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dimanche, 28 septembre 2008

AJUSTEMENT MENTAL : LE REMEDE AU DRAME AFRICAIN

LA CARTE DE L'AFRIQUE 2.jpgA tous les peuples d’Afrique;
A Mamadou Koulibaly, Okili et Biwagou du Fucr, Agnès Krady des amis
miens;
En hommage aux braves populations africaines et à la mémoire des
illustres ancêtres.


Le continent africain est à la traîne des autres. Il souffre d’une
pauvreté chronique qui paraît d’autant plus incurable que toutes les
tentatives de solution ébauchées en vue de remédier à son mal se
soldent par des échecs.

Des indépendances jusqu’à ce jour, les montagnes de remèdes appliqués
par les institutions internationales de même que les velléités des
Etats africains eux-mêmes ont accouché d’une souris. Quand elles n’ont
pas tout simplement refusé d’accoucher.

Une incapacité qui témoigne de la mauvaise approche faite du drame
africain et démontre que, autant les premières citées que les
africains eux-mêmes font partie du problème. Pour parler comme le
reggaeman jamaïcain Buju Banton : ‘’ you’re not part of solution then
you’re part of problem’’. Autrement dit, si on ne fait pas partie de
la solution, on fait (d’une manière ou d’une autre) partie du
problème.


L’échec des programmes de redressement économiques mis en place
depuis les ‘’indépendances’’ de nos Etats puisent leurs sources non
seulement dans leurs caractères drastiques, mais surtout inappropriés
et inadaptés aux vraies réalités africaines. A dessein d’ailleurs…

Les institutions internationales, dont sont maîtresses les puissances
capitalistes de ce monde, n’ont jamais eu pour véritable mission de
permettre aux autres peuples d’émerger. De se hisser à leur rang,
mieux de les supplanter. Il suffit de se référer aux programmes
d’ajustement structurels des années 90 pour s’en convaincre.

Les PAS de ces années-là, n’ont eu pour principaux objectifs inavoués
que de renforcer et pérenniser (par l’entremise du FMI et de la Banque
Mondiale) la mainmise occidentale sur l’économie de nos Etats face à
la montée en puissance des contestations sociales et politiques des
masses africaines. Contestations nées des effets collatéraux du Vent
de l’Est marqué par la chute du mur de Berlin en 1989.

En effet, ce Vent de l’Est, comme son appellation l’indique, n’était
pas destiné au Sud.

Savamment planifié par les grandes nations capitalistes en vue de la
déstructuration du bloc soviétique et sa mise sous coupole, le Vent de
l’Est s’est malencontreusement déporté vers d’autres horizons.

C’est ainsi que, contre les prévisions de ses initiateurs et séduites
par les artifices de liberté et de démocratie dont il a été habillé,
les masses africaines sont intervenues dans ce vaste mouvement à
l’effet de porter haut, elles aussi, leur désir d’émancipation.

Il relève donc de l’accident que les Africains se soient invités à ce
‘’banquet démocratique’’ auquel ils étaient nullement conviés.

Une contingence de l’histoire.

Ce n’est pas un hasard si, en pleine période de contestations des
populations africaines, l’ex président français jacques Chirac –
prétextant des turbulences qui ont suivi ces mouvements et qui
n’étaient en rien différentes ceux de l’Est-, a jugé bon de
décréter : ‘’ Les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie.’’

Cependant, l’histoire se faisant ; ce désir de liberté, longtemps
étouffé, s’est présenté comme une grave menace pour le système de
prédation économique et politique occidental imposé à nos Etats. C’est
donc dans le but de contrer les besoins réels des Africains afin de
préserver les intérêts des nations dominantes que ces plans
conjoncturels de redressement ont été mis en œuvre.

D’ailleurs, les programmes dictés aux Etats sous domination depuis les
années 60 n’ont répondu qu’à cet unique objectif. Le cas de la
Jamaïque de Michael Manley, des années 70 à 80, nous édifie à ce
sujet. Pays émergent qui s’est retrouvé dans le gouffre sous le poids
du FMI.


Malheureusement, les différentes tentatives (?) des Etats africains à
travers les élites et les masses afin de solutionner le mal qui ronge
notre continent, ne connaissent pas meilleur sort. Car, à dessein ou
par ignorance, les Africains se refusent à reconnaître les véritables
raisons du drame qui les affecte et de s’assumer.

Il existe une vérité que nous devons constamment avoir à l’esprit.

S’il est indéniable que l’Afrique souffre de la pauvreté, celle-ci est
loin de représenter la source de ses malheurs présents. Mais la
conséquence. En ce sens que nous n’avons pas souvenance dans
l’histoire du continent d’un état de putréfaction aussi avancé et
généralisé avant la colonisation et, plus loin, l’esclavage.

En effet, en vue d’asseoir sa domination, le colonisateur s’est attelé
au démantèlement de nos sociétés et de ses valeurs pour faire de
l’homme Africain, autrefois libre, un parfait sujet.

Le système colonial, guidé par la négation de nos valeurs et partant
de l’africain lui-même, avec comme point d’encrage la fascination des
siennes, a eu pour conséquence de pervertir notre mode de pensée.
Ceci, de sorte à le réduire à un état de sauvage et de barbare dont
seule la civilisation occidentale demeure l’unique Salut.

Un cynisme poussé à un tel paroxysme que même le Roi de cette jungle
nôtre, à laquelle nous avons été cantonnés par l’imagerie hellène,
s’est trouvé encore être comme par enchantement… un certain Tarzan. Le
plus sauvage des occidentaux.

Si bien que l’Africain aujourd’hui n’a plus conscience de son
existence en tant qu’être humain doté d’une histoire, d’une culture,
d’un génie et de réalités qui lui sont propres. Ses repères étant
devenus occidentaux. A ce titre, toute chose ne suscite son intérêt
ou sa passion que lorsqu’elle porte le cachet de l’occident. Et pire
désormais, d’horizons autres que l’Afrique.

Le système d’éducation hérité de la colonisation a fait de lui, un
consommateur non un producteur, un as de la mimique non un créateur,
un éternel assisté non un partenaire. Enfin, un décor dans le monde
non un participant du monde. Une extraversion telle, que nous sommes
en total déphasage avec notre milieu et nos réels besoins.

Nos Etats forment des millions d’étudiants en espagnol alors que les
populations sont affamées en dépit de la fertilité et de la
disponibilité des terres arables.
On éduque autant de millions d’étudiants en allemand quand le chômage
et la maladie déciment nos populations.
On attend de l’Europe les remèdes aux maux qui nous affectent, alors
que leurs médications sont à portée de main, chez nous.
On enivre notre jeunesse de l’histoire des grandes conquêtes et
œuvres de Napoléon quand elle ignore celles de ses illustres ancêtres.

On se passionne, et s’entretue au besoin, pour l’islam et le
christianisme quand on rejette nos pratiques religieuses ancestrales.
Dans l’ignorance totale que la religion est l’âme culturelle d’un
peuple bien déterminé. Le ciment de sa civilisation. L’instrument de
sa conquête du monde.

Nous sommes frappés par la pauvreté, tandis que des secteurs entiers
de nos économies attendent d’être exploité et nos enfants sont livrés
à la rue.

Le tableau paradoxal de cette indicible extraversion, qui fait peine à
voir,
n’est pas exhaustif.

De surcroît, cette mentalité de colonisé, sans cesse contrariée par
les poches de résistance de nos valeurs propres qui ont vie dans ce
qui reste de nos sociétés traditionnelles, a contribué à produire un
profond déséquilibre en nous. Engendrant de ce fait, une autre espèce
d’individus.

Ni africain ni occidental, ni rien en définitive sauf un être humain,
l’Africain apparaît de nos jours comme un déséquilibré mental. Un être
hybride à l’image de la chauve- souris dans le règne animal. Ni
oiseau, ni mammifère.

C’est pourquoi, une refondation de nos mentalités s’avère plus que
jamais nécessaire afin de sortir les peuples Africains du fond de
l’abîme où ils végètent.

Ceci étant entendu que, quelques soient les pluies de milliards de
Francs ou autres richesses dont dispose un déséquilibré, il n’en fait
rien. Sinon rien que du gaspillage dans la mesure où il demeure sans
repères ni objectifs précis.

Cependant, il convient de faire remarquer qu’il ne s’agit nullement
ici d’un changement de mentalité. Car un changement de mentalité dans
le cas africain suppose, soit un reniement radical des valeurs
occidentales afin de s’arc-bouter autour de celles uniquement
africaines : signe de notre involution ; soit un accord total avec
elles : marque de notre perdition.

Il est établi que certaines valeurs occidentales font désormais partie
de nos réalités par la force des choses. Il nous appartient d’en faire
le tri et de ne retenir que ce qui est d’abord bon pour nous.

En ce qui nous concerne, le remède au mal africain réside de prime à
bord dans un ajustement mental. C’est-à-dire une prise en compte des
deux réalités marquée par la prédominance de nos valeurs propres.
Autrement dit, un rééquilibrage de notre mode de pensée qui appelle à
la réhabilitation sans complexe aucun de nos valeurs comme fondement
de notre évolution, de nos empreintes dans l’histoire de l’humanité et
à une appropriation des valeurs qui font la force des autres peuples
dans le monde.

Une condition incontournable qui scellera, à n’en point douter,
l’Unité et la Renaissance de l’Afrique.

Dans la mesure où, cet Ajustement fera ressortir, au delà des
particularismes, les traits fondamentaux communs aux peuples
africains. Traits de valeurs qui se résument au socialisme, la
solidarité, au partage vrai ; en un mot, un humanisme affirmé.

Dès lors, l’Africain ne concevra plus les problèmes d’un point de vue
sectaire et synchronique mais s’éveillera à une approche globale et
diachronique de son évolution dans le monde.

Toute chose qui conduira à une symbiose entre les élites et les
masses, fera l’unité et la stabilité de nos sociétés puis stimulera le
génie de nos peuples, particulièrement, dans les domaines où ils
excellent.

Une donne nécessaire qui constituera incontestablement la force et la
marque de l’Africain de demain dans le concert des peuples.

D’ailleurs, de toute l’histoire de l’humanité, aucun peuple ne s’est
imposé au monde en se reniant.

Pour ce faire, il nous appartient d’imaginer les voies et moyens qui
permettent d’atteindre ce but.

La logique impose, puisque c’est d’abord par la ruse puis la force que
nous, peuples africains, avons été réduits au statut d’instruments par
les puissances dominantes de ce monde, que nous empruntions la voie de
la ruse.

Pour trois raisons qui nous semblent essentielles.

Primo, l’esclavage, la colonisation et l’ère capitaliste avec leur
cortège de malheurs que nous subissons en ce moment ont assez vidé
notre continent de ses ressources humaines et de ses fils parmi les
plus valeureux.

L’Afrique est aujourd’hui sous peuplée contrairement à ce que l’on
voudrait nous faire croire. 875 millions d’habitants pour un
gigantesque territoire de 30 millions de km2 contre 375 millions
d’habitants pour seulement 3.231.000 km2 concernant l’Europe, et 2
milliards d’individus pour 9.630.960 Km2 s’agissant de la chine
uniquement.

Un dépeuplement qui constitue une de ses faiblesses majeures qu’il
nous appartient de combler.

Secundo, les rapports de force physique (militaire) entre l’occident
et l’Afrique revêtent une disproportion flagrante et indiscutable.

Tertio, le nouveau contexte de compétition mondiale de ce début de XXI
è siècle rend caduc tout usage de la force physique.

Pour preuve, l’usage abusif des opérations militaires des USA et de
l’Europe (de manière solitaire ou sous le couvert de l’ONU et l’Otan),
a grandement affecté leurs économies. Le revers de la médaille.

De plus en plus de nations au monde possèdent une capacité de nuisance
qui impose un équilibre la terreur.

Il n’est pas dans notre entendement de céder au défaitisme ni à la
résignation. Mais le bon sens recommande que tout usage de la force ou
de la ruse soit fonction du contexte. ‘’ Quand la musique change, la
danse change’’, nous apprend la sagesse africaine. C’est la marque de
tout homme et tout peuple intelligent.

Les Dragons d’Asie, le Japon et la chine en tête, de même que l’Inde
ont réussi ce pari en trouvant les ressorts de leur émergence dans la
richesse de leur valeur propre, l’intelligence de leurs peuples et la
maîtrise de ce qui fait la force du monde occidental. Ceci, sans avoir
eu recours à des conquêtes militaires.

Il appartient donc aux Africains d’en faire autant. Voire mieux, vu
l’immense potentiel dont ils disposent.

Si les solutions à nos maux résident en grande partie dans nos valeurs
fondamentales et nos réalités propres, l’éducation est la clé du
sésame de notre nouveau départ dans la marche de l’humanité. Une
Education qui ses fondements dans nos valeurs et qui concoure à
l’amélioration de notre vécu. Non une instruction telle qu’elle nous
été léguée par le colonisateur.

Il ne sert à rien de s’attaquer aux superstructures de prédation des
puissances dominantes qu’il suffit de mettre hors-jeu, si nous
imaginons les moyens de notre propre développement.

Il est aussi illusoire de se précipiter vers la constitution de grands
ensembles économiques ou politiques, si chaque Etat africain ne
procède pas à sa propre toilette, sa propre refondation. Ce serait
bâtir une maison en commençant par le toit.

Au demeurant, s’il est mathématiquement admis comme postulat que
1+1=2, donc l’union fait la force ; il n’est pas moins vrai que : 1
Pauvre+1 Pauvre= 2 Pauvres, 1 Déséquilibré + 1 Déséquilibré = 2
Déséquilibrés dont les unions font la force de désastres non seulement
pour eux-mêmes, mais pour l’humanité toute entière.

C’est dire qu’on ne sait par quelle magie un agrégat de maux incarné
par un assemblage d’Etats désintégrés (Hier l’OUA, aujourd’hui l’Union
Africaine, pâles copies de l’UE), pourrait indubitablement déboucher
sur le Salut de l’Afrique.

A l’heure où le monde occidental subit les revers d’un capitalisme
sauvage, les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe semblent
intellectuellement ménopausées, il appartient à chacun des Etats,
chaque société africaine, chaque corporation, chaque famille, chaque
individu, de sonner l’heure du Réveil Africain afin de ne pas manquer
cet important rendez-vous de notre histoire et des Grands Peuples.

Les moyens sont là qui existent. Il suffit, ensemble, de réunir toutes
nos énergies afin de les imaginer.


Carell Bohoui-Baclaud
Consultant en Communication
Et en Stratégies politiques et sociales
+226 78 32 31 71
Ouaga, le 02 Septembre 2008.


21:07 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : carell bohoui-baclaud, pauvreté, afrique, indépendance, ajustement mental, drame africain | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 26 septembre 2008

CONCOURS MISS: DE LA MISERE DE NOS COMPORTEMENTS

MISS 2007.jpgLu pour vous, du blogueur Serge GRAH: "Pour participer au débat sur ces "particularismes" ivoiriens où les concours de beauté tiennent une place de choix (on m'apprend que l'ingenuosité des Ivoiriens permet d'allonger la liste : Miss Internet, Miss Diaspora et Miss Tout Niveau), je vous donne pour lecture un texte que j'ai publié en décembre 2007 sous le pseudo de Dr Kobé Cécile. Un texte qui reste d'actualité. Bonne lecture ! Serge GRAH: http://sergegrah.centerblog.net".



De la misère de nos comportements


La Côte d’Ivoire est un pays étrange ! Vraiment ! Un pays que tout le monde s’accorde à trouver mal-en-point, un pays qui s’enlaidit… et que toute la Nation devrait aider à sortir du gouffre, mais qui ne bruit que de comportements encensant des sous-valeurs.

Loin de nous réclamer d’un certain puritanisme, autorisons-nous néanmoins à dénoncer avec force le vice et l’insouciance caractérisés qui sévissent dans notre pays et tendent à se perpétuer péremptoirement en cette période post-crise. Et ce, dans le seul objectif de tirer la sonnette d’alarme et de susciter une prise de conscience collective. Car, il faut se rendre à l’évidence, le mal est bien profond et se cache derrière de nombreuses facettes. Les Ivoiriens ont perdu tout repère. Même les dogmes sociaux élémentaires, les rudiments primordiaux au développement d’une Nation tels que la moralité, l’éducation et le respect des mœurs semblent nous échapper.

Que s’est-il passé pour qu'on en arrive-là ? Les Ivoiriens loin d'être parfaits tenaient quand même sur quelques principes. Comment sommes-nous donc arrivés à un tel deuil de l’espérance ? Pourquoi éprouvons-nous cette lassitude à la réflexion ?

Un examen sommaire de notre société amène à se rendre compte de l’appétence paroxystique des Ivoiriens pour les plaisirs. Des déviances que nous inspirent le culte de l’argent, de la perversité et du superficiel : beuverie, ripailles, luxure, orgies sexuelles, impunité, corruption, favoritisme. Des comportements vénaux qui ont pris un caractère normal et qui sont en train de passer insidieusement dans les habitudes. L’immoral a pris la place de la morale, l’anormal s’est substitué au normal. Il y a une commutation des valeurs, au fil d’une déliquescence quotidienne incontrôlée de l’éthique. Le vice a fini par se suppléer à la vertu dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Visiblement, il n’y a plus dans ce pays de garde-fous, de barrières. Plus d’interdits !

Dans notre chère Éburnie, tout se passe comme si nous étions dans une sorte d’impasse culturelle faite d’une affligeante stérilité. Jamais on ne célèbre l’intelligence, celui qui a mieux réfléchi... Nos cerveaux sont si paralysés que nous n’avons rien d’autre à proposer à la jeunesse que les jeux débiles servis en quantité par « Notre Télévision poubelle »… Pour sanctionner les talents et récompenser des bassesses. Quel gâchis épouvantable !

On a même trouvé des formules pour entretenir à coup de millions des viviers… de jeunes filles : les concours de beauté. Ce phénomène occupe désormais chez nous une place légitime. « Miss Côte d’Ivoire, Miss Cedeao, Miss Campus, Miss District » par-ci, « Miss Cocody, Miss Bouaké, Miss Adjépessi », par-là. Les « reines » et les « miss » se démultiplient. Il y a une telle folie obsessionnelle à organiser ce genre de compétitions qu’on a fini par y mêler des gamines. Oui ! On n’a pas hésité à faire germer l’idée, ôh combien géniale, que dis-je répugnante, d’exhiber des bébés de 7 ans ! « Miss Noël » nous dit-on ! pour voler leur innocence à ces enfants.

Nos enfants naissent et grandissent désormais dans ce climat de médiocrité et de recherche de gain facile, qui fausse leur conscience. Convaincus que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à tirer profit de son physique.

Mais diantre ! Quelle répugnance pénalisante pour la Nation lorsque les futilités, la vénalité, l’ignorance tentent d’embastiller la Culture ? Franchement qu’on nous dise le type de valeurs que promeut ce genre de compétitions. La beauté ? Mais quel mérite a-t-on à être beau ? A quel emploi exige-t-on d’être beau ? Comment pouvons être aussi pauvres culturellement au point de jeter le voile pesant de notre inculture sur nos propres enfants ! Que peut-on espérer de l’avenir d’une Nation dont toute une génération est sacrifiée sur l’autel de vices suicidaires ? Dans quel psychodrame sommes-nous en train de jouer ? Comment s’étonner alors que les jeunes Ivoiriens trichent avec leur vie ! Et que le civisme, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail soient observés avec mépris.

