la Russie (7e, 1 499 tonnes) et la Suisse (8e, 1 040 tonnes). Ils représentent 78,6 % des réserves d’or mondiales détenues par les banques centrales. Dans ce classement, les pays africains les mieux placés sont : l’Algérie (25e, 173 tonnes), l’Afrique du Sud (29e, 125 tonnes), la Libye (31e, 116 tonnes), l’Egypte (41e, 75 tonnes), Maroc (59e, 22 tonnes). L’UMOA (huit pays réunis), avec 36,5 tonnes d’or, est classée à la 50e place mondiale.

Selon la Banque de France, « l’or représente un peu plus de 70 % de ses réserves de change, le reste est constitué de devises étrangères (dollar, yen, …). Ces réserves sont utilisées pour les interventions sur le marché des changes. L’or constitue aussi une réserve ultime en cas de circonstances exceptionnelles. A ce jour, la Banque de France possède 2 435 tonnes d’or [100 tonnes de pièces et 2 335 tonnes de lingots d’une valeur d’à peu près 110 milliards d’euros], soit près d’une année de production mondiale. La valeur de ces réserves représentait 96,1 milliards au 31 janvier 2013. L’or est principalement conservé sous forme de barres d’or presque pur (99,5 % minimum) au standard international de 12,4 kilos et d’une longueur de 26,5 cm. La Banque de France est le 4e détenteur d’or mondial derrière les banques centrales des États-Unis, d’Allemagne et d’Italie.[3] »

La totalité du stock d’or de la France est détenue sur le territoire national, au siège de la Banque de France, « dans le premier arrondissement de Paris[4] », plus précisément dans la « Souterraine »[5], selon le site officiel de la Banque de France[6]. En 2013, les autorités allemandes ont décidé de rapatrier toutes leurs réserves d’or stockées jusqu’alors en France. « Cela représente une valeur de 16 milliards d’euros, soit 374 tonnes ou 11 % du total des réserves allemandes d’or qui vont traverser le Rhin d’ici 2020, a communiqué la Bundesbank.[7] »

Interrogé sur les raisons de la détention de cet important stock d’or, le directeur général honoraire de la Banque de France, Didier Bruneel, s’explique : « Comme pour beaucoup d’autres pays, cela tient à la survivance d’un passé. Celui où se pratiquait l’étalon-or, où l’or était la monnaie internationale. Même si certains pays se sont débarrassés de leur or ou le vendent encore, parce qu’ils n’en voient pas l’utilité, d’autres pays cherchent à augmenter leur stock d’or ou, comme nous-mêmes, souhaitent le conserver. L’or reste en effet le seul moyen de paiement que tout le monde acceptera quoi qu’il arrive.[8] »

C’est tout de même curieux que toutes les banques centrales du monde puissent aimer l’or, ce “métal éternel”, et que sous nos tropiques, l’institut d’émission puisse presque s’en passer et même s’en lasser. D’abord, en ne conservant qu’une partie très modeste (0,1 %) des réserves mondiales d’or des banques centrales. Ensuite, que ce quantum puisse être pratiquement stable durant des décennies, alors que plusieurs Etats membres de l’UMOA sont des gros producteurs d’or. Ceux-ci ont produit 104,2 tonnes d’or (Mali 46,5 T, Burkina Faso 36,4 T, Côte d’Ivoire 20,1 T, Niger 1,2 T) en 2015 pour une valeur totale de 2 615 milliards de FCFA. Enfin, plus surprenant, de confier la garde de la presque totalité (90 %) des avoirs en or de l’UEMOA à la France.

Pourquoi stocker de l’or si les réserves de change assurent une couverture plus que correcte de l’émission monétaire (81% à fin 2015 contre 20 % requis) ? Pourquoi garder 90 % du stock d’or de la BCEAO en France ? Pourquoi ne pas utiliser (et non vendre) tout ou partie de ces avoirs en or pour lever des fonds nécessaires au financement de l’économie des pays de l’UEMOA qui en sont les vrais propriétaires ?

L’histoire révèle bien souvent des curiosités. Combien de gens savent que la France, apeurée et tétanisée par l’envahisseur allemand, est venue en grande pompe et à toute pompe, confier à l’Afrique subsaharienne, à une ville modeste de l’ex-Soudan (actuel Mali), la garde de 1 100 tonnes d’or, presque la moitié de son stock d’or, et environ 10 % des réserves d’or des banques centrales du monde à l’époque et, aujourd’hui, près de 10 ans la production aurifère agrégée des huit pays de l’UEMOA ? Ironie du sort : 76 ans après avoir hébergé et sécurisé la moitié du stock d’or de la France [soit l’équivalent de 22 ans de production d’or au Mali ou 30 fois le niveau actuel des réserves d’or des huit pays de l’UMOA réunis], cette ville malienne (…) n’abrite même pas une agence auxiliaire de de la banque centrale ?

Le 26 août 1944 quand le général de Gaulle descendait, fièrement et triomphalement, l’avenue des Champs-Élysées, les caves de la « Souterraine » à la Banque de France étaient désespérément vides. La France était libre mais elle était essorée par quatre ans de conflit meurtrier (541 000 morts dont 330 000 pertes civiles), avec des dégâts matériels et financiers estimés à plusieurs centaines de milliards de francs. Selon les historiens, plus d’un million de ménages français (sur 12,5 millions) étaient sans abri, des villes entières avaient été rasées (dont Brest le port d’embarquement de l’or en direction du continent africain). C’est dire combien la situation économique et financière du pays était difficile, presque désespérée.

Qu’aurait été la France, sa reconstruction post-guerre et pré-plan Marshall (intervenu 3 longues années après la fin des hostilités), sans la disponibilité de ces 1 100 tonnes d’or ? Que serait devenu, aujourd’hui, le système bancaire français sans l’aide inestimable des « indigènes » africains, ces valeureux et téméraires « tirailleurs sénégalais », extrêmement « attachés à la consigne », pour protéger et sécuriser le patrimoine aurifère du peuple français si convoité par l’Allemagne nazie ?

Pour le directeur général honoraire de la Banque de France, Didier Bruneel, conseiller auprès du gouverneur de cette institution pour les questions historiques, l’or rapatrié a été vital pour l’économie française. Il a été utilisé pour la reconstruction du pays, et a servi à la soudure jusqu’à la mise en place en 1948 du plan Marshall.

Comment comprendre, aujourd’hui, que les dirigeants de l’UMOA puissent faire le chemin inverse en confiant la garde de leurs réserves d’or à la France ? Sommes-nous, à notre tour, sous la menace d’une « armée d’occupation » ?

La suite de ces réflexions, les pistes de solution et ainsi que l’extraordinaire odyssée de l’or français en Afrique sont à découvrir et à lire dans l’ouvrage « Construire l’émergence, Un pari pour l’avenir : 12 axes d’action, 100 propositions pour booster le financement de l’économie », Edition BoD, 736 pages.

 

Cheickna Bounajim Cissé

 

(1) [1] Réserves d’or au niveau mondial en 2016: le grand secret ! En ligne : acheteror.org/reserves-or-niveau-mondial-2016/

[2] www.gold.fr/informations-sur-l-or/guides/reserves-dor-des-banques-centrales

[3] www.banque-france.fr/la-banque-de-france/histoire/1940-lor-de-la-france-a-disparu.html

[4] Les Echos, La France reste l’un des coffres-forts de l’or mondial, 16 janvier 2013, en ligne : www.lesechos.fr/16/01/2013/lesechos.fr/0202504131056_la-france-reste-l-un-des-coffres-forts-de-l-or-mondial.htm

[5] La « Souterraine » est le plus grand coffre au monde à environ 20 mètres sous l’hôtel de Toulouse, dans le Ier arrondissement, en plein cœur de Paris. Une salle « archi-sécurisée » de 11 000 mètres carrés, une fois et demi la superficie d’un terrain de football, située au huitième sous-sol de la Banque de France, ce qui lui vaut le surnom de « la Souterraine ». Ce bunker a été construit entre 1924 et 1927 par 1 200 ouvriers. Il abrite 658 colonnes, derrière lesquelles se trouvent les chambres fortes et les armoires métalliques. Aux États-Unis, depuis 1937, une partie de l’or du Trésor américain est stockée dans le très célèbre camp militaire de Fort Knox, qui a la réputation d’être imprenable. Le métal précieux est entreposé dans une chambre forte en acier et béton située sous l’édifice, fermée par une porte de 20 tonnes. Cette pièce souterraine est bâtie sur le roc et possède des murs de 61 cm d’épaisseur. Ayant contenu jusqu’à 20 205 tonnes d’or pendant la Seconde Guerre mondiale, le dépôt est désormais de moindre importance. Plus de la moitié de l’or américain est en effet conservé dans les sous-sols ultrasécurisés de la Réserve fédérale de New York (en ligne : http://www.lefigaro.fr/societes/2012/08/17/20005-20120817ARTFIG00409-l-immense-tresor-cache-des-banques-centrales.php)

[6] www.banque-france.fr/la-banque-de-france/histoire/1940-lor-de-la-france-a-disparu.html

[7] Les Echos, op. cit.

[8] www.tresordupatrimoine.fr/content/101-interview-didier-bruneel

 

Source: FINANCIAL AFRIK

vendredi, 13 mai 2016

JEAN-CLAUDE DJEREKE: «LA COTE D'IVOIRE EST GOUVERNEE PAR DES MONSTRES»

 

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"Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même", disait Nietzsche dans l’aphorisme 146 de “Par-delà Bien et Mal”. Et, pour le philosophe allemand, le monstre est celui qui est habité par le désir de vengeance, celui qui finit par faire lui-même ce qu’il reproche aux autres .

Ainsi en est-il des femmes de “La Colonie” qui, à la fin, reproduisent les comportements qu’elles condamnaient chez les hommes. Pourtant, au départ, ces femmes exilées avec des hommes sur une île portaient un beau et noble projet: former une nouvelle société, c’est-à-dire créer une communauté débarrassée de l’injustice et de l’oppression.

Malheureusement, ce projet ne verra pas le jour car les femmes, en voulant s’émanciper de la domination des hommes, vont confisquer peu à peu tous les pouvoirs et mettre en place un système de pouvoir oppressif semblable à celui qui les fit souffrir des années durant .

Pierre de Marivaux, autant que Nietzsche, veut attirer ici notre attention sur le fait que l’ennemi ou le démon n’est pas uniquement hors de nous et que celui qui combat les monstres court le risque d’en devenir un lui-même.

Dramane Ouattara et ses suiveurs ont dénoncé l’ivoirité; ils ont fait croire que les Nordistes étaient traités comme des Ivoiriens de seconde zone et exclus des responsabilités et fonctions de l’État mais, depuis avril 2011, qui dirige l’ENA, l’ENS, les Ports d’Abidjan et de San-Pedro, la Poste, la Douane, les Impôts, l’Université de Cocody, la RTI, l’État-major des armées, la Sicogi, la Sotra, etc.?

Ils ont poussé des cris d’orfraie quand Bédié emprisonna la direction du RDR; ils ont crié à la persécution mais qui garde, depuis 5 ans, des centaines d’Ivoiriens à la Maca, dans les prisons infectes de Bouaké, Dabou, Dimbokro, Bouna et d’ailleurs? Qui maintient en exil des milliers d’Ivoiriens?

Ils ont dit que la place des enfants n’était pas dans les plantations de café et de cacao mais les enfants, dont certains arriveraient régulièrement du Burkina Faso, ont-ils arrêté de travailler dans ces plantations? Quelles mesures sont prises à l’encontre de ceux qui enlèvent et tuent froidement les enfants avant d’emporter leurs organes?

Ils ont parlé d’escadrons de la mort quand furent assassinés Camara Yêrêfê dit “H”, Émile Téhé et Benoît Dacoury-Tabley; ils ont fustigé les enquêtes sur les assassinats qui n’aboutissent pas. Maintenant qu’ils sont aux affaires, leurs compétents enquêteurs ont-ils déjà retrouvé les tueurs de Guy-André Kieffer, Philippe Rémond, Yves Lambelin, Stéphane Frantz Di Rippel et leurs collaborateurs?

Ils ont accusé Laurent Gbagbo du charnier de Yopougon mais qui sont les auteurs des massacres de Nahibly, de petit Duékoué, Guitrozon, Carrefour Duékoué, Adébem? Lesdits auteurs ont-ils été arrêtés et sanctionnés?

Ils aimaient ironiser sur les Refondateurs qui s’en mettaient plein les poches, faisaient la bamboula et cadeautaient leurs copines. Mais, sous leur règne, la Côte d’Ivoire en a-t-elle fini avec le détournement et le gaspillage des deniers publics, l’entretien des maîtresses et l’ouverture de comptes bancaires à l’extérieur?

Opposants, ils estimaient que personne ne songerait à aller se soigner à l’étranger si les hôpitaux et dispensaires du pays étaient mieux équipés et les médecins bien payés mais où vont-ils quand eux et leurs proches sont malades?

Quiconque ne se distingue pas de ceux qu’il critiquait hier est un monstre. Comment les monstres sont-ils perçus? Voici la réponse de Thabo Mbeki: “Alassane Ouattara est un homme qui n’a ni foi en l’honneur ni parole d’honneur. Je serai toujours surpris de la distance qu’il est prêt à parcourir dans le seul but de contenter ceux qu’il y a seulement 50 ans mettaient son peuple dans les chaînes de l’oppression. Je me sens un peu responsable de la situation ivoirienne dans la mesure où c’est moi qui ai persuadé le Président Gbagbo de permettre à Ouattara d’être candidat. Je n’ai pas assez de mots pour vous dire le dégoût que m’inspire cet homme.”

En 1957, l’Américain Léon Festinger (1919-1989), professeur en psychologie sociale à l’Université Stanford, élaborait la théorie de la “dissonance cognitive”. Selon cette théorie, lorsque les circonstances amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances ou convictions, cette personne éprouvera un état de tension inconfortable appelé dissonance.

En 2010, Ouattara avait promis de faire tomber une pluie de milliards sur les villes où il était en campagne, de ne passer que 5 ans à la tête de notre pays et de le remettre debout pendant ces cinq années, de construire 5 universités en 5 ans. Aucune de ces promesses n’a été réalisée, pas plus que n’a été appliqué le “vivre-ensemble”, le slogan cher au RDR et signifiant en fait: “vivre chez les autres sans eux”.

Au contraire, la situation socio-économique du pays s’est empirée avec l’augmentation de la dette publique, la cherté de la vie, la hausse du prix de l’électricité, la réduction du pouvoir d’achat en ville comme à la campagne, l’expropriation des Ivoiriens par des étrangers (Français, Libanais, Marocains), etc.

Bref, Ouattara et les siens sont atteints de dissonance cognitive. Ils se rendent compte qu’il y a un abîme entre ce qu’ils ont dit et promis et les actes posés par eux depuis 2011. Cela ne peut que les plonger dans un état de tension inconfortable. Comment Ouattara essaie-t-il de surmonter cette tension? En menaçant de prison ou de mort tout Ivoirien qui tente de lui faire prendre conscience de son incohérence et de son imposture, en multipliant les voyages hors du pays, en voulant distraire et endormir le peuple avec les jeux et la danse.

Mais pendant combien de temps règnera-t-il par la terreur et les menaces? Est-il certain que sa fuite en avant durera éternellement si les Ivoiriens prennent conscience que “finalement mieux vaut se battre qu’avoir peur” (Gandhi)? Quand un peuple est progressivement dépouillé et piétiné, quand il court le risque de devenir étranger sur ses propres terres, il n’a plus d’autre choix que de livrer bataille.

Si nous refusons cette bataille, alors nous donnerons raison à Étienne de la Boétie quand il déclare: “"Ce sont les peuples qui se laissent, ou plutôt se font garrotter, puisqu’en refusant seulement de servir, ils briseraient leurs liens. C’est le peuple qui s’assujettit et se coupe la gorge: qui, pouvant choisir d’être sujet ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug, qui consent, qui consent à son mal ou plutôt le pourchasse. ”

On n’en est pas encore là et les Ivoiriens peuvent à tout moment montrer de quoi ils sont capables quand ils sont mécontents. Si on se réfère, par exemple, aux événements d’octobre 1958 (expulsion des Dahoméens et Togolais accusés de recruter dans l’administration ivoirienne leurs compatriotes au détriment des Ivoiriens) et de novembre 1993 (riposte à la bastonnade des supporteurs de l’Asec Mimosas d’Abidjan par ceux de l’Ashante Kotoko de Kumasi), on s’aperçoit que, poussés à bout, ils sont capables de se faire entendre et respecter.

Cela fait 5 ans que Ouattara est en train de se venger d’eux en les terrorisant, en les divisant et en pillant leurs biens, alors qu’il avait laissé entendre qu’il travaillerait pour tous et que la réconciliation se ferait comme en Afrique du Sud après le démantèlement de l’Apartheid.

Pire encore, il travaillerait pour qu’une nouvelle Constitution remplace celle d’août 2000. 5 ans, ce n’est pas rien mais un peuple debout et déterminé a besoin de quelques jours pour tourner la page de 26 ans de souffrances et d’humiliations.

 

Une contribution de Jean-Claude Djéréké.

 

Source: IVOIREBUSINESS.NET

mercredi, 24 février 2016

UN OFFICIER DE L'ARMEE IVOIRIENNE DENONCE LE GENERAL PHILIPPE MANGOU

 

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Témoignage exclusif d'un haut gradé des Frci.

Après avoir trahi son "père d'armes" Mathias Doué, lui aussi général félon, et pris sa place en Novembre 2004 à la tête de l'état major des armées ivoiriennes, Philippe Mangou, car c'est de lui qu'il s'agit, trahi celui qu'il appela un moment son "père politique" Laurent GBAGBO en 2011, en jouant les agents doubles, causant ainsi la mort de personnes et le pillage de biens dont il avait en charge la sécurité.

Aujourd'hui, pour respecter le jamais 2 sans 3, c'est son "père adoptif" le pasteur Ebrié et tous les Atchans qui l'ont adopté, que Philippe est entrain de trahir en allant témoigner contre Laurent GBAGBO, qui est un digne fils de la Côte d'Ivoire, pays qui lui a pourtant tout donné. Bien que j'ai moi-même été adversaire interne de Laurent GBAGBO dans l'armée, je n'accepte pas cette situation. Ne pouvant malheureusement pas aller témoigner à la Cpi, les faits que je rapporte ici peuvent donc être de moindre importance dans le dossier juridique de GBAGBO, Mais au moins, l'opinion aura une preuve supplémentaire que c'est un innocent qui est entrain d'être jugé et cela sur la base de mensonges et de multiples trahisons.

Comment en sommes-nous arrivé là ?

Je suis originaire du nord de la Côte d'Ivoire et actuellement un gradé dans les FRCI, je connais Philippe depuis très belle lurette, et on a longtemps été proches. Pour conserver mon anonymat, je ne donnerai ni mon grade, encore moins mon nom exact, mais appelez moi commandant "TCHIAN" . 2010, Philippe, à l'instar de plusieurs autres chefs des FDS (Forces de Défense et de Sécurité) est promu à un grade supérieur de l'armée ivoirienne, il est fait général de corps d'armée par le président Laurent GBAGBO pour avoir les coudées franches afin de mieux défendre la Côte d’Ivoire longtemps agressée.

Occupé ailleurs à gérer l'aspect politique, économique et diplomatique de la crise, Laurent GBAGBO a toujours laissé la latitude à Philippe de gérer l'armée, non sans poser des balises en rapport avec le respect des droits de l'homme, de la liberté individuelle et collective et de l'exercice libre des activités démocratiques. Tout s'est relativement bien passé car nous savons tous que quand Laurent GBAGBO te fait confiance, il ne te gêne pas dans ton fonctionnement et tes choix.

Avec Philippe en tête, nous avons donc fait la pluie et le beau temps dans les FDS. Nous étions bien traités, même les chefs rebelles étaient constamment soutenus par le président Laurent GBAGBO qui se souciait vraiment de nous tous et de nos familles respectives, car disait-il "pour parvenir à la paix, aucun sacrifice n’est trop grand". Laurent GBAGBO est vraiment un Grand Homme, bien que l'ayant combattu, je le respecte.

Je faisais parti du groupe des agents du Rdr qui étaient encore dans les FDS pendant la rébellion armée, à cause de ma position dans les FDS, j'avais accès à beaucoup d'informations sensibles et nous étions en contact permanent avec l'ex rébellion armée du MPCI. Notre mission était de faciliter le renversement de Laurent GBAGBO en achetant tous les chefs militaires autour de lui. Ce n'était pas trop difficile car autour de Laurent GBAGBO, il y avait certes des gens de valeurs et de dignité, mais ils n'étaient pas les plus nombreux, il y avait surtout beaucoup de cupides, de vantards et de personnes qui jouaient le double jeu. Autour de Laurent GBAGBO, le peuple était franc, mais plusieurs responsables étaient faux et cela nous a facilité la tâche. Nous avions donc, sans grande peine, réussi à convaincre Kassaraté en premier et plus tard Philippe, Brédou ayant toujours été avec nous.

