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lundi, 23 juin 2008

LUTTE CONTRE LE RACKET, EN COTE D’IVOIRE : ALLER PLUS LOIN

d30f4d76f9ed9d0a47465cda287ecb71.jpgChers Bien-aimés frères et sœurs ivoiriens,


Véritablement, un jour nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire, un vent nouveau souffle sur la terre d’Eburnie. Un jour après lequel nous avons profondément soupiré et que nous avons obstinément réclamé à travers blogs et articles de journaux, au risque de transparaître comme un adversaire politique et d’être taxé de citoyen idéaliste et irréaliste.

De mémoire d’ivoiriens, jamais une telle opération de moralisation de la vie publique n’a été entreprise, dans notre pays. Elle n’est qu’à ses débuts et déjà que de victimes de taille !
Et selon les dires du Président de la République, d’autres secteurs feront l’objet d’un assainissement profond, dans les prochains jours et mois. De quoi ôter le sommeil aux indélicats de tout poil et de tout acabit qui prolifèrent, en ce moment, dans notre pays.

Aujourd’hui, le fléau du racket des FDS est en passe d’être jugulé. Si toutefois les choses continuent d’évoluer dans le sens que nous souhaitons tous, c’est-à-dire celui de la rigueur et de la répression sans faiblesse.
Ces derniers temps, c’est un véritable bonheur de prendre nos routes, d’Abidjan à l’intérieur du pays, tant la circulation est fluide et les contrôles, professionnels et courtois. On se croirait, à la limite, dans un autre pays. Tant le contraste avec ce qui se faisait, il y a seulement quelques temps, est grand. Tous les usagers de la route y trouvent leur compte et les commerçants en bénissent DIEU. C’est tant mieux pour notre économie.
Même si quelques résistants malencontreux y apporte un son discordant, le processus est engagé et franc. Pour une fois, dans notre pays.
Et la disparition, sur nos artères, de tous les véhicules sans-papiers - de véritables tombeaux roulants - qui foisonnaient dans notre capitale économique, Abidjan, n’en est pas le moindre des bénéfices.

Au niveau du concours d’entrée à l’Ecole Nationale de Police, quatre agents des forces de l’ordre dont un commissaire, ont été mis aux arrêts, pour avoir extorqué de l’argent à des candidats auxquels ils promettaient l’admission. Nous voulons voir de tels actes multipliés par mille, dans ce pays. Vivement merci, Monsieur le Ministre de l’Intérieur !
Nous attendons toujours de voir de telles opérations au Ministère de la Fonction Publique, après les colloques, les séminaires, les rencontres et les discours. Viendront-elles, ne viendront-elles pas, DIEU seul le sait. Et DIEU seul sait si ce ministère regorge de réseaux de toutes sortes à démanteler.

Toujours à l’actif du Ministre de l’Intérieur, Monsieur Désiré TAGRO, nous avons eu le bonheur d’assister à l’arrestation de certaines de nos sœurs, streap-teaseuses, qui écumaient les super-maquis et certains établissements de nuit, où elles faisaient régner en maître le sexe débridé.
Ces établissements ont été fermés et il serait juste de mettre également aux arrêts les propriétaires de tels trous à rats.

Et que dire de l’opération « mains propres » qui a cours en ce moment dans la filière Café-Cacao et qui a déjà vu l’arrestation de certains gestionnaires de la filière, dont des barons du régime au pouvoir ? Une véritable bénédiction de DIEU pour notre pays! Enfin, un signal fort à tous les Ivoiriens qui se croyaient tout permis et assurés d’impunité, à la faveur de la crise militaro-politique que traverse la Côte d’Ivoire.
J’étais de ceux qui trouvaient le Président GBAGBO trop sentimentaliste et prisonnier de calculs politiques. Je viens, avec émerveillement, de découvrir l’autre face de l’homme. Ce GBAGBO-là, nous l’aurions voulu pour au moins quatre mandats, en Côte d’Ivoire, si cela était possible.
Monsieur le Président, votre peuple est avec vous et vous soutient dans tout ce que vous entreprenez, en ce moment, pour moraliser la vie publique dans notre pays. Nous imaginons la difficulté et l’immensité de la tâche pour vous. Nous vous souhaitons beaucoup de courage et de fermeté, les deux seules dispositions d’esprit qui pourront sauver la Côte d’Ivoire.

Une autre affaire pendante attend d’être élucidée : L’assassinat du Commissaire BRIDJI Zogoé, ancien Directeur d’Interpol Côte d’Ivoire. Il n’est pas acceptable qu’une aussi haute autorité policière soit assassinée, qui plus est dans son pays, et que la police nationale soit incapable, en deux ans, d’en trouver la moindre piste. Qu’une telle affaire ait été classée sans suite, c’est une insulte à l’intelligence des ivoiriens.
A la faveur du procès intenté contre le quotidien LE MATIN D’ABIDJAN, dont les investigations pointues ont mis à mal et ébranlé des intérêts obscurs et mafieux, le dossier a été remis en selle, par la justice. Vivement que la lumière se fasse sur cette affaire scabreuse qui n’honore pas notre pays.