Baignant dans les paillettes, de tels concours mettent en jeu toute l’image qu’on se fait de la femme dans notre pays. Et ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée des enfants. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle… et tout le reste te sera acquis ». Plus profondément, c’est la référence au superficiel, aux fausses valeurs, au nu avec ses profils effilés devenus le critère dominant. Le dessous comme vérité du dessus. La coquetterie et la beauté, les seules armes qu’on laisse aux enfants de ce pays… Merveilleux programme ! N’est-ce pas ?

Et qu’une Institution de la République, tel le Ministère de l’Éducation Nationale accompagne de telles actions, prend le visage de l’effroyable. Et de la révolte ! Le gouvernement ivoirien veut-il entretenir le modèle d’une jeunesse zombifiée ? Veut-on créer le stéréotype de la femme infantile ? Veut-on pour demain des femmes qui n’auront pour seule boussole que d’être « belle » ?

Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que les maux à combattre ne manquent pas. Au lieu de promouvoir des préjugés sexistes du genre « soit belle et tais-toi » à un moment où l’école est quasiment inexistante, un moment où le SIDA décime toute une jeunesse, le Ministère de l’Éducation Nationale devrait multiplier des actions qui exhortent plutôt les jeunes au travail, au civisme, aux valeurs éthiques et morales, etc.

Une enfant à qui on apprend à se réaliser à partir des atouts artificiels, trouvera-t-elle le moyen de croire en ses études ou au travail ? Quelle élite sommes-nous en train de former ? Ne faut-il pas construire pour cette jeunesse une société qui donne avantage au mérite par le travail et l’intelligence ? Et qu’ils comprennent ainsi qu’il n’est pas inutile d’aller à l’école et d’être surtout « beau » par l’intelligence.

Sinon, un jour, lorsqu’ils auront 20 ans, 30 ans. Et pleins d’espoir, affamés d’avenir, ils se rendront compte que nous leur avons laissé un pays usé et vidé de toute sa substance nourricière. Et ce jour-là, ils nous haïront de toute leur force. Et ils auront raison. Car c’est le pire qu’on puisse faire à ses propres enfants…



Serge GRAH

20:47 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : miss noël, miss choco, concours miss | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 23 septembre 2008

TOUJOURS DES BLAGUES SUR LE RESEAU ORANGE

SOURIRE.png
1- Un petit garçon demande à sa mère le sens d’un mot qu’il a entendu dans une chanson zouglou : « Maman, kpètou (l'organe génital féminin), c’est quoi ? » Sa mère, très embarrassée, lui dit, pour esquiver la question : « C’est voiture ! » Le petit est satisfait et va jouer. Le lendemain, sa tante débarque à la maison avec une très belle voiture. L’enfant jubile et veut dire : « Tantie, ton… ! » La mère, qui sent venir le coup, le cale net. In extremis. Vraiment, les enfants d’aujourd’hui, on ne peut même pas les blaguer un peu !

2- Un digba de chez agbôlô (un solide gaillard), mal moisi (désespérément fauché), va écrire sur le mur en face de sa cour commune : « Interdit de pisser, ici. Amende : 1 seconde à 1000 francs. Un gars de passage se fait prendre. Il lui saute dessus, chrono à la main : « Mon frère, tu as pissé 10 secondes. Décrou le pierre (Sors l’argent) ! Tu n’as pas vu ce qui est écrit au mur-là, ou bien ? ». "Ecrit où?", demande le gars, apeuré. Et le balèze de lui répondre: "Tu ne vois pas ce qui est écrit en chinois-là? Ou bien tu n'as pas regardé Jeux Olympiques?"

3- Un bété va à la mairie pour des papiers administratifs. Il trouve l’agent qui lui demande : « Nom du père ? » Le bété répond : « Séri Gaspard », et il ajoute, après un moment de silence « Il est mort ! » L’agent s’énerve et dit : « Il fallait me dire cela plus tôt pour que je marque FEU Séri Gaspard ! » Après rectification, l’agent demande : « Nom de la mère ? » Le bété répond : « Faut mettre FLAMME Yohou Bernadette, parce qu’elle est morte aussi ». Wahaaa gnian ! Gnian oh yé ! Bété, vraimaaa !

4- Emission de Génies en Herbes, en 2000, à Bruxelles : Belgique contre Burkina Faso : « Donnez un mot de sept lettres commençant par W » Zoungrana est le plus rapide. Il répond : Woiseau ! « Donnez un mot commençant par A ». Zoungrana surgit : Aradio ! « Donnez le nom d’un pays commençant par Z ». Encore Zoungrana : Zapon ! C’est le comble, mais le présentateur accorde une chance au Burkina. « Donnez un mot contenant deux J ». Zoungrana jaillit : Jig-Jag ! Franchement incurable, le mec !


5- Deux malades mentaux internés décident de fuir de leur asile. Ils font leur plan : Si le portail est haut, on passe en bas, si c’est bas, on passe en haut. L’heure de fuir arrive mais le portail est grand ouvert. Ils sont mélangés, déboussolés. Ils n’avaient pas prévu ce scénario. Alors, ils retournent en cellule, en disant : « Merde ! Ils nous ont eus, ya pas de portail ! Comment ils ont su qu’on allait fuir par le portail ? »

6- Un coq et une poule, en compagnie de deux gamins restés seuls, à la maison, regardent la télé. Quand commence l’émission « La Bonne Cuisine », la recette du jour annoncée est : « Kédjénou de poulet ». La poule dit au coq : « Il faut leur dire de zapper. Je n’aime vraiment pas les films d’horreur ! »

7- Deux fous sont à la piscine. L’un tombe à l’eau et l’autre le sauve. Le lendemain, le directeur convoque le héros et lui dit : « Bravo pour ton geste. Mais ce matin, on a retrouvé ton ami pendu ». Le fou répond : « Bèh, oui ! C’est moi qui l’ai accroché là pour qu’il sèche un peu, quoi ! »

8- Un mec invite sa go (sa copine) au maquis et n’a que 1000 FCFA en poche. Il se dit : « Si elle prend un Coca et moi une Tuborg, ça peut aller ». Il lui demande ce qu’elle prend. Sans réfléchir, elle répond : « Une Guiness au Coca ». Il lui demande bien: « Tu prends une Guiness ou un Coca ». Et elle insiste : « Une Guiness au Coca ! Je veux panacher, quoi ! ». Il lui dit « Ce n’est pas PANACHE tu veux, c’est SAMEDI, ÇA ME DIT ou TEMPO ! D’ailleurs même, si tu m’énerves, tu risques de faire PLEIN-AIR, au sens propre ! »

9- Un élève pilote part en exercice avec ses bouquins d’études pour apprendre tout seul à appliquer ses cours de navigation, dans un avion privé. Il ouvre le manuel au 1er Chapitre : « Comment démarrer l’avion ». Il le démarre. Ensuite, 2ème Chapitre : « Comment décoller », 3ème Chapitre : « Comment planer ». Il plane, plane et replane, grisé par sa réussite. L’élève pilote est fatigué, il veut atterrir. Il ouvre le 4ème Chapitre. Il y est écrit : "Pour l’atterrissage, consulter le volume 2". Mince ! Il a oublié le volume 2, à la maison ! Priez pour lui.

10- Dans une classe de catéchèse, le prêtre demande aux enfants comment faire pour aller au paradis. Le premier catéchumène lève le doigt et répond : « Il faut prier beaucoup ! ». Le deuxième dit : « Il faut mourir, d’abord ! ». Le troisième répond : « Mon papa et ma maman vont tous les jours, au paradis, dans leur chambre ! Je les entends, au milieu de ouuuh, de aaaah et de ouiii, dire qu’ils sont au paradis ! »

11- Carême va tuer les musulmans. Hier, Ladji est tombé évanouit, vers 15 heures. Ses parents, affolés, ont décidé de l’emmener à l’hôpital le plus proche. En route, un jeune du quartier dit : « Achetons wommi 25 F pour lui, on va voir ». Le vieux ouvre un œil et dit d’une petite voix : « Mon fils, merci ! Ils n’ont qu’à faire pour 100 F, en même temps, avec un peu de baka ».

12- Trois amis causent. Le premier dit : « Ma femme a lu l’histoire des deux héros et elle a fait des jumeaux ! ». Le deuxième dit : « La mienne a lu l’histoire des trois mousquetaires et elle a fait des triplés ». Et le troisième, qui les a bien écoutés, se met à pleurer parce que sa femme est enceinte et qu’elle est en train de lire Ali Baba et les quarante voleurs.




AUTRES SMS


1- Dieu se cache. Le saviez-vous ? « Tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, sauveur ! » Esaïe 45 : 15. Pourquoi Dieu se cache ? Pour que ne le trouvent que ceux qui le cherchent et qui le cherchent de tout leur cœur. Il a dit lui-même : « Je n’ai pas dit : Cherchez-moi vainement ! » Esaïe 45 : 19. Alors, comment cherchez-vous Dieu, vous, avant de l’accuser, à tort, de ne pas vous répondre ou de ne jamais vous répondre ?

2- Par la bonté, contrecarre la méchanceté, par l’amour, consume la haine, par la douceur, absorbe la colère, par le calme neutralise la violence et par la fidélité confonds le parjure. Oui, par le bien, réponds toujours au mal. Passe le message !


Recueilli pour vous.


Dindé Fernand.







15:29 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : humour | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SORCELLERIE ET SOUS-DEVELOPPEMENT

FETICHE VAUDOU.jpg
A l’aube du 21ème siècle où l’Afrique se bat pour rattraper son retard sur les autres continents, certains intellectuels n’ayant pas peur du ridicule, proposent la sorcellerie comme moyens de développement. Le degré d’approche du problème et les conclusions tirées pourraient témoigner de nos incapacités, et cela quels que soient nos niveaux d’études universitaires, à juger avec bon sens et esprit critique.
Il n’y a pas longtemps, une cassette vidéo, témoignage d’un homme, Béhanzin, qui serait converti au christianisme circulait à Abidjan mais surtout dans les cités universitaires. Selon son contenu, le prétendu prêtre vaudou faisait des révélations sur ses activités magiques : il disait avoir rehaussé de façon magique le niveau religieux, politique, économique et sportif de certains ivoiriens. Il serait à la base de la réussite fulgurante et plus ou moins douteuse de certaines personnes grâce à ses procédés magiques consistant à enterrer des fœtus, des parties du corps humains comme cheveux, ongles puis à invoquer à la fin des esprits.

Ce procédé de justification de la réussite sociale doit être l’occasion pour l’ensemble des intellectuels et particulièrement pour les philosophes d’ouvrir leur esprit critique, afin d’améliorer la capacité à comprendre du peuple ou du commun des mortels. Ce devrait être l’occasion d’inviter la masse à faire de meilleures analyses de tout ce qui l’entoure. Pourquoi toute réussite en Afrique devrait-elle devoir son mérite aux bons soins des esprits magiques ? Pourquoi l’Africain serait-il particulièrement « programmé » pour croire à la sorcellerie ? Y a-t-il des explications psychologiques, économiques et socioculturelles qui favorisent un tel attachement aux croyances mystiques chez les Africains ?
Après cinq années de guerre, le peuple ivoirien est exaspéré ; il est fatigué. Il assiste impuissant à d’interminables grèves visant à améliorer le niveau de vie des fonctionnaires du public et du privé. Beaucoup d’artistes, d’agriculteurs, de pratiquants du secteur informel mènent aujourd’hui des actions pour sauvegarder leurs intérêts économiques et sociaux. En somme, la pauvreté à certains égards s’installe de plus en plus fermement dans une société où la corruption et l’individualisme sont devenus monnaies courantes.

Quand un peuple ou un individu en arrive là, la capacité réflexive du citoyen se réduit à l’instinct animal. L’instinct de survie domine sa capacité d’analyse ; l’intelligence est étouffée par les mécanismes naturels de survie. Il est aux aguets, prêt à répondre à celui qui lui offre les moyens les plus rapides de résolutions de ses problèmes. On fuit la difficulté et on recherche en priorité la facilité. La magie répond à ce besoin de réponse facile et rapide. Par elle, les individus croient posséder des forces irrationnelles de réussite. Ils finissent par s’encombrer de superstitions, d’objets de protection et de pratiques douteuses. Ils croient trouver dans la sorcellerie le remède de leur souffrance. Comme contrepoids à la sorcellerie, d’autres s’abreuvent de prières et de protections diverses. En réalité, la misère, l’ignorance et la crainte sont les principales causes de la croyance à la sorcellerie. Par paresse de la pensée, ces individus implorent les esprits ou le divin.

La sorcellerie apparaît à leurs yeux comme technique de possession de prétendus pouvoirs surnaturels pouvant plier la nature à leur volonté. Ces pouvoirs permettraient de se déplacer quand ils veulent, sans moyens de transport conventionnels, d’un bout à l’autre du monde pour faire du mal à qui ils veulent. Ces pouvoirs leur donneraient des facultés secondaires de divination. A l’inverse, ces individus, sachant tout le mal qu’ils font, sont perpétuellement à la recherche de la protection d’un Dieu bon qui sauve contre un dieu mauvais qui donnerait ces pouvoirs de destruction à certaines personnes.

L’apologie d’un démon est donc fait. Cependant ce n’est point l’apologie du démon naturel de destruction contenu en tout homme comme chez T. Hobbes dans sa théorie de l’homme Léviathan. Mais c’est celle d’un démon extérieur au monde et qui pousserait à commettre des actions contraires à toutes règles humaines sur les autres pour acquérir une certaine puissance magique et s’assurer d’une réussite sans faille dans la société. On pourrait se croire dans un conte ou à la limite dans un mythe. Malheureusement, ces faits s’accordent encore aujourd’hui avec les réalités sociales et culturelles des Africains. Nos mentalités ont instauré dans nos coutumes et traditions des règles et des croyances répondant à de telles dérives intellectuelles.

De nos jours, personne ne veut remettre en cause ses manières de faire anciennes totalement en désaccord avec l’évolution scientifique du monde. Un pasteur pense que des esprits provoquent des accidents sur l’autoroute du nord, au Banco. Comme remède, il propose, sans avoir peur du ridicule, purement et simplement des prières au lieu d’inviter les automobilistes à la prudence et au respect des règles élémentaires d’entretien de leurs voitures. Ce magicien des temps nouveaux s’égosille dans l’exorcisme des « esprits d’accidents » alors qu’il devrait interpeller l’Etat à veiller à l’éclairage public et à l’entretien des routes. Au nom de la sorcellerie, des pauvres individus sont enterrés vivants, après des procès coutumiers expéditifs, au mépris des lois de la république. En somme, la croyance aux esprits et à la superstition contribue à rendre les individus et l’Etat moins responsables. Tout le monde se cache derrière des forces magiques pour ne pas faire son travail citoyen.
A l’heure de la mondialisation, il est important que les Africains sortent de leurs réserves dogmatiques, de leurs croyances absolues aux mystères pour affronter rationnellement un monde complexe. Ce monde est celui des débats scientifiques et du respect des droits de l’homme. C’est dans la confrontation des idées et non dans l’imposition des croyances liées aux délires de l’imagination que l’Afrique pourra asseoir, à certains niveaux, son leadership intellectuel et assurer son développement.

Prof. BOA Thiémélé Ramsès et Mlle GNEBO Zohon Rachelle (étudiante). Université de Cocody/ Département de Philosophie.

15:22 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sorcellerie, béhanzin, sous-développement, boa thiémélé ramsès, gnébo zohon rachelle | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

MISS NOEL ET CONCOURS MISS, EN COTE D'IVOIRE, EN GENERAL: DISCUSSION A BATONS ROMPUS

MISS 2007.jpg
Miss Noël vraiment ?

Un biais pour une analyse rapide.
Quoi ? Préselections Choco Miss Noël 2008

Où ? Abengourou, Daloa, Yamoussoukro, San Pédro, Divo, Daoukro, Abidjan

Analyse de l'image d'appel En haut à droite : Gros logo du partenaire Chocodi. Au grand centre : Une enfant, dix ans à peine, habillée d'une robe de princesse, un sourire éclatant, une bouche super maquillée, des paupières maquillées, des faux cils (ça se voit), des rallonges de cheveux, une mimique séductrice...

But d'un tel évènement ? .... (j'attends des propositions)

Partenaires Entre autres, le Ministère de l'Education Nationale

Promotrice de l'évènement ? Patricia Kalou.

Rappels sur babiwatch

Vous en pensez quoi vous ?

Lu sur: http://babiwatch.ivoire-blog.com/archive/2008/09/10/miss-...

FLEURS.jpg


AUTRES LIENS SUR LE DEBAT

Le Blog de Yoro: http://leblogdeyoro.ivoire-blog.com/archive/2008/09/03/mi...

Le Blog de Théophile Kouamouo: http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2008/09/04/choco-...

Réseau Ivoire: http://www.rezoivoire.net/news/enquete-article/2994/conco...


Mon commentaire sur l'article:

Ce que j'en pense, moi? Totalement débile! Franchement! Quelle mérite a t-on d'être la plus belle! Nous sommes beaux ou belles, un point c'est tout, c'est DIEU, le Créateur qui l'a voulu ainsi! Quel mérite pouvons-nous objectivement en tirer?

Ces concours Miss sont une véritable plaie morale, une abérration! Quelle est la valeur qu'on veut ainsi promouvoir? Exhiber ses charmes pour se faire de l'argent? Une prostitution savemment déguisée? Cela ne correspond pas aux modèles avec lesquels on batit une grande nation.
Les Ivoiriens doivent, comme je l'ai toujours dit, revisiter, reconsidérer leur échelle des valeurs.

Est-ce tellemnt leur faute quand des media d'Etat comme la RTI, à travers RTI MUSIC (dès 9h, le matin) et les films à l'eau de rose de 19h, désaxent moralement notre jeunesse et nos enfants par une musique crétine, des danses obscènes et le culte du nudisme et des embrassements érotiques? Au vu et au su des pouvoirs publics et surtout du CNCA qui censure des pubs de beurre et de savonnerie et qui laisse passer les choses les plus graves et les plus répréhensibles!
Que sert-il de couler la mouche et d'avaler le chameau? Honnêtement! (Cf. La Bible). Et vous, qu'en pensez-vous?

Fraternellement!

Dindé Fernand.


Réaction d'un internaute à ma diatribe:

Je suis tout à fait contre vos propos Monsieur DINDE; pourquoi toujours vouloir chercher à donner des leçons, pourquoi critiquer la façon de penser ou la façon de raisonner des autres, ca peut arriver d'avoir des points de vue differents, plus je lis les messages échangés essentiellement vos propos, plus je me rends compte d'une certaine intolérance d'une volonté permanente d'imposer ses idées, sa façon de voir les choses sa façon de penser. pourquoi traiter la façon de voir les choses des autres de je cite: "totalement débile", « de plaies morales », « d’aberration »; pourquoi dire que Dieu a voulu qu'on soit beau ou belle un point c'est tout. Si c’est ainsi pour la beauté ca devrait etre pareil pour l’intelligence, la sagesse la force le courage la richesse……Cependant dans la bible certaines personnes sont connues et meme reconnues pour avoir été les plus beaux, les plus forts les plus courageux les plus sages les plus riches de leur époque je vais vous citer de ce fait JOB (richesse), les enfants de JOB (beauté), Rebecca « la femme de Jacob » (beauté), le roi SALOMON (richesse et sagesse), SAMSON (force), DAVID(courage) et beaucoup d’autres encore.

