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07.11.2008
LES 12 TRAVAUX DE BARACK OBAMA (2)
7. Recentrer la lutte en Afghanistan

"C'est le vrai front de la guerre contre le terrorisme". Cela fait sept années que les Etats-Unis sont engagés en Afghanistan. Et la dernière s'est soldée par une vive contre-attaque des Talibans détrônés en 2001. Bilan : 622 soldats américains tués sur les 35 000 aujourd'hui sur place. La coalition de 75 000 hommes (en comptant les pays alliés, dont la France) n'arrive plus à retenir l'étau des Talibans au nord du pays, à la frontière du Pakistan, au sud-est, dans les environs de Kandahar, et enfin à la périphérie de la capitale, Kaboul. Le général David Petraeus, qui a permis le rétablissement de la situation irakienne ces derniers mois, a également été mis aux commandes de l'Afghanistan. À plusieurs reprises, le président George W. Bush avait assuré que les Etats-Unis augmenteraient les effectifs américains en 2009. Une option que devrait confirmer Barack Obama. Mais, selon les stratèges militaires américains, il aura besoin pour se faire de réduire l'effort militaire colossal en Irak. Le nouveau président n'a pas non plus exclu d'intervenir au Pakistan, où se trouve un certain nombre de camps d'entraînements des talibans et d'Al Qaïda.
8. Tenter un dialogue avec l'Iran
Barack Obama est partisan d'un dialogue sans condition avec Mahmoud Ahmadinejad (ici aux côtés de Vladimir Poutine). © Kremlin.ru
Malgré les pressions internationales, l'Iran n'a toujours pas abandonné un programme nucléaire civil soupçonné par les occidentaux de cacher une course à la bombe atomique. Une situation d'autant plus explosive que l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad s'affiche depuis déjà plus de trois ans comme l'ennemi des Etats-Unis. Que faire pour mettre un terme à cette situation "inacceptable" pour la majorité des dirigeants américains, Barack Obama compris ? George Bush aurait préparé il y a plusieurs mois une offensive militaire. John McCain était lui aussi un partisan de la force, refusant tout dialogue avec le régime iranien. Barack Obama, lui, affirmait dans son programme vouloir ouvrir des négociations avec l'Iran, et ce, sans contrepartie de la part de Téhéran. Une option que le nouveau président compte bel et bien mettre en œuvre d'après les dernières informations. Reste une inconnue dans cette équation : la réaction d'Israël, un allié des Etats-Unis qu'Ahmadinejad veut "rayer de la carte" et qui n'hésitera pas à frapper l'Iran à la moindre menace.
9. Redorer l'image des Etats-Unis
Le secrétaire d'Etat à la Défense Robert Gate lors d'une rencontre avec le président géorgien Mikheil Saakashvili. © DoD photo by R. D. Ward.
Les deux mandats de George W. Bush auront coïncidé avec une période de défiance sans précédent vis-à-vis des Etats-Unis. La récente guerre dans le Caucase, mais aussi la polémique qui a entourée l'installation d'un bouclier anti-missile américain en Europe sont indirectement liées à ce climat hostile. Le facteur anti-américain vient aussi régulièrement polluer les relations entre la Syrie et le Liban ou encore entre Israël et ses voisins arabes. Il est omniprésent en Amérique du sud où plusieurs pays ont opté pour le socialisme. Même chez les alliés de Washington que sont la France ou la Grande-Bretagne, les opinions favorables sur les USA ont chuté de plus de 20 % depuis 2000. Comment enrayer cette période de désamour profond pour les Etats-Unis ? Pour Barack Obama, il faut accepter la fin d'un empire américain basé sur sa puissance : puissance économique, financière, culturelle ou militaire. Le nouveau président devra s'employer à instaurer le "soft-power" dans un monde devenu multipolaire et où la suprématie des Etats-Unis est devenue moins évidente. Autrement dit un passage de la domination à la séduction.