Nous en étions là, lorsqu'après les résultats contestées du second tour de l'élection présidentielle, les attaques contre Laurent GBAGBO furent lancées avec le commando invisible et la marche armée sur la RTI et la primature. A cette occasion, Brédou et Kassaraté étaient réglo et coordonnaient tout avec la rébellion des forces nouvelles qui avait été transformée en FRCI par le président Alassane Ouattara. Philippe quant à lui, était beaucoup calculateur, certes il donnait des informations précises qui faisaient avancer l'opération contre GBAGBO, mais il en retenait d'autres qui étaient dévastatrices pour notre camp. Il avait été plusieurs fois rappelé à l'ordre par Soro Guillaume, le président Alassane et même par le président Bédié (qui est son véritable mentor politique, Philippe étant très proche du PDCI). Mais il continuait de jouer les équilibristes malgré les fortes sommes d'argent qui lui étaient constamment versées. C'est alors qu'un sérieux avertissement lui fut adressé par l'attaque sanglante de son domicile située à Yopougon-Andokoi, le Lundi 14 Mars 2011 aux alentours de 3h du matin. Le bilan fut lourd, environs 15 morts, des militaires commis à sa garde et quelques civiles. Après cet épisode, Philippe très effrayé, tenta de rentrer en contact avec les présidents Alassane et Bédié qui refusèrent de le prendre au téléphone tant qu’il n'aurait pas posé un acte fort pour leur montrer sa bonne foi. Cest donc à Soro qu'il revint la tâche de mettre Philippe à l'épreuve en lui demandant d'aller exiger de face la démission de Laurent GBAGBO. Ce que Philippe accepta, il alla donc accomplir cette mission, mais en demandant au président GBAGBO d'accepter l'organisation d'un auto-coup d'état pour donner le pouvoir aux militaires (donc à lui) qui allaient nettoyer le pays et remettre peut après le pouvoir à GBAGBO, ce que le président refusa, sans doute avait-il la vraie information, je le pense, car effectivement Philippe agissait pour le compte du président Alassane. Encore apeuré après cet épisode et se sentant découvert par GBAGBO, Philippe s'enfuit pour se réfugier à l'ambassade d'Afrique du Sud.

Disons que, bien que peu nombreux sur le terrain, les FDS qui combattaient pour Laurent GBAGBO étaient plus forts et plus techniques que toutes les forces rebelles et internationales réunies, et n'eût été l'aviation militaire des français et de l'ONUCI et l'absence de volonté réelle de GBAGBO de maintenir le peuple dans cette autre guerre qu'on venait de lui imposer, il ne serait peut-être jamais vaincu.

Philippe à l'ambassade, donc hors jeu de la tête de l'armée ivoirienne, cela n'arrangeait pas nos plans, car les Dogbo Blé, Konan Boniface, Séka Séka, Abéhi Jean-Noel, etc, auraient eu le commandement direct et cela aurait été bien plus grave pour nous, car c'étaient des combattants aguerris, fidèles et loyaux. Les français tenaient donc coûte que coûte à ce que Philippe sorte de là et reprenne sa place à la tête des FDS. Plusieurs actions furent initiées pour atteindre cet objectif stratégique. Comme les choses semblaient incertaines, le président Bédié conseilla de mettre dans la balance 2 secrets de Philippe. Aussitôt dit, Bédié informe Alassane que Philippe n'est pas ivoirien d'origine, il est Nigérian, et précisément biafrais. Il fait partie de ces populations du Biafra qui se sont réfugiées en Côte d’Ivoire lors de la guerre de sécession qui déchira le Nigeria vers la fin des années 60 et qui était soutenu par feu le président Houphouët-Boigny. Arrivé en Côte d’Ivoire, Philippe fut adopté par le pasteur Mangou qu'il présente aujourd'hui comme son père biologique, mais qui est en fait son père adoptif. C'est pourquoi à aucun moment dans mon témoignage je n'ai mis le Nom Mangou sur le prénom Philippe, car il est indigne de ce monsieur. Lorsque le président Ouattara eu connaissance de ce secret, il réussi le même jour, par on ne sait quelle stratagème, à avoir des documents de preuves de l'origine biafraise de Philippe, sans doute avec l'aide du président Goodluck Jonathan. Toujours est-il que Ouattara appela Philippe pour l'informer de cette nouvelle et des documents qu'il détenait en disant à ce dernier que tous deux avaient désormais le même destin et qu’il fallait que Philippe accomplisse sa mission jusqu'au bout. Après cela, le président Alassane remit aux français ces documents et plusieurs numéros de comptes bancaires où Philippe gardait son argent issue de la corruption et des trafics multiples. Ceux-ci firent le reste et nous revîmes Philippe ressortir rapidement de l'ambassade. Sans doute que GBAGBO mena ses proches démarches pour ramener Philippe, mais voila ce qui fit effectivement ressortir Philippe de l'ambassade, c'est pourquoi, revenu à son poste, Philippe continua l'action de sape et de déconfiture des FDS. C’est tout cela qui entraîna la chute de Laurent GBAGBO.

Aujourd'hui, c'est cet homme qui va témoigner contre Laurent GBAGBO à la Haye, alors que ce monsieur est innocent. Il faut le dire tout net, c'est vrai que nous avons combattu Laurent GBAGBO, mais nous n’avons pas accepté qu'il soit déporté en prison loin de son pays, n'ayant pas encore digéré cette déportation voila que nous apprenons que Philippe va aller témoigner contre lui après l'avoir trahi. Je suis très peiné, je refuse cela, c’est pourquoi j'ai décidé de parler et d'informer l'opinion et ce n’est que début.

Que Allah sauve Laurent GBAGBO.

 

Commandant TCHIAN

 

Source: AFRIKA NEWS

mardi, 16 février 2016

LA MAIN DE LA FRANCE DANS LA CHUTE DE LAURENT GBAGBO - LES AVEUX DE FATOU BENSOUDA SUR L'INNOCENCE DE GBAGBO

 

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La CPI s’est discréditée lorsque les pays comme la France, craignant la perte de leur emprise sur les économies de l'Afrique de l'Ouest, la manipulent.

Je me suis récemment retrouvée assise dans un café en plein air à Kigali, dans la capitale du Rwanda, sirotant du vin sud-africain en ressassant les problèmes du continent. Mon compagnon de déjeuner est un haut fonctionnaire de la MONUSCO, la force de l'ONU pour le maintien de la paix dans l'Est de la RDC. Il a passé la plus grande partie de sa carrière en mission de maintien de la paix en Afrique centrale. Après avoir combattu le viol quotidien des femmes dans le Kivus pendant des années et ayant réalisé l'incapacité de l'ONU à mettre fin à ce fléau, mon collègue de l'ONU s'est donné la mission de faire en sorte que les auteurs de violations des droits de l'Homme sur le continent répondent de leurs crimes.

Mais nous savions tous les deux que dans quelques jours le Sommet de l'UA rallierait ses Etats membres à prendre des mesures concrètes pour se retirer de la Cour Pénale Internationale (CPI). C'est ce qui s'est exactement passé le 30 Janvier par la voix du président kényan Uhuru Kenyatta, lui-même visé par la CPI, qui engagea la bataille. Bien que mon collègue de l'ONU et moi déplorons le contournement de la justice par la CPI, nous restons convaincus du fait que cette institution ayant ainsi perdu sa crédibilité, les Africains n'ont plus foi en sa capacité de rendre justice de façon impartiale.

Il ne s'agit pas seulement de ce que seuls les Africains sont ciblés par cette institution, mais aussi du fait que les grandes puissances, la France en particulier, ont sérieusement réussi à manipuler la CPI et à l'utiliser pour leurs propres intérêts stratégiques sur le continent.

L'ouverture à la Haye du procès de l'ancien président Ivoirien, Laurent Gbagbo, le mois dernier, après cinq ans d'incarcération, a mis à nu cette manipulation de la CPI par la France. Mon collègue de l'ONU et moi avons discuté de toute la manigance que la France avait mise en place dans le but de neutraliser Gbagbo qui est pourtant venu au pouvoir par des élections démocratiques en 2000, mais qui a cherché à réduire le contrôle de la France sur son ancienne colonie. Gbagbo est ainsi devenu la plus grande menace pour la domination de la France, non seulement sur la Côte-d'Ivoire, mais sur toute la région, étant donné que sa lutte pour le déliement de l'emprise des sociétés françaises sur l'économie de son pays pourrait faire tâche d'huile dans toute la sous région ouest africaine.

La France aurait planifié cinq coups contre Gbagbo qui ont tous échoué. Elle a finalement procédé par le bombardement de sa résidence présidentielle en utilisant les forces spéciales françaises qui ont par la suite capturé le président, sa femme et son fils pour les remettre à «leur homme», Alassane Ouattara; soutenu par les rebelles qui sont formés et armés par la France. L'ancien président français Nicolas Sarkozy aurait fait pression pour que Gbagbo soit transféré à La Haye en 2011. Pendant cinq ans, les procureurs de la CPI enquêtent sur les accusations portées contre lui. Certains éléments de preuve retenus contre lui par l'accusation dans les audiences préliminaires ont été prouvés fabriqués donc irrecevables. Une des vidéos diffusées et tenues comme preuves des massacres perpétrés par ses partisans serait en réalité une scène filmée d'un homme brûlé vif au Kenya. Mon compagnon de déjeuner m'a informée qu'il n'est de secret pour personne que George Soros, un important bailleur de fonds de la CPI, est un ami proche de Ouattara et que la France a financé en grande partie les enquêtes de la CPI contre Gbagbo.

Un candidat à la présidence de la République centrafricaine, Pascal Bida Koyagbele, m'a dit qu'il avait rencontré le procureur en chef de la CPI, Fatou Bensouda en octobre de l'année dernière lors d'un dîner de remise de prix aux Pays-Bas, cérémonie au cours de laquelle Pascal Bida lui-même recevait le prix de leadership africain. A cette occasion donc, M. Koyagbele a demandé à Fatou Bensouda son avis sur le cas Gbagbo. Selon Koyagblele toujours, elle a donné la réponse suivante :

"Il n'y a rien de sérieux contre Gbagbo, c'est juste une pression politique venant de la France et je ne peux rien faire."
Koyagbele soutient que Bensouda avait sollicité le soutien de la France pour sa nomination comme procureure en chef de la CPI.

La raison de la nécessité pour la France de neutraliser la force politique qu'est Gbagbo est qu'il était déterminé à défaire l'emprise de la France sur la banque, l'assurance, le transport, le commerce de cacao et sur la politique de l'énergie en Côte-d'Ivoire. Durant le court laps de temps de son régime, il avait invité des entreprises d'autres pays à participer aux appels d'offres pour les projets du gouvernement. Gbagbo était dépassé par les coûts très élevés des projets exécutés par les entreprises françaises. Par exemple, pour la construction d'un pont, les français demandaient 200 milliards de francs Cfa. Gbagbo s'est donc détourné des Français au profit des chinois qui ne demandaient que 60 milliards de francs Cfa et ceci en 2002.

Plus important encore, jusqu'à ce jour, la France maintient son pacte colonial avec ses anciennes colonies. Selon les termes de ce pacte, le Trésor français a le contrôle de leur monnaie, des réserves de capitaux et des politiques commerciales et d'investissement. Selon l'accord entre la France et ses anciennes colonies sur la création du franc CFA, les banques centrales de ses anciennes colonies sont obligées de garder 80 pour cent de leurs réserves de change dans un compte d'opérations tenue au trésor français. Cela a rendu impossible pour ces pays africains la mise en place de leurs propres politiques monétaires.

Le défi que Gbagbo a opposé à cette situation d'esclavage a été en fait le plus grand défi qu'a connu la domination française dans cette région depuis la période post-coloniale. Son incarcération à La Haye est donc une solution de dernier recours, quand tous les autres moyens pour le neutraliser ont échoué.

Telle est la mission assignée à la CPI dans la dispensation de la justice en ce qui concerne le cas Gbagbo.

 

Par Shannon Ebrahim, le 12 Février 2016.
(Soucre: The Star)

 

Une traduction en français par le camarade Athanase Sessegnon, porte parole de la représentation FPI d'Afrique du Sud. Remerciement spécial à l'ambassadeur Abié Zogoué.

Kakry Khaza.

 

Source: Résistance Côte d'Ivoire Israël

jeudi, 28 janvier 2016

LA CONFERENCE DES ANCIENS CHEFS D'ETAT AFRICAINS EXIGE LA LIBERATION DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

 

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La Conférence des Anciens chefs d'Etats africains au cours d'une rencontre. Image d'archives.

La Lettre urgente de l'Africa Forum exigeant la libération du Président Laurent Gbagbo.

 

À l’Honorable Mme Fatou B. Bensouda,

Procureur,

International Criminal Court,

Maanweg, 174,

2516 AB, The Hague.

The Netherlands.

 

Honorable Mme Bensouda,

UN APPEL AFRICAIN URGENT!

LA Côte d’Ivoire ET L’AFRIQUE ONT BESOIN DE L’ANCIEN Président LAURENT KOUDOU GBAGBO POUR RÉALISER LA PAIX ET LA JUSTICE

1. En tant qu’Africains, nous tenons à ce que l’Afrique, notre Continent résolve ses problèmes aussi vite que possible, y compris l’ensemble des défis liés à la paix et à la justice dans les pays sortant d'un conflit.

2. Cet appel urgent que nous vous adressons a trait à la situation en Côte d’Ivoire et notamment à son ancien Président, M. Laurent Gbagbo, qui, comme vous le savez, est présentement jugé à la Cour pénale internationale.

3. Nous lançons cet appel parce que nous croyons fermement que la Côte d'Ivoire devrait continuer de croître et se développer pour le bonheur de tous ses citoyens, dans des conditions de paix, de démocratie, de l'état de droit, de la réconciliation et de l'unité nationales.

4. Nous sommes absolument convaincus que le pays peut et doit atteindre ces objectifs et que M. Laurent Gbagbo peut et devrait faire une importante et exceptionnelle contrition à cet égard.

5. Inutile de dire qu'il ne peut faire cette contribution dans une cellule de prison, quelque part dans le monde, mais plutôt en tant qu’un citoyen libre dans son propre pays.

6. Au regard de ce que nous avons dit et qui se rapporte au conflit non résolu en Côte d'Ivoire, nous disons que la détention et le procès de Laurent Gbagbo ont davantage aggravé les divisions et animosités entre les citoyens ivoiriens. Ce développement risque de faire basculer le pays dans la reprise de la guerre civile, mettant ainsi en danger la vie de centaines de milliers d’innocents.

7. Il y a donc un risque réel que s’il est reconnu coupable et condamné par la CPI, cela ne mette le feu aux poudres et entraine une conflagration destructrice que nous redoutons.

8. Madame le Procureur, il est particulièrement important qu'au regard de ce qui précède, il y ait une profonde reconnaissance du fait que les événements qui ont amené Laurent Gbagbo à la CPI ont été le résultat d'une lutte politique stratégique intense et historique sur l'avenir de la Côte d'Ivoire, et que cette contestation perdure.

9. Par conséquent, vous comprendrez que nonobstant la bonne foi avec laquelle votre bureau s'est acquitté de ses fonctions juridiques officielles, une partie importante de la société ivoirienne, en particulier les partisans de Laurent Gbagbo, va considérer l'intervention de la CPI comme un prolongement de la politique de domination de l’autre camp - une manifestation de la " justice des vainqueurs”. Pourtant, la situation en Côte d'Ivoire exige et nécessite que le peuple ivoirien continue à aborder ses défis stratégiques par des moyens démocratiques et dans un cadre véritablement inclusif, tout en travaillant ensemble dans des conditions de paix.

10. La polarisation autour de la question de la poursuite contre Laurent Gbagbo est attisée par l'interprétation qu’on en fait en Côte d'Ivoire, ce qui est corroborée par les informations du domaine public, selon lesquelles les exactions ont été en fait commises des deux côtés lors du conflit.

Le contexte historique de la crise ivoirienne

11. Madame le Procureur, permettez-nous de justifier certains des commentaires susmentionnés en rappelant brièvement certains des développements politiques en Côte d'Ivoire pendant ces quinze (15) dernières années.

12. Comme vous le savez, avant que M. Laurent Gbagbo ne soit élu Président de la Côte d'Ivoire en 2000, ses prédécesseurs avaient introduit une philosophie qu'ils ont appelée ‘'ivoirité". Pour l’essentiel, l’objectif était de diviser la population ivoirienne en deux groupes. Pendant longtemps, la Côte d'Ivoire a attiré un grand nombre de migrants économiques dont la majorité venait du Burkina Faso. Le concept d'ivoirité affirmait que la population de la Côte d'Ivoire était divisée en deux parties - une partie étant constituée par les ivoiriens autochtones et la seconde par les migrants économiques dont nous avons parlé. La politique de l’ivoirité avait pour objectif d’introduire une discrimination en faveur des ivoiriens autochtones qui sont majoritairement chrétiens.

13. Il se trouve que les migrants économiques, essentiellement musulmans, constituaient la majorité de la population dans le nord du pays.

14. En raison des dispositions constitutionnelles fondées sur ce concept d’ivoirité, l'actuel Président de la Côte d'Ivoire, M. Alassane Ouattara, lui-même un musulman, a été exclu de la course pour le poste de président de la République parce que sa filiation fait de lui un Burkinabé et non un Ivoirien. Naturellement, cela a eu un impact négatif sur les migrants économiques musulmans venus en grande partie du Burkina Faso et qui résidaient dans la région nord de la Côte d'Ivoire. Il était donc évident que ceux-là supportent M. Ouattara.

15. M. Gbagbo a été élu Président de la Côte d’Ivoire en 2000. En 2002, alors qu’il était hors du pays pour une visite d'État, une rébellion armée éclata dans le pays. Bien qu’elle ait été contenue dans le sud du pays, les rebelles (les Forces nouvelles) prirent le contrôle du Nord, divisant ainsi le pays en deux. Dans ces conditions, la Côte d'Ivoire fut scindée en deux territoires, chacun ayant son propre gouvernement et sa propre armée.

16. Afin de mettre un terme à la guerre civile, les Nations Unies ont déployé une mission de maintien de la paix, appelé ONUCI. La France a déployé sa propre force de maintien de la paix indépendante.

17. Après celles tenues en 2000, les prochaines élections présidentielles devaient avoir lieu en 2005. Mais, en raison de la situation de guerre dans le pays, et ses conséquences, ces élections ont seulement eu lieu vers la fin de 2010.

18. Dans l'intervalle, les parties ivoiriennes avaient conclu divers accords visant à mettre fin à la guerre civile et à aider le pays à retourner à la normalité. Dans ce contexte, elles ont également convenu de tenir des élections présidentielles pacifiques, libres et régulières.

19. Fait d’une importance capitale à cet égard, en 2005, M. Gbagbo alors Président, pris la décision d’user des pouvoirs présidentiels exceptionnels prévus par la Constitution ivoirienne pour permettre à M. Alassane Ouattara de participer à l'élection présidentielle de la République de Côte d'Ivoire.

20. C'est en raison de cette contribution décisive faite par M. Gbagbo qu’il est devenu possible pour les parties ivoiriennes, de signer de nouveau en 2005, un accord qui, entre autres :

20.1. officiellement, mettait un terme à la guerre sur toute l'étendue du territoire ivoirien ;

20.2. établissait les processus relatifs à la mise en œuvre du programme national de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des forces armées;

20.3. ramenait les Forces nouvelles dans le Gouvernement de transition ;

20.4. expliquait clairement les dispositions relatives à la structure et au fonctionnement de la Commission électorale indépendante;

20.5. Mettait en place un calendrier pour la tenue des élections présidentielles et législatives.

21. Afin de permettre à ces élections d’avoir lieu, les parties ont convenu qu’il était nécessaire entre autres de :

21.1. Réunifier le pays sous une seule autorité; et

21.2. D'intégrer les groupes armés dans une armée nationale (républicaine).

22. En 2005, les parties ivoiriennes ont demandé à l'Organisation des Nations Unies, par l'intermédiaire de son Secrétaire général, d’organiser l'élection présidentielle. L'ONU a rejeté cette demande aux motifs que la Côte d'Ivoire n'était pas un État en déliquescence et disposait d’institutions prévues par la Constitution pour organiser des élections. Cette situation était différente de celle du Timor oriental où l'ONU a organisé les premières élections parce qu’il n’y existait pas à cette époque d’institutions étatiques similaires dans ce qui était un pays tout neuf. Répondant à la demande des parties ivoiriennes, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé la nomination d'un Haut-Représentant des Nations Unies pour les élections qui aiderait les institutions électorales ivoiriennes.

23. Malheureusement, en raison des pressions extérieures, l'élection présidentielle s’est tenue avant la réalisation des deux objectifs convenus de la réunification du pays et la création d'une armée nationale. MM. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara étaient les eux candidats en lice.

24. Le résultat de ce combat fut que les résultats des élections annoncés par la Commission électorale indépendante (CEI), qui déclaraient que M. Ouattara avait gagné, confirmaient simplement la division du pays, parce que les zones contrôlées par les rebelles avaient largement voté pour M. Ouattara et celles contrôlées par le Gouvernement largement voté pour M. Gbagbo. Le chef de l'ONUCI qui a agi en tant que Haut- Représentant des Nations Unies pour les élections annonça également que M. Ouattara avait remporté les élections.

25. La Constitution ivoirienne disposait que l'arbitre final de toute élection nationale, y compris les élections présidentielles, est le Conseil constitutionnel (CC) et non la CEI. La CEI soumit son rapport au CC qui a le pouvoir de changer la décision de la CEI sur la base de sa propre évaluation de tout élément des élections.

26. Exerçant son propre mandat, le CC annula les élections dans différentes parties du territoire contrôlées par les Forces Nouvelles parce qu’il disposait de preuves concrètes que des fraudes massives, etc., avaient eu lieu dans ces zones. Il déclara donc que M. Gbagbo avait remporté les élections.

27. Bien que le Conseil de sécurité des Nations Unies aituniquement chargé le Haut-Représentant des Nations Unies pour les élections de soutenir les institutions électorales ivoiriennes, ce représentant élu décida d’entériner les résultats de la CEI selon lesquels M. Ouattara avait été élu et ouvertement rejeta la décision de la CC qui faisait de M. Gbagbo le vainqueur.

28. Dans cette situation, M. Gbagbo appela à un recomptage des voix du scrutin et suggéra l'implication des diverses institutions internationales dans ce processus, y compris l'Organisation des Nations Unies, l'Union africaine et l'Union européenne. Cet appel fut rejeté par l’Onu et toutes les autres institutions contactées.