Concernant Les concours de beauté, je suis désolé ils sont justes organisés dans le but de distraire d’occuper les gens, si on continue à raisonner dans ce sens la les jeux olympique par exemple ca ne sert à rien, les competitions de football ca ne sert à rien parce que quelle mérite avons-nous à courir plus vite ou a savoir taper dans un ballon mieux qu’un autre.

Je ne sais pas ce que vous appellez musique crétine mais je me sens choqué je dirai meme outré par ce manque de tolérance. Comprenez déjà que pour nous ivoiriens vivants pour l’instant à l’étranger, c’est un vrai bonheur d’entendre cette musique « crétine », peut etre que nous aussi sommes crétins pour autant l’apprecier.

Concernant les danses obscenes, je suis désolé de vous dire que les ivoiriens sont producteurs de films pornographiques, on a cependant pas pour autant condamné les films ivoiriens comme ABLAKON- LE 6e DOIGT- COULEUR CAFE et j’en passe. On ne va donc pas condamné la musique ivoirienne parce que certains veulent détourner le concept à leur avantage pour faire des conneries.



Jean-René A.


Ma réponse à la réaction de Jean-René


Cher bien-aimé Jr A.,

Ce que je condamne n'est nullement le loisir que ces concours offrent ou la compétition qui est organisée en tant que telle, mais le fait de récompenser une fille parce qu'elle est belle, et mise au dessus de toutes, honorée, choyée, acclamée, pour n'avoir fourni AUCUN effort, tandis qu'on ignore celles qui ont le BAC avec la mention, qui tiennent des entreprises avec brio, qui occupent admirablement des postes traditionnellemnt consacrés aux hommes, qui sont parties du bas de l'échelle pour accéder à la prospérité et à l'accomplissement de leurs personnes, celles qui ont des idées novatrices, celles qui par l'effort et le travail se sont distinguées, etc, etc, etc!

Voici ce qu'on doit promouvoir dans un pays sous-développé comme le nôtre, où plus personne ne veut travailler, où on préfère le loisir et le luxe rapidement acquis au travail patient et à l'effort soutenu et constant. Tout le monde veut être Miss pour être la femme d'un boss, tout le monde veut jouer au football pour devenir Drogba, tout le monde veut travailler dans les régies financières sans être admis régulièrement à un concours mais en corrompant des indélicats qui sapent les bases de la nation et de notre administration (où l'éthique n'existe plus) pour longtemps.

Après cela, comment fait-on pour construire un pays solide et bosseur qui puisse prétendre à des taux de croissance supérieurs ou égaux à ceux des Dragons d'Asie, qui avaient le même PIB que nous, en 1960?

Alors, comprends-moi, cher frère, mon coeur pleure de voir l'Afrique s'amuser et danser pendant que le monde avance et que l'histoire s'accélère!

Justement, j'appelle musiques crétines les musiques où on chante des grossièretés (Dedans, mets dedans!) et qui font danser tout le pays, où les paroles sont des bruits de bouches sans aucun sens et qui font se trémousser les trois-quart de la nation, où le tintamare remplace les belles harmonies musicales (je suis instrumentiste et chef du groupe musical de mon église), où les textes sont nuls et incohérents et où des concepts immoraux encouragent à la luxure, à la fornication, au gain facile et à la gabégie, qui sont des valeurs qu'un pays en voie de développement ne peut pas s'offrir le luxe de promouvoir!

Voici donc ce que je n'accepte pas pour mon pays où j'estime que le travail doit être la PREMIERE VALEUR. J'espère que tu me perçois maintenant un tout petit peu.

Fraternellement!

Dindé Fernand.



15:08 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : miss noël, concours miss | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 18 septembre 2008

SORCELLERIE ET TRADITIONS CRIMINELLES

FETICHE VAUDOU 2.jpgBOA Thiémélé Ramsès, Maître de conférences de philosophie, Université de Cocody Abidjan.

Le 11 juillet à 17h, dans le cimetière de Sahuyé, un village de Sikensi, un homme, ligoté a été enterré vivant sous le cercueil de sa présumée victime. Landry Kohon, le journaliste de Fraternité Matin qui relate ces événements a raison de dire que les mots inhumain, cruel, horrible, abominable ou odieux ne sont pas assez forts pour qualifier ce crime commis au vu et au su de tout le village.

Peut-on rester silencieux face à l’indicible ? Peut-on ne pas regarder avec dédain cette tradition criminelle fondée sur la sorcellerie ?

QUELLE TRADITION ?

On nous dit de ne pas regarder avec dédain nos cultures. Certes. Mais que vaut une tradition quand elle ne garantit pas la liberté de ses membres, quand elle ne protège pas les plus faibles ? Que vaut une tradition quand visiblement elle est en déphasage avec l’évolution scientifique et morale de l’humanité ?

Toute société évolue aussi bien dans ses manières de faire que dans ses manières d’être. Elle doit passer par le rejet des formes anciennes inaptes à rendre compte du présent. Elle doit nécessairement devenir moderne si elle veut innover. La modernité exige une critique sévère des formes périmées de savoir, de savoir-faire et de savoir-être. Elle nous oblige à regarder avec un certain dédain ces traditions singulières qui oppriment la personne humaine et encouragent la servitude de l’esprit. Aujourd’hui les élites africaines qui auraient dû être les défenseurs de la modernité étonnent par leurs agissements quelquefois semblables à ceux de l’ignorant analphabète. Elles retournent à un stade d’ignorance qu’elles avaient déjà franchi grâce à l’instruction.

Elles deviennent médiocres au sens où, pour le philosophe camerounais Njoh-Mouelle, la médiocrité, conformisme irréfléchi aux pensées élémentaires, a pour base l’absence de jugement personnel, la dépendance par rapport à l’opinion et au jugement anonyme de la majorité, les comportements stéréotypés et la renonciation à l’autonomie. La médiocrité se présente alors comme grégarité, fidélité inconditionnelle à des us et coutumes dégradants.

En somme, cette tendance générale de la tradition à voir la sorcellerie partout, aussi bien dans la réussite sociale que dans la mort, produit des esprits médiocres, véritables freins à la modernité. Toute société désireuse de modernité fait le deuil de l’ancienneté qui ne correspond plus à la nouveauté. Il ne s’agit pas de rejeter les certitudes anciennes parce qu’elles sont anciennes mais simplement parce qu’elles ne donnent plus de réponses pertinentes aux préoccupations du moment.

Maintenir artificiellement en vie une tradition culturelle anachronique est une faute morale ; l’amener au contraire vers la forme universelle qu’elle contenait est signe d’intelligence et de courage. Il s’agit en réalité d’épurer les traditions des aspects dépassés. C’est pourquoi dans toute modernité, la raison fait reculer l’ombre de l’irrationnel ; les émotions collectives se dissolvent dans des pensées personnelles assumées. Dans la pensée de la modernité, c’est la Loi de l’Etat qui règne au détriment de celle du terroir ; c’est le respect du droit de la personne que l’on garantit contre tous les abus. Dans la modernité, force est donnée à la Loi républicaine pour faire régner la justice universelle.

FETICHE VAUDOU.jpgLES RENONCIATIONS COLLECTIVES

Aucun des éléments qualifiant la modernité n’était présent dans les actes ignobles commis à Sahuyé ce 11 juillet 2008. C’est le jugement sommaire d’une foule excitée par la haine qui a eu raison de ce jeune homme enterré vivant. Que vaut une société quand, par paresse, ses élites refusent d’interpréter la culture à la lumière des nouveaux cadres de crédibilité ? Les élites ivoiriennes en donnant du crédit aux superstitions, renoncent à leur fonction de critiques et de producteurs des savoirs. Elles sombrent dans une paresse de pensée doublée de couardise.

La gendarmerie arrivée sur les lieux au moment où le jeune homme ligoté était conduit par ses bourreaux au cimetière n’a pas daigné arrêter le cortège. N’est-ce pas un acte flagrant de non assistance à personne en danger ? Quand les institutions républicaines commises à la protection des citoyens renoncent à leur devoir, tout citoyen est exposé à l’arbitraire.

Par ailleurs, la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) dirigée par une juriste émérite et des humanistes confirmés est restée silencieuse sur ces cas évidents de violation des droits de l’homme. A la lecture des comptes rendus de la récente conférence de presse de la CNDHCI, nous avons eu l’impression qu’une fois encore l’Etat ivoirien s’était donné bonne conscience en créant une institution sans moyens d’action. A-t-elle reçu des pouvoirs publics les moyens matériels et financiers pour réaliser pleinement sa noble mission ? A moins que ne sont prises en compte par elle que les droits politiques et les viols de femmes ! En se focalisant uniquement sur les droits politiques, la CNDHCI renonce à une de ses vocations : dénoncer toute violation des droits de l’homme. Elle laisse ainsi dans l’ombre un pan entier des droits civils dont la violation se traduit par la torture, les traitements cruels, inhumains et dégradants.

Accuser des individus de sorcellerie, les exposer à la vindicte populaire et au lynchage, c’est ne pas respecter la dignité inhérente à la personne humaine. En dehors de Sahuyé, d’autres cas non moins cruels de tortures ont été déjà signalés : cas de lynchage à Oghlwapo à Alépé faisant trois morts et de nombreux blessés (voir Fraternité Matin du 7 juillet, p. 16) ; cas de Ouleglepleu à Toulépleu où un prétendu exorciseur de sorciers installé avec la bénédiction républicaine du sous-préfet a dénoncé « L’équipe nationale des sorciers de Toulépleu » (voir Réveil Hebdo du 30 juillet 2008, p. 9). Citons aussi le cas relatif à l’enterrement de Kuyo Serges, ancien secrétaire général de la Fesci : le 15 septembre 2007, lors de l’inhumation de Kuyo Serges à Logobia, les étudiants, sous prétexte de venger leur camarade victime selon eux des sorciers de son village, ont mis le feu à une partie du marché du village, saccagé des habitations et des magasins, détruits les biens des pauvres paysans. Cette horde d’étudiants excités et en colère a battu à sang des présumés coupables, accusés d’avoir, par des pratiques de sorcellerie, provoqué la mort, par accident de voiture, de leur ancien camarade (voir Soir Info du lundi 17 septembre 2007).

Mais la CNDHCI renonce d’autant plus à ses charges que l’une des fonctions des commissions nationales des droits de l’homme, selon les textes de l’ONU, consiste à recevoir des plaintes d’individus ou à s’autosaisir des abus commis dans le domaine des droits de l’homme en violation de la législation nationale. Or dans les cas mentionnés plus haut, n’est-ce pas la coutume du terroir (ou pratique interne) qui est appliquée au détriment des lois de la République ? La CNDHCI ne peut fermer les yeux sur cette pratique archaïque de dénonciation de sorciers par le port des cercueils.

En plus de la violation de la législation nationale, il y a eu une violation massive des droits de l’Homme car une des finalités des procès traditionnels en sorcellerie, c’est le désir inavoué de débarrasser la société de ses membres devenus inutiles, souffrants et encombrants. Déjà en 1932, L. Tauxier (Administrateur colonial du Cercle du Sanwi puis de celui de l’Indénié de 1924 à 1926) remarquait avec justesse, « que par la terreur fétichiste, la société se débarrasse des vieilles femmes plus bonnes à rien, encombrantes et laides, des vieillards grognons, récalcitrants, pauvres, sans parenté puissante et sans défense ou bien mal vus dans leur famille et suspects à leurs proches. » La sorcellerie se transforme ainsi en un alibi que des individus sans scrupules utilisent pour dépouiller de leurs biens des groupes de gens ou des individus sans défense. Le plus souvent et selon les pratiques du milieu, les biens des prétendus sorciers tueurs sont récupérés par leurs dénonciateurs.

Quand la sorcellerie devient un principe d’explication de tout, elle apparaît comme un aveu d’impuissance devant la complexité du monde. La sorcellerie prospère parce que nos esprits désespèrent de comprendre. Dès lors est menacé de dénonciation tout esprit critique à la recherche du savoir. Il nous faut accroître la part de vérité contenue dans le monde et en nous-mêmes en soumettant à révision nos cadres anciens de perception du monde. Comment enrichir l’humanité de nos véritables savoirs si nous l’appauvrissons par nos ignorances et notre refus d’interpréter les traditions ?

Prof. BOA Thiémélé Ramsès Département de Philosophie. Université de Cocody Abidjan

Dernier ouvrage paru « Nietzsche et Cheikh Anta Diop », Paris, L’Harmattan 2007

Mail : boathie@yahoo.fr

 

L'ARTICLE DE FRAT-MAT EMOTIONS A SAHUYE: LE CORPS DE L'ENTERRE-VIVANT EXHUME

Dernière mise à jour : 26 Juillet 2008 - 00:30 GMT

Le corps en état de putréfaction d’un homme, apparemment jeune, au torse nu et en pantalon jeans de couleur noire, portant des baskets noires à rayures blanches ! Le cadavre au visage méconnaissable et étendu sur le dos, avec les bras et les pieds ligotés, se trouvait bien dans la tombe sous le cercueil contenant un autre corps. Image horrible que celle, qu’il nous a été donné de voir avant-hier jeudi, sous le coup de 16 h 10, au cimetière du village de Sahuyé, sous-préfecture de Gomon, département de Sikensi. Le corps exhumé est bien celui de Ando Gbofé Clément, 38 ans, enterré vivant depuis le 11 juillet sous le cercueil de Okpro N’Dri Emmanuel, 34 ans, dont il est accusé de la mort par ses bourreaux (voir Frat-Mat du 23 juillet, page 6). Une exhumation faite pour répondre aux procédures d’usage. Ont donc assisté et supervisé l’opération, le procureur de la République de la section du tribunal de Tiassalé, M. Tegé Désoto Michel et son adjoint, le substitut Zahé Edmond, ainsi que le sous-préfet de Gomon, Mme Ekponon N’Glomma Lydie. Le constat du corps a été le fait du médecin général de l’hôpital de Tiassalé, Dr. Angui Aristide.

Ce jeudi-là, Sahuyé était comme en état de siège. Deux cargos de gendarmes équipés et en tenues de combat, y sont arrivés et ont paradé toute la journée. Sous les ordres du capitaine Affo Eugène, commandant de la compagnie Abidjan campagne, les forces de l’ordre ont dressé un cordon sécuritaire autour du cimetière du village. Cela en valait la peine, vu le «volcan en veilleuse» que représente un groupe d’individus de ce village qui n’ont pas hésité à enterrer un homme vivant. Mais, que de péripéties avant l’exhumation proprement dite!

En l’absence du chef du village, la délégation est reçue par le chef de terre, le chef de la génération Sete avec à leurs côtés les parents de la victime et quelques notables ainsi que des jeunes gens du village. L’objet de la visite expliquée après les échanges de civilités, a suscité des discussions, parfois houleuses. Parce que pour exhumer un corps, il faut bien qu’il y ait des fossoyeurs pour creuser. Ce que les villageois présents se refusent à faire, arguant que, «ce sont ceux qui ont enterré, qui doivent déterrer», faisant ainsi allusion aux quatre individus appréhendés et en détention à la Brigade de gendarmerie de Sikensi. Mais sur la question, le chef de la Brigade, l’adjudant-chef Zadi Toupli Lazare, est catégorique : «Ce sont des prisonniers et ils ne peuvent pas sortir de leur cellule.» Un autre obstacle dressé par les villageois : ils font savoir qu’exhumer un corps fait appel à des pratiques rituelles dont seuls, les anciens sont détenteurs. Enervé, le capitaine Affo lance en direction des notables : «Il y a bien dans ce village, des gens qui creusent habituellement les tombes ! Désignez d’autorité ces personnes, car nous n’allons pas nous éterniser ici ! » Après cette sorte de menace voilée, les villageois par petits groupes vont encore aller de concertation en concertation avant de trancher enfin. Les parents de Clément qui ont déjà apprêté sa nouvelle tombe et un cercueil acceptent de creuser pour l’exhumation du corps.

C’est une odeur nauséabonde qui accueille la délégation au cimetière à 13 h. Une odeur pour laquelle des feuilles de tisanes sont distribuées à tout le monde. On se bouche les narines avec, ou on les mâche avant de cracher le jus. Mais, en dépit de cette potion des villageois, il a fallu utiliser des insecticides achetés par le chef de brigade de Sikensi pour atténuer l’odeur. Trois heures d’horloge aux fossoyeurs avant d’atteindre leur but. Le cercueil contenant le corps de Okpro N’Dri Emmanuel est découvert. Soulevé à l’aide de morceaux de bois, le cercueil fait découvrir en dessous, l’horreur dans toute sa dimension : le corps de Andoh Gbofé Clément dit Makina ou Hagler. La bouche ouverte fait penser à un dernier cri étouffé par le poids du cercueil lourdement déposé sur le corps et la terre qui a refermé la tombe.

Pour rappel, la victime soupçonnée d’être à la base de la mort de Okpro N’Dri Emmanuel, un autre natif du village, a été prise à partie par une foule de compatriotes … autochtones. Solidement ligoté des pieds et des mains, Clément, en présence de ses parents impuissants, et en dépit de ses supplications a été… comble d’horreur, enterré vivant sous le cercueil contenant le corps de celui qu’il est accusé d’avoir tué. Quatre des auteurs de ce crime hors de l’entendement, sont aux mains de la gendarmerie de Sikensi. Il s’agit de Kamenan Franck dit Appolos, repris de justice, condamné à 20 ans de prison pour braquage suivi de meurtre, et évadé de la prison de Dimbokro, son frère Kamenan Yao dit Kambiré, 32 ans, leur père Ayo Komenan, 59 ans et un jeune homme répondant au nom de N’Guessan N’Dri Landry dit Jimmy, 28 ans.

Landry Kohon

 

LE DROIT FACE A LA SORCELLERIE

Le droit face à la sorcellerie en Côte d’Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue hier à l’université d’Abidjan Cocody par M. Jean-Pierre Galé. A travers son volumineux exposé, l’étudiant qui avait en face de lui, un jury composé d’éminents professeurs de droit et d’un haut magistrat en fonction, s’est évertué à démontrer que le droit qui ne s’appuie que sur des données scientifiques, bute dans son application sur l’irrationalité qui entoure la pratique de la sorcellerie. Il suggère par conséquent l’adaptation des textes en la matière.

En dehors de toutes les analyses de l’auteur tendant à faire admettre que la sorcellerie est une force vive de nuisance contre laquelle il convient d’agir radicalement, Jean-Pierre Galé dans son travail ne fait que rappeler pour l’heure, que la sorcellerie ou tout acte qui s’y assimile échappe à la rigueur de la loi pénale, du fait de l’absence de preuves irréfutables.

Eu égard au droit et donc, à la loi, les auteurs de la mort atroce de Ando Gbofé Clément à Sahuyé n’ont agi que sur des présomptions. Parce qu’il n’existe aucune preuve scientifique attestant que Okpro N’Dri Emmanuel est mort par empoisonnement. Et que cet empoisonnement est le fait de Clément.

Landry Kohon

21:01 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : sorcellerie, tradition, boa thiemele ramses, sahuye, sikensi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA PROBLEMATIQUE IDEOLOGIQUE COMME AXE DE JUSTIFICATION DES CRIMES (2)

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A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.