10. Lutter (enfin) contre la pollution
Les Etats-Unis représentent aujourd'hui un peu moins d'un quart des émissions de carbone. © Getty Images
Les chiffres ont été répétés encore et encore alors que George Bush s'entêtait à négliger le réchauffement climatique : les Etats-Unis consomment un quart de l'énergie de la planète pour seulement 5 % de sa population et rejettent à peu près autant de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Avec la Chine, ils sont les principaux contributeurs du réchauffement climatique. Face à la pression internationale, à une dépendance énergétique croissance vis-à-vis des pays du Golfe, mais aussi à la prise de conscience des Américains, le nouveau président devra réorienter l'économie vers la "croissance verte". Barack Obama a déjà assuré qu'il ratifierait rapidement le protocole de Kyoto. Mais il lui faudra aller plus loin qu'une simple signature. Son chantier prévoit en effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80 % d'ici à 2050, mais aussi de réaliser 50 % d'économies d'énergie et de réduire la consommation américaine de pétrole de 35 % d'ici 2030. Un défi pour lequel il devra s'appuyer notamment sur les pionniers des "green tech" du Colorado (éolien) ou encore de la Californie (solaire). Barack Obama prévoit d'investir 150 milliards de dollars en dix ans dans les énergies renouvelables.
11. Régler le sort des clandestins
Près de 15 millions d'immigrés clandestins se trouvent aujourd'hui sur le sol des Etats-Unis © Getty Images
A son arrivée à la Maison Blanche, George Bush voulait régulariser massivement les immigrés clandestins présents sur le territoire des Etats-Unis. Les attentats du 11 septembre l'ont contraint, dès le début de son mandat, à une politique plus restrictive sur l'immigration. Le gouvernement a renforcé les contrôles à la frontière mexicaine et a érigé un mur pour réduire l'afflux de clandestins sud-américains. Depuis, le dossier des clandestins n'a pas trouvé de solution claire et définitive. Ils seraient aujourd'hui près de 15 millions sur le territoire américain, en grande partie des Hispaniques, et soutiendraient des pans entiers de l'économie américaine. En plus d'une sécurisation des frontières, Barack Obama veut lancer un processus de légalisation des clandestins, sans pour autant aller jusqu'aux régulations massives. Le nouveau maître de Washington devrait dans le même temps élargir les quotas d'immigration légale tout en sanctionnant les patrons employeurs de sans-papiers.
12. Relever le défi des inégalités raciales
Quarante ans après les derniers débats sur les droits civiques, les Noirs sont encore victime de nombreuses inégalités. © Getty Images
Cela n'aurait peut être pas été un dossier chaud pour John McCain. Mais pour Barack Obama, il s'agit d'un sujet d'une haute importance. L'élection du premier président noir a suscité un espoir inédit dans la communauté afro-américaine aux Etats-Unis, encore victime de nombreuses inégalités. Les Noirs sont les Américains qui ont les revenus moyens par ménage les plus faibles (34 000 dollars par an contre 55 000 pour les Blancs), près d'un quart vit sous le seuil de pauvreté (8,2 % des Blancs) et 19,5 % n'ont pas d'assurance santé (10,4 % des Blancs). Logement, chômage, espérance de vie, prisons, éducation... la liste pourrait être encore plus longue. Et malheureusement, pour plusieurs observateurs, l'élection de Barack Obama ne devrait pas changer la donne : fidèle à son image de candidat "post-racial", le sénateur de l'Illinois a constamment tenté d'évacuer la question raciale de sa campagne. Son programme sur les inégalités raciales est quasi-inexistant. Bien que partisan officiel de la discrimination positive, il ne cache pas son scepticisme vis-à-vis de ce système. Il serait même susceptible pendant son mandat de transformer les critères ethniques de "l'affirmative action" en critères économiques.
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LES 12 TRAVAUX DE BARACK OBAMA (1)
L'Internaute>Actualité>Monde>Les 12 travaux de Barack Obama
Les observateurs sont unanimes : jamais depuis Franklin Delano Roosevelt en 1932 un président des Etats-Unis n'avait trouvé situation si délicate après son élection. Economie, société, international : quels sont les principaux défis qui attendent Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche avant son investiture le 20 janvier ? Quel est son plan pour gérer ces dossiers brûlants ? Voici les 12 travaux que devra mener le nouveau président.