29. En fin de compte, M. Gbagbo contacta l'Union africaine et informa l'organisation qu'il était prêt et disposé à quitter le siège du Président afin de mettre fin au conflit dans le pays. Il demanda que l'UA envoie une délégation en Côte d'Ivoire afin de faciliter le processus de sa remise du pouvoir à M. Ouattara afin que le conflit de l'époque pris fin et éviter ainsi au pays des conflits futurs. L’UA accepta sa proposition.

30. En conséquence, l'UA a informé l'ONUCI qu'une délégation de Chefs d'État africains se rendrait à Abidjan pour exécuter leur mission comme proposé par M. Gbagbo. L'ONUCI s'est engagée à prendre les mesures de sécurité nécessaires pour cette délégation et les communiquer à l'UA. Cela n’a jamais été fait. Par conséquent, l'UA n'a jamais réussi à accomplir sa mission qui aurait permis de mettre fin pacifiquement au conflit d’alors.

31. Au lieu de cela, en 2011, tant l'ONU, par le biais de l'ONUCI que la France, dans le cadre de l'opération Licorne, déployée en Côte d'Ivoire en tant que forces neutres de maintien de la paix, ont demandé à ces forces de lancer des attaques militaires contre M. Gbagbo. Elles l’ont alors capturé et remis en fait aux mêmes forces nouvelles qui s'étaient rebellés contre le gouvernement élu de M. Gbagbo en 2002.

32. En 2011, à la suite du transfert de M. Gbagbo à la CPI, des élections législatives ont eu lieu en Côte d'Ivoire. Le FPI, le parti politique de M. Gbagbo a appelé au boycott des élections et n'y a pas participé. Plus de soixante pour cent (60 %) des électeurs inscrits n'ont pas participé aux élections.

33. Madame le Procureur, aux yeux de nombreux Ivoiriens, ce qui précède est l’expression d’un cortège d’injustices. C’est l'un des principaux facteurs qui alimentent la dangereuse division et l'animosité qui concernent une grande partie de la population ivoirienne - du fait que, entre autres :

33.1. en 2002, une rébellion armée a éclaté en Côte d'Ivoire cherchant à renverser par la violence et de manière inconstitutionnelle le Président Gbagbo et son gouvernement d’alors. Personne n'a jamais été poursuivi pour cet acte de trahison.

33.2. Plutôt, les putschistes ont été soutenus pendant de nombreuses années, des armes à la main, jusqu'à ce qu'ils réalisent leur objectif de prendre le contrôle d’Abidjan en 2011.

33.3. Comme nous l'avons indiqué, la pression extérieure a été actionnée afin d’obliger alors le Président Gbagbo à consentir à la tenue d'élections présidentielles dans des conditions qui étaient contraires aux accords négociés entre les parties ivoiriennes, conditions qui manifestement ne pouvaient garantir des élections libres et justes.

33.4. Encore une fois, comme nous l'ont fait remarquer, le Haut-Représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d'Ivoire a outrepassé ses pouvoirs et violé la Constitution de la Côte d'Ivoire en annonçant que M. Ouattara avait été élu président pendant les élections de 2010, en se fondant sur la décision de la CEI plutôt que sur celle du Conseil constitutionnel, constitutionnellement compétente pour valider les élections.

33.5. Cela a servi de prétexte à l'ONU et aux forces françaises pour abandonner leurs mandats de forces neutres de maintien de la paix, pour ainsi permettre aux Forces Nouvelles rebelles d’entrer à Abidjan pour déposer par la force le président Gbagbo. L'ONU et les Français ont rejoint les Forces nouvelles pour lancer l'attaque contre M. Gbagbo pour ensuite l’arrêter et le remettre aux Forces nouvelles.

33.6. Le Haut-Représentant des Nations Unies pour les élections n’a notamment rien fait pour donner une suite favorable à la demande tout à fait régulière de M. Gbagbo d’organiser un recomptage des voix du scrutin sous la supervision de la communauté internationale afin de mettre fin à la controverse de savoir qui avait remporté l'élection présidentielle, même après que M. Gbagbo ait également déclaré que lui et M. Ouattara devraient accepter le résultat du recomptage comme définitif et irrévocable.

33.7. L'ONU notamment et d'autres acteurs, n'ont rien fait pour reconnaître le rôle vital joué par M. Gbagbo pour ramener la paix en Côte d'Ivoire quand il a utilisé les pouvoirs présidentiels exceptionnels prévus par la Constitution pour permettre à M. Ouattara de se présenter à l'élection présidentielle et devenir le Président de la République s'il remportait les élections. M. Gbagbo avait ainsi audacieusement résolu l'une des questions centrales qui avaient conduit à la rébellion de 2002 et à la tentative de coup d'État, et a donc commencé le processus de répudiation de la politique de division de l’ivoirité que ses prédécesseurs avaient instituée.

33.8. Tout aussi, ces acteurs n'ont pas prêté attention à la position d'une importance vitale que le Président Gbagbo a ensuite prise lorsqu'il a accepté qu’un Gouvernement intérimaire multipartite gère la transition jusqu’à la tenue des élections présidentielles. Pour montrer sa détermination à cet égard, il a même accepté que le leader des Forces nouvelles exerce la fonction de Premier ministre, à la tête du Gouvernement de transition.

33.9. En outre, et qui est d'une importance cruciale, nous ne pensons pas qu'étant donné leur longue implication dans le conflit ivoirien, l'ONU et la France n'aient pas été au courant de la réalité que Wanda L. Nesbitt, l'Ambassadeur des Etats-Unis près la République de la Côte d'Ivoire, a communiquée à son Gouvernement en juillet 2009 en disant :

«Il ressort à présent que l’accord de Ouaga IV, (le quatrième accord appelé Accord Politique de Ouagadougou qui prescrivait que le désarmement doit précéder les élections) est fondamentalement un accord entre Blaise Compaoré (Président du Burkina Faso) et Laurent Gbagbo en vue de partager le contrôle du nord jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle en dépit du fait que le texte en appelle aux Forces Nouvelles de restituer le contrôle du nord du pays au gouvernement et d’achever le désarmement deux mois avant la tenue des élections…

« Mais en attendant la création d’une nouvelle armée nationale, les 5 000 soldats des Forces Nouvelles qui doivent être ‘’désarmés’’ et regroupés dans des casernes dans quatre villes clés du nord et de l’ouest du pays représentent une sérieuse force militaire que les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) ont l’intention de maintenir bien formée et en réserve jusqu’au lendemain de l’élection. La cession du pouvoir administratif des FAFN aux autorités du gouvernement civil est une condition sinequa non pour les élections, mais comme le confirment des voyageurs dans le nord (y compris le personnel de l’ambassade), les FAFN maintiennent un contrôle absolu de la région en particulier en ce qui concerne les finances.»

34. Une fois de plus, aux yeux de millions d’Ivoiriens, ce qui précède et d'autres éléments liés à l'histoire ivoirienne présentent un tableau très troublant. La réalité est que depuis l'époque du Président Félix Houphouët-Boigny, notamment lorsque M. Alassane Ouattara était son Premier ministre, il a existé un plan pour neutraliser M. Gbagbo et la formation politique à laquelle il appartenait, le Front populaire ivoirien(FPI). Au cours de cette période M. Gbagbo a été emprisonné deux fois pendant de longues périodes et était régulièrement persécuté par les organes de sécurité de l'État en raison de sa campagne politique soutenue de démocratiser la Côte d'Ivoire et de libérer le pays du contrôle néo-colonial.

34.1. Pour ces millions d’Ivoiriens qui ont partagé les vues de M. Gbagbo, il est logique de conclure que ce plan pour neutraliser M. Gbagbo et le mouvement démocratique qu’il a conduit a été appuyé par certains Ivoiriens et certaines forces extérieures.

34.2. Ces forces combinées sont intervenues en 2002 pour déposer par la force M. Gbagbo alors Président, mais elles échouèrent.

34.3. Toutefois elles ont veillé à ce que le groupe armé qui avait tenté le coup d'État reste en place, prêt à essayer un autre coup d'état une fois que les conditions sont de nouveau réunies - d'où l'occupation du Nord et de certaines parties de l'ouest de la Côte d'Ivoire par les Forces nouvelles.

34.4. Finalement, le moment vint lorsque huit ans après la tentative de coup d'État de 2002, la Côte d'Ivoire organisa des élections présidentielles en 2010.

34.5. Il est clair pour ses partisans ivoiriens que toutes les dispositions avaient été prises pour assurer la défaite de M. Gbagbo à ces élections. C'est pourquoi, aucune mesure n'a été prise pour le recomptage des voix comme suggéré par M. Gbagbo. Cela, en dépit du fait que c’est un processus très courant dans les cas où il y a d’importantes différences au sujet du vainqueur et du perdant des élections.

34.6. Il est également clair qu’ils avaient pris toutes les dispositions pour chasser M. Gbagbo par la force s'il contestait sa perte des élections, même si cette contestation était justifiée.

34.7. C'est pour cette raison que les Forces nouvelles ont été autorisées à se comporter comme elles l'ont fait, comme indiqué par M. Nesbitt, l'Ambassadeur des États-Unis. [Cf. : Paragraphe 33.9.1. ci-dessus]

34.8. C'est également pour cette raison que l'Union africaine (UA) n’a pas été autorisée à intervenir pour assurer le règlement pacifique du conflit post-électoral qui débuta en décembre 2010. Nous devrions aussi noter que l'UA aurait également dû chercher à négocier un accord notamment entre MM. Laurent Gbagbo et Ouattara afin de résoudre certaines des anomalies structurelles en Côte d'Ivoire qui ont eu une incidence négative sur son indépendance et sa stabilité.

34.9. Enfin pour neutraliser M. Gbagbo et le mouvement démocratique et anti- néo-colonialiste qu'il dirigeait, il a été décidé que la meilleure chose à faire serait de l’inculper devant une cour de justice, de le déclarer coupable pour divers chefs d’accusation et l'emprisonner pour une longue période.

34.10. Plusieurs leaders et militants du FPI ont connu le même sort.

34.11. De nombreux Ivoiriens pensent qu'une partie de cette tâche serait confiée à la Cour pénale internationale (CPI), qui servirait ainsi d’instrument utile dans la réalisation de la tâche stratégique de détruire le mouvement au service du renouveau de la Côte d'Ivoire.

35. Pertinentes questions adressées à la CPI

35.1. Par conséquent, la question se pose de savoir comment la CPI devrait répondre à cette situation où l'absence de Laurent Gbagbo de Côte d'Ivoire compromet les perspectives de stabilité dans ce pays, et la Cour est perçue par une grande partie d’Ivoiriens et de la société africaine comme ayant été cooptée par une faction politique pour neutraliser Laurent Gbagbo et son parti!

35.2. Cette question doit à coup sûr, interpeller lourdement la conscience des juges de la CPI, notamment au regard des effets négatifs de son action sur la nécessité cruciale et urgente d'empêcher une reprise de la guerre et de réaliser la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire, qui ne peut être atteinte sans la participation de M. Gbagbo, du FPI, et de leurs partisans.

35.3. Bien que nos contacts avec eux nous révèlent que le FPI souhaite profondément que la réconciliation nationale ait lieu et est déterminé à participer à ce processus, elle ne pourra le faire sans la participation de M. Gbagbo, qui est lui-même disposé à contribuer à cette réconciliation sans exiger la réélection des institutions de gouvernance.

35.4. Bien que nous reconnaissons que la CPI devrait poursuivre sa quête de preuves pour prononcer les inculpations et est en droit d'attendre la décision définitive de chaque cas par les juges, nous estimons qu'une réévaluation du cas de M. Gbagbo est justifiée en raison de la fragilité actuelle de la situation en Côte d'Ivoire, et par sa situation particulière, notamment la nécessité pour son implication positive dans le processus de réconciliation, d'unité et de stabilisation nationales. À cet égard, il est manifeste que :

(i) M. Gbagbo n'était pas l’auteur mais plutôt la cible du recours aux armes par les autres en 2002 pour régler les divergences politiques ;

(ii) M. Gbagbo n'était pas l'initiateur mais un adversaire de la politique d'" ivoirité " qui est à l’origine du conflit ;

(iii) M. Gbagbo, contre la volonté d'un grand nombre d’Ivoiriens, a agi afin de permettre à M. Ouattara d'accéder démocratiquement à la présidence de la Côte d'Ivoire, et a donc transmis le message aux millions de migrants économiques résidents qu'ils ne seront pas considérés comme des citoyens de seconde classe ;

(iv) M. Gbagbo était tellement déterminé que la Côte d'Ivoire redevienne une démocratie qu'il a même permis à ceux qui avaient cherché à le chasser du pouvoir par un coup d'État à diriger le gouvernement qui serait chargé de conduire la transition vers la démocratie, en la personne du chef des Forces nouvelles;

(v) M. Gbagbo était déterminé à se retirer en tant que Président de la République en faveur de M. Ouattara malgré sa conviction qu'il avait remporté les élections, évitant ainsi au pays plus de morts, de souffrances et de destructions de biens; et,

(vi) Même certains juges au sein de la CPI ont soulevé des questions au sujet de l'existence de preuves suffisantes pour condamner M. Gbagbo.

36. Le contexte ivoirien et les perceptions populaires

36.1. Madame le Procureur, comme vous l'avez vu dans nos commentaires précédents, l'arrestation du Président Gbagbo en Côte d'Ivoire et son procès à La Haye ont eu lieu dans le contexte d'une situation politique extrêmement polarisée qui a abouti à la longue guerre civile en Côte d'Ivoire et la division du pays.

36.2. Il était inévitable dans ces circonstances que les mandats d'arrêt pour Laurent et Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé alimentent la perception qu'une justice des vainqueurs est en place à la CPI : une perception aggravée par le contraste saisissant qu'aucune accusation n'a été portée contre les opposants politiques du Président Gbagbo.

36.3. Par conséquent, pour d’importantes franges de la population de Côte d'Ivoire, l’insistance de la Cour que Simone Gbagbo soit aussi remise à la CPI pour subir un procès, a accentué cette perception d’une justice partiale, qui a été renforcée par l'arrestation et le transfert de M. Blé Goudé à la CPI.

36.4. Les expériences très médiatisées de M. Gbagbo à la CPI, auxquelles nous faisons allusion ci-dessous, ont ajouté au mécontentement d’importantes franges de la population ivoirienne et mettent en péril tout projet de cohésion nationale et toute perspective de redressement.

36.5. Comme vous le savez bien, et comme nous avons cherché à le démontrer, Laurent Gbagbo reste un acteur clé dans la politique ivoirienne, avec de nombreux partisans, dont l'absence persistante dans ce que devrait être une recherche collective de la réconciliation nationale et de la stabilité en Côte d'Ivoire, expose la paix et la stabilité du pays à un risque extrême.

36.6. En outre, jusqu'à présent, certaines caractéristiques des procédures de la CPI aggravent également l'effet de polarisation de l'arrestation, de la détention et des poursuites de M. Gbagbo.

37. Les problèmes soulevés par le processus de confirmation

37.1. Madame le Procureur, comme vous le savez, le déroulement du procès de M. Gbagbo est suivi de très près en Côte d'Ivoire, et le processus de confirmation des charges retenues contre Laurent Gbagbo a suscité un intérêt particulier. Force est de reconnaître que ce processus ne s’est pas déroulé sans heurts. Qu’il vous souvienne qu’en juin 2013, par une décision majoritaire, la Chambre préliminaire (I) a estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves à ce stade pour confirmer les accusations portées contre M. Gbagbo.

37.2. Le fait que la Chambre ait néanmoins alloué au procureur un temps additionnel pour fournir des preuves supplémentaires pour renforcer son cas et, qu’un an plus tard, en juin 2014, la Chambre ait pu confirmer ces charges uniquement par la décision de la majorité n'a pas échappé aux observateurs. Ni le fait que l'un des éminents juges ait donné un avis complètement dissident, expliquant pourquoi elle n'était pas convaincue de la qualité des preuves qui pourraient attester de la participation de M. Gbagbo aux crimes présumés.

37.3. Pour les observateurs intéressés, notamment en Côte d'ivoire mais également en dehors de ce pays, ce fut donc une approbation mitigée des accusations contre Laurent Gbagbo. Par ailleurs, cette division dans l'opinion judiciaire a accentué la perception de l’insuffisance juridique des preuves contre M. Gbagbo.

37.4. Pire encore, vous comprendrez, Madame le Procureur, que tout cela a fermement confirmé la conviction des partisans de M. Gbagbo qu'il ne devait répondre d’aucun chef d’accusation en première instance et que la CPI s’employait à s’assurer que l'objectif prédéterminé de l’inculper était atteint.

38. Les retards dans l’affaire

38.1. Il y a d'autres éléments de l'affaire qu'il faut garder à l'esprit. Près de quatre ans après son transfert à La Haye, le procès de M. Gbagbo n'a toujours pas commencé. Bien que ce retard soit imputable à plusieurs raisons, y compris la complexité même des procédures, et la nécessité de veiller à ce que toutes les parties soient bien préparées pour tout procès; et bien que les retards dans le contexte des procès à la CPI peuvent ne pas être inhabituels, il est indéniable que plus cette affaire traine plus il y a des risques que cela attise les tensions politiques en Côte d'Ivoire auxquelles nous avons déjà fait allusion.

38.2. Comme vous le savez, les retards seraient perçus par les partisans de M. Gbagbo comme une expression délibérée et hostile du principe selon lequel - justice différée équivaut à déni de justice.

39. Détention prolongée

39.1. Le retard accusé dans cette affaire affecte énormément M. Gbagbo en raison de son maintien en détention à La Haye. En dépit des efforts incontestables de son équipe de défense, elle n’a pu obtenir la liberté provisoire de son client, bien que, selon les décisions de la Cour, un État tiers avait, à ce qu’il parait, accepté d’accueillir M. Gbagbo et qu'il assurerait sa présence à la Cour chaque fois que nécessaire. Un aspect particulièrement triste de sa détention est que l'an dernier, M. Gbagbo n’a même pas pu être libéré pour quelques jours pour assister à l'inhumation sa mère.

40. Bien que diverses décisions judiciaires puissent avoir été prises pour confirmer les accusations et maintenir M. Gbagbo en détention, il est impossible d'ignorer la réalité que cette affaire continue de polariser la Côte d'Ivoire et compliquer la transformation cruciale de son paysage historique général.

40.1. C'est une préoccupation importante, et c’est elle qui justifie notre Appel, et qui crée, à notre avis, l'impératif de réévaluer l'affaire Gbagbo, et en particulier d'interroger la nécessité d'une poursuite qui a déjà montré des insuffisances manifestes qui sont suffisamment graves pour avoir entrainé une forte dissidence judiciaire contre la confirmation des charges.

41. Contexte général

41.1. En 1998, lorsqu'il a été signé, les États ont reconnu que le Statut de Rome pourrait fonctionner au sein du système des relations internationales et entraînerait inévitablement un empiétement sur la souveraineté des États. Toutefois, les négociateurs du traité ont à juste titre rejeté l'idée de tout mécanisme de filtrage ou de contrôle externe des travaux de la CPI parce que cela aurait constitué une interférence inacceptable à l'exercice de la discrétion et la prise de décisions du Procureur et des juges.

41.2. Toutefois, dans le but de protéger l’indépendance de la Cour, les États n'avaient pas abandonné l'idée que la nouvelle cour devait fonctionner d'une manière qui reconnaisse la complexité du système international ou dans les contextes nationaux et se sont fondés sur l'option de prendre dûment en considération, le cas échéant, la nécessité de favoriser les processus nationaux.

41.3. Plutôt, et au lieu de cela, les signataires du Statut ont confié au Procureur et aux juges, par une utilisation judicieuse de de leur pouvoir discrétionnaire, le droit et le devoir de procéder aux appréciations nécessaires pour que lorsque, les procédures de la CPI sont inappropriées ou contraire aux intérêts de la justice, prennent en compte toutes les considérations pertinentes, y compris l'impact de ses interventions sur la paix durable et la stabilité dans les sociétés.

41.4. Nous considérons donc que le Statut de Rome devrait rester entre les mains de la CPI comme un instrument vivant, capable d'une part, de poursuivre les responsabilités individuelles pour les crimes les plus graves, tout en préservant dans le même temps la capacité de répondre avec souplesse aux spécificités de chaque cas, en évitant de causer des préjudices. Cette approche, de notre point de vue, est compatible avec l'objet et le texte du Statut comme nous le comprenons.

41.5. Madame le Procureur, à notre avis, l'indépendance même de votre bureau, et celle des juges, sert à protéger les décideurs de la Cour de toute interférence, leur permettant ainsi de mettre en œuvre la sagesse qui est nécessaire à la Cour afin de contribuer à la recherche de solutions aux crises majeures au sein desquelles la Cour fonctionne inévitablement. Partant, la solidité et la valeur du Statut de Rome seront jugées non pas par l'inflexibilité de la CPI dans l'exercice de la justice, mais par sa capacité de réaction face à la complexité et à la nuance des diverses situations dont la CPI sera saisie.

41.5.1. À cet égard, nous devons souligner que notre Appeln’a nullement pour intention de mettre en doute ou compromettre la nécessité de tenir pour responsables tous ceux qui commettent des infractions graves énoncées dans le Statut de Rome, et les obligations de la CPI à cet égard. Nous voudrions croire que comme ils traitent de la question extrêmement importante de la réconciliation nationale, les Ivoiriens se pencheront également sur la question de la justice, pleinement conscients de l'interconnexion entre les deux.