II- TRIBUNAUX NATIONAUX CONTRE TRIBUNAUX INTERNATIONAUX

L’étalage argumentaire de nos premières interpellations, prouvent à suffire, que la construction des relations internationales depuis 1945, s’est faite dans un presque mouchoir de poche machiavélique et pour la consécration des normes juridiques entièrement ou partiellement biaisées. Les puissances dominantes avaient certes imaginé par exemple le Tribunal de Nuremberg ou encore la Cour permanente d’Arbitrage et la Cour internationale de justice, mais il est essentiel de rappeler que toutes ces instances n’ont reçu que des compétences relatives. Il demeure non seulement écrit, mais défendu ardûment en doctrine, que les Etats restent libres de reconnaître ou de ne pas reconnaître la compétence de ces Tribunaux.

En fait, derrière les expressions de moralisation du monde, se cache en permanence, le défi des puissants et des nantis qui ne reconnaissent de règle que pour autant que leurs intérêts vitaux ne sont pas menacés.

La Cour internationale de Justice n’est donc ni le prétoire universel attendu, ni le moule judiciaire universel espéré. Les Etats Unis ont si bien démontré et réaffirmé cette réalité élémentaire, qu’ils ont simplement dénié à la Cour pénale internationale, toute validité dès lors qu’un citoyen américain pouvait être mis en cause.

Il faut maintenant tirer les conséquences de ce qui ressemble à une tromperie permanente, voire un abus de confiance aggravé organisé par des pays qui clament leur très grande avance morale et la supériorité de leur civilisation. Les pays de la périphérie doivent faire preuve d’audace et pousser la logique d’une indépendance d’esprit jusqu’au bout. Cela suppose que le concept de la compétence universelle fasse l’objet d’une large appropriation par ces pays et une intégration conséquente dans leur système judiciaire.

Si la Belgique ou la France peut arrêter un dirigeant d’Afrique et le traduire devant les tribunaux français au nom de la compétence universelle, pourquoi le Sénégal ne feraient-ils pas autant pour un dirigeant français ?

Les auteurs des plus grands crimes commis dans les pays de la périphérie sont encore vivants et ils méritent d’être poursuivis devant des tribunaux spéciaux ou ordinaires constitués dans ces pays. La Cour pénale internationale ne lancera jamais des enquêtes et des poursuites contre les assassins de Ruben Um Nyobè et des génocides au Cameroun. C’est au peuple camerounais, agissant dans le cadre d’institutions politiques nationales, indépendantes, et souveraines, qu’il reviendra tôt ou tard de conduire cette action.

L’évolution du monde épouse dorénavant une somme de complexités qui rendent plutôt possibles, la rupture avec des dogmes de faiblesse et de subordination. Si hier les Etats Unis pouvaient encore aller arrêter un Chef d’Etat au Panama et le traduire devant leurs tribunaux, ils ne peuvent plus le faire avec une égale facilité aujourd’hui, sans redouter des implications insurmontables. Certes, il a été possible d’envahir l’Irak et de renverser son président sous de fallacieux prétextes plus tard dévoyés, mais la jurisprudence qui est construite à travers ce hold up moderne, est de nature comme nous en la preuve chaque jour depuis cinq ans, de donner plus d’arguments aux ennemis de Washington.

L’autre aspect de la question réside dans la nature des régimes locaux qui ne sont pas assez forts ou nationalistes pour créer des dynamiques internes d’attaque envers les grands pays regorgeant d’auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’on n’imagine pas le régime de Paul Biya au Cameroun engageant des poursuites contre les auteurs de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, ni même le régime du sanguinaire Comaporé mettant en place une commission d’enquête pour élucider l’assassinat de Thomas Sankara.

En l’absence de cadres institutionnels et politiques viables ou appropriés, les peuples représentés par leurs sociétés civiles, devraient constituer les tribunaux pour traquer et juger les criminels des pays Occidentaux. L’avenir des peuples africains passe absolument par ce sursaut de révolte et de contestation qui permettrait de combler momentanément l’inaction ou l’incapacité des régimes corrompus du continent.

Notre propos tends à soutenir que les burkinabés devraient constituer un tribunal pour juger les auteurs de l’assassinat de Thomas Sankara. Ce tribunal ne devrait pas forcément statuer publiquement ou absolument sur le territoire national. Les camerounais devraient faire autant pour tous leurs martyrs.

20:02 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cpi, tpi, crimes de guerres, crimes contre l'humanite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA PROBLEMATIQUE IDEOLOGIQUE COMME AXE DE JUSTIFICATION DES CRIMES (1)

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A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.




I- DE LA RELATIVITE DES CRIMES DE GUERRE ET DES CRIMES CONTRE L'HUMANITE

1- Même si le témoignage d’un ancien chef de guerre devant la commission vérité et réconciliation du Libéria a pu établir que Sankara fut assassiné par un gang de mercenaires internationaux commandités de loin avec la participation active de Compaoré, cela ne veut rien dire pour l’Occident et cela ne peut pas émouvoir la Cour pénale internationale.

2- Même si une commission d’enquête tchadienne a pu établir l’implication de monsieur Idriss Déby dans l’assassinat du chef de la coordination des partis d’opposition, cela ne vaut rien aux yeux des Etats Unis, de la France et de la Grande Bretagne.

3- Et lorsque le premier Ministre italien présente ses excuses au peuple libyen et accepte de verser des compensations pour des décennies d’occupation, tout cela ne change pas du tout les humeurs des dirigeants de la France.

Nous sommes en présence de la dure réalité du subjectivisme qui caractérise la démarche des Etats dans les relations internationales, et particulièrement les pays occidentaux. C’est à un petit groupe de pays et à eux seuls, qu’il revient de décider ce qui est crime contre l’humanité et ce qui est crime de guerre. Parce qu’ils contrôlent les médias, parce qu’ils tiennent la finance internationale, parce qu’ils ont la main mise sur les trois quarts des richesses du monde et dictent la conduite à tenir à de nombreux gouvernements impopulaires, les Pays Occidentaux tiennent les martyrs des autres peuples pour des chiens errants qui ne méritent aucune récitation de mémoire. La Cour pénale internationale est leur outil par excellence pour l’instrumentalisation des emmerdements contre les tenants des idéologies et des doctrines contraires à leurs aspirations mercantiles. Cette espèce bizarre de tribunal sectaire est devenue le compas qui permet de dessiner toutes les figures d’intrigues, d’inquisition, et de forfaiture diplomatique.

En Géorgie, celui qui a déclenché la guerre sera absout, pendant que ceux qui n’ont fait que réagir seront mis en cause. Il suffit d’un coup de canon, et voilà l’autre machin à la solde de Washington que l’on appelle Union européenne qui tient réunion et se fend en déclaration pour décider de la création d’une commission d’enquête internationale. En Afghanistan, le corps expéditionnaire de l’OTAN peut déverser des bombes sur de paisibles citoyens célébrant un mariage, mais aucune voix ne se lèvera pour demander une enquête internationale. Au Liban, il suffit de la mort certes regrettable par attentat du premier Ministre Rafik Hariri, et voilà le Conseil de sécurité vite convoqué pour mettre sur pied une commission d’enquête internationale. Mais, le vice président du Soudan peut décéder dans un accident d’hélicoptère plutôt bizarre, et il n’y aura jamais de commission d’enquête internationale.

Nous pouvons aller plus loin dans la démonstration pour observer que des personnes considérées comme criminels nazis ou traîtres de la guerre de 1939-1945 continuent d’être recherchées, traquées, jugées et sévèrement condamnées en Occident, quand en Afrique, il n’est même pas question de porter un regard sur les crimes contemporains. Cette manière d’envisager l’ordre du moral du monde en plusieurs poids et plusieurs mesures, traduit la plus inacceptable des escroqueries anthropologiques et déontologiques. Nous vivons dans une mécanique juridique et intellectuelle qui produit une idéologie de profonde discrimination entre les cultures. En fait, les maîtres du monde ont installé mais à leur défaveur, une base de contestation qui prépare la guerre et annonce l’apocalypse.

Lorsque les pays Africains sont invités à se soumettre à la Cour pénale internationale, ils sont loin de douter que l’Occident à simplement à cœur de cristalliser leur soumission éternelle à des lois et des règlements qui sont de purs prolongements des normes antiques d’avilissement.

Nous avons régulièrement soutenu et défendu la thèse selon laquelle l’Union Africaine n’est qu’un piètre syndicat de potentats et d’affairistes disqualifiés pour parler au nom des peuples du continent. Pourtant, sur la réaction de cette institution après l’annonce par le procureur de la Cour pénale internationale de la mise en cause du président soudanais El Béchir, nous n’avons pas hésité à saluer l’argumentaire qui a consisté pour elle, à émettre le doute sur l’impartialité de la Cour.

Il y a en effet lieu de demander à ce fameux Procureur pourquoi n’avait-elle pas enquêté sur les morts qui ont marqué l’accession de Eyadema fils au pouvoir au Togo, ou sur les quelques dizaines de morts officiels des émeutes de la vie cher au Cameroun.

Même les esprits les plus tordus sont bien renseignés sur la relativité avec laquelle un certain Bernard Kouchner, ministre des affaires Etrangères de la France, traite des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. En réalité il en va chez ces idéologues de l’esclavagisme moderne à propos des crimes, comme à propos de la démocratie et des démocrates. Les Um Nyobè, Biko, Cabral, Lumumba et autres, n’ont jamais été et ne pouvaient pas être des démocrates, le qualificatif est réservé dans leur vision aux Bongo, Déby, Musseveni et quelques amis inconditionnels.

Si Mandela peut être célébré en Occident au point de se voir consacré au plus haut des panthéons de son vivant, c’est qu’il représente très bien ce que l’Occident n’a pas pu obtenir des autres traités de terroristes, de communistes, d’agités, d’empêcheurs de tourner en rond et de chiens errants. Mandela a pu accepter le compromis qui lui fut imposé de voir la majorité noire accéder au pouvoir à condition que les traîtres qui avaient collaboré avec le régime raciste ne soient pas punis, que le dossier de la coopération nucléaire avec l’Occident soit gardé secret, que les mécanismes qui permettaient de violer l’embargo de l’ONU ne soit pas révélé, et enfin que l’Afrique du Sud sous la conduite de la majorité noire, s’abstienne d’encourager ou de soutenir les mouvements révolutionnaires sur le continent. Voilà une réalité bien trop cruelle que beaucoup d’africains ne connaissent pas, et qui ne souffre pourtant d’aucun doute pour ceux qui maîtrisent les négociations sécrètes de ce marché.

Une autre vérité troublante est de dire que à bien observer, la Cour pénale internationale peut être considérée comme un instrument de police planétaire contre les sauvages et les indésirables. C’est le principe même de la juridiction mondiale qui est ainsi profondément et raisonnablement remis en cause. Tous les tribunaux spéciaux qui ont été constitué l’ont été d’abord parce que l’Occident n’était pas et ne pouvait pas être mise en cause. Il en est ainsi du tribunal spécial pour le Rwanda, de celui pour l’ex Yougoslavie, de celui pour la Cambodge et plus récemment de celui pour le Liban.

19:54 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : cpi, tpi, crimes de guerres, crimes contre l'humanite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 17 septembre 2008

MAMADOU KOULIBALY: POURQUOI LE FRANC CFA DOIT DISPARAITRE

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L'idée de la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial. est plus que d`actualité avec la récession économique sur le continent. Dans cet entretien datant de janvier 2008, le Pr Mamadou Koulibaly, économiste un des défenseurs de cette vision panafricaniste explique pourquoi une nouvelle monnaie s`impose à la zone UEMOA.
Mamadou Koulibaly, président de l`Assemblée nationale de Côte d` Ivoire et professeur d`économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l`indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd`hui, sur l`euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.


Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d`Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l`Europe de l` Est étaient liés à l`ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l`époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d`un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l`Afrique centrale (BEAC) et la France d`une part, et par l`accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l`Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française d`autre part. Juste avant que la France n`accède aux demandes d`indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n`ont d`africain que le nom. En réalité, elles n`ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu`ils sont maîtres de leur destinée. Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l`ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu`ils font partie de cette union monétaire ?

La zone franc a engendré un long débat. D`une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d`immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n`est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d`accéder à ces informations. Et pourtant ces fonds, placés sur des “comptes d`opérations”, génèrent des intérêts chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d`importation des pays africains concernés. Ces comptes d`opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d`opérations deviennent constamment débiteurs. Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît le montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d`opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l`unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l`exploitation des pays les plus pauvres. L`existence d`un système monétaire stable et unifié n`a pas conduit à l`émergence d`un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu`elle perdure malgré les effets négatifs qu`elle continue de produire dans les pays africains ?

A mon avis, cela est dû à l`influence que la France exerce sur les pays d`Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d`austérité limitant le risque d`inflation et permettant de maintenir l`équilibre de la balance extérieure, et la crédibilité de la monnaie.
Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu`ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d`émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l`uranium au Niger, de l`or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d`entreprises du service public en Côte d`Ivoire, auxquelles sont à ajouter d`autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Quand le Sénégal a annoncé récemment qu`il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l`aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources. Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n`ont fait qu`empirer la situation en prétendant qu`elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l`inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l`état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu`ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n`ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu`on ne peut que qualifier d`asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu`ils ne pouvaient se passer de la France. C`est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s`y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l`aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d`opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s`est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d`automne de la Banque mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d`Ivoire, et peut-être avez-vous eu l`occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d`Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Je n`ai jamais participé à ce type de réunion quand j`étais ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n`ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n`ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu`ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l`emploi, les revenus, l`épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?
En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l`État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces " cadeaux " ont été à l`origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d`aider les pays pauvres avec l`argent du contribuable français, c`est la classe politique française et africaine qui s`enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l`abandon de la zone franc. La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d`influence économique créée artificiellement. En fait, l`émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d`engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 1990, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s`échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s`échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l`abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Etant donné les enjeux, il est nécessaire d`entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l`économie. Elle doit s`adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d`améliorer la convergence et l`ajustement macroéconomiques et de financer le développement.
Il est vital aujourd`hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu`il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d`une politique macroéconomique librement choisie. Il n`y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d`en assumer la responsabilité. La liberté n`a de sens que si elle est assortie de responsabilité. Une fois la rupture accomplie, les pays de l`ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c`est-à-dire la France, mise en place d`un système fiscal simple sans règles d`imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l`Union européenne avant l`introduction de l`euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. La deuxième option, c`est que les pays africains s`unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu`une politique économique monétaire et budgétaire uniques. Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s`ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l`attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé " Les servitudes du pacte colonial ". Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu`il transmet ?


L`objectif de ce livre était de faire connaître au public le " pacte colonial ", fondement des accords de coopération franco-africains. Il s`agit d`un modèle institué par la France sous de Gaulle à la veille de l`indépendance des Etats d`Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l` Etat français, malgré la fin de l`époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d`Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. L`indépendance s`est donc résumée au transfert de compétences de l` Elysée aux chefs d` État africains, qui doivent faire acte d`allégeance à la France, et non aux peuples qu`ils gouvernent. Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d`Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l`Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s`assurer qu`elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé "l`indépendance" aux pays africains. Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d`hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d`Afrique francophone.
Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l`humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l`Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d` Africains. Et d`amis de l`Afrique, afin qu`ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l`Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l`économie sous l`emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l`aumône ; notre problème n`est pas le manque d`argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd`hui. Enfin, je voulais dire que l`Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d`un contrôle de l`Etat limité, de marchés libres, d`une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.



In New African, Janvier 2008

mardi, 16 septembre 2008

TROIS RAISONS FONDAMENTALES POUR DISSOUDRE LE FMI

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Par Cheikh Sidiya DIOP

Photo: Le FMI, la Banque Mondiale et la BAD faisant le point avec le Premier Ministre ivoirien, SORO Kigbafori Guillaume, lors d'une séance de travail qui a porté sur le financement de la sortie de crise et la gestion de la situation post-crise.

Après la seconde guerre mondiale, il nécessitait de réorienter les relations économiques, financières et monétaires internationales. Dans ce contexte, sous l’égide des Etats Unis et de la Grande Bretagne, fut organisée en juillet 1944, dans la ville de Bretton Woods, une conférence internationale. A l’issue de celle-ci, furent créés le Fonds Monétaire International et la Banque internationale pour la reconstruction plus connue sous le nom de la Banque Mondiale. A la base, le FMI a été produit pour être une institution monétaire qui œuvre pour la stabilité du système monétaire international. Il veille au respect des grands équilibres macro-économiques, budgétaires et financiers. Il assiste les pays en développement en leur apportant des aides financières surtout à ceux qui ont des difficultés pour redresser leurs balances des paiements. Mais de nos jours, une critique exigüe du FMI révèle qu’il ne remplit pas son rôle d’institution neutre conçue pour fournir des crédits volumineux aux économies délabrées, tronquant ainsi le premier article de ses statuts : « Encourager la coopération monétaire internationale; faciliter l'expansion et l'accroissement harmonieux du commerce mondial; promouvoir la stabilité des changes; aider à établir un système multilatéral de paiements; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements ». Autrement dit, le FMI faille à sa responsabilité d'assurer la stabilité du système financier international et de l’émergence économique. Pis, il cautionne, étouffe et camoufle la mondialisation qui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation et de distribution très inéquitable dans un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers. Ce qui est sur le Fmi est confronté à plusieurs aléas de sur montage liés à plusieurs facteurs. Ce pour cela que certains Economistes, experts du développement et quelques dirigeants des PED soutiennent que cette institution mérite une reforme en profondeur tant sur le plan structurel que conjoncturel. Pour mieux comprendre cette remise en cause, les altermondialistes et la nouvelle génération de jeunes économistes se focalisent sur trois raisons fondamentales et techniques qui permettent d’argumenter la dissolution définitive du FMI : l’échec des politiques d’ajustements structurels que le Fonds Monétaire International avec la Banque Mondiale avaient édicté aux pays du Tiers Monde, ensuite les dysfonctionnements du FMI face aux récurrentes crises financières qui ont attaqué l’économie mondiale, et enfin, le négationnisme du FMI face à la globalisation de l’économie internationale.

Primo, les politiques d’ajustement structurels édictées par la Banque Mondiale et le FMI n’ont pas relancé les économies du Tiers Monde. Au contraire, ces plans ont enfoncé ces pays pauvres dans un pépin économique. En effet, ces institutions de Bretton Woods ont imposé aux pays du tiers monde qui avaient déjà une économie délabrée, de libéraliser les entreprises productives en se désengageant de leur capital. Soit une baisse de dépenses publiques face à une rentrée de recettes. Ensuite de réorienter leurs économies vers le commerce international en exportant vers les pays industrialisés des matières premières contre des technologies légères, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ce piège a constitué un facteur bloquant puisque ces pays sont marginalisés dans le jeu des échanges globaux où leur part constitue 1,2 % du marché mondial unifié. Ces termes de l’échange entre le Nord et le Sud subsistent antagoniques parce que les prix des matières premières sont cotés sur les marchés boursiers de Wall Street, Chicago et de la City, et, ne cessent de baisser constamment, contrairement aux cours des produits manufacturés. En conséquence, ces pays se voient disqualifiés par des fluctuations ostensibles, à vendre des matières premières sans valeur ajoutée. Par exemple, le continent africain a vu le déficit de sa balance commerciale passer de 600 millions de dollars en 1990 à prés de 25 milliards de dollars en 2005. En conséquence, ces règles remèdes appliquées à la lettre ont buté à un fiasco puisqu’elles sont bardées de lacunes, et, qui ont compliqué d’avantage la tentative de stabiliser les balances de paiements, d’équilibrer les politiques budgétaires et de maitriser le déficit des finances publiques. D’ailleurs les Economistes du développement et les altermondialistes interprètent ces plans de relance comme un piège du libéralisme sauvage.