1. Relancer l'économie américaine
La chute des ventes de voitures est le symbole du déclin de l'économie américaine. © Getty Images
Rien ne va plus pour l'économie américaine. La croissance s'est effondrée à 0,3 % au deuxième trimestre 2008, la récession a déjà été annoncée pour 2009, et le chômage a déjà bondi à 6,1 % en août 2008. Les ménages, dont l'endettement représente plus de 130 % des revenus, ont réduit pour la première fois leur consommation depuis 1991. Les "Big Three", Général Motors, Chrysler et Ford, qui voient leurs vente baisser de près de 45 %, symbolisent les graves difficultés des entreprises américaines. Quant à l'Etat, lui aussi frôle la faillite. Son déficit budgétaire pour l'exercice 2008 atteignait 445 milliards de dollars contre 162 milliards en 2007. On annonce déjà le chiffre de 1000 milliards de dollars en 2009. La faute notamment à la crise et au coûteux plan Paulson. Pour relancer croissance et emploi au plus vite, Barack Obama veut investir dans les énergies vertes, mais aussi lancer un programme d'investissement dans la construction et la recherche de 50 milliards de dollars. Côté finances publiques, il prévoit d'annuler les baisses d'impôts, instaurées par la précédente administration et rétablir l'impôt pour les foyers les plus riches.
2. Tourner la page des subprimes
Conséquence directe de la crise des subprimes, le nombre d'expulsions devrait atteindre les 5 millions en 2008. © Getty Images
Les Etats-Unis se sont souvent vantés de leur pourcentage de propriétaires. En 2007, ce dernier dépassait les 68 % (contre 55 % en France). Mais ce résultat a été obtenu au prix d'un endettement des ménages sans précédent et à la multiplication des prêts à risques : notamment les subprimes. Depuis 2002, la banque centrale américaine encourage le développement de ces prêts bas au début, mais dont le taux variable peut atteindre 18 % au bout de 3 ans. Pendant l'été 2007, la crise immobilière a rapidement étouffé certains ménages, incapables de rembourser leur prêt. A la fin de l'année, le nombre expulsions suite à des saisies avait augmenté de 75 % dépassant les 2,2 millions. Le nombre d'expulsés devrait atteindre les 5 millions en 2008. Barack Obama prévoit d'aider au plus vite ces propriétaires en difficulté (1 sur 6) par un crédit d'impôt sur les hypothèques. Il veut aussi créer un fond national pour prévenir les saisies et permettre aux juges de transformer les subprimes en prêts à taux fixe sur 30 ans. Surtout, il prévoit d'instaurer de nouvelles sanctions pour les courtiers en prêt hypothécaires. Les banques et les fonds spéculatifs qui ont transformé la crise des subprimes en crise financière globale, seront aussi concernés par les nouvelles réglementations.
3. Protéger 46 millions d'Américains
Aujourd'hui, 46 millions d'Américains ne disposent pas d'une assurance maladie. © Getty Images
C'est l'une des caractéristiques les plus commentées de la société américaine : contrairement à la France, l'assurance maladie n'est pas obligatoire aux Etats-Unis. Les Américains ont donc deux options pour être protégés face à un problème de santé : souscrire à une assurance privée sur son lieu de travail ou, pour les plus pauvres, s'en remettre à des programmes comme Medicaid ou Medicare. Mais les entreprises peinent aujourd'hui à assurer la couverture de leurs salariés et les programmes publiques sont très coûteux pour le budget de l'Etat. Pire : 46 millions d'Américains, trop riches pour être aidés, mais trop pauvre pour souscrire une assurance privée, vivent aujourd'hui sans couverture maladie. Le défaut de couverture santé concerne plus de 8 millions d'enfants. Face à ce dossier brûlant, Barack Obama a tranché : il veut instaurer une couverture maladie universelle et obligatoire fournie par les employeurs. Une taxe sur les entreprises n'ayant pas mis en place d'assurance maladie permettra de financer un fonds public pour la couverture des plus démunis.
4. Sauver l'éducation
En 2007, près de 60 % des enfants américains ne savaient pas lire à 11 ans. © Getty Images
Le classement Pisa, document de référence de l'OCDE sur l'Education, n'est pas tendre avec les jeunes Américains : ces derniers ne sont que 35e en mathématiques et 29e en sciences dans le dernier classement. Il faut dire que l'Education est un des dossiers les plus difficiles que le futur président aura à gérer dans les prochains mois. Les chefs d'entreprises se plaignent déjà depuis plusieurs années du niveau des diplômés américains. Malgré le programme "No Child Left Behind" et le milliard de dollars consacrés aux écoles américaines, près de 60 % des élèves ne seraient pas en mesure de lire correctement à 11 ans contre 15 % en France. Aujourd'hui, un Américain sur vingt est illettré (23 millions de personnes) et 29 % de la population ne possède que les connaissances de base de la lecture et du calcul. Barack Obama veut mettre en place un plan de 10 milliards de dollars annuels pour l'éducation. Les premières étapes de ce programme reviendront à commencer la scolarisation des enfants dès 3 ans et à améliorer la rémunération des professeurs, qui sont aujourd'hui près de 30 % à quitter l'école après 5 ans d'enseignement.