42. Retraits des chefs d’accusation contre Gbagbo

42.1. Madame le Procureur, nous reconnaissons que les défis auxquels la Côte d'Ivoire est confrontée ne sont pas propres à ce pays, et que dans d'autres contextes également, votre bureau sera familiarisé avec les tensions entre les travaux de la CPI et les impératifs pour garantir la stabilité dans ces pays. Mais comme nous avons cherché à le démontrer, l'arrestation de Laurent Gbagbo a manifestement échoué à contribuer à la réconciliation politique et au redressement de ce pays, mais a plutôt freiné ce processus, polarisé les opinions et exacerbé les divisions de la société ivoirienne à tel point que nous sommes maintenant gravement préoccupés par la perspective de la reprise du conflit dans ce pays.

42.2. Nous sommes convaincus que l'effet cumulatif de la situation politique fragile en Côte d'Ivoire qui nécessite des efforts concertés pour parvenir à la réconciliation; les impacts négatifs actuels du procès de Gbagbo sur cette situation; l'occasion pour M. Gbagbo de faire une immense contribution à la recherche d'un règlement pacifique et de solutions humaines pour la Côte d'Ivoire; les incertitudes entourant les preuves contre lui; ainsi que les divers autres éléments personnelle à M. Gbagbo, justifient largement l’interruption du procès.

42.3. Madame le Procureur, vous nous pardonnerez pour le fait que nous ne soyons pas des spécialistes du Règlement de la Cour, et laisserons à votre appréciation la question des procédures nécessaires pour atteindre un résultat qui soit juste et équitable pour la Côte d'Ivoire, tout en reconnaissant que toute décision peut faire l'objet de confirmation judiciaire. Toutefois, nous espérons que vous comprendrez que nous avons une solide connaissance de la situation en Côte d'Ivoire et que vous nous rejoindrez dans la parfaite connaissance des défis de la construction de sociétés unies en Afrique, par dialogue.

42.4. Madame le Procureur, nous devons souligner que rien de ce que nous disons ici ne vise à minimiser les crimes qui ont été commis dans le cadre de la contestation politique en Côte d'Ivoire. Nous adhérons à l'idée que les crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale dans son ensemble ne devraient pas rester impunis mais devraient principalement être traités par des mesures prises au niveau national. À notre humble avis, en vertu du Statut de Rome, la Cour devrait, dans les circonstances qui prévalent en Côte d'Ivoire, s'en remettre à l'actuel processus national et aux mécanismes que les Ivoiriens, collectivement adopteront pour assurer la responsabilisation et la réconciliation relativement aux exactions commises lors de la crise dans ce pays.

42.5. Bien que nous reconnaissions que toute décision d’abandonner des charges pénales puisse être assujettie à l'autorisation des juges, nous sommes convaincus qu'à la lumière des nombreuses informations et analyses à votre disposition, ainsi que des problèmes que nous avons pu identifier dans la présente lettre, votre bureau, Madame le Procureur, est bien placé et équipé pour traiter cette question d'une manière qui va à la fois faire avancer la cause de la Cour et du peuple de Côte d'Ivoire, mais aussi de l'ensemble de l'Afrique.

43. Nous voudrions donc vous demander, Madame le Procureur, de réexaminer l'affaire Laurent Gbagbo et entamer le processus de son retrait ou de son interruption. Nous sommes convaincus que cette option est la meilleure façon pour la Cour de contribuer à la réalisation de la réconciliation nationale et de l'unité, de la stabilité, du redressement et de la responsabilisation de la Côte d'Ivoire, en donnant la possibilité à tous les Ivoiriens de se réunir pour régler leurs différends sans recourir à l'usage des armes.

Veuillez agréer Madame le Procureur, l'expression de nos sentiments distingués.

9 septembre 2015

Pretoria
Republic of South Africa

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CHAIRMAN AFRICA FORUM: JOAQUIN CHISSANO, FORMER PRESIDENT REPUBLIC OF MOZAMBIQUE
DEPUTY CHAIR: NICEPHORE SOGLO, FORMER PRESIDENT REPUBLIC OF BENIN.

 

Source: MEDIAPART

vendredi, 03 octobre 2014

FRANC CFA: LE DEBAT INTERDIT

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Pendant qu’en Europe, l’avenir de l’euro est discuté à tous les niveaux de la société, les dirigeants africains de la zone franc continuent de considérer tout débat autour de la pertinence ou non du franc cfa comme tabou, alors que ce dernier est arrimé à la monnaie européenne.

 

Le vendredi 28 mars 2014, M. Alassane Dramane Ouattara, alors président sortant de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a soutenu, à Yamoussoukro que cette organisation avait amorcé «une marche irréversible vers la monnaie unique» à l’horizon 2020, qu’il fixe aussi pour l’émergence de son pays au rang de la Corée du Sud, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et dans une moindre mesure, du Brésil ou de l’Afrique du Sud. Cette perspective serait d’autant plus justifiée, selon lui, que ces dernières années, sous ses deux mandats à la tête de la Cedeao, les travaux préparatifs de la monnaie auraient fortement avancés. Pour rappel : M. Ouattara est ancien gouverneur de la Bceao et c’est pendant son mandat qu’après moult tergiversations, le franc cfa a été dévalué en 1994. Ouattara aurait-il fini d’adorer le franc CFA ? Il est permis d’en douter.

Lorsqu’un ministre ivoirien fait remarquer qu’au sein de la Cedeao, les entreprises exportatrices des pays qui ont en commun le franc cfa souffrent d’un manque de compétitivité lié à cette monnaie, les autorités monétaires de la zone cfa et celles de la Côte d’Ivoire semblent vouloir le désavouer, au motif que tout va bien dans le meilleur des mondes pour le franc cfa.

De deux choses l’une. Soit le franc cfa qui va très bien sera étendu au reste de la Cedeao et même de l’Union africaine à l’horizon 2020, conformément au contenu du rapport Védrine-Hollande, ou bien le franc cfa n’est pas si bénéfique que cela et alors il doit laisser la place à une nouvelle monnaie ouest-africaine, ce que les autorités de la zone cfa semble contester. Une chose semble claire. Le contenu du rapport Védrine est connu, mais le projet de la monnaie unique de la Cedeao n’est connu, semble-t-il, que de quelques initiés, alors que nous sommes à six ans de l’échéance annoncée pour 2020. Aucun débat n’a donc lieu au sujet de ce serpent de mer, pour savoir s’il y aura un référendum dans les pays concernés pour son adoption ou bien si les experts d’Abuja et les chefs d’Etat vont l’imposer aux populations sans consultations populaires.

Les gouvernants des pays membres du franc cfa font une entière confiance à leur monnaie, en parité fixe avec l’euro, qu’ils prennent pour une monnaie de référence. Ils n’ont peut-être pas tort, sauf que la connexion fcfa-euro passe par le Trésor public français, qui ne laisse même pas au cfa le soin d’avoir le statut de monnaie au sens propre du terme. Le franc cfa est une affaire interne aux finances publiques françaises et ne relève pas de la finance internationale. Telle était la position de la France au moment de la conception du traité de Maastricht au début des années 1990. C’est donc la solution des «comptes d’opérations» ouverts auprès du Trésor public français que les autres pays de la Cedeao devraient accepter et se laisser imposer, selon le rapport Védrine. Jacques Delors pour le traité sur l’Union européenne et Hubert Védrine pour le traité de la Cedeao avec les référendums en moins ?

Ce que le ministre J.-L. Billon dit pour les entreprises ivoiriennes est vrai pour toutes les entreprises de la zone cfa, de l’ouest comme du centre, qui sont exportatrices de produits manufacturés ou de produits agricoles améliorés. Elles ne peuvent être compétitives du fait de la valeur de l’euro –monnaie forte, disent les Africains–, des politiques économiques adoptées par le Trésor public de France et surtout à cause des politiques hasardeuses de la Banque centrale européenne (Bce) qui mettent en difficulté les négociations à Bruxelles entre les pays européens déficitaires et l’Allemagne, qui a ses propres problèmes à gérer.

Les inquiétudes de M. Billon sont d’autant plus justifiées que, depuis 2008 au moins, la situation de l’euro est compliquée, les problèmes ne sont pas traités convenablement et la situation reste préoccupante aussi bien pour les Etats et que pour les entreprises.

La Bce, qui gère l’euro, est accusée par des économistes et financiers européens ainsi que par certains observateurs qui suivent de près les manœuvres des autorités monétaires européennes, d’être en train de devenir une «mauvaise banque centrale» qui rachèterait toutes les créances douteuses figurant au bilan des banques européennes.

En Allemagne même, des événements sont en cours en ce moment qui méritent quelque attention de la part des Africains, notamment des dirigeants. Il y a d’une part la Cour constitutionnelle allemande à Karlsruhe (Bundesgerichtshof) qui doit juger dans quelques semaines la question de la conformité du plan de rachat des dettes européennes par la Bce avec la Constitution allemande. La décision des juges constitutionnels allemands pour qui, même en temps de crise, la Constitution reste valable, alors que pour les Africains, même en temps de paix, les Constitutions sont inappliquées, est attendue, car elle pourrait interdire à la banque centrale allemande, la Bundesbank, de participer aux opérations de rachat de dettes publiques que la BCce devrait initier. Qu’adviendra-t-il de l’euro dans ces conditions, alors que cette monnaie doit par ailleurs affronter d’autres épreuves face au dollar américain, au yen japonais et au yuan chinois?

En outre, un parti politique pour les eurosceptiques créé en février 2013 par Bernd Lucke, (51 ans, anciennement militant de la CDU et professeur d’économie à l’université de Hambourg), dont l’axe central du programme est de refuser toute collectivisation de la dette publique européenne et tout transfert de richesses de l’Allemagne vers les autres pays, est en train de monter en puissance. «Alternative fur Deutschland» ou AfD, parti ne disposant d’aucun élu lorsqu’il a été créé par le proche collaborateur du Pr. Hans-Olaf Henkel (ex patron de la confédération des industriels allemands), est aujourd’hui représenté avec 12% des voix au Parlement de Brandebourg et 10 % à celui de Thuringe, après être entré au parlement de Saxe (10% des voix) en août dernier, et avoir placé sept élus au Parlement de Strasbourg à la suite des Européennes de mai, prouvant ainsi que les petits partis peuvent grandir vite quand ils sont porteurs de programmes alternatifs et que les élections se déroulent dans des conditions transparentes et démocratiques.

Dans le même temps, les agences des statistiques économiques publient des chiffres décevants de l’activité manufacturière en Europe et surtout en Allemagne, première économie de la zone euro. Les taux d’intérêt à moyen terme sur les obligations allemandes sont négatifs, comme si les anticipations des investisseurs s’attendaient à la réapparition du deutsche Mark (Dm) et à sa réévaluation au moment où l’euro rencontre des difficultés. Alors que les Européens doutent, les Africains restent vautrés dans leurs certitudes rassurantes et complaisantes.

Dans les autres pays de la zone euro, soit les gouvernements n’arrivent pas à concevoir des programmes de réformes, comme cela est le cas pour la France par exemple, où le mot réforme tétanise la classe politique et révulse les syndicats, soit, lorsque ces programmes sont conçus, ils ne peuvent être appliqués, comme c’est le cas de l’Italie du Premier ministre Matteo Renzi. En Espagne, la crise politique que l’on observe à travers la volonté séparatiste de la Catalogne est en réalité le résultat de déséquilibres économiques créés par les effets pervers de l’euro sur les politiques budgétaires et fiscales espagnoles.

La finance internationale elle-même semble douter de la force de l’euro, dont le cours de change ne cesse de baisser par rapport au dollar américain et au yen japonais. Les cambistes et des investisseurs attendent les nouvelles mesures de politique monétaire de la Bce que devrait annoncer son président Mario Draghi. Les marchés financiers de la zone euro, dans laquelle les financiers vendent des positions, présentent de moins bonnes performances que les autres marchés mondiaux sur lesquels les financiers achètent plutôt des positions. Mais comment évaluer l’importance de ces évolutions dans la zone cfa où il n’y a pas de marché financier, donc ni positions de vendeurs, ni positions d’acheteurs d’actifs financiers?

En Europe, les économistes qui font ces analyses craignent que l’euro ne conduise les pays membres au chaos. Pendant ce temps, les pays africains alliés de l’euro par le biais des francs cfa gérés par le Trésor public français préfèrent attendre bras ballants ce désastre, à condition que les réseaux de l’aide publique au développement, et des eurobonds restent accessibles et continuent de financer les déficits budgétaires. En Afrique du cfa, réformer relève du tabou économique. Tout va bien.

Le débat sur la pertinence de l’euro, sur son avenir, sur ses effets sont du domaine public en Europe et dans le monde. Les banquiers centraux européens en parlent en permanence, les chefs d’Etat comme Angela Merkel, François  Hollande et autres en parlent plusieurs fois par mois. Les premiers ministres et chefs de gouvernement européens en discutent avec les journalistes au quotidien. Les partis politiques au pouvoir ou dans l’opposition l’inscrivent dans leurs préoccupations et dans leurs programmes de gouvernement. Les intellectuels économistes, philosophes, sociologues, artistes, financiers, juristes, démographes et étudiants en font des sujets de controverses entre eux. La question n’a rien de tabou ou de magique.

En Afrique, la question du franc cfa relève de la magie, du tabou, de l’interdit. La pensée doit s’arrêter à la porte du franc cfa, surtout quand on est au gouvernement. En parler fait frissonner les hommes politiques, vibrer les gouvernements, trembler les chefs d’Etat, s’énerver les partis au pouvoir. Les banquiers centraux considèrent qu’il n’y a rien à dire là-dessus. Les opposants se demandent pourquoi en parler puisque la question peut leur fermer la route de l’accession au pouvoir d’Etat, qui se trouve être la seule raison de leur existence. Et quand bien même tout ce monde décide d’en parler, la discussion tourne à l’injure, à la médiocrité, à l’incompétence, à l’anathème et au hors sujet.

Mais un jour ou l’autre, tous ces murs, comme celui de Berlin que l’on croyait avoir bâti pour l’éternité, tomberont et les peuples africains retrouveront, comme ceux d’ailleurs, leurs libertés en dehors de franc cfa et de tous les autres instruments de la servitude. D’ici là, il serait bien que l’on nous dise quelle est la nature de la monnaie unique de la Cedeao que certains attendent pour l’horizon 2020 ?

 

Source: LIDER-CI.ORG

lundi, 19 mai 2014

AFRIQUE: «NOUS N'EMERGEONS PAS, NOUS RENAISSONS»

 

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Le Point Afrique: Entendons-nous d'abord sur le mot. Que signifie pour un pays d'être «émergent» aujourd'hui?

 

Laurence Daziano : C'est une excellente question, d'autant que la notion d'émergence est toute relative si l'on considère que la Chine a représenté, jusqu'au XIXe siècle, près du tiers du PIB mondial ! Aujourd'hui, dès qu'un pays non occidental connaît des performances économiques supérieures, il est qualifié d'"émergent", sans que les critères de cette émergence soient très clairs. En d'autres termes, on retient souvent une approche conjoncturelle (un taux de croissance élevé) au détriment d'une analyse objective des critères d'émergence de long terme. Pour ma part, je propose cinq critères pour définir les pays émergents. La population, tout d'abord, qui doit être assez nombreuse pour constituer la main-d’œuvre productive et le marché intérieur qui est nécessaire au développement d'une économie domestique. Une population d'environ 100 millions d'habitants, jeune, éduquée et en croissance, me paraît un seuil pertinent pour repérer les futurs champions émergents. Le taux de croissance, ensuite. Si on se réfère aux performances des Brics, un taux de croissance moyen de 5 % par an sur dix ans est le sentier de croissance qui permet de faire décoller une économie. L'urbanisation, ensuite, qui est un facteur important car les villes permettent à la population d'accéder aux infrastructures essentielles (eau, électricité, éducation) à un moindre coût. Un taux d'urbanisation d'environ 50 % ou en forte croissance paraît adapté. En parallèle, les infrastructures sont essentielles à l'émergence, notamment tout ce qui permet de produire de l'électricité et de maîtriser l'acheminement de l'eau potable. Enfin, la stabilité politique est un élément-clé pour attirer les investissements. Quel que soit le type de régime, une économie nécessite un climat des affaires stable et non fluctuant. Les investisseurs veulent être rassurés. Ils doivent être certains de pouvoir récupérer leurs mises, notamment dans les projets d'infrastructures qui sont à long terme. Il faut, par exemple, dix ans pour un barrage hydroélectrique entre la pose de la première pierre et la production d'électricité. Les investisseurs doivent avoir une visibilité sur leurs investissements.

Qu'est-ce qui distingue un pays en voie de développement d'un pays émergent?

Selon la définition la plus communément admise, un pays en voie de développement ou un pays en développement est un pays, généralement dit "du Sud", moins développé que les pays dits "du Nord". Cette classification, directement issue de la division du monde entre Nord et Sud, date de 1945. Elle est de moins en moins pertinente avec les progrès économiques faits par les pays du Sud et les difficultés économiques croissantes que connaissant les pays du Nord. La chute du mur de Berlin, la mondialisation et la croissance spectaculaire de la Chine ont clairement rebattu les cartes. De ce point de vue, on pourrait considérer que le PIB par habitant est l'indicateur économique le plus pertinent pour distinguer pays émergent et pays en développement. Il existe également l'indicateur de développement humain (IDH). Mais l'inconvénient de ces systèmes de mesures, c'est qu'ils ne prennent pas en compte les potentialités d'un pays. Or, un pays émergent se caractérise principalement par un retard de développement par rapport aux pays riches, mais qui connaît un sentier de croissance de long terme qui lui permet d'espérer un rattrapage accéléré de ce retard.

Pourquoi ce mot est-il apparu pour désigner ceux qu'on a fini par appeler les Brics?

L'acronyme Brics a été créé par un économiste, Jim O'Neill, à l'époque chef économiste de Goldman Sachs, qui cherchait à regrouper sous un terme facile les marchés les plus porteurs économiquement et financièrement dans les dix années suivantes. Il s'agissait surtout de trouver une "formule magique" pour signaler les potentialités d'investissement dans les pays émergents. Or, la formule magique a coïncidé avec une analyse de fond qui s'est révélée exacte. La Chine est aujourd'hui la seconde puissance économique mondiale, après avoir dépassé la Russie puis le Japon. L'Inde et le Brésil ont également connu une décennie triomphante avec des taux de croissance record. Le succès est tel que l'on peut d'ailleurs se demander si la Chine est encore un pays émergent. Certes, le PIB par habitant est encore faible, mais à plusieurs points de vue, elle est clairement devenue un pays "émergé".

Quinze ans après avoir été érigés en bastions d'espoir économique, les Brics entrent dans le rang avec des problèmes de compétitivité. N'est-ce pas un processus fatal?

Non, c'est un processus normal qui confirme que les Brics sont désormais des pays émergés et non plus émergents. Les Brics ont atteint une certaine maturité de croissance. Ils ont atteint le "tournant de Lewis", concept forgé par Arthur Lewis, Prix Nobel d'économie en 1979. Ce tournant se définit comme le moment où, dans une économie en développement, une main-d’œuvre abondante se raréfie, entraînant une augmentation des revenus, une contraction des marges bénéficiaires des entreprises puis une chute de l'investissement. Les Brics sont actuellement dans ce tournant, lequel a pour conséquence de créer une nouvelle classe moyenne, dotée de revenus intermédiaires, qui fait basculer le moteur de la croissance de l'exportation vers la consommation intérieure. Les Brics connaissent ainsi les mêmes problématiques que les pays occidentaux "du Nord". Ils sont aux prises avec une classe moyenne émergente qui revendique plus de justice sociale, moins d'inégalités, une assurance vieillesse, une assurance chômage, une assurance maladie, des infrastructures qui permettent d'avoir l'électricité sans coupure et un système éducatif qui permettra à leurs enfants de profiter de l'ascenseur social. C'est bien le sens des émeutes au Brésil au printemps 2013 et qui continuent sporadiquement.

Les taux de croissance élevés de certains pays africains font croire que tout sera désormais possible. Quelle mise en garde pouvez-vous faire pour que la désillusion ne soit pas de la partie?

Après "l'afro-pessimisme", certains sont passés à "l'afro-béatitude" ! Je pense qu'il faut regarder les faits et les chiffres : dans quels pays est-il vraiment possible de faire des affaires, dans un contexte juridique stable et sans corruption ? Quelles sont les perspectives économiques de moyen et long terme qui permettent de s'engager dans des investissements ? Beaucoup plus de choses sont désormais possibles. Pour autant, tout n'est pas possible. Pour ma part, je considère qu'il existe de vraies valeurs sûres en Afrique, par exemple le Ghana, le Mozambique, le Nigeria, la Côte d'Ivoire ou le Botswana.

Vous avez regroupé sous l'acronyme Benivm de nouveaux pays émergents parmi lesquels deux africains, l'Éthiopie et le Nigeria. Pourquoi eux et pas les autres, pourtant à fort potentiel?

Le Nigeria est aujourd'hui, en 2014, la première puissance économique africaine devant l'Afrique du Sud. Il était difficile de ne pas le mentionner ! Les Nigérians ont le sens des affaires, le pays dispose d'immenses ressources pétrolières, la population est en forte croissance démographique et l'urbanisation connaît une accélération poussée. En d'autres termes, le Nigeria présente toutes les caractéristiques d'une grande puissance émergente. Quant à l'Éthiopie, il s'agit d'un pays méconnu, mais qui a le potentiel d'un "lion africain", comme on a parlé dans les années 1980 des "dragons asiatiques". Ces deux pays répondent au critère de population que je me suis fixé dans la définition des nouveaux pays émergents, puisqu'ils sont les deux pays d'Afrique les plus peuplés (165 millions d'habitants pour le Nigeria et 92 millions pour l'Éthiopie). Néanmoins, et vous avez raison, d'autres pays africains disposent d'un potentiel important : les pays lusophones que sont l'Angola et le Mozambique, mais aussi le Ghana dont la stabilité politique et institutionnelle attire les investisseurs. Il faut désormais compter avec ces nouveaux "lions" africains.