Chers ivoiriens, comment ne pas se réjouir devant de telles avancées et devant le branle-bas qui s’est emparé de la Côte d’Ivoire, après l’amorce de cette opération de moralisation de la vie publique ?
Le racket au sein des FDS est en voie d’être enrayé ou, pour ne pas paraître trop optimiste, réduit. Mais si nous voulons que le mal soit circonscrit pour longtemps, il faut l’attaquer à sa racine. J’arrive au fond de ma pensée.
En effet, après la publication par la presse ivoirienne (le quotidien LE MATIN D’ABIDJAN, N° 762 et 763 des Jeudi 22 et Vendredi 23 Mai 2008) de mon article « Racket, dérives éthiques et morales, corruption… : Quand les choses bougent enfin», de nombreux FDS d’Abidjan et de l’intérieur du pays m’ont appelé et, avec beaucoup de retenue et de courtoisie (parce que selon eux, ils avaient des raisons d’en avoir après moi), ils m’ont exposé les vraies sources du racket, en leur sein.

Premier fait relevé : Le racket est (ou était) commandité et pratiqué par la hiérarchie. Puisqu’il fallait, après chaque sortie, reverser obligatoirement aux chefs leurs parts, qui ne pouvaient souffrir aucun retard. La discipline militaire étant de rigueur, il était quasi impossible d’échapper à cette pression, où tout compte fait, chacun trouvait son compte.
Selon leurs dires, ils sont souvent envoyés en mission commandée sans moyens, même quand l’Etat ou le Président de la République, personnellement, fait l’effort de leur payer des frais de mission. Ils ne voient jamais la couleur de cet argent (comme on dit chez nous) ou très peu.
Dans d’autres cas, ce sont les primes de surveillance ou de garde dans les établissements ou sociétés d’Etat qui sont rondement payées mais dont ils ne bénéficient pas ou, au meilleur des cas, n’en reçoivent que la part congrue.

Deuxième fait relevé : Le dénuement quasi total et le sous-équipement des services de sécurité où il est rare de trouver des machines à dactylographier (même s’il est à signaler qu’elles sont totalement dépassées et désuètes) en nombre raisonnable, pour l’établissement des documents du service. L’informatique y fait presque figure de science-fiction.
Ils sont ainsi pratiquement obligés d’acheter leurs propres fournitures de bureau. Mais le faire avec quel budget, quand aucune dotation de l’état ne vient vous soulager et qu’on vous signifie que vous ne pouvez non plus vous offrir le luxe d’arrêter le service ? Une manière tacite de vous dire que vous devez vous « débrouiller ». Cela signifie quoi, en clair, « se débrouiller » ? La question reste posée.
« Dans certaines unités, nous avons, disent-ils, des effectifs de 37 à 43 éléments pour une ou trois machines à écrire. Pas d’ordinateur (un rêve). Nous sommes obligés de tout acheter. Même les convocations et les carnets de déclaration, documents typiquement militaires, nous sont vendus par des civils ». Inconcevable !

Troisième fait, des plus graves : Les FDS sont obligés d’acheter curieusement elles-mêmes, leurs tenues de services (vous avez bien lu) chez des privés, ainsi que leurs chaussures (brodequins) et bien d’autres accessoires militaires, alors qu’elles y ont parfaitement droit, de la part de l’Etat de Côte d’Ivoire. Impensable !
« Nous travaillons, disent-ils, dans des conditions calamiteuses. Les budgets des brigades sont gérés par les Commandants de Compagnies, pour les gendarmes. Pourquoi ? s’interrogent-ils. Qu’en font-ils ? Et depuis belle lurette, nous ne sommes plus habillés. Alors que nous ne sommes pas autorisés à nous présenter en tenues débraillées ou délavées devant les hautes autorités. Nous payons donc nous-mêmes des tenues que nous sommes sensés recevoir gratuitement de l’Etat. Mais avec quel argent ? »
« Nous n’avons pas été honorés à l’issue de la guerre que, dit-on, nous n’avons pas gagnée. Nous avons accusé le coup, dignement, sans broncher. Aujourd’hui, on nous fait une chasse serrée pour une affaire de racket dont nous ne sommes pas les principaux instigateurs. Que nous veut-on, enfin ? Nous sommes aussi des hommes, des êtres humains. Nous connaissons aussi ce que c’est que la honte, le déshonneur et la frustration. Nous sommes fatigués. Fatigués de servir de bouc émissaires pour couvrir les fautes de nos chefs. Nous n’en pouvons plus. Nos hautes autorités doivent en tenir compte, avant que l’irréparable se produise ».

