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mardi, 14 octobre 2008

LE FRANC CFA N'EST PAS NOTRE MONNAIE

Franc CFA 3.jpg
Même si elle n’évoque pour beaucoup que les pièces ou billets que nous utilisons quotidiennement, la monnaie est plus complexe. Au moment où la scène monétaire et financière de nombreuses économies et celle de l’économie mondiale connaît des profondes et rapides transformations, les pays de la zone franc continue de demeurer dans l’esclavage monétaire. Aujourd’hui, l’Afrique revient au centre des enjeux géostratégiques c’est pourquoi, il est temps de discuter des questions monétaires afin que la monnaie joue tout son rôle dans le développement des pays africains.


LA QUESTION DE LA MONNAIE

Le terme français de monnaie dérive du latin moneta (de monere, avertir). En effet, vers le milieu du 3ème siècle avant Jésus Christ , les romains installent à coté du temple de Junon, sur le capitole, leur premier atelier de pièces métalliques dont certaines à l’effigie de la déesse ( surnommée Moneta, avertisseuse). Nonobstant ce fait, cette période n’est pas celle de l’apparition de la monnaie. Des traces de monnaie ont été retrouvées 1700 ans avant Jésus Christ dans le code d’Hammurabi. La tête de bétail (pecunia, de pecus, troupeau), barre de sel, épi d’orge ou de maïs, des anneaux, fer de lance ont servi à l’échange dans les sociétés primitives. Contrairement à toute autre invention, on ne peut pas dater la naissance de la monnaie et considérer sa diffusion comme un processus continu et progressif. L’origine de la monnaie montre qu’elle est étroitement liée à des réalités sociales, politiques, spirituelles etc..


LA MONNAIE AU-DELA DE CE QU’ON SAIT

En prenant pour point de départ l’existence d’un système de paiement, le véritable économiste reconnaîtra que l’économie de marché est enserrée dans du « social ». La monnaie est comme une porte qui sépare les domaines économique et non économique.

Ø Monnaie et souveraineté

La souveraineté est le principe d’autorité suprême. La monnaie renvoie au prince et généralement à l’organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. Ainsi l’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateur du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique « ces pièces n’appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu’elle représentassent, dès lors qu’il plaît au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d’autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n’ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l’Etat, elle n’est pas tout l’Etat et l’Etat n’est pas toute la monnaie. Pourquoi n’existe-t-il pas une monnaie internationale ? C’est certainement parce qu’une partie du politique est devenue de plus en plus monétaire. Stricto sensu, il n’y a pas d’unité de compte internationale ni, a fortiori, de moyen de paiement libellé en cette unité. Tous les paiements internationaux se font en tenant compte des taux de change entre les divers moyens de paiement. L’absence de monnaie internationale est la confirmation de la liaison intime entre monnaie et souveraineté. Ainsi donc, l’institution monétaire serait la transformation d’un principe social.

Ø La nature sociale de la monnaie

Les économistes qui s’affranchissent des dogmes de la théorie dominante, s’aperçoivent du lien social révélé par la monnaie. En la matière, les travaux de Michel Aglietta et André orléan fournissent une explication on ne peut plus claire. S’inspirant des recherches de certains anthropologues tel René Girard, ces auteurs affirment que la monnaie est le produit de l’articulation de trois formes de violence, toutes liées au désir mimétique : chacun ne désire un objet que parce que autrui le désire. Le désir mimétique s’exprimant dans une « violence essentielle » liée au désir de capture considérée comme le rapport social le plus général. Cette dernière (violence essentielle) débouche sur du social organisé que si elle se généralise en une concurrence universelle, « la violence réciproque ». Le stade final et social est celui de la « violence fondatrice » où une institution régulatrice, la monnaie est engendrée par l’exclusion d’un des acteurs de la violence réciproque. L’origine de la monnaie peut se situer de même dans le sacré et dans les rites sacrificiels. Brièvement, on peut reconnaître stricto sensu la monnaie comme le sacrifice. De même que ce dernier éteint une dette vis-à-vis des dieux et retranche les morts du monde social, la monnaie est le seul moyen de mettre fin à une dette. L’élément supra-individuel qui lui est attaché aurait un fondement religieux. Si le pouvoir procède du sacré, alors on est conduit à confondre monnaie, souveraineté et sacré.