L'Afrique compte une cinquantaine de pays. Où se situerait, selon vous, la taille critique en termes d'intégration pour qu'un ensemble, ou deux, émerge et dépasse l'émergence pour un vrai niveau de pays développé?

C'est une question difficile. L'intégration se fait progressivement, par exemple en Afrique de l'Ouest avec l'apparition d'une immense conurbation maritime qui englobe, du Nigeria à la Côte d'Ivoire, des villes telles que Lagos, Cotonou, Lomé, Accra et Abidjan. Il s'agit d'ailleurs de la première zone de croissance africaine. En Afrique de l'Est, à partir du Kenya, un ensemble est également en train de se construire, avec l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et l'Éthiopie. Assurément, les pays africains doivent s'organiser régionalement afin de favoriser les échanges commerciaux et l'apparition d'industries de transformation. Cette intégration régionale est également fondamentale pour les infrastructures. Ainsi, l'Afrique du Sud est dépendante des projets hydroélectriques du Mozambique ou de la RDC. Cette intégration régionale favorise donc incontestablement la croissance et le développement. Le chemin pour y arriver sera long, mais il n'est pas hors de portée pour les Africains.

Pour vous, au regard de ce que vous avez observé en économie, l'Afrique demain, c'est...?

Un continent renaissant, pour reprendre le mot du Franco-Béninois Lionel Zinsou à propos des pays africains : "Nous n'émergeons pas, nous renaissons." Je trouve que c'est une belle expression, à laquelle j'adhère, et qui prend en compte l'histoire longue, indispensable à la compréhension de l'émergence.

 

Source: LE POINT

lundi, 27 janvier 2014

OBAMA ATTEND LES AFRICAINS A LA MAISON BLANCHE

 

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Qui aurait cru ? Barack Hussein Obama - cet homme hybride, président des Etats-Unis, dont les deux mandats resteront dans l’histoire africaine, le pire cauchemar que les Africains aient connu après le siècle de l’esclavage et la balkanisation de l’Afrique - vient de tendre la main aux chefs d’Etat africain pour un sommet qu’il compte encadrer à la Maison Blanche à l’honneur de « l’Afrique » en août 2014.

Cette annonce a fait l’effet d’un boom dans les présidences africaines mais elle a pris au dépourvu les présidences européennes qui croiaient avoir leur pleine souveraineté en Afrique et dans ces « contrées ».

Ce qui est très surprenant, c’est le fait que les présidences africaines sembleraient avoir gagné le pari sur l’Europe et que leur directoire de communication serait en harmonie avec la Maison Blanche. Elles ont accueilli favorablement l’annonce et seraient en train de se préparer pour cette rencontre ô combien historique pour chacun des présidents africains qui recevront l’invitation des mains des ambassadeurs américains auprès de leur pays respectifs pour se rendre à la Maison Blanche, poser auprès d’Obama.

À ce jour, aucun chef d’état africain ne s’est prononcé, encore moins l’Union africaine, pur objet de décor de l’Afrique depuis 2011, sur sa participation « éventuelle » ou « pas éventuelle ». Tous ont gobé l’annonce et dans leurs antichambres ils seraient en train de s’en enorgueillir…

Il apparaît que ce soit un rêve pour certains leaders africains qui n’avaient jusqu’ici eu le privilège que de poser auprès d’un Sarkozy (parti) ou d’un Hollande (partant) ou de Hu Jintao l’ex-président chinois. Cette fois, ce serait le comble pour ceux-là, d’avoir été à Pékin, Paris, et Washington et pourquoi ? Pour représenter leurs villages et contrées et non les « pays » africains du point de vue du Congrès de Berlin.

REVENONS AU PROBLEME DE FOND !

Dans le mode opératoire du prédateur qu’il est, le président des USA a appâté les dirigeants africains en faisant semblant de respecter la politique de l’UA (dont les décisions ont permis d’exclure la Guinée Bissau et l’Egypte… tout comme les sanctions de l’UA sur Madagascar ne sont pas encore levées malgré les élections qui viennent de s’achever). Il a aussi évité de fâcher Londres – son allié de tous temps - en refusant d’inviter Mugabe, l’homme africain qui a mis à nu les pratiques du Commonwealth et les désirs coloniaux britanniques d’obscurcir le Zimbabwe et les états-africains qui furent sous l’influence de la Grande Reine britannique.  

Au lieu que l’UA s’insurge sur une telle annonce qui crée des différences entre Africains, elle est restée muette comme elle en a l’habitude de le faire lorsque l’Afrique est malmenée par les fauves en quête de leur pitance en Afrique et ne s’agite que lorsque les conséquences sont ténébreuses pour les Africains.

Aucun Africain digne et respectueux de l’éthique africaine, n’accepterait une telle humiliation surtout lorsqu’il s’agit des leaders qui, en notre temps, sont les leaders de l’Afrique indépendante… je souligne ici la figure de Robert Mugabe. Qu’il ne soit pas sur la liste des invités, les autres chefs d’Etat africains devaient se poser des questions sur l’intention du prédateur noir de la Maison Blanche.

Pire encore, c’est le prédateur noir, l’homme qui, pour une première fois dans l’histoire de l’Afrique, a déversé plus de 8000 bombes à uranium appauvri et/ou enrichi sur le sol africain, c’est cet homme là, qui vient inviter les Africains pour soi-disant « ouvrir un nouveau chapitre dans la relation entre les Etats-Unis et l’Afrique ». L’homme noir que les grands fauves de l’Amérique ont utilisé pour assassiner plus de 200.000  Libyens et tuer l’homme le plus aimé de l’Afrique, le Colonel Kadhafi. Que les Africains acceptent de se rendre à la Maison Blanche, ils y vont pour leur village et contrée mais pas pour représenter l’Afrique.

QUEL ENSEIGNEMENT CES LEADERS AFRICAINS VEULENT LAISSER A LA POSTERITE ?

Ils ont perdu le sens de l’Honneur et le reste du monde en profite pour les traiter en moutons d’abattoir. Ils sont pitoyables dans leur être lorsque tous les ans ils se rendent en longue file indienne dans les capitales étrangères pour faire la salle de classe devant un professeur dont le nom est à tour de rôle : France, Chine, Inde, et aujourd’hui, USA.

Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ?

Est-ce que ces dirigeants africains ne peuvent pas abandonner leur souveraineté à l’UA africaine pour se rendre en duo, UA-USA, UA-CHINE, UA-FRANCE, UA-INDE, UA-ETC… pour résoudre les problèmes de l’Afrique. Quel est ce malheur qui frappe sur le front des Africains, qui, chaque fois doivent être la risée des autres nations ? J’ai du mal à être dans la peau de ces chefs d’état sans gloire ni honneur. 

ET LE PREDATEUR ?

Ce que les Africains n’ont pas compris, là où les Latino-Américains ont déjà pris leurs distances, c’est que ces leaders noirs ne connaissent pas les enjeux mondiaux de l’heure ou bien, ils le savent mais créent les conditions pour pourrir l’Afrique après eux.

Les USA n’ont jamais été un partenaire fiable. Ils ont toujours dupé, fait croire au paradis aux peuples du monde, mais ce paradis s’est toujours transformé en enfer de l’enfer. Les pays Latino-Américains en sont bien avertis, l’Iraq, l’Afghanistan, le Pakistan, la Libye, la Syrie actuelle en sont des illustrations éloquentes.

Au lieu que nos leaders s’en prennent à leur soif d’invitation du Noir de la Maison Blanche, qu’ils remuent leurs méninges et renvoient l’ascenseur à l’UA, en déclinant l’offre et en laissant à l’UA, le soin d’aller à la Maison Blanche parler d’une seule voix pour l’Afrique, si l’opportunité d’y être en vaut vraiment la peine suivant l’agenda africain de l’heure.

Aucune sécurité extérieure ne sera bénéfique pour l’Afrique sauf si ce sont les Africains eux-mêmes qui en conjuguent les efforts. La sécurité des USA pour l’Afrique c’est l’insécurité totale…

Il est clair que mon analyse ne changera jamais l’avis de ces chefs d’Etat avides de notoriété. Ils sont prêts à payer le prix du diamant pour se payer le luxe en se ruant à Washington poser auprès du noir-blanc africain de la Maison Blanche, qui est détesté lui-même aujourd’hui par les Noirs américains pour ses basses œuvres dans le monde et aux Etats-Unis même.

DE MEMOIRE: OBAMA, L’HAMEÇON DES PREDATEURS DE LA MAISON BLANCHE POUR LES AFRICAINS…            

Lorsque cet homme arrive au pouvoir lors de son premier mandat, il montre immédiatement un désintérêt pour l’Afrique. Lors de sa première visite africaine qu’il effectue au Ghana en juillet 2009, il tance les chefs d’Etat africain et les traite de despotes, des infréquentables… puis lors de son discours à Accra il sermonne nos « despotes » africains tel et si bien que l’on n’aurait pu imaginer que ce serait encore lui, cinq ans après, qui les convoquera à la Maison Blanche.

Bref, il revient aux leaders africains de soigner leurs images écornées en refusant de jouer le jeu des impérialistes. Ces gens viennent toujours avec des idées sincères… vous croyez que vous êtes en train de consommer un bon poisson mais à la grande surprise, vous trouvez une vipère vivante – somnolant dans votre plat prete à vous mordre l’œsophage.

Et pour paraphraser Louis Farrakhan, « Ne pensez pas qu'ils n’ont pas l'intention de vous voler ce qui se trouve sous votre pied ! Leurs actions ne sont pas à votre avantage, mais à leur avantage (...).  Leur jeu est toujours le même. Ils n'ont jamais changé, et ils ne changeront pas maintenant. Le serpent peut se débarrasser de la « vieille peau », mais la "nouvelle peau" qu’il revêt reste la même: il apparaît juste «frais» et «neuf». »

 

Gilbert NKAMTO (*)

 

Gilbert NKAMTO pour le CEREDD / Centre Européen de Recherches et d’Etudes sur la Démocratie Directe / 25 janvier2014

 

http://www.lucmichel.net/2014/01/25/ceredd-obama-attend-les-africains-a-la-maison-blanche/

 

MANIFESTATION CONTRE OBAMA EN AFRIQUE DU SUD.jpg

Photo : Manifestation contre Obama à Pretoria, Afrique du Sud, le 28 juin 2013.

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(*) www.gilbertrocheteau.blogspot.com

Correspondant du CEREDD à Tripoli, puis Yaoundé.

Secrétaire général du Conseil Panafricain du MDPR /

Mouvement démocratique panafricain pour la renaissance

www.mdpr.populus.ch 

Administrateur d’EODE Zone Afrique

www.eode.org

https://www.facebook.com/EODE.africa

mardi, 07 janvier 2014

POLEMIQUE - «LA CHUTE DE LA FRANCE»

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Une journaliste de Newsweek qui vit à Paris dresse un portrait accablant de la société française. Un point de vue qui a provoqué de nombreuses réactions consternées. Ci-dessous, l'article dans son intégralité.


Même si c'est tiré par les cheveux, certains n'hésitent pas à comparer ce qui se passe aujourd'hui en France avec les événements de 1685. Cette année-là, Louis XIV révoque l'édit de Nantes, qui protégeait les protestants de France (ou Huguenots). Essayant d'unir son royaume sous une seule et même religion, le Roi-Soleil fit fermer des temples et persécuta les Huguenots. Résultat, quelque 700 000 d'entre eux s'exilèrent en Angleterre, en Suède, en Suisse, en Afrique du Sud et dans d'autres pays.

Les Huguenots étaient près d'un million avant 1685 et étaient considérés comme les abeilles industrieuses de la France. Ils quittèrent le pays sans argent, mais forts de leurs nombreuses compétences. On peut parler d'une véritable fuite des cerveaux.

Rome brûle

Depuis l'arrivée au pouvoir du président socialiste François Hollande en 2012, l'impôt sur le revenu et les charges sociales ont grimpé en flèche. Le taux d'imposition maximal est de 75 % et beaucoup de contribuables sont imposés à plus de 70 %.

Il s'ensuivit une ruée vers la frontière de ceux-là mêmes qui créent la croissance économique : chefs d'entreprises, innovateurs, esprits créatifs, cadres supérieurs. Tous quittent la France pour déployer leurs talents ailleurs.

Pour un pays historiquement riche, c'est une tragédie. Le problème des Français, comme on dit, c'est qu'ils n'ont pas de mot pour entrepreneur [la journaliste reprend ici une citation prêtée à l'ancien président américain George W. Bush]. Où est le Richard Branson français ? Et le Bill Gates français ?

"Vous voyez cet homme là-bas ? Je vais le tuer. Il a fichu ma vie en l'air !" L'homme qui fulmine en ces termes est un ami avocat qui quitte la France pour la Grande-Bretagne afin d'échapper à la tranche de 70 %. Il dit qu'il travaille comme un chien pour financer un Etat dépensier. Celui qu'il montrait du doigt était Pierre Moscovici, le très décrié ministre des Finances, attablé dans un restaurant japonais huppé du VIe arrondissement de Paris. Moscovici avait l'air très content de lui. A-t-il conscience que Rome brûle ?

Le socialisme entraîne la morosité

Certes, il y a beaucoup de bonnes choses en France. Une économie qui dispose d'infrastructures performantes, par exemple un service de trains à grande vitesse, le TGV, et Airbus, ainsi que des entreprises internationales, par exemple le groupe de luxe LMVH, qui définissent tous l'excellence à la française. Elle possède la meilleure agriculture d'Europe. Son industrie du tourisme est l'une des meilleures au monde.

La France connaît cependant depuis les deux dernières années un déclin constant et notable. La main lourde du socialisme provoque la morosité. Il est de plus en plus difficile de monter une petite entreprise quand on ne peut pas licencier les salariés inutiles et recruter de nouveaux talents. Comme les Huguenots jadis, les jeunes diplômés ne voient aucun avenir pour eux et s'enfuient à Londres.

Le chômage est officiellement à trois millions de personnes, officieusement plutôt à cinq millions. Le coût de la vie quotidienne est astronomique. Paris est désormais l'une des villes les plus chères au monde, devant Londres. Un demi-litre de lait vaut par exemple 4 dollars [3 euros] à Paris, soit le prix de 3,8 litres dans un magasin américain.

Ceci s'explique en partie par l'étouffant "Etat nounou". Il y a dix ans, j'ai quitté Londres pour commencer une nouvelle vie à Paris. Après avoir épousé un Français et enceinte de notre enfant, j'étais ravie d'échanger mon appartement de Notting Hill pour un logement donnant sur les jardins du Luxembourg.

A cette époque, les prix étaient tels que j'ai pu échanger un petit appartement de célibataire à Londres, rugueux mais charmant, pour un appartement familial délabré dans le centre de Paris. Puis les prix se sont mis à grimper régulièrement. A la fin du règne du gaulliste (conservateur) Nicolas Sarkozy, les Français (qui détestaient son attitude bling-bling) ont fait entrer en scène le plan-plan Hollande. Presque immédiatement après, les impôts ont commencé à augmenter.

Avantages et abus

Au début, cela ne me dérangeait pas de payer plus d'impôts qu'au Royaume-Uni pour avoir accès à d'excellents services de santé ou à des écoles savamment subventionnées comme celle où est inscrit mon fils (l'Ecole alsacienne, fondée par l'un des rares Huguenots restant en France à la fin du XIXe siècle).

En tant que jeune mère, j'ai été surprise par la kyrielle d'avantages offerts si vous remplissiez tous les formulaires : les couches étaient gratuites, le travail de la nourrice était déductible des impôts, il y avait des crèches gratuites dans tous les quartiers. Des travailleurs sociaux sont venus frapper à ma porte pour m'aider à "organiser la crèche", et mon fils a droit à la cantine à un repas complet [entrée, plat, dessert], plus une portion de fromage.

Reste que certaines de ces aides sont un pur gâchis. L'Etat français paie notamment pour que des jeunes mères comme moi-même puissent voir un spécialiste deux fois par semaine pour raffermir leur ventre. Lancée après la Première Guerre mondiale et la disparition de tant de jeunes hommes, cette mesure visait essentiellement à encourager les naissances (jamais votre mari ne voudra vous toucher si vous avez encore vos kilos de grossesse, quelle idée bien française !).

En regardant autour de moi, j'ai vu combien les gens abusaient de ce système. Des amis syndiqués pouvaient partir en vacances tout l'été et toucher une allocation-chômage de 55 % de leur salaire. Un ami cameraman âgé de 30 ans et en possession de tous ses moyens travaillait cinq mois et passait le reste de l'année à vivre des aides de l'Etat dans le confort de sa maison du sud de la France.

Une amie employée de banque a passé ses trois mois de congé maternité à faire du bateau en Guadeloupe. Se trouvant dans un territoire d'outre-mer, elle continuait à toucher toutes ses aides.

Une autre amie banquière qui avait été licenciée s'est accordé presque trois ans pour trouver un nouvel emploi, car l'Etat la payait tant qu'elle ne retrouvait pas de travail. "Et pourquoi pas ? Je l'ai bien mérité, m'a-t-elle répondu quand je l'ai interrogée. J'ai cotisé pour le système." Son attitude est largement répandue.

Lorsque vous prenez votre retraite, vous êtes chouchouté. Il existe 36 régimes spéciaux – ce qui signifie, par exemple, que le personnel hospitalier ou les conducteurs de train peuvent partir à la retraite plus tôt que les employés du secteur privé en raison de "la pénibilité de leurs conditions de travail", alors même qu'ils ne peuvent pas être licenciés. Mais tout cet argent distribué a conduit l'Etat à la faillite.

Une nation de nombrilistes

La France étant par ailleurs une nation de nombrilistes à la Jean-Paul Sartre*, elle refuse de se tourner vers l'extérieur, vers le village mondial. Pourquoi s'intéresser aux Brics – les marchés émergents du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique de Sud – quand on a Paris ? C'est une philosophie étriquée qui tuera la France.

Au Forum économique mondial, qui se tient tous les ans à Davos, la France est toujours sensiblement sous-représentée. L'année dernière n'y assistait qu'une toute jeune ministre, Fleur Pellerin, car c'est apparemment la seule membre du gouvernement à parler anglais couramment. "Les Français n'aiment pas parler anglais, a admis l'un de ses assistants avec lassitude. Ils n'aiment donc pas venir à Davos."

Les plus grands esprits français préfèrent s'enfuir à Londres, Bruxelles et New York plutôt que de s'abêtir chez eux. Parcourez une rue du quartier de South Kensington – le nouveau sixième arrondissement de Londres – et essayez de ne pas entendre parler français. Le lycée français qui s'y trouve dispose d'une longue liste d'attente pour les enfants français dont les familles ont émigré. L'ambiance est sinistre lorsque j'écoute mes amis français sur ce sujet.

D'après un fonctionnaire expérimenté des Nations unies, aujourd'hui installé en Afrique, "les plus grands penseurs de France ont quitté le pays. Tout ce qu'il y reste désormais, c'est la médiocrité."

"La France meurt à petit feu, affirme le responsable juridique d'une grande entreprise française. Le socialisme est en train de la tuer. Elle ressemble à une famille de riches aristocrates incapable de se défaire des domestiques – un peu comme dans la série Downton Abbey."

"Ces dix dernières années, le village mondial est devenu une réalité, ajoute un éditeur français. L'économie mondiale a pris tant d'ampleur qu'un Etat-nation ne peut plus jouer le même rôle qu'il y a dix ans. Les Français n'en ont pas encore pris conscience."

Pour prendre un nouveau départ, la France doit se débarrasser de la vieille garde et se réinventer. François Hollande n'était pas allé en Chine avant de devenir chef d'Etat en 2012 – et il a 58 ans. Le gouvernement est tellement replié sur lui-même et les fonctionnaires sont tellement détachés de la réalité que ce pays en est venu à se voiler la face.

C'est en partie la faute du système éducatif et notamment des grandes écoles, où sont formés la plupart des hauts fonctionnaires. Que ce soit François Hollande, son ex-épouse Ségolène Royal – candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007 – ou l'ex-président Jacques Chirac, mais aussi la plupart des Premiers ministres depuis 1958, tous pensent que la France est encore une superpuissance. Pourtant, la triste réalité est tout autre et la France est plus proche de l'Espagne ou de l'Italie que du Royaume-Uni ou de l'Allemagne.

Il y a bien quelques visionnaires, comme Christophe de Margerie, le PDG de Total, une multinationale dans le secteur de l'énergie. Il parle un anglais parfait et passe l'essentiel de son temps à négocier des contrats en dehors de France, mais il reste une exception.

J'aime beaucoup mon pays d'adoption et je ne veux pas en partir. Je souhaite que mon fils finisse sa scolarité en France. J'espère qu'il ne s'enfuira pas à Wall Street ou à la City de Londres, mais bien qu'il restera ici pour construire une France meilleure.

Pour cela, il faut toutefois que les politiciens comme François Hollande laissent la population respirer. La créativité et la prospérité ne sont au rendez-vous que lorsque les citoyens peuvent construire, innover et s'épanouir.

 

Janine DI GIOVANNI

 

Sur le même sujet: un article du blog "Les décodeurs" du Monde.fr, qui revient sur "les mille et une erreurs" de l'article de Newsweek.

Note :* En français dans le texte.


lundi, 30 décembre 2013

L'AFRIQUE PERD MANDELA MAIS GARDE DEBY, BIYA, SASSOU ET L'ARMEE FRANÇAISE


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Dossier Centrafrique et France à fric

MICHEL COLLON: «Entre 2000 et 2011, la part de marché de la France au Sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7%», affirme le rapport Védrine. Voilà la clé! Tout le reste est propagande pour justifier l'ingérence, comme le prouve notre dossier...