Secundo, l’immobilisme du FMI face aux récurrentes crises financières, dégage l’impression que cette institution a perdu son rôle de gardien de la stabilité des échanges financiers et monétaires. D’abord pour le choc pétrolier de 1973, le Fmi est resté impuissant face à l’OPEP qui a décidé brusquement de former un puissant cartel et de quadrupler les prix du pétrole et qui eu pour effet l’augmentation vertigineuse des coûts de nombreux produits de consommation dans les pays industrialisés et, par conséquent, une inflation mal gérée. Afin de maîtriser celle-ci, les pays industrialisés ont élevé les taux d'intérêts, ce qui a ralenti de façon sensible la croissance mondiale en provocant une récession généralisée. Ensuite, plus tard, le FMI a mal administré la crise asiatique de 1997 par une gestion exagérément restrictive sur le plan monétaire que budgétaire, malgré que l’organisme ait cherché à éviter la contagion sur les marchés financiers. Le FMI en tant que gardien du système monétaire et financier international n’a pas su prévenir. De facto, on peut dire que son système de prévention et de contrôle des marchés financiers est inefficace. L'économiste libéral Milton FRIEDMAN, a même déclaré que « sans le FMI, il n'y aurait pas le problème de l'Asie ». Concernant la crise des subprimes, le FMI n’a pas su avertir avec des indicateurs précis le gouvernement étasunien d’une éventuelle récession économique qui serait due à l’incapacité prochaine des ménages américains de payer leurs dettes.

Tertio, le FMI a toujours camouflé l’iniquité de la mondialisation qui est un système d’exploitation injuste. Au contraire, le FMI cautionne le jeu pipé des échanges internationaux où par exemple le continent africain entier n’est impliqué qu’à 1,2% et ne reçoit que 1,3% des investissements directs à l’étranger. Malgré cela les plans de relance du FMI dirigent les pays du Tiers monde à se spécialiser dans le commerce international. Or, l’Afrique perd plus en exportant vers le Nord des matières premières contre des technologies, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ces termes de l’échange entre le Nord et le Sud sont contradicteurs. Par exemple, une économie agricole à 70 % comme le Sénégal et qui exporte 90 % de ses produits primaires subit un désavantage des chocs externes. Le président Hugo Chavez a eu raison de retirer le Venezuela de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International en les qualifiant de « mécanismes de l'impérialisme destinés à exploiter les pays pauvres ».

Pour conclure, le Fonds Monétaire International est par définition une organisation appartenant à 185 nations libres. En tant que gardien des marchés financiers, son rôle est d’assurer la stabilité du système monétaire et financier international de même que l’émergence économique. Il doit non seulement prévenir mais contrecarrer les crises financières en apportant une assistance technique et financière aux économies pauvres. Pour cela, il se doit de se reformer en profondeur en changeant sa réglementation, ses droits de vote et en associant davantage les pays émergents et les pays en développement. Il doit accorder des crédits volumineux aux pays pauvres pour endiguer définitivement la précarité tout en ayant un droit de regard sur l’utilisation efficience des créances allouées. Malheureusement, il avalise la globalisation qui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation et de distribution très inéquitable avec un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers. Pis, ses plans de relance ont hypothéqué les économies des pays pauvres dans une crise concave sans issue. En sus, le FMI continue d’ignorer royalement les schémas d’action proposés et élaborés par des experts du continent noir.


Cheikh Sidiya DIOP
Analyste Auditor JJW France,
Doctorant ès Sciences Economiques
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
csdiop.audit@jjwhotels.com
Cheikh-Sidiya.Diop@malix.univ-paris1.fr



23:40 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : fmi, banque mondiale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 09 septembre 2008

DE NOUVELLES BLAGUES-SMS SUR LE RESEAU ORANGE

PHOTO CELLULAIRE.jpgComme les premières fois, je voudrais partager avec vous ces quelques blagues qui foisonnent sur le réseau ORANGE, à la faveur de la mise en service du « Profil Jeune Orange ». Rien de tel pour déstresser. Détendez-vous bien !


1- Un couple décide d’aller à la plage, en villégiature, dans une ville mais la femme prise, le mari la devance. En voulant envoyer un mail à son épouse, il l’adresse, par erreur, à une veuve à peine rentrée des funérailles de son mari. La veuve, après l’avoir lu, s’évanouit. Son fils, venu la trouver dans les pommes, lit sur l’écran de l'ordinateur: « A mon épouse bien-aimée. Je suis bien arrivé. Tu seras certainement surprise d’avoir de mes nouvelles, maintenant, et de cette manière. Ici, ils ont des ordinateurs et tu peux envoyer des messages à ceux que tu aimes. Je viens d’arriver et j’ai vérifié que tout était près pour ton arrivée, demain. J’ai hâte de te revoir. J’espère que ton voyage se passera aussi bien que le mien. Ce n’est pas nécessaire d’apporter beaucoup de vêtements, il fait une chaleur d’enfer, ici ! »

2- Imagine-toi, un instant, le président sénégalais en train de boire du citron. Pas terrible !

3- C’est l’histoire d’un professeur de math, stagiaire, en Chine. Il fait l’appel, en classe : Woong Yu : Présent ! Lou Wan : Présent ! Xio Ping : Présent ! Yang Chou : Présent ! Soudain, il éternue en faisant Atchoum ! C’est là qu’il va tout gâter. Les élèves répondent, en chœur : Absent ! S’étonnant, il dit : Haï ! Un élève, au fond, répond : Présent ! Toujours aussi étonné, il dit : Han ! Un autre élève répond : Présent ! Perplexe, il soupire : Hum ! On entend : Absent ! Ahuri, il se dit, à voix basse : Pouaah ! L’élève assis devant lui répond : Présent ! Totalement dépassé par les évènements, le professeur arrête l’appel et renonce à émettre le moindre son. Dur, dur d’être stagiaire, en Chine !

4- Lors des épreuves du BAC, un élève dans la salle se déshabille. Tout le monde est étonné de voir son tatouage unique. Après l’épreuve, son voisin, très étonné, lui demande : « Dis donc ! C’est quel tatouage, ça ? Tu es devenu Michael Scofield ou quoi ? » L’élève lui répond : « Non, ce sont les épreuves du BAC ! On appelle ça Pétrole Break ! »

5- Un élève calcule sa moyenne. Il trouve 8,69 sur 20. Etonné, il recalcule ses notes et il trouve toujours 8,69. Alors, il démonte la calculatrice et voit un petit cafard, à l’intérieur. Il l’enlève et dit : « Maudit cafard ! » et le balance très loin. Il remonte la calculatrice et recalcule sa moyenne. Il trouve, cette fois, 4,06 sur 20. Sonné, il dit : « Ah non ! Ça ne se passera pas comme ça ! Où est passé mon cafard adoré ? »



DINDE Fernand AGBO




12:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 05 septembre 2008

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (2)

PHOTO GENOCIDE.jpg
b) Tri et abandon de personnes en danger de mort

Lors d'Amaryllis, des Rwandais qui travaillaient pour les institutions françaises au Rwanda furent tous abandonnés. Michel Cuingnet, chef de la mission civile de coopération française au Rwanda en 1994, se souvient que « les personnels locaux de la Mission de coopération, en majorité tutsi, ont été pratiquement tous massacrés, certains sous ses yeux ; pour ce qui concerne les autres personnels des différents services diplomatiques français, compte tenu des événements et de l'éloignement des bâtiments, il ignore s'ils ont pu être évacués ». Venuste Kayimahe et Charles Rubagumya, à l'époque agents du Centre culturel français à Kigali, affirment effectivement avoir contacté Michel Cuingnet et d'autres responsables français pour être sauvés et reçurent chacun une fin de non recevoir.

Venuste Kayimahe témoigne :
« En février 1994, j'avais été menacé de mort par les miliciens chez-moi à Gikondo et j'avais déménagé au centre culturel français. J'avais placé mes cinq enfants dans des familles en ville. Le 6 avril au matin, la directrice du Centre, Anne Cros, m'appela et me demanda de me trouver un logement à l'extérieur. Dès que les massacres débutent dans la nuit du 6 au 7, je cherche à rejoindre les quartiers où se trouvaient mes enfants. Je demande de l'aide à Anne Cros au téléphone dans la journée du 8 avril. Elle me répond qu’elle ne peut rien faire pour moi, qu’il n'y a pas assez de soldats français, qu’ils sont partis depuis Noroît et que ceux qui sont là sont très occupés. Elle raccroche le téléphone. L 'après-midi, Anne Cros vient au Centre escorté d'une dizaine de militaires français pour emballer les dossiers. Je la supplie pour qu’elle autorise à ces soldats de m'accompagner pour que j'aille récupérer mes enfants qui ne sont pas loin du Centre. Elle me répond qu’elle n’y peut rien. J'appelle plusieurs fois l'ambassade de France pour demander du secours. Dès que je dis que je suis Venuste, l'agent dépose le téléphone. On me reproche d'avoir donné des interviews à RFI pour décrire ma situation. Le 9 avril dans l'après-midi, je reçois par surprise un coup de téléphone de Michel Cuingnet qui me dit qu'il m'envoie 57 soldats. Il me demande de prévenir les gardiens pour qu’ils ouvrent vite les portes car les soldats ne resteront pas longtemps. Je demande à Monsieur Cuingnet de m’aider à aller récupérer mes enfants. Il me dit de voir avec eux quand ils seront là et raccroche. Après leur arrivée au Centre, je m'adresse à leur supérieur ayant un grade de major et lui exprime ma demande. Il me répond qu’ils ne procèdent pas à l'évacuation des Rwandais. Je lui dis que M. Cuingnet m'a autorisé à aller récupérer mes enfants. Le militaire me répond qu’il s'est moqué de moi, qu’en aucun cas, ils n’évacueront les Rwandais. Le II avril, un militaire français me dit qu’ils vont s'en aller. Je le supplie encore une fois de nous amener soit en France, soit dans un autre pays, soit au CND, soit à la MINUAR. Il me répond que c’est l'ambassade qui décide tout, qu'il n'a donc pas l'ordre de nous évacuer. Le 12 avril, ils partent et nous laissent sur place ».

Charles Rubagumya rapporte la même expérience :
« Le 7 avril, j'ai appelé au centre culturel français pour demander de l'aide. J'ai eu en ligne un de mes chefs directs qui m'a répondu que je devais me débrouiller. Au cours des jours suivants, j'ai appelé maintes fois sans être écouté. Le 11 avril, j'ai soudoyé un militaire rwandais qui m'a accompagné au Centre culturel. Il était gardé par plusieurs militaires français. Je leur ai montré ma carte de service et j'ai pu entrer. A l'intérieur, j'y ai retrouvé Venuste Kayimahe. Il y avait aussi l'un de ses amis, trois autres agents et une femme accompagnée de ses enfants que j'avais fait passer pour ma famille. Tous étaient tutsi. Les Français nous ont dit qu’ils s'en allaient le lendemain et qu’ils ne nous amèneraient pas, que notre évacuation ne faisait pas partie de leur mandat. C’était impensable pour nous. Le lendemain, ils ont plié bagage sans rien nous dire. Un de mes collègues a contacté l'épouse de l'ambassadeur Marlaud pour lui demander d'intervenir en notre faveur. Elle lui a répondu que les Français n’évacuaient pas les Rwandais. Aussitôt, les militaires français ont pris leurs véhicules et ont emporté toutes leurs provisions de nourriture sans rien nous laisser. Je me suis jeté dans l'un de leurs convois. Ils m’ont repoussé par terre. Nous avons supplié un groupe d'entre eux qui a quand même accepté de nous déposer à l'école St-Exupéry où étaient rassemblés les ressortissants belges. Nous sommes restés là. Lorsque les militaires belges sont venus évacuer leurs ressortissants, ils ont pris tous ceux qui étaient là, sans distinction. Ils nous ont amenés à Nairobi et je me suis débrouillé pour avoir un visa et rejoindre l'Europe ».

Outre l'abandon du personnel tutsi local, Amaryllis refusa l'évacuation de Rwandais qui avaient épousé des étrangers, ceux qui vivaient en concubinage avec des Français ou avec des Européens d'autres nationalités. Amaryllis n'évacua pas non plus des défenseurs rwandais des droits de l'homme qui l'avaient sollicité, tel que le procureur François-Xavier Nsanzuwera, et des personnalités politiques de l'opposition, comme le ministre des Affaires étrangères, Boniface Ngulinzira, haï par les tenants du Hutu power pour son rôle capital dans les négociations de paix, alors qu'il suppliait les militaires français à l'ETO le 11 avril.

Colette Braeckman, qui était sur les lieux, évoque en ces termes l'attitude complaisante des militaires français : «j'ai été témoin de certaines scènes déchirantes à l'aéroport de Kanombe où les Français laissaient derrière eux des compagnes tutsi des expatriés qui les suppliaient de les amener. Contrairement aux Belges qui ont réussi à exfiltrer quelques Tutsi en petit nombre, les Français n’embarquaient que des expatriés. Ils ont séparé des couples mixtes ». Un journaliste du quotidien Le Monde également présent sur place se rappelle du cas d'une femme russe mariée à un Tutsi qui a été forcée d'abandonner son époux, les militaires français lui laissant in extremis le seul droit d'amener ses enfants métis.

Quelques Rwandais réussirent à se glisser dans des camions transportant des expatriés, mais à l'aéroport, les militaires français opérèrent un dernier tri sur base de listes préétablies. Ils refoulèrent les exclus, les livrant de facto, aux soldats rwandais et aux miliciens qui tenaient une barrière à l'entrée de l'aéroport qui les massacrèrent sur le champ. Jean Loup Denblyden, un colonel de réserve qui participa à l'opération Silver Back comme officier belge de liaison auprès du détachement français affirme : « pendant Amaryllis, les soldats français triaient les Tutsi devant l'aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières ». « Il y avait un tri et les gens qui étaient écartés, étaient repoussés par des Français sur la barrière. Les Français disaient aux refoulés : on ne vous prend pas et les refoulaient vers une barrière qui se trouvait exactement à l'entrée du parking actuel ».

Constatant la gravité des faits, M. Denblyden informa les responsables militaires français et de la Minuar, et reçut comme réponse de ne pas se mêler des affaires qui ne regardaient pas les Belges :
« Je suis monté à l'étage où se trouvait le colonel Poncet qui commandait l'opération Amaryllis, je lui ai fait part du problème. Il a haussé les épaules, le colonel Morin qui était d'Unamir et qui était à ses côtés m'a demandé de ne pas me mêler de ça. J'ai contacté tout de suite le général Roman et l'officier d'opération [...] je leur ai fait part du problème comme j'estimais devoir le faire. [...] Un sous-officier français est intervenu en me disant que les Belges n 'avaient rien à voir avec ça, que c 'était le problème des Français. Nous étions au troisième jour d'Amaryllis2 ». Finalement, M. Denblyden constata que personnes étaient tuées près de cette barrière : « Je suis monté au-dessus de l'aéroport sur la plate-forme au-dessus et j'ai été voir si d'au-dessus je pouvais voir la barrière, et il y avait des corps jonchés à droite de l'aéroport en contrebas ».

Le journaliste belge Jean-Pierre Martin rapporte que des militaires français se plaisaient à assister aux massacres de civils près de l'aéroport de Kanombe :
« C'est vrai qu'en 1994 j'ai vu des images qui me restent en mémoire et que je n'oublierais jamais notamment cette femme enceinte que l'on éventre à 100 m devant moi et il y avait une jeep et deux soldats français qui rigolaient. Qui rigolaient à 50m de là où ça se passait. Et ce sont finalement les deux soldats belges avec qui nous étions qui ont mis en déroute les Interahamwe ou les tueurs. (...) C'était à la sortie de l'aéroport quand on tourne sur la route qui mène à la ville, une fois qu’on a passé la cuvette et qu’on remonte vers le stade, ça s'est passé là. Moi, j'étais dans la cuvette sachant que je partais d'une jeep des soldats belges qui est arrivé un peu à ma rescousse parce qu’ils avaient peur ; et puis on a été témoin de cette scène où une femme enceinte se fait éventrer, et entre moi, la jeep des soldats belges et cette tuerie, il y a une jeep avec deux soldats français en train de rigoler, qui ne bougent pas, qui assistent à la scène comme si c 'était au cinéma."

La perpétration des massacres à l'aéroport de Kanombe devant le regard complaisant des militaires français fut également relaté par l'envoyé spécial de France 2, Philippe Boisserie, qui la rapporta dans le journal télévisé du 11 avril 1994 à 13h :
«J'étais à l'aéroport en train de monter un sujet et, en fin de matinée, une consœur canadienne (...) est revenue très choquée, car effectivement, il est arrivé ce que je raconte dans la séquence : au moment où le convoi français revenait, il y a eu un massacre qui s'est passé sous leurs yeux. On a alors décidé de partir tourner sur place. On savait que ce n’était pas loin de l'aéroport, mais on prenait quand même un certain risque. On a demandé à pouvoir y aller et une voiture, toujours conduite par les militaires français, nous a escortés. On a pu constater effectivement qu 'il y a eu un massacre. C 'était quotidien et ça se passait sous les yeux des militaires français sans aucune réaction de leur part ».

Colette Braeckman se souvient également que les militaires français affichaient une attitude d'indifférence devant les massacres :
« Durant tous ces jours, il était très dangereux pour les Belges de circuler librement dans Kigali. Je n’ai fait qu’une expédition dans la ville avec les militaires belges qui allaient rechercher des expatriés. Depuis un camion où nous nous trouvions, j'ai vu le spectacle de la ville de Kigali, des corps qui jonchaient les rues, des camions de la voirie qui passaient et ramassaient à la volée des cadavres et des dépouilles. Certains collègues journalistes qui ont accompagné des militaires français m'ont dit que ces derniers n'avaient aucun état d'âme. Ils avaient tous des casques avec de la musique, et lorsqu’ils arrivaient devant les barrières où on tuait les gens, ils augmentaient le volume de la musique pour ne pas entendre les cris de personnes qui étaient massacrées sous leurs yeux. Après, ils demandaient qu’on ouvre le chemin et passaient très vite aller prendre les expatriés ».

Selon les confidences faites à des journalistes par un officier français qui a requis l'anonymat, l'ordre de ne pas arrêter les massacres fut donné par l'Amiral Lanxade et/ou par le général Christian Quesnot : « Avant de partir au Rwanda, je passais prendre mes ordres chez Lanxade puis mes consignes à l'EMP (Etat-major particulier du Président de la République)». Jacques Morel pense que ces propos émaneraient du colonel Henri Poncet qui commandait Amaryllis dans la mesure où, en sa qualité de responsable de l'opération, il était le plus susceptible d'avoir reçu ces ordres à un niveau hiérarchique aussi élevé. Mais comme nous l'avons vu plus haut, il s'agissait d'une décision politique assumée.

c) Sauvetage de l'orphelinat Ste Agathe et du chef des tueurs de Masaka

La deuxième évacuation sélective opérée par les Français en avril 1994 concerne l'orphelinat Ste Agathe dans la localité de Masaka, près de Kigali. Cette institution parrainée par l'épouse du chef de l'Etat, était gérée par les Sœurs de Saint Vincent Palotti et avait la particularité d'accueillir essentiellement des orphelins de militaires des FAR tués aux combats. La supérieure de l'orphelinat, Sœur Edita, d'origine polonaise, était chargée notamment de trouver pour ces enfants des familles adoptives en Europe, en France en particulier. Elle fut évacuée par les Français et n'a pas voulu revenir au Rwanda après 1994.