Ø La monnaie comme modèle général du social

Quelles sont les propriétés générales que la monnaie confère aux relations sociales ? Pour le professeur Cartelier, trois éléments constitutifs de la monnaie (pensée comme système de paiement) dessinent un modèle général quantitatif dans lequel les individus ne sont pas logiquement antérieurs au social ; l’existence d’un langage commun et d’un accès aux moyens d’expression est la condition d’apparition des individus. Le social n’est pas non plus antérieur aux individus car le règlement des soldes est l’opération par laquelle se forment les richesses des individus. Enfin, la société et les individus se constituent simultanément par un ensemble de relations « horizontales » (paiement réciproques) et de relations « verticales « (soumission au principe collectif supérieur qui est l’annulation des soldes). Georg Simmel fait de l’argent non seulement l’expression de la liberté individuelle, mais également la forme adéquate de l’extension des groupes sociaux qui lui est corrélative


LA ZONE FRANC CFA EST CONTRE LES PAYS MEMBRES

Par la volonté d’un seul pays, la France, depuis officiellement 1948, quinze (15) pays utilisent le franc CFA comme monnaie. Hier, un économiste comme C Pouemi en a fait son combat. Aujourd’hui encore, à la suite du professeur Mamadou Coulibaly de la Côte d’Ivoire, des voix se font entendre pour un véritable débat sur la question du franc CFA, cette monnaie esclave. Des mécanismes au fonctionnement de la zone franc, rien ne permet à la monnaie de jouer son rôle dans le développement des pays membres. Le mythe de la convertibilité illimitée n’est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d’opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ? Qu’on le veuille ou pas les pays du Sud et ceux du Nord sont en perpétuelle guerre économique. Les derniers voulant maintenir les premiers dans une situation de dépendance. Au sein du conseil d’administration des trois institutions monétaires (BCEAO, BEAC, BC), la présence des français et la prise des décisions à l’unanimité est une forme de hold-up monétaire de la France. Le franc CFA a été et continue d’être un instrument, le plus puissant d’ailleurs du PACTE COLONIAL. Dès lors, on peut plus parler de banque centrale, car elle ne peut pas jouer pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort et garant de la stabilité du système financier si l’occasion se présente. La BCEAO, la BEAC et la BC ne sont que des intermédiaires monétaires entre la Banque centrale européenne et les banques commerciales de la zone, d’ailleurs en majorité des filiales des banques françaises. Lors de la crise des subprimes[1], Les banques centrales sont alors intervenues massivement :La FED, la Banque Centrale Européenne (BCE), la Banque du Japon ont, au total, en un peu plus d’une semaine, mis plus de 400 milliards d’euros de liquidités (sous forme d’euros, de dollars ou de yens) à la disposition des établissements bancaires. La France acceptera t-elle d’intervenir vigoureusement si une situation similaire se présentait dans la zone franc ? bien sûr que non car elle n’a pas intérêt à garantir la stabilité de ce système financier au contraire, elle en profitera pour dévaluer et accentuer le pillage des capitaux. Il est donc temps que le débat sur le franc CFA ne soit pas un tabou. Cette monnaie n’est pas la nôtre mais la cousine de l’euro.

Le président du MLAN

Prao Yao Séraphin

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

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[1] La Crise des subprimes, ou crise du subprime, ((en) subprime mortgage meltdown) est une crise financière et boursière mondiale, déclenchée en 2006 par un krach des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis (les « subprimes »), révélée au monde en février 2007, puis transformée en crise financière mondiale au cours de l'été 2007.