République Centrafricaine: La France en quête d'influence - Tony Busselen

«Augmenter notre présence en Afrique»: la loi de programmation militaire française - Raphaël Granvaud

Paix et sécurité en Afrique: la France fait partie du problème, pas de la solution - Survie

L'Afrique perd Mandela, mais garde Déby, Biya, Sassou et l'armée française - Survie

L’association Survie a déjà largement dénoncé la tenue à l’Élysée d’un Sommet pour la paix et la sécurité en Afrique organisé par une ex-puissance coloniale qui n’a jamais cessé son ingérence sur le continent, et en présence de dictateurs qui y ruinent tout espoir de paix.

 
Rien ne pouvait cependant laisser présager la tonalité de la cérémonie d’ouverture, marquée par l’annonce du décès de Nelson Mandela. L’hommage rendu à cette icône des résistances africaines par le Président français et des chefs d’Etat qui méprisent leur peuple laisse un goût particulièrement amer lorsque l’on s’intéresse aux autres symboles véhiculés par ce Sommet.

Alors que les émissions de télévision repassent en boucle des images de la libération du héros de la résistance contre l’apartheid, en 1990, il est intéressant de faire le compte du nombre de chefs d’États invités à l’Élysée par François Hollande qui étaient déjà au pouvoir à cette époque. C’est le cas de Paul Biya (Cameroun, depuis 1982), Denis Sassou Nguesso (Congo-B, depuis 1979), Blaise Compaoré (Burkina Faso, depuis 1987), sans oublier les héritiers des régimes Bongo et Eyadéma au Gabon et au Togo. C’est en cette même année 1990 que le président tchadien a accédé au pouvoir par un coup d’État soutenu par la France. La comparaison entre ce qu’est devenue l’Afrique du Sud et la situation économique et humanitaire de ces pays du « pré-carré », malgré le « soutien  » supposé apporté par la France, paraît bien cruelle. Et sur le plan politique, combien de militants inspirés par le combat de Nelson Mandela sont passés eux-aussi par les prisons de ces dictatures ?

C’est pourtant avec le régime tchadien, notoirement violent et corrompu, mais aussi avec les régimes camerounais, gabonais et congolais que la France intervient aujourd’hui en Centrafrique pour contribuer à éteindre un feu qu’elle a largement contribué à alimenter.

Il est ainsi paradoxal de constater l’absence à ce sommet de Jacob Zuma, Président sud-africain, alors que l’événement a justement pour objet de plaider pour la constitution d’une force inter-africaine, qu’à ce jour seuls les sud-africains seraient susceptibles de conduire.

Jacob Zuma aurait décidé de ne pas se rendre à Paris pour dénoncer le rôle de gendarme de l’Afrique que s’est octroyé la France dans des conflits récents (Côte d’Ivoire, Libye, Mali, Centrafrique). Nelson Mandela n’avait pas participé non plus au Sommet France-Afrique du Louvre, en 1998, organisé sur le même thème de « la paix et de la sécurité », avec les résultats (ou plutôt l’absence de résultats) que l’on connaît.

Outre les 50 années d’ingérence militaire et de soutien à des dictatures, peut être que ces deux présidents ont gardé en mémoire les longues années de coopération économique et militaire de la France avec le régime de l’apartheid, quand malgré les sanctions internationales, les gouvernements français successifs, y compris sous la présidence socialiste de François Mitterrand, fournissaient en armes l’État qui maintenait Nelson Mandela dans ses geôles, en utilisant les ports gabonais ou comoriens. Le 29 mars 1988, c’est même avec la complicité supposée des services secrets français que la représentante de l’ANC Dulcie September était assassinée à Paris alors qu’elle enquêtait sur les ventes d’armes entre la France et l’Afrique du Sud.

Les Français et les Africains qui défendent la justice et la fraternité entre les peuples garderont longtemps en eux le souvenir de Nelson Mandela et de nombreux héros sacrifiés, souvent remplacés par des tyrans, en espérant pouvoir tourner rapidement la page sombre de la Françafrique et du néocolonialisme.


 

mercredi, 18 décembre 2013

IDOLATRER MANDELA ET VILIPENDER GBAGBO, QUELLE INCONGRUITE!

 

GBAGBO ET MANDELA.jpg



En cette fin d’année 2013, vient de mourir une illustre personne, l’icône de la lutte contre l’Apartheid, Nelson Mandela. Dieu lui a donné de vivre 95 longues années. Ayant passé, injustement, 27 ans en prison, on peut dire qu’il a vécu seulement 68 années à cause de la méchanceté, de la voracité des hommes, particulièrement des hommes blancs qui ont manipulé une soi-disant justice pour le mettre en prison et l’éloigner de ses compatriotes. Il nous fait penser au sort de Gbagbo et à l’exploitation honteuse et mensongère de la CPI pour éloigner ce dernier définitivement du pouvoir. En quoi, dénoncer et combattre la ségrégation raciale, agir pleinement pour l’intérêt de ses concitoyens, sont-ils des crimes? 

A la vérité, l’homme blanc d’Afrique du Sud, afrikaner ou de France, néocolonialiste, est encore aujourd’hui raciste. Une preuve récente et éclatante étant la convocation à l’Elysée de tous les chefs d’état africains pour traiter des problèmes de sécurité concernant l’Afrique. Comment cette France initiatrice de toutes les guerres, rébellions et autres dérives contre la paix sur ce continent peut-elle pousser l’outrecuidance et l’hypocrisie jusqu’à se présenter comme la bienfaitrice de l’Afrique et des africains?

Cette rencontre de la Françafrique, avec le décès de ce patriote africain, a été symboliquement placée sous la Présidence de feu Mandela. Il n’y a que des adeptes de sectes ésotériques, spirites, précisément maçonniques pour confier la Présidence d’une réunion de ce type à un défunt. On comprend alors aisément, que cette réunion n’est qu’une rencontre de membres criminels de cette secte satanique des francs maçons.

Voilà un homme, autrefois, vilipendé par les occidentaux, traité de tous les mauvais noms et spécifiquement de terroriste par les leaders occidentaux dont Reagan, le Président américain et Mme Thatcher 1er Ministre de la Reine d’Angleterre, mais aujourd’hui encensé, adulé, même idolâtré, par les responsables politiques et les instruments de propagande médiatiques des grandes puissances de ce Monde. Quelle versatilité!
 
Comme du temps du séjour carcéral de Mandela, Gbagbo continue de faire l’objet d’une campagne affreusement mensongère, le présentant comme un criminel, un dictateur. Ainsi, au père de la démocratie ivoirienne, qui plusieurs fois a été jeté en prison pour ses idéaux de liberté, sont attribués les crimes perpétrés en Côte d’Ivoire par les Présidents-Criminels français Chirac et Sarkozy et leurs hommes de mains Soro et Ouattara. Ce sont eux qui ont levé une rébellion, choisi la voie de la guerre et des tueries, plutôt que celle du recomptage paisible des voix, réclamée par le Président Gbagbo. Quelle ignominie! 

Aujourd’hui, ces éloges que clament ces voraces occidentaux, ces mises en scène dignes d’excellents dramaturges visent à compatir hypocritement à la douleur des Sud-Africains et à la célébration de leur libérateur. Ils ne doivent pas faire oublier les objectifs toujours égoïstes des ces voraces occidentaux. Pourquoi donc tant de flatteries pour ce combattant des heures chaudes de l’Apartheid? Plusieurs raisons justifient ce branle-bas des hommes politiques occidentaux.

Les regrets d’une prise de conscience tardive de l’abomination que fut l’Apartheid, un système de discrimination raciale, à l’origine présenté comme un moyen de développement séparé des africains et des blancs d’Afrique du sud; il est bon de se souvenir que pendant longtemps les anglais, américains, français et autres européens ont été des soutiens inconditionnels de cette abominable discrimination raciale; ce sont ces mêmes qui supportent aujourd’hui l’odieux système proche du nazisme qu’est le rattrapage ethnique, appliqué par Ouattara. En témoignent, les enlèvements, les emprisonnements arbitraires, les exactions, les tueries massives de pro-Gbagbo.

Ces regrets ne tiennent pas au choix du soutien à ce dégradant système inhumain, mais plutôt à la manière dont il s’est fait. Ces hypocrites regrettent de n’avoir pas fait très tôt le choix d’une condamnation du bout des lèvres qui les aurait blanchis comme c’est le cas de la France dans ces actions de pyromane-pompier vis-à-vis du continent noir.

Pour corriger le tir, des négociations avec l’ANC, une organisation autrefois qualifiée de terroriste, seront imposées aux dirigeants Sud-Africains par les impérialistes occidentaux.

Le culte voué, à la pratique et dans les faits, à Mandela s’explique aussi par son maintien des avantages consentis aux Sud-Africains blancs et aux investisseurs occidentaux. Ainsi, aucune tentative de réforme agraire n’a été entreprise à ce jour comme le réussit si bien le vétéran de la guerre de libération du Zimbabwé, le Président Mugabé.

Les blancs détiennent toujours des milliers d’hectares de terres fertiles et les noirs sont parqués dans des zones arides et vivent, pour beaucoup encore, dans une situation de précarité et de pauvreté aggravée.

Ce statut-quo de préservation des intérêts financiers des blancs fait de Mandela une personne de tous les éloges. Pour ce noir étranger, ces voraces et hypocrites occidentaux mettent leurs drapeaux en berne, décrètent des jours de deuil, car il faut encourager les autres noirs sur cette voie de préservation des intérêts des Blancs. Il faut éviter que les successeurs du 1erPrésident noir d’Afrique du Sud n’utilisent la voie Mugabe de nationalisation des terres et de redistribution des richesses.

On peut comprendre que cette compromission du statut quo ante fut, sans nul doute, la principale condition de libération de cet homme qui, jusqu’au bout, serait resté fidèle à l’engagement pris lors des dernières négociations ayant abouti à sa libération.

Mandela a aussi permis aux occidentaux d’imposer à l’Afrique une échelle des valeurs purement occidentales; ainsi l’Afrique du Sud a été le premier pays africain à accepter l’homosexualité, bien avant même certains pays européens. Cet amour des occidentaux pour «Madiba» qui les a combattus de surcroit militairement peut s’expliquer aussi par des intérêts spirites communs. Ces illuminatis et francs-maçons n’aiment que leurs frères en lumière (en réalité des frères de ténèbres) et font tout pour les soutenir, les encenser et facilitent à tout prix leur promotion. Il ne serait pas surprenant d’apprendre que Mandela était un des leurs.

Dans le cas de Gbagbo son refus de se lier, après plusieurs sollicitations, à cette secte luciférienne explique bien l’acharnement et la propagande mensongère orchestrés contre sa personne.      

Aujourd’hui, les éloges de ce combattant de la liberté doivent faire comprendre aux africains, que seule la lutte paie. Avec Mandela, a pris fin la ségrégation raciale en Afrique du Sud, mais la ségrégation économique a toujours été maintenue et même prend de l’ampleur au détriment des Africains. Il faut donc continuer le combat de Gbagbo, cet autre Mandela, jusqu’à la victoire finale. Tout comme Mandela, l’emprisonnement injuste de Gbagbo par les impérialistes occidentaux et particulièrement français doit permettre à tous les africanistes vivants en Europe et en Afrique de redoubler d’effort. C’est le moment de manifester la fidélité à ce défenseur de l’autonomie, de la démocratie et de l’indépendance des pays africains: Gbagbo en prison, doit donner plus de tonus aux indépendantistes et aux autonomistes africains.

Un jour, comme Mandela aujourd’hui, Gbagbo fera l’objet d’éloges de la part, non des grands de ce monde mais plutôt des démocrates et hommes de paix, pour sa sincérité, son amour de la démocratie et de la paix. Il n’a, contrairement à Mandela, jamais utilisé la voie de la violence et même, dans une certaine mesure, a toujours préservé les intérêts français et occidentaux. Car à la vérité privilégier les intérêts africains n’est pas destructeur pour les Etats Européens. Le potentiel de richesses du continent noir étant considérable.

On ne peut donc comprendre qu’on idolâtre Mandela et qu’on vilipende Gbagbo.


NANWOULET G. Simone

mardi, 22 octobre 2013

ENGLOBAL S'ATTAQUE A PICKAS, A AFFI ET AU FPI: LE RECADRAGE DE AHOUPA SESSEGNON

côte d'ivoire,ahoupa sessegnon,zasso patrick dit "en global",englobal s'attaque à pickas à affi et au fpi,afrique du sud

 

Englobal s'attaque à Pickas, à Affi et au FPI, juste comme il l'a fait ce jeudi 25 Novembre 2010, alors en mission pour Ouattara, son mentor. Englobal jeune patriote? Pro-gbagbo? Militant du COJEP? Difficile à dire. Ce qu’il  est plus correcte de dire c'est que Zasso Patrick est un rebelle RDR, reconverti en sympathisant LMP. Une reconversion tellement spectaculaire que la mémoire collective de la Côte d'Ivoire électorale en rit encore.

Tu viens donc d'arriver, monsieur "le leader". Tu ferrais mieux de mettre balle à terre. Observe bien dans ta nouvelle maison et tu verras comment ceux que tu as trouvés sur place se comportent. Cela t'évitera de rester éternellement étranger. Oui, tant que tes faits et gestes seront maladroits, tu seras vu comme un étranger dans ta nouvelle maison.

De quoi parles-tu? De qui parles-tu? Connais-tu le FPI? Connais-tu le Président Affi? Connais-tu Damana Pickas?

Tu répondras certainement par l'affirmative, de bonne foi. Tout simplement parce que tu n'as pas encore réalisé que tu n'es plus RDR. Ou alors, c'est nous qui ne savons ni qui tu es, ni pour qui tu cours.

ZASSO PATRICK DIT EN GLOBAL.jpg

Zasso Patrick dit "En global"

On n'ira pas jusqu'à te reprocher les approches RDR qui te collent encore à la peau et qui ressemblent à s'y méprendre et à juste titre aux envolées du Baoulé de service dans ton "ancien parti". On comprend que tu n'arrives pas à expliquer l'acte historique de Damana Pickas devant tes désormais anciens camarades du RDR que tu rencontres maintenant en Europe.

C'est une lapalissade aussi que de dire ton incapacité à comprendre l'acte posé par le Président Affi Nguessan à Marcousis. On n'oublie pas que le changement s'est fait à 360 degrés et donc ce n'est pas évident que tu te sois tout de suite forgé un mental de lutteur pour supporter l'exil et autres contraintes de la résistance. On a aussi décidé de taire le trou par toi laissé dans les caisses de l'association des réfugiés et exilés pour te laisser apprendre à nous connaitre.

"Englobal", on peut comprendre que tu sois embrouillé et euphorique, mais tu n'es pas obligé de t'offrir en spectacle. Jette un regard sur l'actualité et tu verras que tu es totalement hors-sujet. Le COJEP vient même de féliciter le FPI. Et Doukrou Parfait qui porte la parole du COJEP en exil, est en phase avec son parti sur le terrain. Alors de quoi parles-tu?

Nous sommes dans une lutte sérieuse, dans une révolution où il n'y a pas de place pour les plaisantins. Nous allons volontairement taire tes sorties de route, mais ressaisis-toi. Avant de critiquer le militantisme et le niveau intellectuel de Damana Pickas, il faut te renseigner auprès de ceux qui le connaissent. Regarde autour de toi, tout le monde se demande d'où tu sors. Attention, la porte n'est pas fermée. Balle à terre monsieur "le leader", la route est encore longue, très longue...


OHOUPA SESSEGNON


Membre du Bureau de la Représentation FPI-Afrique du Sud,

Secrétaire chargé des relations avec les autres Partis et avec les autorités Sud-Africaines, Porte-Parole FPI/LMP Afrique du Sud.

Président de la Chambre de Commerce Ivoiro-Sud-africaine.

mardi, 20 août 2013

LA FRANCE DOIT SE REINVENTER OU PERIR

côte d'ivoire,la france doit se réinventer ou périr,dindé fernand agbo in le quotidien ivoirien "le nouveau courrier,"le nouveau courrier" du lundi 19 août 2013

 

Des voix plus autorisées et des éminences plus techniques pourront certainement traduire en des chiffres et termes plus appropriés ce que nous allons exposer en des mots simples, sans prétention savantes.
 
La France est en récession et ne fait pratiquement plus de croissance, nous apprennent quotidiennement les médias français. Mais en vérité, c’est peu dire. La France connait une grave crise économique et sociale qui menace de l’emporter. Comment un état européen, régnant encore sur un véritable empire colonial resté intact, si on s’en tient aux profits à moindre frais qu’il continue d’en tirer sans discontinuer, peut-il ainsi partir en vrille ? Incompétence, mauvaise gestion, rythme de vie au-dessus des moyens objectifs ?, pourrait-on s’interroger.
 
Pour pallier les effets de la descente aux enfers, une seule et même méthode frappée de péremption, un seul et même moyen séculaire : la prédation, la rapacité et le carnage. Encore et toujours. Contre des nations plus faibles. Comme si le monde n’avait pas évolué depuis un siècle. D’autres peuples sont contraints de faire les frais de la gabegie et du train de vie bourgeois d’une France qui rechigne à réinventer autrement son développement.
 
La question ou le problème de la France, aujourd’hui en pleine dérive sociale, économique et financière, n’est pas de mettre toujours plus de pays ou d’ex-colonies africaines dans sa besace en y menant la guerre, des guerres prétendument « humanitaires », pour les droits de l’homme et la démocratie, ou en fomentant des coups d’Etat contre des nationalistes et des souverainistes africains, ou des chefs d’Etat insoumis à l’exécutif français ou devenus récalcitrants, pour y installer des pantins prêts à brader leur pays et ses ressources à vil prix, sous des dehors d’élections démocratiques encadrées par l’Elysée, comme cela a dernièrement été le cas au Mali. Et comme c’est le cas dans la plupart des pays africains, anciennement (?) colonies françaises : Côte d’Ivoire, Niger, Togo, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Guinée, Gabon, Centrafrique, Congo Brazzaville, Cameroun, Bénin, Sénégal.
 
Le problème de la France, c’est qu’elle fait montre d’une absolue incapacité à se réinventer, prise en otage et dirigée qu’elle est par un groupuscule de francs-maçons complètement sclérosés et une oligarchie occulte qui ne rêve que, non pas de servir les français et de les rendre heureux, mais de mettre la France et l’Europe au service des ambitions nouvel-ordre-mondialistes des américains dont le scandale du programme de méga-surveillance et de contrôle planétaire, PRISM, dévoilé par le jeune informaticien transfuge de la NSA, Edward Snowden, n’est que la pointe de l’iceberg des projets obscurs états-uniens contre l’humanité.
 
Les exécutifs successifs de la France continuent de recourir à des recettes du moyen-âge (guerres de conquête et de reconquête, butins de guerre) pour gouverner un état moderne (dont la gestion nécessite invention, management et travail), en pleine mondialisation, devant une concurrence aussi intelligente que virulente des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ils n’ont pas de réponses aux problèmes des français, bondissent au plafond pour une croissance (somme toute médiatique) de 0,1% (qui en réalité est de zéro, si ce n’est bien moins) quand tous les indicateurs sociaux et économiques virent au rouge sang, font du surplace et enrobent cette incompétence notoire dans des campagnes médiatiques (guerres « humanitaires et démocratiques ») destinées à polir l’image de chefs d’Etat en réalité franco-dépressifs pratiquants – puisque ne croyant qu’en leurs seules thèses et solutions – et aussi désespérants les uns que les autres. Singulièrement les deux derniers, Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE.
 
Français, ces deux pro-américains-là, authentiques fantoches si l’on peut dire, n’ont rien pour vous. Reprenez en main votre destinée aux prochaines élections, ou vous pouvez tirer un trait sur la « grandeur » de la France. Ouvrez enfin les yeux et voyez l’inéluctabilité de votre déclin, de votre déchéance, si une nouvelle « révolution » n’a pas lieu. Une vraie, cette fois. Pas une du genre de celle qui vous a enfermés dans cette prison dorée appelée REPUBLIQUE qui n’est en fait que l’émanation d’un pouvoir occulte qui vous oppresse et qui vous conduit dans le mur, en vous chantant des sérénades. Pays des droits de l’Homme ? C’est à reconsidérer. N’est-ce pas juste une illusion, une entourloupe sémantique ? Quand on a encadré un génocide au Rwanda et quand on a installé et qu’on soutient militairement et diplomatiquement des dictateurs en Afrique qui oppriment et pillent leurs peuples, encore et toujours, quand on sème mort et désolation en Côte d’Ivoire, en Libye et en Syrie, sous des prétextes fallacieux et franchement indignes, avec l’appui ou sous les ordres de l’ogre américain, peut-on y prétendre ? Certainement pas, à notre avis.
 
Un de vos illustres chefs l’avait dit : « Les français sont des veaux ! ». Nous laissons la déclinaison de son identité à votre sagacité. C’est malheureusement ainsi qu’ils continuent à vous percevoir, quand ils vous regardent, enfoncés dans vos canapés douillets, à déguster vins et fromages, attachés à un confort factice qui vous sera bientôt ôté avec une France en chute libre morale et économique (nous n’avons pas l’intention de vous être désobligeants mais souhaitons sincèrement fouetter votre orgueil). Rendez-vous enfin compte que vous êtes « la prochaine Grèce » ! Ce n’est pas nous qui le disons, mais le magazine hebdomadaire britannique « The Economist ». Et ce sera bien pire, croyez-nous. Parce qu’on vous ment sur tout – c’est un secret de polichinelle – et vous cache tout. Les chiffres de votre économie et vos déficits – c’est encore ce journal qui le dit – sont trafiqués, pour vous donner le sentiment que votre situation n’est pas aussi désespérée. Elle l’est parfaitement !
 