Selon divers témoignages, il sévissait à l'orphelinat Ste Agathe une discrimination ethnique à ('encontre du personnel tutsi ou hutu qui manifestait une attitude de distance face à l'extrémisme. Les enfants qui y résidaient en avril 1994 et une trentaine d'adultes appelés « accompagnateurs » furent évacués par des Français le 10 avril 1994, le personnel tutsi qui y travaillait et les membres de leurs familles, furent sélectionnés puis tués sur ordre de Paul Kanyamihigo qui était chauffeur à l'orphelinat. Originaire de Gisenyi, Kanyamihigo était un membre actif de la CDR, notoirement connu à Masaka et, dès les premières heures suivant la chute de l'avion, il dirigea des attaques contre les Tutsi. Lui et sa famille furent évacués par les Français, de même que la famille d'un autre extrémiste de la CDR, Justin Twiringiyimana qui était veilleur à l'orphelinat. C'est Kanyamihigo qui désigna aux Français les personnes à évacuer ou à laisser sur base d'une liste préétablie selon les critères ethniques. Des témoignages soulignent l'extrémisme de Paul Kanyamihigo, sa participation dans la persécution du personnel tutsi de l'orphelinat depuis octobre 1990, sa collaboration avec les services de renseignement de la Présidence, son implication dans le massacre des Tutsi de Masaka dès le 7 avril. Au moment de l'évacuation, Paul Kanyamihigo a collaboré étroitement avec les agents français dans le tri des personnes à évacuer suivant une liste préétablie ou des indications fournies par ces derniers ou par les responsables de l'orphelinat, notamment la directrice, Sœur Editha. Des témoins affirment aussi qu'il y a des personnes qui ont été proposées par Kanyamihigo lui-même, et toutes étaient des extrémistes de la CDR.

A leur arrivée à Paris, les personnes évacuées de l'orphelinat furent d'abord hébergées au centre d'accueil de demandeurs d'asile de Créteil en région parisienne, puis amenées à Olivet au sud d'Orléans où, pendant deux ans et demi, elles furent logées dans une propriété mise à leur disposition par le Conseil général du Loiret . Dans la suite, elles furent confiées aux familles d'accueil par la Direction départementale de l'enfance. Depuis lors, le Rwanda chercha à les faire rentrer, un groupe d'enfants put être rapatrié, un autre fut adopté par des familles françaises, sans possibilité de les retrouver.

Si l'on ne peut reprocher à la France d'avoir évacué des orphelins en cette période particulièrement troublée, le contexte politique et social entourant cet orphelinat n'en faisait pas une priorité. Cet orphelinat ayant envoyé pour adoption en France un certain nombre d'enfants, il était connu des services de l'ambassade de France. Il y avait d'autres orphelinats à Kigali et au Rwanda, certains tenus par des religieux. Le choix de faire adopter des enfants dans l'orphelinat appartenant à Agathe Habyarimana abritant essentiellement des orphelins de militaires, n'était certainement pas étranger à la mouvance politique et sociale d'extrémisme hutu dans lequel il œuvrait. La liste des évacuations ayant été préparée personnellement par l'ambassadeur Marlaud, le choix de cet orphelinat entre en droite ligne des choix politiques de l'ambassadeur. Le caractère politiquement et, en fin de compte, ethniquement discriminatoire ressort mieux lorsque l'on considère le sort réservé à l'orphelinat de Marc Vaiter dont nombre d'enfants étaient, eux, directement menacés.

La seconde question que pose l'évacuation de l'orphelinat de Agathe Habyarimana concerne le nombre d'accompagnateurs qui semble avoir dépassé celui des employés de l'orphelinat. Selon André Guichaoua, la France a évacué « 94 enfants de l'orphelinat Ste Agathe, [...] accompagnés de 34 personnes ». Des observateurs pensent que leur nombre fut revu à la hausse par ceux qui ont procédé à l'évacuation, afin de pouvoir exfiltrer des proches du régime avec l'intention de les mettre à l'abri de tout danger, dans la perspective de les faire revenir au pouvoir après la neutralisation militaire espérée du FPR1. En effet, l'enquête menée sur le terrain par des journalistes de rémission « Le Droit de savoir» en 1995 indiquait que les effectifs de l'orphelinat ne dépassaient pas une vingtaine de personnes, chiffre confirmé devant la Commission par les témoins Emmanuel Hategekimana, Espérance Mukakarangwa, Alphonsine Ntamuhanga et Yacine Musenge, tous résidant à Masaka.

D'autres témoignages précisent que les Français cachaient généralement l'identité des personnes embarquées dans leurs avions, ce qui peut conforter l'hypothèse de la dissimulation de l'identité de certains Rwandais qu'ils évacuaient. Selon le journaliste Jean-Pierre Martin, témoin du déroulement d'Amaryllis, « On ne pouvait jamais filmer qui montaient dans les avions français, et généralement ça se faisait plutôt les soirs ». Vu la concordance de récits relatifs au nombre d'agents de l'orphelinat, et considérant les indications montrant que les adultes évacuées ont dépassé le chiffre de personnes qui travaillaient à l'orphelinat, il n'est pas à exclure que les Français ont évacué, en connaissance de cause, des individus ne faisant pas partie du personnel de l'orphelinat, pour une raison ou une autre.

d) Abandon de l'orphelinat de Marc Vaiter

Alors qu'ils procédèrent à l'évacuation de l'orphelinat Sainte Agathe, les militaires français refusèrent le même secours aux quarante enfants d'un autre orphelinat de Kigali, qui était pris en charge par un citoyen français, Marc Vaiter. Cet orphelinat se trouvait dans le centre ville de Kigali, contrairement à Masaka situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale. En plus, l'orphelinat de Marc Vaiter était placé dans un lieu exposé aux échanges de tirs et aux attaques des miliciens. La plupart des enfants qu'entretenait Marc Vaiter étaient des orphelins du SIDA qu'il avait récupérés au Centre Hospitalier de Kigali. Il hébergeait aussi des enfants menacés de génocide que des gens de bonne volonté lui confiaient.

Les faits se déroulèrent le 11 avril 1994. Deux soldats français accompagnés du Dr Jean-Marie Milleliri, un médecin militaire qui travaillait à Kigali au Projet SIDA financé par la coopération française, se présentèrent à l'orphelinat et s'adressèrent à Marc Vaiter en lui disant qu'ils venaient pour le rapatrier. Marc Vaiter exigea de partir avec les enfants. Ils refusèrent et préférèrent s'en aller. L'intéressé relate comme suit cet épisode : « Milleliri s'adresse à moi le premier : il faut s'en aller, Marc. Ordre de l'ambassade de France. Nous sommes venus te chercher.[...] Milleliri m'explique que la France et la Belgique ont envoyé des troupes, afin d'organiser l'évacuation des expatriés. Pas de temps à perdre. Nous devons partir aussitôt que possible.[...] Je dois trouver les moyens d'amener les enfants. [...] La plus grande partie d'entre eux sont tutsis c'est-à-dire victimes désignées des tueries. Il faut qu’ils puissent partir avec moi. Milleliri hoche la tête, désolé : on n 'a pas les moyens de transport nécessaires ».

3. Soutien diplomatique

Le soutien politique apporté par la France lors de la création du gouvernement intérimaire s'est doublé d'un appui diplomatique visant à redorer l'image de ce dernier et à faciliter son acceptation à l'ONU. Les personnalités impliquées dans la conduite des tueries, à la tête desquelles se trouvait le président Théodore Sindikubwabo sont restés en contact avec le général Quesnot.

3.1 Collaboration avec le gouvernement intérimaire

La France fut le seul Etat à collaborer de façon manifeste avec le gouvernement intérimaire, bien que le rôle de ce dernier dans l'organisation et la perpétration du génocide était bien établi. Le 27 avril 1994, soit trois semaines après le déclenchement du génocide, deux émissaires de ce gouvernement, Jérôme Bicamumpaka et Jean Bosco Barayagwiza, furent reçus à Paris à l'Elysée et à Matignon, alors que les Etats-Unis et la Belgique leur avaient refusé le visa1. Ils eurent des entretiens avec des hauts responsables français, notamment le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et Bruno Délaye, chef de la cellule africaine à la présidence de la république2. Barayagwiza, à l'époque directeur des affaires politiques et administratives au ministère rwandais des affaires étrangères, était un extrémiste hutu radical, membre du comité de direction de la CDR et membre fondateur de la RTLM, l'instrument de propagande du génocide. Jérôme Bicamumpaka était quant à lui membre du MDR power, et ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire. C'est un extrémiste qui n'hésitera pas à exposer des propos haineux contre les Tutsi devant le Conseil de sécurité pour justifier la perpétration du génocide. Pendant leur séjour à Paris, Bicamumpaka et Barayagwiza se rendirent à l'ambassade du Rwanda en France, limogèrent l'ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana à qui ils reprochaient de ne pas appartenir au hutu power, changèrent les serrures des portes de l'ambassade pour lui en interdire l’accès. Ils le remplacèrent par le chargé d'affaires, Martin Ukobizaba, considéré comme plus extrémiste que l'ambassadeur Ndagijimana.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, le motif avancé par les autorités françaises en recevant avec tous les honneurs les deux envoyés du gouvernement intérimaire est qu'il fallait « rester en contact avec toutes les parties au conflit », pour finalement déclarer qu'il s'agissait d'une « visite privée V Interrogé par Daniel Jacoby, président de la FIDH, sur le bien-fondé de la rencontre avec cette délégation, Bruno Délaye lui répondit qu'il « valait mieux leur parler que de ne pas le faire» et ajouta ultérieurement : « On ne peut pas ne pas se salir les mains avec l'Afrique ». Il apparaît donc qu' « à ce moment précis, les autorités françaises savent parfaitement à qui elles ont affaire1 » et qu'elles ont conscience de la portée du soutien politique qu'elles accordent au gouvernement intérimaire à travers une telle visite. En juillet 1994, Edouard Balladur nia la réalité avérée de la visite de ces derniers en déclarant : « Nous n’avons accueilli aucune de ces personnes en France ».

3.2 Contact avec le président du gouvernement intérimaire

Le 4 mai 1994, le général Quesnot accorda un entretien téléphonique au chef de l'Etat génocidaire, Théodore Sindikubwabo, au cours duquel celui-ci remercia son homologue français, Monsieur Mitterrand, pour tout ce qu'il a «fait pour le Rwanda et de l'accueil qui a été réservé à Paris à la délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères ». Au lendemain de la prise du camp militaire de Kanombe par le FPR, le 21 mai 1994, le président Sindikubwabo reprit le contact avec la France en adressant un courrier à François Mitterrand dans lequel il lui exprima les « sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel» qu'il a consenti au régime rwandais «depuis 1990 jusqu'à ce jour». Il ne fit aucune mention du génocide en cours, se contentant de parler de « massacres interethniques » dont le seul responsable serait le FPR et dont « les progrès militaires risquent de rallumer le feu et replonger le pays dans une crise plus grave que la précédente ». Le courrier se terminait sur une demande précise au Président Mitterrand de «fournir encore une fois » au gouvernement intérimaire un « appui tant matériel que diplomatique » sans lequel « nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans qui vous sont connus ».

A la réception de cette lettre, le général Quesnot rédigea aussitôt une note d'accompagnement transmettant la demande de Théodore Sindikubwabo au président Mitterrand dans laquelle il écrivit que « l'arrivée au pouvoir dans la région d'une minorité dont les buts et l'organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d'instabilité régionale dont les conséquences n 'ont pas été anticipées par ceux, y compris en France, dont la complicité et la complaisance sont patentes».

Il convient de rappeler que M. Sindikubwabo, avec qui le général Quesnot entretenait des liens étroits pendant le génocide, est non seulement le chef de file d'un gouvernement de tueurs, mais aussi il est l'instigateur du génocide dans sa préfecture natale de Butare. C'est lui qui, le 19 avril 1994, alors que la région était calme, se rendit sur les lieux, démit et fit assassiner le seul préfet tutsi du Rwanda, Jean-Baptiste Habyarimana, et incita la population hutu pour qu'elle se mette au « travail », autrement dit à massacrer les Tutsi et les Hutu qui osaient encore s'opposer à la réalisation du génocide.

3.3. Protection du gouvernement intérimaire au Conseil de sécurité

Pendant le génocide, les autorités françaises étaient hantées par la peur que « si le FPR remporte une victoire militaire sur le terrain », il voudra « imposer la loi minoritaire du clan tutsi ». Pour bloquer cet ennemi qu'est le FPR, la France œuvrera de façon à promouvoir l'inaction du Conseil de Sécurité face au génocide. Le soutien diplomatique français se manifesta fortement le 21 avril 1994, lors des débats portant sur le vote de la résolution 921 destiné à qualifier juridiquement les massacres en cours. L'ambassadeur français effectua un gros travail de lobbying auprès des autres Etats membres du Conseil pour s'opposer à ce que le Conseil de sécurité utilise l'expression «génocide» pour désigner les tueries que subissaient les Tutsi. Dans les termes de la résolution finale, le Conseil de sécurité suivit l'avis du représentant français et se limita à déplorer une situation de « violence » et de « carnage insensé » sans en désigner ni les auteurs ni la nature génocidaire des massacres en cours.

Une note interne relatant un entretien qui eut lieu le 2 mai 1994 entre le président Mitterrand et son ministre de la Défense, François Léotard, précise : « Aux Nations unies, la France a dû s'opposer à une condamnation partisane des seules exactions commises par les forces gouvernementales ». Autrement dit, un mois après le début du génocide, la France plaçait ce crime sur un pied d'égalité avec des actes répréhensibles commis par des combattants du FPR. En résumé, tout au long des mois d'avril-mai jusqu'au 16 juin 1994, date à laquelle la France sollicita un mandat d'intervention au Rwanda avec les pouvoirs dévolus par le chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle poursuivit sa diplomatie onusienne en insistant sur le cessez-le-feu préalable à l'arrêt des massacres et n'utilisa le mot « génocide » que quand elle souhaita engager Turquoise. Et même à cette occasion, l'ambassadeur français laissa entendre que c'est « la population du Rwanda » dans son ensemble qui était victime du génocide, les Tutsi visés en tant que groupe ethnique, ne furent pas nommés. En cela, elle n'agissait pas différemment des autres membres du Conseil de sécurité, à la seule différence que cette attitude de passivité était le fruit, en partie, du travail en coulisse de la France.

On ne peut cependant rendre compte du jeu diplomatique de la France au Conseil de Sécurité sans prendre en compte l'attitude et les manipulations orchestrées par Boutros-Ghali telles que nous l'avons vu dans l'introduction générale dans la partie relatant l'action de la communauté internationale.

3.4. Collusion avec le Secrétaire général de l'ONU et son Représentant au Rwanda

L'action de protection de l'action du gouvernement intérimaire pendant le génocide par Boutros-Ghali peut s'expliquer par deux motifs : sa sympathie pour le gouvernement intérimaire héritier du régime Habyarimana ou son alliance avec la France. Boutros-Boutros Ghali avait des liens étroits avec le régime Habyarimana, il est intervenu à deux reprises pour que son pays, l'Egypte, autorise des ventes d'armes au Rwanda. Cette intercession fut notamment faite le 16 octobre 1990 à l'issue d'une entrevue entre Boutros-Boutros Ghali et l'ambassadeur du Rwanda en Egypte, Célestin Kabanda, qui aboutit à la signature d'un accord de vente d'armes d'un montant de 23 millions de dollars.

Une intervention identique eut lieu en décembre 1990 par laquelle le Rwanda obtint de l'Egypte une vente d'armes pour un montant de 5 millions 889 dollars, alors que les institutions égyptiennes habilitées avait refusé la vente pour cause de situation de guerre. Un courrier du ministre rwandais des Affaires étrangères, Casimir Bizimungu, à l'attention du président Habyarimana relate en ces termes le rôle actif de Boutros-Boutros Ghali : « Notre Ambassadeur loue l'intervention personnelle du Ministre Boutros Boutros GHALI auprès de son Collègue de la Défense pour la réalisation de notre récente requête auprès du Gouvernement Egyptien et concernant l'acquisition du matériel militaire qui nous a permis de faire face à la guerre nous imposée depuis octobre 1990 par les assaillants venus d'Uganda. C'est pourquoi je viens d'envoyer un messager (sic) de remerciements au Ministre Boutros Boutros GHALI pour son soutien indéfectible ».

Cependant, il semble difficile d'expliquer l'attitude protectrice de Boutros-Ghali, secrétaire générale de l'ONU, par la fidélité à l'amitié qui l'a une fois liée au Rwanda. Il semble plus probable que cette attitude ait été plutôt dictée par l'allégeance le liant à la France à laquelle il devait sa nomination à la tête de l'ONU. Dans la conduite de sa diplomatie pro-rwandaise, la France pouvait compter également sur Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU au Rwanda. Ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur du Cameroun à Paris en France, Booh-Booh était lié à la France et bien disposé à l'égard de l'entourage de Habyarimana. Comme il le reconnaît lui-même, sa nomination comme Représentant spécial du Secrétaire de l'ONU au Rwanda fut une affaire convenue entre le président camerounais Paul Biya et Boutros-Boutros Ghali. Durant son séjour au Rwanda, Jacques-Roger Booh-Booh démontra des affinités avec les partis extrémistes hutus et prit souvent conseil auprès de l'ambassadeur français Jean-Michel Marlaud.

Dans l'exercice de leur mission, Booh-Booh et son conseiller politique, Mamadou Kane, se méfiaient tous les deux du général Dallaire, ils lui manifestèrent une réelle inimitié et leur attitude se caractérisa par l'envoi de rapports présentant une fausse image de la réalité sur le terrain et contredisant nettement ceux du général Dallaire. Ces rapports furent exploités au profit du Rwanda par la France qui intensifia en vain ses efforts pour obtenir le limogeage de Dallaire, notamment en adressant une requête dans ce sens au gouvernement canadien.

Dans ses rapports à l'ONU, Dallaire laissa souvent entendre que l'intervention directe de la MINUAR était impérative pour protéger les populations civiles, alors que Booh-Booh n'évoqua guère cette éventualité, préférant insister sur la priorité d'un cessez-le feu, tout en exonérant le gouvernement intérimaire de ses responsabilités dans les massacres en cours, ce qui était aussi la position de la France1. La présentation au Conseil de Sécurité des rapports de Booh-Booh et la dissimulation de ceux de Dallaire a déjà été mentionnée dans l'introduction générale ainsi que les effets de l'action combinée de ces deux hommes à savoir la fausse présentation au niveau du Conseil de sécurité de la réalité du génocide sur le terrain, et le constat, accablant, par le président du Conseil de Sécurité durant le mois d'avril 1994, le Néo-Zélandais Colin Keating qui n'a pas hésité à affirmer plus tard qu'avec une meilleure information, le Conseil aurait agi de façon sensiblement différente.

