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lundi, 24 mars 2008

UN DISCOURS RASSURANT, MAIS UN GROS POINT D’OMBRE : LA CORRUPTION

Vendredi 19 Octobre 2007


Ma réaction après l’adresse du Président :

UN DISCOURS RASSURANT, MAIS UN GROS POINT D’OMBRE : LA CORRUPTION.



Chers Bien-aimés frères et sœurs Ivoiriens,


Le Mercredi 17 Octobre 2007, le Président de la République a délivré à la Nation ivoirienne son message tant annoncé et si fortement attendu par les Ivoiriens, à travers un entretien-interview marathon, de 21 heures 20 à 23 heures, soient plus de deux heures et demi d’horloge.

Divers sujets ont été abordés parmi lesquels la sortie de crise, la conduite de l’exécution de l’accord de Ouaga, les audiences foraines, le redéploiement de l’Administration, les élections, la reprise économique, la reforme de l’IGR, les affaires Kieffer, Déchets toxiques, 100 milliards détournés dans la filière Café-Cacao et Fabrication de faux billets de dollars, la corruption en Côte d’Ivoire, la fronde sociale (les grèves), le poids économique actuel de la Côte d’Ivoire dans la sous-région ouest-africaine, les Etats-Unis d’Afrique, les relations ivoiro-françaises, son discours à la 62ème Assemblée Générale de l’ONU, les grands chantiers de Yamoussoukro, etc.
Autant de sujets qu’il a abordés, sans langue de bois, comme à son habitude. Avec une grande sérénité, qui rassure sur l’avenir du pays.

Mais la où je suis resté, franchement, sur ma faim, c’est sur la question de la corruption, en Côte d’Ivoire. Le Président m’a laissé le net sentiment d’être la seule personne, dans ce pays, à ne pas être au courant, ou à ne pas savoir que ce fléau GANGRENE la Nation entière.

J’ai entendu des justificatifs : «Ce n’est pas aujourd’hui que cela a commencé. Beaucoup de ces maux existaient bien avant la guerre », « avec la crise, tout a été bousculé : la politique, l’économie, la moralité, les mentalités, la psychologie », « je ne peux pas livrer d’honnêtes citoyens à la vindicte populaire, sans preuves, sans un ou deux éléments pour me servir d’encrage », « avec la crise, beaucoup de choses se sont déglinguées », « les Ivoiriens exagèrent un peu tout ».

Mais, à moins de ne pas y avoir prêté attention, je n’ai pas entendu de proposition véritable de solutions à ce fléau, si mollement réconnu. Même s’il a indiqué que « à chaque difficulté, il faudra proposer un remède », qu’il « ne prend aucune décision qui peut nuire, sans conviction personnelle » et qu’avec la paix, il a ses «solutions pour les corrections nécessaires à faire ».
La phrase que moi, j’ai reçu comme un coup de boutoir, c’est celle-ci : « Si tout le monde en parle, c’est qu’il doit y avoir du vrai », parlant de la corruption.
Franchement renversant ! Le Président de la République , himself, n’aurait pas d’opinion propre sur la question, une opinion forgée et fondée sur une enquête des Renseignements Généraux ou des Services de Renseignements de la Présidence ?
Je n’ose pas y croire. Je m’y refuse.

Peut-on ignorer ce qui se passe en Côte d’Ivoire ? Ou est-ce une mauvaise blague de Monsieur le Président ?

Je suis désormais fondé à penser que ce n’est pas demain, la veille, que cette plaie sociale béante trouvera solution. Nous pouvons continuer de souffrir de la corruption. Le Président a d’autres priorités : Sortir le pays de la crise par les élections. Pour le reste, on verra après. Cet aspect précis des choses ne retient pas, pour l’instant, son attention. Le pays peut donc pourrir moralement sur pied, ça peut attendre.
Et qui nous dit que les élections arriveront de si tôt ? Et entre temps, que devient le pays ?
A moins que ce soit, simplement, un discours politique qu’il a destiné à donner le change, pour ne pas se livrer en pâture à la presse de l’Opposition et à ses adversaires politiques, tout conscient qu’il est de la profondeur du mal. Dans ce cas seulement, je peux le comprendre. Sinon, franchement… !

Pourtant, il le dit si bien lui-même : « C’est dans les temps de crise qu’il faut bâtir, qu’il faut lever les grands chantiers ». Selon la théorie de Khaine.
Pour moi, bâtir, ce n’est pas seulement poser des piliers de béton armé ou précontraint, à Yamoussoukro, ou monter des murs. Bâtir en temps de crise ne doit pas concerner que les chantiers de travaux publics ou de génie civil.
Bâtir en temps de crise, bâtir une Nation, doit être aussi et surtout l’assainissement des mœurs publiques, la moralisation de la vie publique.
Et cela est d’autant plus urgent en temps de crise que c’est précisément dans ces temps-là que le délabrement moral est le plus accentué.
Quoi donc de plus logique, objectif et normal que de commencer, vigoureusement, en ce moment-là ?
La corruption bat vraiment son plein dans le pays. Et c’est un truisme de le dire. Cela relève, proprement, du secret de Polichinelle. Il faut vivre à l’extérieur de la Côte d’Ivoire (et donc ne rien en savoir) ou ne pas en subir, actuellement, les affres, en tant que résident, pour ne pas comprendre ce que je dis et pour préconiser la sortie de crise comme préalable à sa résolution véritable.