Sauriez-vous renverser l’implacable tendance ? L’Histoire nous le dira. Pour l’heure, réveillez-vous ! Parce que l’on ne peut comprendre qu’un pays comme l’Allemagne, sorti exsangue de la deuxième guerre mondiale et presqu’entièrement détruit, se relève après seulement un demi siècle pour devenir en une soixantaine d’années, la première puissance européenne, elle qui n’a ni pré-carré, ni chasse-gardée, ni prébende, ni monopole, ni chefs d’autres Etats aux ordres comme les marionnettes africaines aux pieds de l’exécutif franc-maçon français, ni départements et territoires d’Outre-mer. Mais qui a une inventivité et une capacité d’innovation incroyable, une force de travail hallucinante et une rigueur de gestion implacable. Quand on se sait sorti de guerre, c’est une exigence prioritaire. Et le mérite de l’Allemagne est encore plus grand et plus éclatant quand on note qu’elle a d’abord dû rattraper un retard abyssal dû à l’immensité de la désolation d’après-guerre, reconstruire tout ce qui a été détruit, avant de prendre un envol fulgurant.
 
Mais, nous semble-t-il, la France, tout aussi brisée par la guerre, mais adoubée vainqueur avec les alliés, n’en a pas tiré les mêmes leçons. Puisqu’elle s’est contentée de partager avec les libérateurs de l’Europe d’alors le gâteau du monde et de vivre du lait, non pas de son travail et de sa propre sueur, mais de celui des mamelles de ses ex-colonies (?), comme à une source intarissable. La poule aux œufs d’or et la vache à lait ont été et continuent à être pressées à souhait. Jusqu’à l’étouffement.
 
Malheureusement, la France a changé et n’est plus tout à fait la même, sa population s’est considérablement accrue depuis lors, ses besoins aussi dans les mêmes proportions, tout naturellement. Il faut donc plus de richesses, plus de ressources minières et de matières premières bon marché, plus d’argent. Plus de lait et d’or, en somme. La vache à lait et la poule aux œufs d’or durent-elles périr, à force d’exploitation et d’abus. Elle n’en a cure !
 
Il se trouve justement que chaque état, même vassal, a aussi sa prétention à « l’émergence à l’horizon X » (suivez notre regard). Comment donc continuer à les vampiriser et manger leur chair sans mettre à mal leurs économies et leur développement, et sans déstructurer gravement la configuration géopolitique régionale ou sous-régionale, au péril de tous, Africains comme Occidentaux (cas de la Libye et du Mali) ? Pas si sûr que ces nombreux Etats africains acceptent indéfiniment – du moins, leurs peuples – de se laisser tondre ad vitam aeternam et de rester éternellement dans les liens du sous-développement. Ce lait cessera bien de couler un jour, et cette manne, de vous être gracieusement donnée, très chère France. Et peut-être, sera-ce d’une façon absolument brutale.
 
On a trop tiré sur la corde. Elle va bientôt craquer. Malgré cela – c’est-à-dire malgré toutes les richesses volées à nos peuples, nos devises et gains à l’exportation engrangées avec une désinvolture scélérate dans les comptes d’opérations criminels du Trésor français, nos recettes budgétaires transportées chaque semaine (sans laisser de traces comptables) dans des mallettes en Hexagone pour aider au fonctionnement de l’Elysée, pour financer les partis politiques français, pour enrichir plus que de nature leurs responsables (Droite et Gauche, de façon indifférenciée) et se payer au passage des biens mal-acquis – la France continue à sombrer.
 
C’est ce type de relation-là entre la France et l’Afrique, judicieusement baptisé par Houphouët-Boigny, FRANÇAFRIQUE, qui tue l’Afrique… et qui tue la France ! Qui fait qu’elle n’a pas appris à innover économiquement, commercialement et technologiquement, à réétudier son marketing et sa force de vente, à accepter de perdre stratégiquement quelques recettes aujourd’hui pour en gagner davantage demain, à se battre à armes égales avec ses adversaires dans l’impitoyable concurrence commerciale internationale (où elle est gravement défaillante, ayant toujours tout reçu sur un plateau d’or à travers monopoles, prébendes, contrats léonins et prédation, et ayant fini par en être totalement sclérosée).
 
Une ligne d’esprit (au final) qui fait qu’elle est impuissante sinon incapable d’explorer de nouvelles pistes de développement, de se remettre fondamentalement en cause et d’impulser la douloureuse mais combien indispensable refonte de son modèle social et économique, inutilement couteux et désormais inadapté (coût de production élevé et peu concurrentiel, coût de la vie et de l’habitat facticement élevé à cause d’impôts excessifs, démesurés, et aussi à cause de la préservation injuste de privilèges de quelques familles milliardaires – onze ou douze en tout – qui tiennent la quasi-totalité de l’économie française, qui ont toujours plus de profit, qui embauchent peu et qui s’enrichissent outrageusement).
 
La France devra également reconsidérer sa perception actuelle du travail, dans un monde globalisé où la quête de productivité et de rentabilité et la conquête des marchés sont infernales ; un monde globalisé qu’elle appelle curieusement de tous ses vœux, sous l’égide américaine. Cette globalisation qu’elle peine à suivre et qui menace justement de la phagocyter. Et avec elle, une partie de l’Europe.
 
Que fait la France du fruit de tout ce pillage organisé et de cette prédation scandaleuse en Afrique, depuis des décennies, et dans nos pays exsangues, pour être aussi mal en point, aujourd’hui ? L’Allemagne en aurait eu le quart que nous n’osons pas imaginer ce qu’elle serait devenue dans le monde. Voyez ce qu’elle fait avec si peu ! A la vérité, ce n’est pas la raréfaction ni même l’insuffisance (au regard des besoins actuels hexagonaux) de cette manne financière à moindre coût directement déversé dans l’économie française ou les comptes privés français qui est en cause (elle n’a jamais manqué), mais la gestion qui en est faite. « La France n’est grande que montée sur les épaules de l’Afrique », c’est vrai, on le sait tous et on ne le dira jamais assez. Elle ne serait rien du tout sans l’Afrique. C’est à nous que la France doit son prestige. Que ce soit économiquement, militairement ou diplomatiquement (ONU). Même sous ce cliché, elle fait pitié à voir. Parce que malgré tout ce dont elle spolie l’Afrique, elle est quand même dans les cordes du déclin. Qu’en serait-il alors advenu d’elle si elle n’avait pas la mainmise sur les destinées de ces ex-colonies (?). Rien qu’à y penser, on est saisi d’effroi. Tant la médiocrité de la gestion hexagonale sidère.
 
Mais en France, ce sont les mêmes qui s’enrichissent. Et toujours plus. Ce sont eux qui sont, en réalité, montés sur nos épaules et qui sont, à dire vrai, les seuls véritables bénéficiaires de cette manne africaine (marchés gré à gré, pots-de-vin, rétro-commissions, mallettes privées, ventes et trafics d’armes, exploitations pétrolières et minières). Le français moyen n’en voit pas la couleur ni n’en sent l’odeur. Lui qui devrait créer la richesse nationale et l’accroître. Pas étonnant donc qu’il s’appauvrisse toujours davantage. A ce rythme, il n’y a pas grand-chose à espérer de la France, parce que sa chute sera lourde et dévastatrice. C’est juste une question de timing. A moins qu’elle ne se réinvente et ne soit plus gérée comme un petit club d’amis, affairistes insatiables, enfants gâtés et capricieux, bourgeois arrogants et sans âme.
 
 
Que DIEU aie pitié de la France !
 
 
DINDE Fernand AGBO
 
 
In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" du lundi 19 août 2013.

dimanche, 18 août 2013

SI OUATTARA PEUT «LIBERER», POURQUOI PAS LA CPI?

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Pour la libération provisoire de membres influents du FPI par Ouattara, nous devons nous réjouir avec Martin L. King d’avoir taillé ‘‘une pierre d’espoir dans une montagne de désespoir’’; et dire avec Richard Wright, qu’une ‘‘lueur d’espoir peut poindre même des nuits les plus désespérément noires’’. Un acte tardif de décrispation qui s’impose au dictateur comme le jour s’impose à la nuit. Baudelaire n’insinue-t-il pas que même le Mal puisse produire des Fleurs? Combien plus forte raison la CPI, symbole superlatif de Justice?

Dans une admission explicite de culpabilité, Ouattara dit, en libérant ses victimes accusées des mêmes délits que GBAGBO, qu’il n’est pas bon que des gens de «ce rang» restent en prison. Lui l’accusateur dit ainsi à la CPI, non seulement que GBAGBO, d’un rang supérieur et accusé des mêmes délits, doit être libéré; mais il atteste aussi que la ‘‘justice’’ fonctionne en CI. En conséquence, la CPI ne saurait se substituer à elle en tant que Tribunal Subsidiaire (selon le Statut de Rome), sans le constat d’une triple faillite des tribunaux nationaux, liée à leur capacité fonctionnelle, à leur refus de poursuivre ou à la complaisance de leur verdict.

A la lumière de l’insuffisance des preuves constatée par la CPI elle-même, en plus de la viabilité soudaine des tribunaux ivoiriens, la CPI devrait accorder au moins la liberté provisoire à GBAGBO à ce stade où son procès n’a pas encore commencé. La libération provisoire des pro-GBAGBO pour la paix, atteste non seulement de l’aspect politique des accusations, mais aussi et surtout, de l’impossible paix en CI sans GBAGBO. La CPI qui avait motivé son refus d’accorder la liberté provisoire à GBAGBO par un besoin de paix en CI, doit en tirer les leçons. Cet argument est dangereux: il met la CPI en plein dans la politique et confirme des craintes. Prendre en otage la liberté d’autrui pour obtenir la rançon politique de l’apaisement dans un pays est contraire à toute notion élémentaire de Justice.  Tout homme ne doit être tenu responsable que de ce qu’il fait et non maintenu en prison pour ce qu’un autre homme libre et loin de lui fait (peut-être pour l’y maintenir). La responsabilité des faits d’autrui dans cette acception est une invention dangereuse, qui au-delà des critères juridiques pertinents inclus des considérations sociales subjectives.

Les tribunaux Sud-Africains, qui condamnèrent Nelson Mandela pour obtenir la paix sociale avaient perdu toute crédibilité sans jamais avoir la paix sociale tant recherchée. La paix sociale procède de la Justice. Quand les architectes de la démocratie moderne construisirent avant nous, le grand moule dans lequel furent coulées nos conceptions actuelles de la démocratie, c’est à dessein qu’ils mirent à part,  par un mécanisme de verrou et de contrepoids, le Judiciaire; de sorte que, ainsi hissé sur le roc solide des choses éternelles et libéré de l’emprise des choses passagères (politiques, guerres…), il ne fût pas captif  du présent, mais redevable à sa Conscience et à Dieu. C’est ainsi qu’en 1954, la Cour Suprême des Etats Unis d’Amérique, dans un revirement historique (Brown v. Board of Education et Bolling v. Sharpe) mis fin à plus de 150 ans de tergiversations juridiques relatives aux droits civiques des Noirs au mépris des réalités. Pour preuve, malgré l’injonction de sa mise en œuvre ‘‘en toute hâte réfléchie’’, cette décision ne fut exécutée qu’en 1964, soit 10 ans plus tard, après l’embrasement sociale causé par  son étincelle (Martin L. King, Malcom X).

Si la Cour Suprême avait craint les embrasements sociaux aux USA, comme vous les craignez aujourd’hui en CI, Obama ne serait jamais président. Le mot Magistrat (Juge) vient du latin magister, qui veut dire Maître, une âme imprégnée de Connaissance à laquelle Révérence est due. Dans la Bible, Dieu nomme d’abord pour diriger son peuple, non des rois; mais des Juges, parce que de leurs décisions découle la stabilité prévisible tant recherchée. Leurs décisions, quand elles sont fondées sur la Vérité, sont naturellement investies d’une force exécutoire intangible, affranchie de la corruptibilité qui limite les actes de l’exécutif.

C’est à juste titre que dans les saintes écritures, le Messie est appelé Maître, être qui se confond avec un idéal de Justice. La culture judiciaire française n’appelle-t-elle pas maître tout auxiliaire de justice? La détention provisoire du suspect, en tant qu’une exception au principe de la présomption d’innocence, repose sur la crainte d’irrémédiablement faillir à l’administration de la justice autrement; elle doit être annulée dès lors qu’après examen, les indices de culpabilité craints n’existent pas et que l’accusé peut, sous le control judiciaire d’un pays d’accueil, comparaître librement. GBAGBO fuirait peut être, s’il était libéré? Sous des bombardements intensifs où Kadhafi, Bozizé, Mobutu, Ben Laden et Saddam Hussein (tous des militaires et prétendument aguerris aux armes), ont fui; GBAGBO n’a pas fui. Ce n’est pas la Vérité, son allié, qu’il fuirait. C’est la vérité et la libération de GBAGBO qui ramèneront ce que la CPI semble étonnamment rechercher plus que ceux mêmes qui en ont le plus besoin dans leur propre pays: la Paix. La crédibilité et la survie de la CPI sont en jeu.


Séry Zadi Aurélien (Politologue-Juriste)

samedi, 06 juillet 2013

AFRIQUE: L'OBAMANIA EST RETOMBEE

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«L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions». C’est la phrase célèbre que prononça en 2009 le président des États-Unis, Barack Obama, devant le Parlement du Ghana, lors de son premier voyage en terre africaine. Quatre ans plus tard, les espoirs des Africains dans le nouveau président américain, considéré au début de son mandat comme le messie en passe d’apporter la démocratie, la paix et le développement sur le continent noir, ont cédé la place à une grande déception. Obama a trahi ses origines africaines en poursuivant la politique impérialiste de son prédécesseur, George Bush. Ces deux-là ont finalement pour point commun d’avoir défendu bec et ongles les intérêts étasuniens.

Cette tournée africaine de Barack Obama suscite dans ce contexte peu d’enthousiasme. La fièvre de l’obamania, qui a secoué le monde en 2008 et 2009, est retombée. Les dernières affaires (Wikileaks et Snowden) ont écorné un peu plus l’image d’Obama et démontré les limites de l’attachement des États-Unis à la démocratie et aux libertés fondamentales dont ils se font pourtant les chantres.

Le choix de se rendre au Sénégal, en Tanzanie et en Afrique du sud n’est évidemment pas un hasard. Obama veut rendre hommage aux trois grandes démocraties africaines. À Pretoria, le locataire de la Maison blanche devait rencontrer Nelson Mandela, mais la faiblesse actuelle du plus célèbre dirigeant noir de l’ère moderne a rendu impossible la rencontre entre les deux hommes.

En Afrique, les « institutions fortes » vantées par le président étasunien au Ghana ont été foulées aux pieds. La Libye en est le meilleur exemple. L’Oncle Sam a réussi à évincer son grand rival Mouammar Kadhafi qui avait suscité la crainte des occidentaux en prenant la tête de l’Union africaine en 2002. Il faut dire que son projet de créer une banque centrale africaine, une monnaie unique et, crime de lèse-majesté, une force militaire unifiée, n’allait pas vraiment dans le sens des intérêts étasuniens.

Pendant qu’Obama tente de reconquérir le cœur des Africains, son déplacement fait l’objet d’une immense polémique aux États-Unis. Son coût est estimé entre soixante et cent millions de dollars. Une fourchette parfaitement crédible quand on sait que la dernière virée européenne du vice-président Joe Biden avait coûté un million de dollars pour deux nuits. De l’argent bien dépensé pour la presse locale. Selon le Fonds monétaire international, les pays de l’Afrique subsaharienne vont maintenir leur croissance estimée à 5,5 % jusqu’à la fin de l’année 2013. En 2014, elle devrait être en légère progression dans la région pour atteindre 5,7 %. La Maison blanche a dans un communiqué souligné la nécessité de renforcer l’investissement et le commerce.

En 2011, les exportations des États-Unis vers l’Afrique ont été évaluées à 21,1 milliards de dollars. Une augmentation de 23 % en un an. Selon le bureau du représentant du commerce étasunien, les principaux produits à l’exportation sont les machines (4.000 millions de dollars, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente), les véhicules (3,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 42 %), le pétrole brut (1,8 milliards d’euros, soit une augmentation de 30 %) et les céréales (1,7 milliards de dollars, soit une augmentation de 31 %). Le commerce avec l’Afrique se porte bien.

À la veille de l’arrivée du président Obama au Sénégal, le Premier ministre sénégalais, Abdoul Mbaye, espère que « cette nouvelle alliance entre Dakar et Washington pourra avoir des retombées sur plusieurs aspects », citant entre autres l’agriculture, l’énergie et la sécurité. Lors d’un entretien donné à une station radio locale, il s’est dit convaincu que « la visite d’Obama sera l’occasion pour les États-Unis de consacrer le Sénégal comme modèle démocratique pour l’Afrique tout entière ».

D’un côté, l’Oncle Sam célèbre les pays démocratiques… et de l’autre il continue de sceller les plus obscures alliances. Comme celle avec le président rwandais Paul Kagamé, qui est accusé par les Nations-Unies de piller le sol de la République démocratique du Congo… Ou avec le président ougandais Yoweri Musenevi, un dictateur au pouvoir depuis 1986 qui compte faire assassiner ceux qui s’opposeraient à sa volonté de désigner son fils, Muhoozi Kainerugaba, comme successeur. Le 20 mai, la police avait interdit de publication deux journaux indépendants, le Daily Monitor et le Red Pepper, et empêché la radiodiffusion de deux stations qui avaient publié une lettre du général David Sejusa Tinyefuza, aujourd’hui en exil au Royaume-Uni. Il dénonçait la tentative de transfert de pouvoir.

Le 30 mai 2011, le New York Times attirait l’attention sur le cas du président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 1989 avec la complicité active des diplomates et hommes d’affaires étasuniens. Comme le formule joliment le quotidien new-yorkais, « le fait qu’il soit très critiqué en matière de libertés élémentaires n’a pas fait obstacle à un large et diplomatique engagement américain ». La Guinée est le quatrième exportateur africain de pétrole, grâce notamment aux investissements des compagnies étasuniennes Chevron, Marathon Oil et Noble Energy. Deux ans ont passé et Nguema est toujours au pouvoir.

Barack Obama n’a pas manqué lors de son passage au Sénégal de visiter l’île de Gorée. « En tant qu’Africain-Américain et président africain-américain, la visite de ce site me donne des motivations plus fortes pour lutter en faveur des droits de l’homme dans le monde », a-t-il déclaré, reprenant ses esprits après « ce moment très puissant ». Mais les faits sont décidément têtus et nous montrent qu’aux États-Unis, il n’existe qu’un seul parti - celui du business – composé de deux factions, les « démocrates » et les « républicains », dont Obama et Bush ont été respectivement jusque-là les meilleurs représentants.

 

Capitaine Martin


Source: RESISTANCE POLITIQUE.FR

vendredi, 05 juillet 2013

LAURENT GBAGBO, LA NOUVELLE ETOILE DE LA RESISTANCE AFRICAINE FACE A L'INJUSTICE DES OCCIDENTAUX

 

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Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée.

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Korhogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journalistes d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis elle a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Burgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait poursoutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?


Raphaël ADJOBI

 

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).


Source: Les pages politiques de Raphaël

mercredi, 03 juillet 2013

LE CONSEILLER DE LAURENT GBAGBO A ALGERIE PATRIOTIQUE: «LA SURVIE DE L'EUROPE DEPEND DE L'AFRIQUE»


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Affaire Gbagbo: "La Cour pénale internationale ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara". 


Dans une interview accordée au site d’informations algérien, Algérie Patriotique.com, Alain Toussaint livre son opinion sur divers sujets.


Algérie Patriotique: Sous Gbagbo, la Côte d’Ivoire a connu un développement économique considérable. Le Pib de la Libye de Kadhafi était un des meilleurs dans le monde. La Syrie avait réussi, malgré un système politique fermé, à unir une société multiconfessionnelle. Le Venezuela de Chavez a rendu au peuple son honneur. L’Algérie, locomotive de l’Afrique, subit un terrorisme barbare depuis vingt ans. Pourquoi les pays du Sud qui avancent dérangent-ils le Nord?

Alain Toussaint: Le Nord a toujours eu besoin de sources d’approvisionnement en matières premières. Pour s’assurer qu’il n’y aura jamais de rupture, ces pays riches recourent à la violence armée. L’Afrique subit à la fois la domination politique, militaire et économique des grandes puissances qui lui imposent leur diktat. Notre continent qui compte un milliard d’habitants aujourd’hui – ils seront 2 milliards en 2050 – a d’énormes défis à relever : infrastructures, industrie, éducation, santé, culture, médias, etc. L’Afrique est donc un vaste marché convoité par toutes les autres nations. La survie économique de l’Europe, par exemple, dépend du contrôle des marchés africains. Ses entreprises doivent écouler leurs produits manufacturés en Afrique. S’il y a 20 ans, les pays du Sud faisaient l’essentiel de leur marché au Nord, le rapport s’est inversé avec la montée en puissance des pays émergents, emmenés par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Grâce à la dynamique créée par ces nouveaux acteurs, le Sud commerce davantage avec le Sud même si certains Etats d’Afrique subsaharienne restent encore relativement dépendants du Nord, notamment dans les domaines de la médecine, des technologies de pointe et de l’armement. Le partenariat Sud-Sud représente une menace pour le Nord dont la part de marché dans l’économie mondiale est en pleine décroissance. Il lui faut donc s’agripper à l’Afrique, y compris par la violence. Alors, certains chefs d’Etat sont imposés de l’extérieur via des opérations de déstabilisation déguisées en croisades pour la «démocratie». Par la puissance de leurs médias, des dirigeants étaient diabolisés avant d’être neutralisés. Le Vénézuélien Hugo Chavez a succombé à un mystérieux cancer de la gorge ; Laurent Gbagbo, pourtant réélu à la tête de la Côte d’Ivoire en novembre 2010, est maintenu en détention par la France à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas. Plusieurs autres leaders progressistes d’Afrique noire et du Maghreb – mais aussi d’Amérique latine – demeurent sous la menace permanente des maîtres d’hier. L’Algérie, qui a développé un partenariat très fort avec la Chine, n’est pas à l’abri. Son gaz et son pétrole sont convoités. Les pays occidentaux ont du mal à admettre que le temps de la soumission est passé. Ils refusent de mettre à jour leur logiciel et de changer leur vision erronée d’un continent en mouvement.