4. Appui militaire français durant le génocide

Un certain nombre de témoignages et de déclarations d'officiels français permettent de dire que l'appui militaire français a été continu d'octobre 1990, pendant toute la période du génocide jusqu'à juillet 1994, date de son arrêt officiel. Cet appui pendant le génocide s'est manifesté par des contacts directs entre les plus hauts responsables militaires rwandais avec leurs homologues français, par la présence continue de militaires français auprès des FAR et par d'importantes livraisons d'armes mais surtout de munition.

4.1 Présence de militaires français au Rwanda pendant le génocide

Avant d'aborder la période du génocide lui-même, il faut mentionner les contradictions quant au nombre d'Assistants militaires techniques restés au Rwanda après le départ officiel des troupes françaises le 15 décembre 1993. La MIP, dans son rapport, indique qu'il serait resté 24 AMT français au Rwanda. Mais le 30 mai 1994, Michel Roussin, alors ministre de la Coopération, admet sur RFI qu'il en serait resté entre 40 et 70.

De nombreux témoignages font état du retour d'un certain nombre de militaires français précédemment installés au Rwanda vers le mois de février 1994 ou de leur présence continue, alors qu'ils étaient sensés être partis. La journaliste belge, Colette Braeckman, a passé plusieurs semaines d'affilée entre début 1994 et fin mars. Elle a affirmé à la Commission que durant ce séjour de nombreuses personnes, rwandaises comme expatriées, lui ont affirmé qu'elles avaient reconnu des militaires français sensés être partis en décembre 1993, habillés en civil. Interrogés, certains de ces militaires expliquaient qu'ils étaient revenus au Rwanda pour une mission de courte durée. Le colonel Walter Balis, officier de liaison de la MINUAR, lui aussi auditionné par la Commission, a rapporté que « la cellule de renseignement de la MINUAR dirigée par le capitaine Claysse signalait la présence de militaires français habillés en civil qui étaient de retour au Rwanda après décembre 1993. Personnellement, j'en ai rencontré un à l'hôtel Méridien. » Durant son séjour de deux jours au siège des Nations Unies à New York, les 28 et 28 mars 1994, le général Dallaire apprend que la France a tenté de le faire remplacer à la tête de la MINUAR, car, semblerait-il, elle n'avait pas apprécié les références qu'il avait faites dans ses rapports sur la présence d'officiers français au sein de la garde présidentielle alors fortement associée aux interahamwe. Or, selon la MIP, en août 1992, la France avait mis fin à la présence d'instructeurs français dans cette unité, du fait des accusations de l'implication de cette unité dans des « attentats ».(...)

18:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (1)

PHOTO GENOCIDE.jpg
Le rapport d'une commission d'enquête rwandaise sur le génocide, publié mardi 5 août à Kigali, accuse la France d'avoir été "au courant des préparatifs" et participé aux principales initiatives" de sa mise en place ainsi que de "sa mise en exécution". La France a rejeté mercredi 6 août les conclusions de ce rapport, les jugeant "inacceptables". Pour vous, un extrait dudit rapport.


I. Implication de la France pendant le génocide, avant l'opération Turquoise

Dans la soirée du 6 avril 1994, aux alentours de 20 heures 30. L’avion du président Habyarimana, de retour de Dar es-Salaam où ce dernier s'était rendu pour un sommet ultime consacré à la crise rwandaise, est abattu en plein atterrissage à l'aéroport de Kanombe (Kigali). De ses occupants, aucun ne survit. Dès cette soirée même, les militaires de la Garde présidentielle, du bataillon de parachutiste et de celui de reconnaissance ainsi que des miliciens interahamwe dressent des barrières sur tous les grands axes routiers et dans plusieurs quartiers de la capitale, et les tueries commencent. Le lendemain en milieu du jour, on apprend que le Premier ministre du gouvernement de transition et beaucoup de ses ministres ont été assassinés, et que des massacres ciblés visant les opposants hutu et plus particulièrement les Tutsi s'étendent sur l'ensemble du territoire national. Le génocide annoncé1 commence ainsi, et c'est dans ce contexte que la France envisage à nouveau d'envoyer un contingent militaire au Rwanda. Cette intervention militaire qui a duré du 9 au 12 avril 1994 se verra attribuer le nom de code Amaryllis.

1. Justifications officielles d'Amaryllis

La principale justification donnée à l'opération sera l'évacuation des ressortissants français et étrangers. L'opération se fait alors que la campagne de massacres des Tutsi devient systématisée dans Kigali et s'étend très rapidement à l'intérieur du pays, et la France décide officiellement et publiquement de ne rien faire pour faire cesser ces massacres.

1.1. Protection des ressortissants français, européens et étrangers

La décision de secourir les Français et autres expatriés vivant au Rwanda n'est pas prise dès l'assassinat du président Habyarimana, le 6, ni le lendemain, lorsque la campagne de massacres commence à Kigali, le 7 et une partie de la journée du 8 avril. Les responsables politiques et militaires analysent d'abord la situation pour pouvoir réagir au moment opportun, ce faisant ils mettent en avant la capacité ou pas des FAR de contrôler la situation face au FPR.

Le 7 avril, Bruno Délaye note dans le compte rendu d'une réunion de la « cellule de crise » implantée à l'Elysée : «Pour l'instant nos ressortissants ne sont pas menacés et aucune évacuation n'est envisagée ». Le général Quesnot est du même avis : « Les ressortissants français (450 à Kigali) ne semblent pas menacés dans l'immédiat.

Certaines familles isolées ont été regroupées à proximité de l'ambassade». Le chef de Etat-major particulier du président Mitterrand semble encore privilégier l'hypothèse selon laquelle « les forces armées rwandaises seraient en mesure de contrôler la ville en contenant le bataillon FPR de huit cents hommes et les éléments infiltrés" », sans exclure toutefois que l'armée rwandaise puisse être « incapable de tenir le nord du pays d'où pourrait repartir une nouvelle offensive FPR avec un fort soutien logistique ougandais ».

Malgré la décision de ne pas évacuer immédiatement, des mesures de préparation sont prises, incluant la mise à jour des plans de protection et d'évacuation des ressortissants français et belges en collaboration avec le bataillon belge œuvrant au sein de la MINUAR. En outre, deux bataillons et une unité de santé sont mis en alerte à Bangui, Libreville et Ndjaména. Au vu de l'histoire de l'action française au Rwanda, la position d'attente préconisée par les différents responsables français s'accompagne d'une volonté de ne pas mettre la France en avant. «Matignon et le Quai d'Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise qui risque d'être plus meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne et limiter notre action à des interventions à l'ONU pour que la Mission des Nations unies au Rwanda (MINUAR) remplisse sa mission de sécurité à Kigali (ce qu'elle n 'a pas réellement fait jusqu’ici) ».

La décision d'évacuer est prise lorsque le 8, vers 19 heures, l'ambassadeur Marlaud notifie au Quai d'Orsay que « la sécurité [des] ressortissants est menacée et justifie l'évacuation ». Cette demande est provoquée par la nouvelle de l'assassinat du gendarme français Didot et de son épouse, la mort de son collègue Mayer sera connue plus tard Ces gendarmes français faisaient secrètement l'écoute des communications. L'ambassadeur Marlaud estime qu'ils ont été assassinés par le FPR, mais un certain nombre de faits contredisent cette affirmation.

L'évacuation simple des ressortissants français et étrangers n'est pas la seule option envisagée. Une ligne de clivage se dessine entre la présidence de la République française et le gouvernement constitué par l'opposition de droite en cette période de cohabitation. « [Le chef d'état-major particulier du président Mitterrand, le général Quesnot] Refusant à se résigner à des nouveaux 'massacres et contre massacres, il préconise une intervention plus ambitieuse de l'armée française afin de protéger ou évacuer la communauté étrangère, de stabiliser les FAR de l'intérieur, de rétablir l'ordre à Kigali, et de s'interposer entre les belligérants de manière à stopper l'offensive du Front patriotique. » L'option d'appui direct aux FAR est rapidement écartée notamment par le Premier ministre E. Balladur et dans une certaine mesure le ministre des Affaires étrangères A. Juppé. II ne fallait pas replonger « dans le bourbier rwandais » ni « interférer dans le jeu politique rwandais ».

L'opération se limitera essentiellement à l'évacuation des ressortissants français et étrangers ainsi que des proches du président Habyarimana, mais comme nous le verrons plus loin, elle aura aussi approvisionné les FAR en munitions et laissera dernière elle des militaires continuer à soutenir les FAR engagées dans le génocide. Enfin, malgré les capacités d'influence importante de la France sur ces dernières ainsi que sur les responsables politiques en train d'organiser le massacre systématique de la population tutsi malgré la présence d'une force armée non négligeable cinq jours durant au tout début du génocide, la France va opter pour n'intervenir en rien, alors que les massacres sont en cours.

1.2 La proclamation de la décision de non intervention dans les massacres en cours

Au 10 avril, l'opération Amaryllis est composée de 464 soldats d'élite, la collaboration entre les troupes françaises et les FAR est excellente. Les instructeurs français des unités d'élite des FAR les plus impliquées dans les tueries sont encore présents à Kigali. L'ambassadeur de France a encouragé l'homme fort du moment, le colonel Bagosora à prendre les choses en main, l'ambassadeur Marlaud, abrite à l'ambassade l'essentiel des hommes et femmes politiques du régime Habyarimana, mais aussi un nombre important de ceux qui forment le nouveau gouvernement intérimaire pour la constitution duquel il a été consulté. Ceci montre l'influence déterminante que la France avait sur le processus politico-militaire au tout début du génocide et sur les hommes qui l'organisent.1 Pourtant la France décidera de ne strictement rien faire pour arrêter les massacres.

A aucun moment, des faits ou rétrospectivement, l'ambassadeur Marlaud n'évoquera une quelconque intervention politique auprès des acteurs militaires et politiques pour l'arrêt des massacres.

S'agissant de l'intervention militaire, l'inaction face aux massacres est prescrite par l'ordre d'opération d'Amaryllis du 8 avril, 1994, qui stipule que: « le détachement français adoptera une attitude discrète et comportement neutre vis-à-vis des factions rwandaises ». Les ministres Alain Juppé et Michel Roussin, qui se chargent d'expliquer les motifs de l'opération Amaryllis expriment sans ambiguïté le refus de la France de tenter d'arrêter les massacres. Miche Roussin explique le 11 avril les limites de l'intervention française : « // ne s'agit pas, pour la France, d'intervenir militairement au Rwanda. Il est clair que notre mission n'a qu'un caractère humanitaire visant à rapatrier nos ressortissants et leurs familles » Alain Juppé le même jour, est plus explicite dans le rejet d'une intervention visant à arrêter les massacres : « La France peut-elle faire la police dam l'univers entier ? A-t-elle les moyens et la responsabilité d'empêcher, sur l'ensemble de la planète, les peuples de s'entretuer ? »

Ce refus d'intervenir pour arrêter les massacres en cours de la part du gouvernement de droite peut s'expliquer par une volonté de prise de distance ave la gestion mitterrandienne de la question rwandaise, mais il se fonde aussi sur une vision ethniste et tribale de l'Afrique en général et du Rwanda en particulier, où les massacres interethniques seraient une fatalité qu'il faut se résoudre à accepter. Ainsi, en privé, le Premier ministre Balladur aurait dit : « Ils se sont toujours massacrés ainsi ! Pourquoi voulez-vous que cela cesse ? »

Du côté de la présidence française, nous l'avons vu, par l'intermédiaire du général Quesnot, la proposition d'une action armée pour arrêter les massacres est couplée avec un appui militaire français afin de s'assurer de la victoire des FAR sur le FPR. Cette option est partagée par le colonel Bach, chef du détachement spécialisé d'Amaryllis, qui estime qu'il était encore tout à fait possible de renverser la situation militaire et éviter la défaite des FAR, par ailleurs engagées dans les massacres. « Rien ne laissait en effet présager à ce moment-là une victoire du FPR, les FAR résistaient tout à fait correctement [...], Il aurait suffit de très peu de chose (quelques conseillers militaires français) pour que l'on assiste à un renversement de situation. Juin 1992 et février 1993 auraient pu parfaitement être 'rejoués' en avril 1994 ».

Le 13 avril, soit près d'une semaine après le début des massacres alors qu'ils avaient atteint un niveau d'intensité exceptionnel et que le rôle d'organisateur de ces massacres du gouvernement intérimaire était bien connu, face aux difficultés militaires de ce gouvernement, le président Mitterrand s'inquiète du sort de celui-ci : « Il serait étonnant que le gouvernement de Habyarimana ne trouve pas un endroit sûr où il puisse tenir quelques temps »3. Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la France n'ait pas cherché en aucune façon d'arrêter les massacres lors de l'opération Amaryllis.

2. Les faits reprochés à la France

2.1 Soutien politique aux organisateurs du génocide


Après la mort du président Habyarimana et le début du génocide, la France apporta au gouvernement intérimaire un soutien politique afin de faciliter son acceptation auprès d'autres Etats et des instances internationales. Ce soutien se manifesta notamment par des conseils politiques donnés aux meneurs des massacres lors de la formation du gouvernement intérimaire, l'évacuation privilégiée des extrémistes hutus et l'abandon des employés tutsi des institutions françaises au Rwanda. Les forces françaises déployées au Rwanda en avril 1994 n'essayèrent pas d'enrayer la furie meurtrière des militaires et des miliciens qui massacraient des civils devant leurs yeux.

2.1.1 Implication dans la formation du gouvernement intérimaire

Dès la matinée du 7 avril 1994, de nombreux dignitaires du régime de Habyarimana parmi lesquels figuraient des partisans de l'extermination des Tutsi se regroupèrent dans l'enceinte de l'ambassade de France où ils furent hébergés avec leurs familles. Il y eut environ deux cent Rwandais, se souvient Joseph Ngarambe, qui y arriva le 10 avril. Ceux qui s'y regroupèrent avaient de prime abord peu de raisons de craindre pour leur sécurité, car ils faisaient partie, pour la plupart, du cercle rapproché du parti présidentiel et du Hutu power. La plupart d'entre eux jouèrent un rôle actif dans le génocide et sont aujourd'hui soit recherchés par la justice, soit en jugement devant le TPIR, où condamnés par cette juridiction, ou visés par des plaintes devant des juridictions nationales d'autres Etats.

Pendant leur séjour à l'ambassade de France à Kigali, ils contribuèrent à former le cabinet ministériel du gouvernement dit intérimaire qui orchestra et supervisa l'exécution du génocide. Un certain nombre de ces personnalités réfugiées à l'ambassade de France feront partie du gouvernement intérimaire comme on peut le voir sur ce tableau. La formation du gouvernement intérimaire fut pilotée par le colonel Théoneste Bagosora, avec la collaboration des chefs des partis « power » ou des factions power des partis de l'opposition.' Cousin de l'épouse du président Habyarimana, Bagosora a été formé à l'Ecole de guerre à Paris, où il a obtenu un brevet d'études supérieures militaires. Il occupa successivement les fonctions de commandant adjoint de l'Ecole supérieure militaire de Kigali et de commandant de l'important camp militaire de Kanombe, de 1988 à 1992, dans lequel opéraient des officiers et instructeurs français, avant sa nomination au poste de directeur de cabinet au ministère de la Défense en juin 1992. Mise à la retraite de l'armée le 23 septembre 1993, il continua néanmoins à exercer ses fonctions de directeur de cabinet jusqu'à son départ du Rwanda en juillet 1994. Il est l'un des principaux organisateurs du programme d'autodéfense civile au cours duquel des distributions d'armes furent effectuées aux civils hutu qui avaient reçu un entraînement militaire, parfois assurée par des militaires français . Selon Filip Reyntjens, c'est Bagosora qui, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, entre 2h et 7h du matin, à partir du ministère de la Défense, donna des ordres de massacres à la garde présidentielle, au bataillon de reconnaissance et au bataillon para commando avec lesquels ils disposait d'une liaison radio directe et privée". Il est aujourd'hui poursuivi par le TP1R comme organisateur du génocide.

L'ambassadeur français. Jean-Philippe Marlaud, s'impliqua personnellement, aux côtés du colonel Bagosora, dans la formation du gouvernement intérimaire, jusqu'à la suggestion de certaines personnalités appelées à en faire partie. D'après les déclarations de l'ambassadeur Marlaud à la MIP. Dès le 7 avril, en compagnie du colonel Jean-Jacques Maurin, il avait « effectué une démarche auprès du colonel Théoneste Bagosora, le directeur de cabinet du ministre de la Défense, ce dernier étant en déplacement au Cameroun. Il lui avait dit qu’il fallait reprendre le contrôle de la situation et que les Forces armées rwandaises devaient coopérer avec la MINUAR, mais cet avertissement s'était avéré inutile et la situation avait continué de s’aggraver. »

Les tendances politiques radicalement anti-tutsi et contre les partis politiques de l'opposition modérée du colonel Bagosora étaient de notoriété publique. Ainsi, en juin 1992, lorsque le nouveau gouvernement de coalition dirigé par l'ancienne opposition a démis de leurs fonctions les anciens chefs d'état major de l'armée et de la gendarmerie à cause de leurs positions politiques extrémistes, le président Habyarimana avait tenté de faire nommer Bagosora au poste de chef d'état-major des FAR, les partis de l'ancienne opposition refusèrent du fait de ses orientations politiques extrémistes. C'est le même colonel Bagosora qui après avoir participé à une partie des négociations des Accords d'Arusha avait le 8 janvier 19936 «manifesté ostensiblement son opposition aux concessions faites par le représentant du gouvernement. Boniface Ngulinzira, ministre des Affaires étrangères, au point de quitter la table des négociations. Le colonel Bagosara a quitté Arusha en déclarant qu'il rentrait au Rwanda 'pour préparer l'Apocalypse'.)) Cette déclaration, largement relayée dans la presse rwandaise, avait fortement choqué à l'époque.

L'adoubement que constituait la démarche de l'ambassadeur Marlaud et du colonel Maurin demandant à Bagosora de prendre « le contrôle de la situation » est bien exprimé par l'ancien Premier ministre du gouvernement intérimaire. Jean Kambanda, lors de son interrogatoire du 26 septembre 1997 par deux enquêteurs du TP1R. A la question de savoir si le colonel Bagosora avait rencontré une opposition de la part des plus hauts responsables militaires à son intention de prendre le contrôle du comité militaire de crise constitué durant la réunion du 7 avril à l'état-major, Kambanda répond : « - Jean Kambanda : Oui à son projet de prendre le pouvoir [...] Et on lui a plutôt conseillé de demander avis à l'ambassadeur de France.

