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« UNE NOUVELLE DIPLOMATIE AMERICAINE EST-ELLE POSSIBLE AVEC BARACK OBAMA ? | Page d'accueil | UNE HISTOIRE DE FOU ! »

04.07.2008

UNION AFRICAINE, CETTE POULE MOUILLEE

17285e05f7e361199bec12a1103cf9b1.jpgRideaux sur le 11e sommet de l’Union Africaine à Charm-el-Cheick, au bord de la
mer Rouge, en Egypte. Si donc la grand-messe des princes qui nous gouvernent a
bien pris fin après un "ordre du jour chargé", la délicate question du
Zimbabwe, sur laquelle on les attendait, elle, a été presque escamotée.
Et c’est tout goguenard que, comme à son habitude, le président Omar Bongo
Ondimba, qui est réputé ne pas user de circonlocutions pour dire tout haut ce
que bien de ses collègues pensent tout bas, ou, si vous voulez emprunter
l’expression révolutionnaire à la mode dans les années 80 au Burkina, "qui
appelle un chat un chat", n’a pas été en-deçà de ce qu’on attendait de lui.

C’est ainsi que, peu avant l’ouverture de cette rencontre des grands, le doyen
des chefs d’Etat africains s’est écrié, avec cet air mi-railleur mi-sérieux
qu’on lui connaît, même sur des sujets préoccupants en ces termes : "Nous avons
accueilli Mugabe comme un héros. Il a été élu, il a prêté serment, il est là
avec nous. Alors il est président".

Pour exceller dans la provocation, on ne pourrait faire mieux que celui qui, par
abus de langage peut-être, reste, dans la mémoire collective, le doyen des chefs
d’Etat du continent. Car on nous a appris, dans notre tendre enfance, que
doyenneté rime avec sagesse.

Or ici, vous l’aurez constaté, le vieux locataire du "Palais du bord de mer" à
Libreville, en applaudissant le coup de force électoral perpétré par Mugabe,
n’a pas fait, à moins de donner un autre sens à ce mot, preuve de sagesse. A la
limite, on l’aurait compris s’il s’était tu ou, à défaut de se soumettre à ce
supplice, s’il avait tenté d’arrondir les angles, surtout que lui-même, en
dépit de son côté charmant, est loin d’être un parangon de valeurs
démocratiques.

Voilà un homme bien chanceux qui était, il y a de cela 41 ans, à la bonne place
au bon moment : directeur de cabinet du président Léon Mba. Lorsque ce dernier
tomba malade et succomba, Bongo hérita de tous les attributs de chef d’Etat,
comme on ramasse une mangue mûre tombée d’un arbre, en prenant le temps de
mettre hors d’état de nuire tous les éventuels prétendants qui pouvaient lui
faire ombrage.

Ainsi, depuis 1967, à force de bâillonner l’opposition, de la mâter sans en
donner l’impression, et de triturer la Constitution à sa guise, Ondimba est
resté perché au sommet de l’Etat. Ainsi, le Gabon est devenu sa propriété
privée et celle de ses proches, pour ne pas dire de ses valets.

Et quand on est dans un tel cas, comment ne pas vraiment trouver des
circonstances atténuantes, voire applaudir à tout rompre la tragédie qu’écrit,
en lettres de sang, Mugabe dans son pays ?

Mais, véritablement, si Bongo a eu le culot de s’exprimer, au nom de certains de
ses pairs, il est loin d’être le seul à s’être satisfait de ce déni de
démocratie qui a eu pour théâtre le Zimbabwe. Au bas mot, une bonne dizaine de
nos gouvernants, qui sont arrivés au pouvoir dans des circonstances
calamiteuses, et qui usent et abusent d’arguties constitutionnelles pour s’y
maintenir, étaient de cœur avec lui, le sourire en coin, pour l’applaudir dans
ses envolées scabreuses.

Qui peut nier que Zine El Abidine Ben Ali, qui, en dépit des grosses prouesses
économiques réalisées par son pays sous son long "mandat", reste un des plus
grands despotes du continent ?

Qu’Hosni Moubarak, en Egypte, Oumar El Béchir au Soudan, Teodoro Obiang Nguema
en Guinée Equatoriale, José Eduardo Dos Santos et nous en oublions sont loin
d’être des exemples en matière de démocratie ?

La seule éclaircie de cette scène bien triste pour le continent noir, qui s’est
jouée à Charm-el-Cheick, c’est l’agréable constat que, à côté de ce club de
présidents inamovibles, prêts à s’accommoder d’un Robert Mugabe, parti pour un
cinquième mandat présidentiel, il existe d’autres dirigeants africains, arrivés
au pouvoir à la régulière et qui mettent un point d’honneur à faire prévaloir
dans leur pays un minimum démocratique.

Sont de ceux-ci le président Abdoulaye Wade du Sénégal, Seretse Ian Khama du
Botswana, Umaru Yar Adua du Nigeria, lesquels ne se sont pas laissé divertir
par les Bongo et Cie, en dénonçant en des termes peu amènes ce simulacre de
présidentielle dans l’ex-Rhodésie.

En appelant dans sa résolution finale Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai à
"entamer le plus rapidement possible un dialogue politique en vue de la
formation d’un gouvernement d’union nationale", l’Union Africaine, cette poule
mouillée, a fait encore, hélas, preuve d’équilibrisme sans pareil, en ratant
une fois de plus le coche.

Bien d’observateurs avaient cru naïvement que, cette fois au moins, ce syndicat
de chefs d’Etat taperait du poing sur la table, pour mettre Mugabe au pas et au
ban de la communauté internationale... Mais, au lieu de le réprimander, au
propre comme au figuré, on l’applaudit, une invite à sévir davantage contre la
démocratie.

En appelant Mugabe à œuvrer à la formation d’un gouvernement d’union nationale,
le Sommet des chefs d’Etat réunis à Charm-el-Cheick veut faire de l’exception
kenyane une règle inscrite en lettres d’or à l’échelle du continent. On se
souvient tous de la crise au Kenya par suite d’une élection opaque.

Et il aura fallu de longs mois de tractations diplomatiques et d’atermoiements
pour en arriver à un partage du pouvoir entre Raila Odinga, nommé Premier
ministre, et Mwai Kibaki, qui resta à la tête de l’Etat. Mais diable, quelle
idée d’ériger l’exception kenyane en règle transposable au Zimbabwe ?

Mwaï Kibaki n’est pas Robert Mugabe, et le Kenya pas davantage le Zimbabwe. A
Charm-el-Cheick, les princes qui nous gouvernent se sont contentés, une fois de
plus, de replâtrage sans chercher à guérir le mal zimbabwéen à la racine. Et
c’est un peu pour cela que ce 11e Sommet n’a été qu’une messe de plus.

Boureima Diallo, Jeudi 3 juillet 2008.

L’Observateur

http://www.lefaso.net/spip.php?article27673&rubrique7

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