Renversement du pouvoir en Côte d’Ivoire, intervention militaire au Mali, pillage des ressources halieutiques au Sahara occidental occupé, exploitation des richesses naturelles dans d’autres pays africains… Pourquoi l’Afrique n’arrive-elle toujours pas à s’affranchir?

La suprématie des pays occidentaux repose sur leur hégémonie économique et militaire. D’ailleurs, ils en abusent pour jouer le rôle de gendarmes du monde dont ils n’ont reçu mandat de personne. Ils font la pluie et le beau temps, décernent des brevets de dictateurs ou de démocrates à qui bon leur semble au gré de leurs intérêts géostratégiques, occupent des territoires sous le prétexte d’y lutter contre le terrorisme, attisent les conflits internes en armant un camp contre l’autre, utilisent un armement sophistiqué quand ils dénient le droit à des gouvernements agressés d’en faire autant pour combattre les pantins qu’ils ont formés et armés. Tout le monde a compris la finalité de cette forme de paternalisme et de néocolonialisme. Plus que des missions pour le rétablissement de la «démocratie», il s’agit de conquêtes économiques. Regardez ce qu’ils ont fait au Mali, en Côte d’Ivoire, en Libye, en RDC, etc. Leur seul et unique objectif est le contrôle des richesses naturelles du continent africain. La grave crise économique actuelle que connaissent ces «grandes» puissances a davantage aiguisé leur appétit et renforcé leur détermination à dominer l’Afrique. En plus du pillage de nos ressources, il y a le fardeau de la dette africaine. Elle reste un facteur d’appauvrissement des populations et de sous-développement. C’est aussi le moteur de l’aliénation car elle entretient une dépendance totale à l’égard des pays «riches» du Nord et des institutions financières de Bretton Woods, qu’ils ont créées, notamment le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale.

Dans le monde multipolaire en gestation, les pays africains doivent se défaire de cette tutelle qui retarde leur décollage. Face à la nouvelle donne géopolitique et géoéconomique, un profond désir de liberté, d’indépendance effective et d’unité anime chaque Africain. Cela passe par la constitution de nouveaux pôles régionaux solides afin de tenir le choc face à des pays occidentaux entrés dans un cycle inévitable d’affaiblissement. L’Afrique n’a pas vocation à être l’éternelle vache à lait de l’Occident. Politiquement, militairement et économiquement, le continent doit enfin s’affranchir. Mais attention, il ne s’agit pas de remplacer les anciennes idoles par de nouvelles qui joueront le même rôle. Encore moins de passer d’un maître à plusieurs maîtres.

Les pillages et les interventions militaires ne changeront rien aux aspirations légitimes des peuples africains, privés de dignité depuis des siècles. Il faut bâtir en commun une Afrique solide pour nos enfants et les générations futures. Les Africains doivent comprendre que la bonne gouvernance est l’une des portes vers le développement. Nous devons envisager des réformes dans plusieurs domaines: politique, économique, social, culturel, etc. Nous devons, enfin, bâtir des institutions fortes et crédibles, socle de l’Etat de droit, au service des peuples africains. L’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit. Il en va de même des relations avec les pays occidentaux. Le temps du réveil a sonné.

Des pays arabes réclament une réforme profonde de la Ligue arabe. Pensez-vous que l’Union africaine dans sa forme actuelle joue un rôle positif ou doit-elle subir une refonte totale?

L’Organisation de l’Unité africaine (Oua) puis l’Union africaine (Ua) n’ont jamais été au service des peuples africains. L’idée des pères fondateurs de l’OUA partait d’un bon sentiment, mais leur vision panafricaniste a ensuite été dévoyée par des chefs d’Etat africains en mission exclusive pour leurs maîtres occidentaux.

Après un demi-siècle d’existence, une refondation de l’Oua s’impose, ainsi que la redéfinition de ses missions. Quelle est sa vision de l’Afrique et du monde d’aujourd’hui ? Comment se projette-t-elle dans le futur ? Comment compte-t-elle défendre les peuples africains et les énormes ressources du continent face à la horde de pilleurs surarmés qui menacent l’existence-même de nos pays ? Nous devons rester unis pour protéger nos intérêts. Depuis l’élection de la présidente de la Commission de l’Ua, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, je sens les lignes bouger. L’Afrique digne a enfin pris les commandes de l’organisation continentale. Bien avant, le Libyen Mouammar Kadhafi, assassiné par la coalition des «démocrates de la canonnière», nourrissait une réelle ambition pour l’Afrique unie et forte. En plus de renforcer les capacités de l’Ua, le Guide estimait que l’autonomie et l’indépendance passaient par la création d’une monnaie unique africaine adossée à une Banque centrale, la mise sur pied d’un vrai Parlement des peuples africains, des infrastructures de télécommunications, des routes pour dynamiser un marché interafricain, etc. L’Ua doit énormément s’impliquer dans la vie politique, institutionnelle et économique de nos pays plutôt que de les abandonner entre les griffes des ex-colonisateurs qui dictent leur loi à des Etats surendettés, livrés aux lobbies militaro-industriels. Les choses doivent changer.

Pourquoi la France de Sarkozy s’est-elle particulièrement acharnée contre le président Laurent Gbagbo et imposé par les armes Alassane Ouattara?

La Côte d’Ivoire demeure la chasse gardée de la France selon l’entendement des dirigeants français. Un pays stratégique puisqu’il représente à lui seul plus de 40% de l’Union économique et monétaire (Uemoa), qui regroupe les ex-colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et qui ont en commun une monnaie dénommée le franc CFA. En réalité, Gbagbo n’a jamais remis en cause les intérêts français en Côte d’Ivoire. Bien au contraire. Les multinationales hexagonales ont largement profité des années Gbagbo. Seulement, dès son élection en octobre 2000, le nouveau chef d’Etat a mis en œuvre une politique de partenariat avec les pays émergents et ceux du Sud. Cette tentative d’ouverture a fortement déplu à la puissance tutélaire, la France, qui estime que la Côte d’Ivoire est sa propriété exclusive. Même la politique sociale de Gbagbo, notamment l’Assurance-maladie universelle (AMU), agaçait la métropole à tel point que l’Elysée de Jacques Chirac a dépêché un jour à Abidjan un ministre français afin de demander à Laurent Gbagbo de surseoir à sa «révolution». Voilà l’une des origines des malheurs de Gbagbo qui s’entêtait à tenir des conseils des ministres à Abidjan sans prendre l’ordre du jour à l’Elysée. Laurent Gbagbo est à la Côte d’Ivoire ce qu’Ahmed Ben Bella a été à l’Algérie. Un pacifiste, un patriote mais surtout le père de la conscience nationale. Les ex-colons lui ont préféré Alassane Ouattara, l’homme de la finance internationale, imposé par les armes au terme d’une rébellion barbare qui a fait des milliers de morts depuis septembre 2002. Depuis le 11 avril 2011, nous sommes dans une fiction de démocratie en Côte d’Ivoire. C’est le règne de la terreur, la violence d’Etat. Nos amis sont pourchassés, enlevés et assassinés par les milices d’un régime inhumain, qui s’endette sans compter pour faire plaisir à ses parrains. Aujourd’hui, plus de 700 personnalités – dont la première dame Simone Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, le chef du parti de Gbagbo, un gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), Michel Gbagbo, le fils de Gbagbo, Charles Blé Goudé, ancien ministre et leader des jeunes patriotes, des députés –, sont arbitrairement détenues par le pouvoir ivoirien. Les donneurs de leçon d’hier, si prompts à accabler Gbagbo dès que la météo est mauvaise à Abidjan, sont subitement devenus aveugles et muets. Mais je reconnais que c’est bien le type de «démocratie» que préfère la France en Afrique.

Vous estimez que la décision de la Cpi d’ajourner le verdict de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo est annonciatrice de sa libération prochaine. Sur quoi fondez-vous votre optimisme?

C’est la Cpi, elle-même, qui m’encourage à le penser. Comme vous le savez, ses juges ont demandé au procureur Fatou Bensouda de poursuivre ses investigations afin de présenter des preuves plus solides qui pourraient justifier un procès à l’encontre de Laurent Gbagbo. Or, Gbagbo a été déporté à La Haye depuis le 29 novembre 2011, en violation de ses droits, sur la base d’un mandat illégal. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le dossier d’accusation est vide. La Cour ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara. Il n’y a aucun mal à cela. Laurent Gbagbo, à qui Jacques Chirac promettait la Cpi depuis 2003, est innocent. Il doit être libéré immédiatement.

Qui, selon vous, a instrumentalisé la CPI pour «monter» un procès contre l’ancien président de Côte d’Ivoire?

La dimension politique de cette affaire est incontestable. La détention du président Gbagbo est une escroquerie politique. Le gouvernement français détient la solution du problème Gbagbo. François Hollande qui a hérité de ce dossier n’ignore rien du complot ourdi par Nicolas Sarkozy contre Laurent Gbagbo, vainqueur de la présidentielle de novembre 2010. Le nouveau chef d’Etat français rendrait service à la Côte d’Ivoire et à la France en autorisant la libération de notre leader. De grâce, ne me parlez pas de justice ! C’est une affaire politique, vous le savez très bien. Gbagbo est un prisonnier politique de l’impérialisme occidental, comme le furent avant lui Samory Touré, Toussaint Louverture, Béhanzin, Kadjo Amangoua et d’autres. Le président Gbagbo se retrouve à La Haye à la suite de petits arrangements entre amis, notamment Nicolas Sarkozy, l’ancien procureur de la Cpi, Louis Ocampo-Moreno, et leur ami Alassane Ouattara. On le voit, le politique prédomine sur le judiciaire. L’entêtement de la CPI à vouloir coûte que coûte condamner Gbagbo est une erreur de politique pénale qui nuit gravement à son image et à sa crédibilité. Cette Cour est si partisane qu’elle n’a engagé, pour l’heure, que des poursuites contre le camp Gbagbo mais pas contre celui de Ouattara, le «démocrate» préféré de la communauté internationale. Cette politique du «deux poids deux mesures» démontre bien que la CPI est instrumentalisée. Les leaders africains comme Laurent Gbagbo, les présidents soudanais Omar El-Béchir ou kenyan Uhuru Kenyatta sont les victimes du nouveau colonialisme judiciaire, dans le droit fil de la domination économique, militaire et politique des puissances occidentales sur l’Afrique. Cette forme de terrorisme doit aussi cesser.

Est-il probable que Laurent Gbagbo soit libéré ? Quel impact sa libération aurait-elle sur la vie politique en Côte d’Ivoire?

Selon moi, les chances de libération du président Gbagbo sont intactes. Le dossier est vide. Sa détention fait peser une hypothèque sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. La libération de Nelson Mandela avait contribué à construire la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid. Celle de Laurent Gbagbo peut être un puissant moteur de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Son retour parmi les siens permettra de renouer le fil du dialogue entre Ivoiriens, d’apaiser les cœurs et d’annihiler toute tentative de belligérance. Laurent Gbagbo a toujours œuvré pour la paix et l’unité des Ivoiriens. Il est le fondateur d’un parti politique qui transcende les clivages ethniques, religieux et sociaux. Gbagbo est un rassembleur. Cet homme du peuple manque énormément à ses compatriotes, dont une écrasante majorité – toutes obédiences politiques confondues – vit très mal son incarcération à La Haye.

Si Gbagbo recouvrait sa liberté, envisage-t-il de revenir aux affaires politiques dans son pays?

C’est une question délicate que vous me posez. Seul le président Laurent Gbagbo est en mesure d’y répondre. Mais je ne doute pas qu’il prendra une décision cohérente, en pleine harmonie avec sa conscience, son parcours et l’espérance toute fondée qu’il incarne pour le peuple ivoirien et l’Afrique qui l’attendent.

 

Interview réalisée par Kamel Moulfi et Mohamed El-Ghazi


Source: ALGERIE PATRIOTIQUE

mardi, 02 juillet 2013

RENDRE HOMMAGE A MANDELA, EN ATTENDANT L’AVENEMENT D’AUTRES DIRIGEANTS AFRICAINS SOUCIEUX DE LA DIGNITE DU CONTINENT


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Depuis quelques jours, les médias occidentaux relaient, de façon fébrile, les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, l’ancien président sud africain. Ils sont comme en compétition pour celui d’entre eux qui, le premier, annoncera le décès de l’ancien prisonnier de Robben Island. En Afrique du Sud, l’émotion est grande, mais c’est dans la sérénité que le peuple de la nation arc-en-ciel attend en priant ce qu’il en sera du sort de Madiba. Ailleurs en Afrique, on attend certainement aussi, mais juste comme on attend un évènement autour duquel il y a beaucoup de bruit, sans plus. Car nous sommes bien en 2013, et il y a eu tant d’affreux évènements dans notre vie, que le souvenir du héros Mandela ne nous caresse plus que très légèrement. Oui ! Il est bien loin dans notre souvenir, le Mandela de la lutte contre les injustices de l’apartheid. Et on se souvient à peine de celui qui partagea le prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk, son ex-ennemi, en 1994. Vingt ans ou presque, c’est beaucoup pour des gens dont la vie est une suite de souffrance dont les auteurs ou tout au moins les commanditaires sont ceux-là même qui s’excitent comme des poux autour de l’icône nommée Mandela ! Nous ne sommes pas en train de nous plaindre de la ferveur médiatique autour d’un héros de notre continent : nous sommes juste perplexe et restons dubitatif devant tant d’excitation. Car pour nous, l’enjeu se trouve bien au-delà de l’honneur aux héros.

Mandela, une étoile universelle éteinte avant l’heure :    

Il faut l’avouer sans hypocrisie, il y a longtemps que sont effacées dans l’esprit de beaucoup d’Africains, les images fortes, symboles de fierté, telles celles de Winny et Nelson Mandela. Il nous est resté très peu du héros des années terribles de l’apartheid. Et, de même  qu’aujourd’hui, nous sommes peu nombreux à nous souvenir de Steve Biko, de Dulcy September, voire des enfants de SOWETO, de même nous avons de la peine à trouver brillant dans notre mémoire, le souvenir du premier président Noir de l’Afrique du Sud. Beaucoup de nos héros, les héros de l’Afrique, sont loin dans notre mémoire. On ne les a pas oubliés certes mais, tiraillés par les contingences immédiates, les réalités amères de notre existence d’opprimés, nous enjambons ceux qui sont tombés et ramassons au besoin l’arme de celui qui part à jamais, selon le mot du Che, pour la continuation du combat. Mandela, depuis la présidence de l’Afrique du Sud, n’a plus occupé dans notre vie que la même place que nos autres valeureux héros disparus. Il n’est plus qu’une icône comme les Patrice Lumumba, les Kwame Nkrumah, les Amilcar Cabral, les Thomas Sankara, les Gamal Abdel Nasser… Tous les héros de notre histoire commune sont gravés dans notre mémoire. Mais, à la différence des autres héros, Mandela est toujours vivant.  Eux, on les a déjà pleurés, et leur souvenir est un motif de fierté qui nous encourage au combat. Mandela lui,  on ne l’a pas encore pleuré et pourtant, il ne nous est plus d’aucun véritable apport depuis la fin de sa présidence sud-africaine. Depuis cette époque-là, ce sont les autres, nos ennemis, qui lui vouent un culte totémique.

Au point où parfois, on se demande qui de nos ennemis, dont nous connaissons la cruauté, et nous, sont les vrais bénéficiaires aujourd’hui de la vie du Prix Nobel de la paix Nelson Mandela ! Il a joué un rôle majeur dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Puis il a été président pour un mandat. Après, silence complet sur le chapitre africain !... L’homme est une étoile universelle qui pour nous est éteinte depuis bien longtemps. Que de souffrance, en effet, essuyons-nous depuis ces vingt dernières années, sans que, même par une simple déclaration, nous sentions la présence de cette icône dans notre existence ! Trop vieux, et avec ce qu’il a dû endurer en prison, il était certainement trop fatigué pour continuer de se battre. Il faut reconnaître qu’il a fait sa part ! C’est vrai ! Alors, nous disons qu’il y a longtemps que l’étoile qui a brillé s’est éteinte. Et il est malsain de s’acharner sur lui, de se bousculer autour de lui. Aujourd’hui, c’est un vieillard qui a plus besoin des prières de ses frères que nous sommes, comme le font les Sud Africains, plutôt que de cette excitation mercantile de mauvais alois. Prier pour Mandela, voilà le seul vrai hommage à rendre à ce héros de notre continent !

Au-delà des héros à qui nous rendons hommage, l’Afrique a aussi et surtout besoin d’hommes forts soucieux de sa dignité actuelle !    

Les grands hommes, l’Afrique en aura toujours besoin. Elle en a eu et, Dieu merci, elle en aura encore. Mais le constat aujourd’hui amer, c’est que le destin contrasté de tous nos héros est le fait d’un et même dénominateur, l’occident si accroché à ses visées impérialistes aux allures de déshumanisation des Africains. Une constance permanente est aujourd’hui inéluctable : l’occident n’encense de l’Afrique que ce qui, en plus de ne rien apporter aux Africains, participe de leur aliénation. De sorte que lorsque l’occident applaudit quelqu’un ou quelque chose par rapport à l’Afrique, il faut adopter de la méfiance en la situation. N’est-ce pas cet occident, principalement la France, qui fait et défait les gouvernements africains pour placer au pouvoir ses larbins, fossoyeurs des peuples du continent ? La conséquence logique de la situation, c’est que cet occident peut, en dehors de toute règle et de toute morale, encourager, laisser faire ou même conduire des massacres à dimension génocidaire sur le continent, sans que personne, ni les icônes mondiales de la taille de Mandela, ni aucun chef d’Etat, ni même ce syndicat de soumission qu’est l’UA, ne réagisse. Sarkozy et les siens ont tout faussé en Côte d’Ivoire, détruit la Lybie, sans oublier qu’ils avaient déjà tout organisé à leur profit au Tchad et en Centrafrique, et ils font maintenant toutes sortes de combines pour s’approprier le Mali. Peut-on dire qu’on ne voit pas ce qu’ils font ? Qui en Afrique ose lever le petit doigt, lorsque l’occident s’acharne sur le Zimbabwe de Mugabe, le très proche voisin de l’Afrique du Sud de l’icône Mandela ? La RDC, pas si loin que ça,  est dans la tourmente depuis de nombreuses années!... L’occident vorace torture depuis de longues années la Somalie ; il (l’occident vorace) a réussi à diviser le Soudan pour son pétrole. Et nous n’oublions pas «ses printemps arabes» qui n’épargnent pas l’Afrique!... Le ballet des souffrances des peuples d’Afrique se poursuit, et pas une voix ne s’élève, au-delà des discours à objectif médiatique des réunions où la soumission est convenue d’avance. Il est temps que les hommes et les femmes à la tête de notre continent, que ce soit au plan de la renommée ou à celui de la responsabilité à tous les niveaux, se soucient du bonheur de leurs frères, les autres Africains. Aucun être humain n’est rien sans les autres.

Dans les Saintes Ecritures, on parle du « prochain » ; et le prochain le plus immédiat, c’est l’autre être humain de la famille, le frère ou la sœur. A quoi sert-il à une personne d’être adulée par le monde, s’il n’est d’aucune utilité pour les siens ?  Personne ne sauvera l’Afrique de quelque problème que ce soit sinon les Africains eux-mêmes ! Que ceux qui en Afrique ont un minimum d’audience et de responsabilité s’investissent enfin dans les œuvres de libération et d’épanouissement des peuples africains : ils en seront de plus grands et vrais héros et mériteront bien mieux nos hommages !

Dieu nous garde!
 

BEDI HOLY, Enseignant.

dimanche, 30 juin 2013

L'AMBASSADE DES ETATS-UNIS A ABIDJAN A ACCUEILLI UNE RECEPTION DE LA «GAY PRIDE»

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Obama ou comment défendre la cause des gays sans aggraver leur situation?

 

L’ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire a accueilli ce mois-ci une réception de la gay pride réunissant une vingtaine d’Ivoiriens ouvertement homosexuels, marquant l’implication d’Obama dans la défense des droits LGBT en Afrique – une implication toutefois nuancée. (…)

La réception de la gay pride qui s’est tenue à Abidjan à l’ambassade des Etats-Unis était certes modeste, mais elle n’en constituait pas moins un inédit historique. L’événement est resté d’une discrétion impressionnante : aucun journaliste n’a été autorisé à entrer, et seul un mot a pu être publié sur le site officiel de l’ambassade à propos de la réunion. (…)

A l’occasion de cet embryon de gay pride à Abidjan ce mois-ci, les convives ont évoqué Obama et le rôle qu’il s’apprête à jouer dans le combat pour l’égalité, à l’occasion de ses visites officielles de cette semaine. L’espoir transparaissait, ainsi que l’aveu que, s’il devait passer la question sous silence, cela provoquerait une immense déception. Le projecteur est donc maintenant braqué sur le président : espoir, ou déception ?

 

Lire l’intégralité de l’article sur le site Afriquinfos : Obama marche sur des oeufs en défendant les droits des gays en Afrique.


Source: LE NOUVEAU COURRIER