00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : franc cfa, monnaie, bceao, beac, bc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Vous, Mr Dindé, qu'est qui vous dérange dans le franc CFA ? est-ce le mot "FRANC" ? ou bien le régime de changes Fixes ?
c'est la deuxième fois que je lis quelque chose sur votre blog relatif au Franc CFa, à notre monnaie, sans que vous ne portiez un jugement personnel .
J'aimerais bien savoir ce qui vous semble si exécrable dans cette monnaie ? et comment envisagez VOTRE monnaie à vous ?

Écrit par : Krathos | mardi, 14 octobre 2008

Le franc cfa, sous-monnaie du franc français,hier,et de l'euro, aujourd'hui n'est rien que le plus grand symbole de notre aliénation. Battre monnaie est un pouvoir régalien qui symbolise l'existence réelle d'un état. Les princes qui nous gouvernent n'ont pas ce pouvoir, certains l'ont volontairement cédé à l'ex-puissance coloniale afin d'avoir en échange une longévité politique, signe des républiques bananières.
Pour mettre en exergue l'incurie de nos dirigeants, aucun d'eux ne s'offusque de ne pas avoir son mot à dire dans cette crise financière qui menace toutes les économies de notre planète.
L'Afrique est-elle condamnée à jouer,éternellement, les derniers rôles?

Écrit par : inza | mardi, 14 octobre 2008

Merci, cher frère INZA, d'avoir répondu à notre très cher KRATHOS comme si tu étais dans ma pensée! Salut!

Écrit par : Dindé | mercredi, 15 octobre 2008

Mr Inza, je ne suis pas dans le débat idéologique. Je suis dans celui de l'efficience économique et comme vous "êtes dans la pensée" de Mr Dindé, je crois que vous (Mrs Inza et Dindé) vous trompez de combat.
Je sais que j'ai en face de moi 2 grands ignares en économie monétaire. c'est une certitude. Chez eux, il suffit d'écouter MamKoul alias "Franc Flottant" ou l'autre passionné de Théorie économique , à savoir le très respectable Nicholas Agbohou pour reprendre sans comprendre (evidemment) les mêmes boutades contre le Franc CFA.
Mais avez vous lu ou approché des responsables de la banque centrale ( BCEAO) afin de comprendre le contexte (historique et économique)qui a vu emerger cet arrimage au franc français (ensuite l'EURO) et cette notion de "compte d'opérations" ??? les efforts actuels qui sont faits par la banque centrale pour reprendre PROGRESSIVEMENT et de manière EFFICIENTE plein controle sur notre politique monétaire ?

Vous vous abreuvez d'une seule version pour discuter de choses que vous méconnaissez. C'est dommage et malheureusement très typique du NEGRE ce comportement.

Pour commencer, je vous dirai que ce Franc Cfa, on peut en changer d'appellation mais le plus important c'est la justesse du régime de changes(fixe ou flexible, arrimage à une monnaie ( ou 2 ) de reference etc ...) en fonction de la structure économique qui est la notre.

Est-ce que vous connaissez même ce qu'on appelle "régime de changes" ?

Savez vous que lorsqu'on est en Union monétaire comme c'est le cas de la Côte d'ivoire dans l'UEMOA, il y'a des réalités économiques selon lesquelles un régime de change fixe semble etre plus approprié qu'un regime de changes flottants.

Alors, si vous voulez, Mr Dindé et Mr Inza, choississez un nom autre que le Franc CFA mais le plus important sera le choix du régime de change et la politique monétaire de l'union monétaire.
A moins que vous vouliez encore vous departir de l'UEMOA !!!!

je vous exhorte à vous battre d'abord contre la perfusion économique de l'Afrique( économie exclusive de l'endettement): il s'agit du combat de la performance de l'économie REELLE (economie de la production) avant de chercher à dérégler des mécanismes monétaires que vous ignorez magistralement.
Votre idéologie-là, allez-y la répandre dans des "romans" au lieu de nous fatiguer sur l'essentiel en matière d'efficience économique.

Écrit par : Krathos | mercredi, 15 octobre 2008

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