Pour les pauvres et les économiquement faibles qui en subissent, quotidiennement, les contrecoups, ce n’est pas acceptable d’en parler en ces termes, et de quasiment banaliser l’ampleur du mal.
Le travail et l’effort dont parle le Président sont inopérants, actuellement, en Côte d’Ivoire. Le mérite occupe une très faible place (un pourcentage quasi nul) dans les concours de la Fonction Publique et surtout à l’ENA. Il ne faut pas en parler aussi légèrement. Au risque d’ulcérer des cœurs, dans ce pays.
Des Ivoiriens qui ont payé des millions de francs pour entrer à l’ENA existent. Ils le font TOUS, d’ailleurs, en ce moment. Et ce n’est pas une vue de l’esprit.
D’autres ont payé deux, voire trois millions de francs, sans être admis et sans être remboursés.
Par quelle incroyable magie arrivons-nous à accepter et à tolérer une telle horreur, dans notre pays ? Est-ce moi qui suis trop idéaliste ou est-ce la Côte d’Ivoire qui marche sur la tête ? Je m’interroge.

Pour clore le tout, le Président de la République affirme avoir interrogé le Ministre Hubert OULAYE de la Fonction Publique sur les pratiques peu recommandables qui ont cours dans son département, notamment l’achat de l’admission aux concours qui y sont organisés.
En substance, il ne lui aurait rien dit de grave.
En toute honnêteté et lucidité, que pouvait-il lui dire ? Que ça va plus que mal dans un ministère qui s’apparente, aujourd’hui, à une foire ? Sûrement pas !

Il faut mettre sur pied une équipe d’enquêteurs pour prendre les coupables, la main dans le sac, remonter la filière et démanteler le ou les réseaux existants. Voici comment on pourra, « non pas jeter d’honnêtes citoyens à la vindicte populaire », mais démasquer et mettre aux arrêts des individus immoraux et sans scrupules. Et la mise en œuvre de ce dont je parle est d’une facilité déconcertante. Si on en a, simplement, la volonté. C’est la seule solution raisonnable. Le reste, c’est de la politique.

Certes, le Président est attentif à la question, il observe, il prend des notes, il est patient comme un « moteur diesel », mais il faut qu’il prenne des initiatives, qu’il commandite des enquêtes, qu’il aille au devant de l’information plutôt que l’inverse. Parce que le mal est très profond. Je n’exagère absolument rien.
Voit-il le désespoir dans les familles, le désespoir des diplômés et des gens honnêtes et droits ?
Est-ce possible ou même supportable de vivre sans espoir ?
Je crois que ces interrogations devraient l’interpeller.
Quand de nouveaux riches roulent sur l’or, on ne demande pas au peuple d’être patient et de serrer la ceinture. On ne le dira jamais assez !

Le Président de la République (c’est une supplique pathétique) ne devrait pas pousser les malheureux à la révolte. La crise ivoirienne n’était pas assez grave pour faire écrouler l’Etat. Il l’a déjà dit, lui-même : C’est une petite crise amplifiée et internationalisée, à dessein, par ceux qui avaient intérêt qu’elle s’internationalisent.
Pourquoi donc met-on tant de temps, si l’Etat ne s’est pas écroulé, à aborder, ouvertement et une bonne fois pour toutes, la question de la moralisation de la vie publique.
Ce problème rend encore plus intenables et insupportables les conditions d’une vie sociale ivoirienne délabrée par la crise et aggravée par la cherté de la vie.
La corruption, ceux qui n’en souffrent pas en parlent peu ou pas du tout et ceux qui en souffrent craignent d’en parler. Ils ne sont rien dans ce pays, qu’auraient-ils à dire ?
Moi, j’ai simplement décidé d’être une sorte de porte-voix pour eux, parce que partageant leur condition. Comprenez donc ma lutte. Elle est inoffensive, apolitique et sans méchanceté.

Pour clore mon propos, je retiens que le Président de la République a tenu un discours rassurant qui nous réconforte quant à l’avenir du pays, à la sortie de crise et sur d’autres points, mais inquiète, sérieusement, sur sa perception réelle du niveau de corruption, en Côte d’Ivoire.
Pourra t-il, ce faisant, la juguler convenablement ou la ramener à des proportions supportables, si on s’en tient au fait que de vraies remèdes ne peuvent découler que de bons diagnostics et de vrais diagnostics ?
Attendons de voir. D’ici là, à la foire comme à la foire !

Pardonnez ma fougue et mes insistances. C’est parce que j’ai horriblement mal pour mon pays.



Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

19:10 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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