Quatrième fait souligné, avec force et insistance, par les FDS : Le mode de recrutement à la Police et à la Gendarmerie et les conditions de la formation : 800 000 à 1 000 000 francs ou rien, pour être admis au concours.
Les élèves gendarmes sont pressurés dans les écoles où ils sont en formation. Sur une bourse de 98 000 francs, on leur donne 2 000 francs. Oui, vous avez bien lu, 2 000 francs.

A Toroguhé, les élèves gendarmes payent 2 000 francs par jour de popote, à l’établissement. A leur sortie, disent les FDS, les élèves gendarmes sont désespérément pauvres, dépourvus de toute économie. Sans compter le fait qu’ils ont dû payer leur admission au concours à prix d’or et, souvent, en s’endettant gravement. Quelle réaction plus naturelle et logique que celle de chercher à amortir son investissement, à la sortie de l’école ?

Les examens professionnels sont étiquetés, en termes numéraires. Du BAP (Brevet d’Aptitude Professionnelle), BA (Brevet d’Arme), BTGM (Brevet de Technicien de la Gendarmerie Mobile), OPJ (Officier de Police Judiciaire) au BTGD (Brevet de Technicien de la Gendarmerie Départementale), il faut payer de 150 à 300 000 francs, pour espérer être admis.

Pour être inscrit au tableau d’avancement, il faut payer 150 000 francs pour le grade de Maréchal des Logis Chef (MDL/C) et 200 000 francs pour le grade d’Adjudant.
Les FDS m’ont interpellé en m’amenant à convenir avec eux que les agents pauvres et les intègres ne pouvaient pas évoluer, professionnellement, dans un tel environnement.

Ils sont formels : « Le racket des chefs s’exerce sur nous tous les jours, depuis le recrutement jusqu’à la retraite, en passant par la formation dans les écoles de Gendarmerie et de Police, les examens professionnels, les mutations, les avancements et les inspections des unités. On nous parle de probité alors qu’à chaque pas, on dresse des obstacles sur notre chemin qui nous conduisent dans le sens diamétralement opposé et nous empêchent d’avancer et d’être justement des modèles et des poches de moralité ».
« Combien de duperies, de violences, de corruptions, de mensonges, d’hypocrisies, d’oppressions contre les faibles et de brimades injustes se cachent sous les dehors civilisés, vernis et pommadés de la grande muette ? »
« Ce que nous réclamons, disent-ils avec force, ce sont de meilleures conditions de travail. Qu’on nous donne d’abord les moyens avant d’exiger de nous des résultats. Nous voulons la revalorisation de nos salaires de misère qui, la retraite venue, s’amenuisent comme peau de chagrin, débarrassés qu’ils sont des charges militaires, de la sujétion et de l’allocation familiale. Notre sacerdoce, nous l’avons toujours accompli, en maintenant la République debout, sans moyens. Il ne faut pas, à défaut de nous rendre honneur après la guerre, nous honnir, nous humilier, nous livrer à la vindicte populaire, pour nous demander, le moment venu, de bomber nos poitrines contre les balles ennemies ».

Chers frères et sœurs ivoiriens, après avoir longuement écouté et lu les policiers et gendarmes qui se sont - en groupe et individuellement - adressés à moi, en me demandant d’être leur porte-voix, j’ai nettement ressenti dans leurs propos une frustration profonde et de la révolte, devant le matraquage dont ils disent être injustement victimes.
Ayant participé à la dénonciation sans relâche de ce fléau qu’est le racket des FDS, j’ai trouvé juste de leur accorder un droit de parole et - par souci d’équité et de justice - de faire connaître leur version des faits.
Les propos tenus et les informations données dans cet article sont les leurs et n’engagent qu’eux. Mais il était, tout de même, important qu’un peu d’attention y soit accordée.

Au moins sur un point, je suis entièrement d’accord avec eux : On ne peut pas prétendre lutter contre le racket des forces de défense et de sécurité, en Côte d’Ivoire, et continuer à entretenir des systèmes honteux de spoliation dans leurs écoles de formation et tout au long de leur carrière. C’est immoral !

Lutter contre le racket, nous y adhérons tous, sans ambages. Mais il faut aller plus loin. Il faut attaquer le mal à la racine plutôt que de se contenter de l’élaguer, d’en couper les branches. La haute hiérarchie militaire saura traduire en faits constructifs ses récriminations, pour donner plus de dignité à notre armée, qui a déjà donné les preuves de sa loyauté et qui ne doit pas être bradée aussi facilement, au regard des faits graves que ses éléments nous ont relatés.



Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

03:25 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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