Le soutien accordé par l'ambassadeur Marlaud à celui qui est aujourd'hui considéré comme le principal organisateur du génocide et la protection accordée aux membres les plus radicalement extrémistes du Hutu Power réfugiés à l'ambassade tranche fortement avec la façon dont le diplomate français a traité le cas du Premier ministre en exercice, Agathe Uwilingiyimana. Celle-ci représentait l'autorité politique légitime en tant que chef du gouvernement. Elle était, sur le plan légal, la personne autorisée pour assurer la vacance du pouvoir. Mais elle avait peut-être le désavantage aux yeux de l'ambassadeur français d'être opposée au Hutu Power. Le Premier ministre Uwilingiyimana était intervenue le matin du 7 avril sur RFI en lançant un vibrant appel à la paix et à l'arrêt des violences. Cherchant à se rendre dans les studios de la radio nationale, les FAR l'empêchèrent de rejoindre Radio Rwanda pour adresser un message à la nation. Par cette intervention radiodiffusée le matin du 7 avril, alors que plusieurs personnalités de l'opposition étaient déjà assassinées, la France savait que le Premier ministre rwandais était en vie et en danger de mort. Or, entre la résidence du Premier ministre et l'ambassade de France, il y avait une distance ne dépassant pas 500 m ! Elle fut exécutée tout près de chez elle entre 1 Ih et 12h. Elle aurait pu être sauvée si l'ambassadeur français l'avait voulu.

Auditionné par la MIP, Marlaud reconnut avoir effectivement eu des rencontres avec des responsables politiques qui ont mis en place le gouvernement intérimaire :
« La matinée du 8 avril avait été marquée par [...] l'arrivée à l'ambassade de France de plusieurs ministres. Ces derniers ont alors tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fixé trois orientations : remplacer les ministres ou les responsables morts ou disparus, tenter de reprendre en main la garde présidentielle en vue d'arrêter les massacres et, enfin, réaffirmer leur attachement aux accords d'Arusha. Ils se sont néanmoins refusé à nommer M. Faustin Twagiramungu Premier ministre en remplacement de Mme Agathe Uwilingiyimana ».

Concluant sur l'audition de Marlaud, la MIP écrit : « Vers 20 heures [le 8 avril], l'ambassade a été informée de la nomination d'un Président de la République et d'un Gouvernement intérimaire. La composition de ce gouvernement était apparemment conforme aux accords d'Arusha puisqu 'elle prévoyait une répartition des portefeuilles entre partis politiques ».

L'ambassadeur Marlaud travestit la réalité. Car le gouvernement intérimaire ne rassemble que les représentants des partis membres de la coalition Hutu Power ainsi que les factions Hutu Power dissidentes des partis d'opposition. Cette coalition Hutu Power était, depuis la fin de l'année 1993, radicalement contre les Accords d'Arusha et préconisait le massacre des Tutsi et des responsables politiques hutu et tutsi fidèles au processus de paix d'Arusha. La formation du gouvernement intérimaire, étape indispensable à la réalisation du programme génocidaire, avait nécessité au préalable l'assassinat des responsables politiques opposés à la coalition hutu power, dont le Président de l'Assemblé nationale et le Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, qui, constitutionnellement, devait assumer l'exercice du pouvoir, du fait de la disparition du chef de l'Etat. Quelques rares responsables politiques non Hutu Power avaient réussi à se cacher. Ainsi, la formation du gouvernement intérimaire est la manifestation du coup de force porté contre les Accords d'Arusha et l'étape politique nécessaire à la commission du génocide. L'ambassadeur Marlaud après avoir contribué à sa formation, cherche quatre ans plus tard à légitimer le gouvernement qui a orchestré le génocide.

Dès sa formation, l'ambassadeur Marlaud s'employa à obtenir le soutien diplomatique à ce gouvernement auprès des partenaires européens. Dans le courant de l'après-midi 8 avril, il téléphona à son homologue belge, Johan Swinnen, et lui communiqua une liste de ministres retenus en lui demandant de lui accorder son appui, en invoquant le motif selon lequel ce gouvernement avait été mis en place pour prévenir un coup d'état militaire. Selon F. Reytnjens, relayé par Linda Melvern1, l'ambassadeur belge «réagit avec réserve» en estimant que « la tendance est trop 'power '. Il exprime le point de vue qu'un tel gouvernement paraît trop peu conforme aux réelles exigences politiques. Marlaud, lui, se dit assez satisfait. Surtout parce qu'il juge que la mise en place d'un gouvernement permettra d'empêcher le coup d'Etat qu’'il redoute ».

On peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé l'ambassadeur Marlaud à mettre à l'écart le général Marcel Gatsinzi, chef d'état-major de l'armée qui représentait l'autorité militaire légale. Pourquoi la France a-t-elle collaboré avec Bagosora, retraité de l'armée et connu pour ses positions extrémistes, en laissant de côté le chef d'état-major en charge des questions de sécurité publique et de maintien de l'ordre qui avait été désigné dès le 6 au soir par ses pairs de l'armée ?

2.1.2 Les évacuations ciblées

Quelques heurs après le déclenchement du génocide, la France déploya au Rwanda l'opération Amaryllis, avec pour mission officielle de procéder à l'évacuation des ressortissants français et étrangers. Ainsi, Amaryllis évacua les Français et d'autres Occidentaux, parfois avec leurs chiens, mais abandonna des centaines de milliers de Rwandais en danger de mort certaine, y compris des employés tutsi de l'ambassade et des autres services français installés au Rwanda. Elle laissa les fonctionnaires des organismes internationaux non européens qui avaient trouvé refuge auprès de la MINUAR à l'Ecole technique officielle de Kicukiro, mais se soucia de l'évacuation prioritaire des extrémistes hutus les plus virulents.

a) Protection des extrémistes du hutu power

Les principales personnes rwandaises évacuées par la France furent les proches du pouvoir, en priorité la veuve du président défunt, Agathe Kanziga, embarquée à bord d'un Transall de l'armée française vers Bangui avec douze membres de sa famille, notamment son frère Protais Zigiranyirazo, sa sœur Catherine Mukamusoni, son cousin germain Séraphin Rwabukumba et Alphonse Ntilivamunda gendre du président Habyarimana. A cette époque, Agathe Kanziga et ces autres personnes, à l'exception de Catherine Mukamusoni, sont connues pour être des extrémistes qui, depuis 1992, organisaient autour d'elle un groupe de tueurs composé de civils et de militaires appelé « Réseau zéro » ou « clan de Madame » qui coordonnait les massacres et assassinats politiques au cours des années précédant le génocide1. Le rôle politique néfaste de Mme Habyarimana fut reconnu par la Commission de recours des réfugiés dans sa décision de rejet du 1 5 février 2007 qui considère :

« II résulte de l'instruction que [...] peut être établi l'existence d'un premier cercle du pouvoir [...] appelé akazu, dans lequel se distinguait le rôle prépondérant exercé par la requérante ; que ce premier cercle de l'akazu comprenait des personnes originaires en majorité de la région de provenance de l'intéressée et de son défunt mari ; que le noyau dur de ce même cercle était composé de Mme Agathe KANZIGA veuve Habyarimana, de son frère Protais ZIGIRANYIRAZO, de son cousin germain Séraphin RWABUKUMBA et de son cousin, le colonel Elie SAGATWA, et que ce 'petit' akazu détenait des pouvoirs réels depuis le coup d'Etat de 1973 notamment dans la désignation des fonctionnaires, des militaires et des magistrats aux principaux postes ainsi que dans la redistribution des biens étatiques, laquelle favorisait les membres de l'akazu et les régions du nord-ouest du Rwanda. d'où venaient ces membres ; qu’ainsi, la requérante, sans détenir de poste officiel, exerçait une autorité de fait sur les affaires de l'Etat : qu'elle s'est nécessairement trouvée au cœur du régime qui s'est rendu coupable des crimes perpétrés entre 1973 et 1994, notamment des assassinats d'opposants politiques après le coup d'Etat de 1973 et de la planification du génocide rwandais qui a eu lieu, dans sa plus grande proportion, entre le 6 avril et le 17 juillet 1994 ».

La veuve du président Habyarimana ne cachait nullement son engagement en faveur des massacres en cours au Rwanda. La déclaration de François Mitterrand, lors d'une audience accordée à une délégation de Médecins sans Frontières, le 14 juin 1994, le montre assez bien : « Elle a le diable au corps, si elle le pouvait, elle continuerait à lancer des appels aux massacres à partir des radios françaises. Elle est très difficile à contrôler ».

Le rôle joué par Agathe Kanziga dans la politique des massacres était de notoriété publique et les décideurs français ne devaient pas l'ignorer. Il ressort des documents de la présidence française que l'évacuation de la famille présidentielle rwandaise et autres dignitaires du régime rwandais fut explicitement ordonnée par le président français. Une note de Bruno Délaye indique : « Famille du président Habyarimana. Elle est pour l'instant sous la protection de la garde présidentielle. Si elle le souhaite, elle sera accueillie à la résidence de notre ambassadeur, conformément à vos instructions ». Une autre note du général Quesnot précise : « La situation a conduit à recommander fermement à nos ressortissants de quitter le pays. Le premier avion ayant à son bord une quarantaine de Français et, conformément à vos instructions, douze membres de la famille proche du Président Habyarimana a quitté Kigali samedi enfin d'après-midi ».

Agathe Kanziga et ses proches rejoignirent la France le 1 7 avril 1994 et s'installèrent d'abord dans un hôtel à Paris aux frais de l'Etat français, puis déménagèrent dans un appartement familial, la France couvrant tous les frais d'ameublement1. Ils furent reçus par les représentants du Quai d'Orsay qui leur attribuèrent une allocation de subsistance imputée sur un compte spécial des actions urgentes en faveur des réfugiés rwandais. Interrogé sur le bien-fondé de cette faveur, le ministre de la Coopération, Michel Roussin s'insurgea contre ceux qui le critiquaient : « Nous avions des relations convenables avec un président légitimement élu et nous avons récupéré sa famille qui a demandé notre aide ». Il ajouta : « Il est pour le moins étrange que l'on reproche à la France d'avoir procédé ainsi : d'autres pays ont pu juger bon d'abandonner les dirigeants avec lesquels ils avaient entretenu des relations normales jusqu'alors. Faire de même les aurait condamnés à mort. Nos traditions sont autres ».

Auditionné par la MIP, Alain Juppé nia la réalité du caractère sélectif des évacuations : « Ces décisions d'évacuation ont été prises sur place entre l'ambassade de France, et notre ambassadeur qui était sur place, M. Marlaud, et les responsables d'Amaryllis en jonction de ce qui était faisable dans une ville en proie, je le rappelle aux massacres et où de nombreux sites étaient totalement inaccessibles. Le détail pourra paraître mineur mais le téléphone était coupé. Ont pu être évacués les personnes qui étaient à l'ambassade et sur les lieux de regroupement - et je le dis ici jusqu'à ce qu'on m’apporte la preuve du contraire -, qu'il s'agisse de Français, d'étrangers de toutes nationalités, de Rwandais hutu ou lutsi. Les personnels de l'ambassade ont été sauvés quelle que soit leur origine. Et je trouve qu'il est gravissime d'affirmer sans preuve concrète qu’un tri aurait été fait à l'ambassade de France entre les Hutu et les Tutsi au moment de l'évacuation. J'affirme le contraire - sur la base des informations dont je dispose -, à charge pour ceux qui soutiennent cette thèse de l'étayer par des preuves. Mais je voudrais dire que ceci est vraiment d'une extrême gravité lorsqu'on affirme des choses de ce type ».

Il convient de préciser que le téléphone n'était pas coupé dans Kigali pendant l'opération Amaryllis. Pendant cette période, des anciens employés tutsi des institutions françaises l'ont utilisé et ont communiqué avec leurs employeurs français comme nous allons le voir plus loin. La principale centrale téléphonique du pays avait été déplacée à l'hôtel des Mille collines et était sous la surveillance de militaires français. Elle permit des échanges entre le colonel Jean-Jacques Maurin et F état-major des FAR, et c'est sur cette même centrale que le 2 mai 1994, Bruno Délaye eut un échange avec le patron des FAR, le général Bizimungu, pour l'empêcher d'exécuter les personnes réfugiées dans cet hôtel. Enfin, durant Amaryllis, les troupes françaises pouvaient aller où bon leur semblait, presque partout dans Kigali, sauf dans le petit périmètre occupé par le bataillon du FPR stationné dans l'enceinte du Parlement et ses alentours en vertu des Accords d'Arusha.

18:35 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 01 septembre 2008

L'EUROPE DOIT DEFENDRE UNE NOUVELLE PRATIQUE DES DROITS DE L'HOMME

ONU 3.jpgL'EUROPE DOIT DEFENDRE UNE NOUVELLE PRATIQUE DES DROITS DE
L'HOMME (Note personnelle: Même si certains pays européens, champions des droits de l'homme,
sont à mille lieues d'être des modèles, eux-mêmes. Notamment en Afrique):

PROPOSITION: " TOUT MEMBRE DU CONSEIL DE SECURITE DE L'ONU QUI NE LUI
SOUMETTRAIT PAS SES LITIGES TERRITORIAUX ET LES REGLERAIT PAR LA FORCE, DEVRAIT ÊTRE SUSPENDU ".



L'invasion de l'Irak, en 2003, par les Etats-Unis, la répression de ses
minorités nationales par la Chine, en 2008 et l'invasion de la Géorgie
par la Russie, ont au moins une caractéristique commune. Ces trois pays
sont membres du Conseil de sécurité de l'ONU et, pour le dernier,
membre du Conseil de l'Europe. Le pays envahi, la Géorgie, également.
Et c'est une triste première.


La communauté internationale, concept juridique assez imprécis pour
tout suggérer et ne rien dire, ne peut trouver là aucun motif de
réconfort si l'on admet que les membres du Conseil de sécurité sont
les premiers gardiens du traité des Nations unies. LEUR VALEUR
D'EXEMPLE EST A TERRE ET LE PIRE EST VENU DES ETATS-UNIS
car, à la
différence des deux autres, c'est une démocratie accomplie. QUAND
L'AMERIQUE SE PARJURE, LES ETATS VOYOUS, GRANDS OU PETITS, S'EMPARENT
DE LEUR BUTIN
. Guantanamo est une aubaine pour eux. Et si nous avons
tant critiqué les Etats-Unis dans ce bourbier inhumain qu'est l'Irak
c'est que lorsqu'ils trébuchent, c'est la démocratie qui tombe.
Souhaitons que les prochaines élections redonnent un pas ferme à ce
pays.

Les contempteurs du "droit-de-l'hommisme,", néologisme venu des
soutes de la nouvelle droite, formule qui pour ses utilisateurs
englobe des ONG hystériques ou des professeurs chiffonnés, n'ont, en
attendant, guère de souci à se faire. Ils peuvent ricaner : le
principe de réalité est en pleine forme. Comment en sommes-nous
arrivés là ?

Les ralliements opportunistes aux traités, la cécité ou la
pusillanimité des démocraties ont peu à peu transformé des principes
de droit puissants et actifs, sortis pour l'essentiel des charniers de
la seconde guerre mondiale, en paravent commode pour tyrannies en
quête d'honorabilité.

Cassin affirmait que tant que les droits de l'homme seraient
maltraités il n'y aurait pas de paix dans un seul coin de la planète.
Il liait les droits de l'homme, ceux des peuples, la paix, la guerre.
Pour lui c'était un tout. C'est d'ailleurs le sens du préambule de la
Déclaration des droits de l'homme des Nations unies de 1948. " Battre
sa femme, c'est un autre jour tuer son voisin ", dit le proverbe. Il y
a une continuité entre la violence domestique et l'agression des
autres. C'est vrai pour les Etats comme pour les personnes.

Il faut reprendre une nouvelle pratique des droits de l'homme, plus
exigeante, plus concrète et plus efficace. L'Europe, et d'abord la
France et la Grande-Bretagne, membres permanents du Conseil, devraient
élever le débat, au nom de l'Union européenne, sur une réforme du
statut des membres du Conseil de sécurité de l'ONU, à l'aube de
l'adhésion de nouveaux membres.

Tout membre du Conseil qui ne soumettrait pas un litige relatif à une
question de souveraineté territoriale et le réglerait unilatéralement
par l'emploi de moyens militaires serait suspendu du Conseil.
La Cour Internationale de Justice verrait sa compétence accrue et
serait seule apte à le trancher.


FOYER MISSIONNAIRE

De nombreux Etats, notamment d'Afrique, y recourent déjà. Mais cette
solution arbitrale de la Cour n'est que facultative. Elle doit devenir
la règle pour les Etats membres du Conseil. A haut niveau de
responsabilité, haut niveau de devoirs. Sinon le droit de veto
continuera à être un laissez-passer aux exactions, un viatique
d'impunité. Un rêve ? C'est ce que les cyniques opposaient à Briand.
On découvrit trop tard qu'ils étaient experts en cauchemar.

Chaque ministre européen en visite dans un pays signalé devrait
rituellement poser la question et réclamer des informations sur le
sort des prisonniers d'opinion. Pas seulement aux autorités à qui il
incombe de répondre en premier mais aussi aux organisations civiles,
sociales et professionnelles. Il devrait se constituer, peut-être sous
les auspices du commissaire européen aux droits de l'homme, un
secrétariat chargé de compiler le bilan de ces visites. Il y a 27
Etats membres qui composent l'Union. Imaginons que chaque ministre de
chaque Etat accorde une heure de son temps aux droits de personnes
persécutées lors de ses déplacements. Voilà un vrai bouclier pour les
démocrates menacés et persécutés et des marges de manoeuvre réduites
pour les Etats liberticides.

Le traité de l'OMC conditionne l'entrée de membres à la signature et à
la ratification du pacte international relatif aux droits civils et
politiques de l'ONU de 1966. C'est parfait mais que le traité de l'OMC
aille plus loin. Qu'il fasse un véritable travail de vérification des
engagements pris pour démasquer les signatures opportunistes. Doutons
qu'une justice indépendante en matière de commerce voit le jour là ou
l'on torture dans des caves. C'est un tout et l'OMC gagnerait en
estime.

Enfin, la confection des traités eux-mêmes devrait associer les
sociétés à leur processus. La très récente initiative de l'Union pour
la Méditerranée fait côtoyer d'authentiques démocrates avec des
personnalités qui n'ont rien à voir dans le champ des droits de
l'homme, sinon qu'elles y braconnent. M. Kadhafi a eu le bon goût de
décliner.

On dira que ce traité ne concerne pas les personnes, que l'on mélange
tout et que l'on va tout faire échouer. Ah bon, mais alors il sert à
quoi ? Rien n'empêche qu'un sommet régulier des sociétés civiles des
Etats signataires se réunisse pour contribuer à faire vivre le traité,
l'enrichir et veiller au respect de ses clauses. Les organisations
professionnelles, les universités, les ONG, les chambres de commerce,
les syndicats auraient leur mot à dire. Les sommets mondiaux sur le
sida ou l'Internet en sont des illustrations. On y entendrait des
choses désagréables ? Tant mieux. Ce serait le signe d'un véritable
échange.

Dernière objection, je la pressens. Pourquoi l'Europe serait-elle le
foyer missionnaire de cette entreprise car elle n'est pas parfaite ?
Loin de là en effet, nos centres de rétention seront un jour des
camps, et j'entends même les catholiques italiens du centre-droit
s'inquiéter d'un risque de résurgence du fascisme dans leur pays.

Je dirais d'abord parce que la guerre aux portes de l'Europe rend
cette réaffirmation volontaire et sans concession des droits de
l'homme comme un objectif géopolitique indispensable. Ensuite, plus
prosaïquement, parce que s'intéresser aux droits de l'homme chez les
autres, c'est un des plus sûrs moyens de les prendre au sérieux chez
nous. A force de s'agenouiller on finit par croire, disait Pascal.
Pour les droits de l'homme relevons-nous. Il est plus que temps.



Jean-Pierre Mignard

Avocat à la cour

20:56 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Europe, Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |