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04.07.2008
UNE NOUVELLE DIPLOMATIE AMERICAINE EST-ELLE POSSIBLE AVEC BARACK OBAMA ?
A propos de l'auteur Shanda TONME:
Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international, formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.
Comme il est de coutume, la perspective d’un changement de Président dès le mois de janvier 2009 aux Etats Unis d’Amérique, attise des spéculations sur d’éventuelles modifications de la diplomatie de la plus grande puissance de la planète. Certes, on a souvent connu des contextes où il était effectivement autorisé de se livrer à ce jeu qui n’engage d’ailleurs qui rêvent de changement partout. Pourtant, la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce mois de juin 2008 qui marque la fin de la campagne des primaires au sein du parti démocrate, a quelque chose de très différent.
En effet pour la première fois, un africain américain sera investi candidat officiel du parti démocrate et devra discuter les suffrages de ses concitoyens dans la course pour occuper le fauteuil de la maison Blanche. Pour ceux qui auraient tendance à l’oublier, les Etats Unis demeurent une super puissance sans pareil : 20% de la production industrielle mondiale, 1/3 de la consommation d’énergie, 3ème producteur de pétrole, 1/5 des véhicules qui circulent sur la planète.
Le Président des Etats Unis est à tous les égards, l’homme politique le prestigieux et le plus redouté de tous les autres qui dominent le monde et dictent le destin de l’humanité. Un africain à ce stade, ce n’est pas rien, c’est exceptionnel. On a déjà vu un chef d’état major noir en la personne de Collin Powell qui dirigea la première guerre du Golfe durant la présidence de Georges Bush Père, avant de devenir le premier Ministre des Affaires Etrangères noir sous Georges Bush fils.
Il n’est pas vain de souligner également, que les américains qui vont élire un nouveau président en novembre, voient aujourd’hui leur pays buté voire englué dans de nombreux conflits qui demeurent insolubles. De l’Irak en passant par le Proche orient et l’Afghanistan, le sentiment qui prévaut, c’est que le pays a perdu un peu de son âme, et de sa puissance qui faisait et défaisait les situations les plus inextricables. L’on se rend même compte que depuis Georges Bush père, les Etats Unis n’ont plus rien réussi, même pas sous la présidence du très populaire Clinton. Le terrorisme s’est renforcé au lieu de faiblir. La seule consolation diplomatique réelle semble se limiter au réalignement radical de la France sur l’atlantisme jadis combattu par les gaullistes. L’inconditionnel pro américain Nicolas Sarkozy est un atout.
Ajouté à ce tableau international sombre, il y a la crise financière interne qui a engendré d’énormes stress pour les familles américaines et désorganisé l’ensemble des mécanismes bancaires internationaux. Le clou se situe dans ce que l’on peut logiquement qualifier dorénavant de perdition du dollar. Il faut remonter très loin dans l’histoire des relations économiques internationales, pour assister à une telle humiliation du billet vert. Le plus grave c’est que les Etats Unis se retrouvent incapables de contrôler les flux financiers générés par les opérations d’envergure initiées par les nouveaux maîtres des réserves en devises que sont des pays à l’instar de la Chine, du Brésil, et de l’Inde. On ne parle plus que de leurs fonds souverains, véritables trésor de guerre et instrument de chantage diplomatique et économique.
Voilà planté un décor bien trop sombre qui ne laisse aucun doute sur le fait que la présidence qui s’achève, aura été l’une des plus difficiles de l’histoire des Etats unis. Même au sortir de la guerre du Vietnam, l’Union n’avait jamais autant été fragilisée. L’analyse que l’on pourrait faire de la part de responsabilité de Georges Bush dans cette situation, n’est pas encore à l’ordre du jour. Personne ne niera néanmoins que cet homme qui arrive à la Maison Blanche en 2000, est plutôt cueilli à froid par les attentas terroristes du 11 septembre 2001, lesquels ne lui laisseront pas le choix d’une autre diplomatie que celle de la démonstration de la suprématie militaire des Etats Unis et de sa prééminence.
Que fera ou que peut faire le nouveau président qui prendra les fonctions en janvier 2009 ? Qu’il soit blanc ou noir, qu’il soit démocrate ou républicain, jusqu’où pourra se risquer le président dans la quête d’un redressement de la situation et du rétablissement de la respectabilité et de la prééminence de Washington dans les affaires du monde ? En réalité plusieurs écoles des relations internationales soutiennent depuis longtemps, que les républicains sont ceux qui allument les incendies, pendant que les démocrates seraient des sapeurs pompiers. Si l’image n’est pas totalement fausse, elle n’est cependant pas entièrement exacte.
Ce qui semble encore plus intéressant, c’est la croyance en un penchant de justice mondiale et de pitié qui colle à l’image des démocrates, renvoyant les républicains dans le statut de diables méchants. Certains voudraient croire que si un démocrate blanc peut être gentil, un démocrate noir le serait encore d’avantage et viendrait tout changer, voire distribuer des cadeaux. L’on entend déjà certains africains y compris des gens avertis, prédire le départ des dictateurs avec l’arrivée hypothétique de leur frère de race à la Maison Blanche. Il n’est pas inutile de rappeler à ceux qui l’auraient oublié, que c’est Kennedy qui ordonna l’opération foireuse de la baie des cochons qui visait à renverser Castro, et que c’est Clinton qui bombarda une usine de fabrication de produits pharmaceutique au Soudan, sous le fallacieux prétexte qu’il s’agissait d’une usine de production des armes chimiques.
En réalité, que ce soit Obama ou son concurrent républicain, la politique internationale des Etats Unis ne changera pas d’un seul pouce, du moins pour ce qui concerne les grandes lignes, les objectifs, et les orientations essentielles. Plus que tout autre pays de la planète, la diplomatie américaine est dictée par des paramètres géopolitiques stables, immuables et inaltérables qui résultent de leur situation géographique, de leurs ambitions économiques, et de leurs intérêts commerciaux. Un président ne peut pas se lever un matin et décider de changer le cours de la diplomatie de son pays, fut-il français, allemand, sénégalais, ou chinois.
Barack Obama est un pion plus que banal dans la programmation, la planification et l’exécution de la conduite internationale des Etats Unis, et personne avant lui ou après lui, ne pourrait ou ne saurait attribuer plus de pouvoirs que ce qui provient des interactions géopolitiques et géostratégiques. L’on a bien vu que la première sortie remarquée du candidat Obama sur une question de politique étrangère a été sur le statut de Jérusalem, et ce devant un lobby juif. Il s’est cru libre de placer la barre haute dans le soutien maximaliste aux thèses sionistes que même le Gouvernement israélien ne soutien plus vraiment. En fait le populiste candidat, comme tous les autres avant lui ou après lui, n’a fait que respecter la tradition qui veut que personne n’ambitionne à diriger les Etats Unis, s’il n’a pas convaincu les milieux juifs de son soutien à l’Etat d’Israël.
Dans la pratique, il n’y a pas de tradition guerrière républicaine et de tradition pacifiste démocrate. Tous les conflits dans lesquels les Etats Unis se sont engagés, l’ont été sur la base d’un consensus politique national bipartisan. Le Congrès ne prendra jamais le risque de refuser au Président de l’Union, les moyens de défendre ses intérêts partout dans le monde. De plus, les guerres font partie d’un cycle de renaissance décennal du complexe militaro industriel dont l’impact sur l’économie est très important. Depuis la fin de la guerre de 1939-1945, les Etats Unis sont impliqués tous les dix ans dans une nouvelle guerre petite ou moyenne, avec un fort taux de renouvellement des systèmes d’armement. Ce n’est pas le jeune Obama qui y mettre fin. Il suffirait d’ailleurs pour un Président de gêner le complexe militaro industriel même indirectement, pour être congédié comme un malpropre.
Sur tout un autre chapitre, celui de la promotion des vertus de la démocratie et des droits de l’Homme à travers le monde, les africains impatients de changement, peuvent se rassurer sur le fait que les Etats Unis n’ont jamais été aussi actifs et aussi déterminés qu’ils le sont depuis 1990 sur la question. C’est d’ailleurs devenu la principale préoccupation des diplomates américains en poste en Afrique et l’on ne peut que s’en féliciter.
Que ce soit donc Obama ou un autre, la politique internationale des Etats Unis continuera dans la logique de ses principes et de ses fondements.
Juin 13th, 2008
Jean Claude SHANDA TONME
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