5. Faire oublier Guantanamo
Le camp-prison de Guantanamo compte encore aujourd'hui 250 détenus. © DoD photo by Seaman David P. Coleman, U.S. Navy.
Pour emprisonner et juger les "ennemis de la nation" faits prisonniers en Irak et en Afghanistan, l'administration de George Bush ne s'était pas embarrassée des accords internationaux sur les droits de l'Homme ou les prisonniers de guerre. Dès 2001, elle ouvre un camp sur l'enclave militaire américaine de Guantanamo, à Cuba, sans autre encadrement juridique. Cette prison hors convention comptera jusqu'à 750 détenus au début de la guerre contre les talibans. Il y reste aujourd'hui un peu plus de 250 prisonniers suspectés de terrorisme. Depuis les accusations de torture et de mauvais traitements, les républicains comme les démocrates souhaitent une fermeture rapide de ce "camp de la honte". Mais comment sortir du vide juridique de Guantanamo ? Quels prisonniers doivent être jugés et comment ? Où les transférer en attendant leur jugement ? Que faire des détenus libérés ? Barack Obama reste flou sur sa stratégie. Il a promis d'abolir les tribunaux militaires et de revoir les dossiers au cas par cas. Les prisonniers devraient également être rapatriés sur le sol américain. Des noms de plusieurs prisons circulent déjà en Caroline du Sud et dans le Colorado.
6. Sortir au plus vite d'Irak
L'objectif initial de Barack Obama : retirer l'ensemble des troupes américaines d'Irak en seize mois. © DoD photo by Pfc. Sarah De Boise, U.S. Army.
C'est la toute première étape du mandat du nouveau président. Comment sortir d'Irak sans perdre la face ? L'envoi de renfort et surtout la nouvelle stratégie mise en place depuis un an par le général David Petraeus, basée sur une meilleure collaboration avec les sunnites, a permis une stabilisation de la situation. Mais aujourd'hui, 170 000 soldats américains sont encore positionnés en Irak. Près de 4 200 y ont déjà été tués. Et 525 milliards de dollars ont été dépensés par les USA en 5 ans de conflit. Même s'il est souhaité par la majorité des Américains, un retrait trop brutal pourrait aujourd'hui déstabiliser le pouvoir irakien encore précaire et relancer la guerre civile. Surtout, il apparaîtrait comme une victoire des ennemis des Etats-Unis, notamment de l'Iran. Barack Obama a annoncé lors de sa campagne un retrait d'Irak dans les seize mois suivant l'élection. Un retrait progressif "bataillon par bataillon" a aussi été évoqué. Mais une chose est sûre : le nouveau président devra sans doute revoir ses délais pour un retrait complet d'Irak, faute de temps, mais aussi de budget.
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CRISE FINANCIERE MONDIALE: QUEL ENSEIGNEMENT POUR LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC?

Dans ce flot de commentaires, l’Afrique n’est pas en marge, elle aussi a eu droit à des analyses économiques de la crise financières. Pour la Secrétaire générale adjointe de l'Onu, Asha-Rose Migiro, au cours d'une réunion ONU-Union Africaine (UA) à Addis Abeba, la crise financière globale risque d'aggraver le sous-développement et la crise alimentaire, en Afrique. Cette observation de l’organisation onusienne coïncide avec l’analyse de la plupart des spécialistes sur les conséquences de cette crise en Afrique. Le présent article se propose de revisiter cette crise dans sa globalité, c’est-à-dire ses origines, les leçons tirées, mais surtout, nous voulons insister sur l’impératif pour l’Afrique et, en particulier, les pays africains de la zone franc, de saisir l’importance de la dimension monétaire dans le développement.
Origine de la crise
Comme introduit plus haut, la crise des subprimes a débuté à Wall street, au Etats-Unis. Les banques les plus prestigieuses et les plus arrogantes aussi, ont commis des fautes graves. Si la crise a éclaté en 2007, elle trouve son fondement dans la mini-récession traversée par les Etats-Unis en 2001 et dans la folie des innovations financières ces deux décennies passées.
En premier lieu, disons qu’après les attentats du 11-Septembre 2001, le gouvernement américain avait alors pour priorité la relance de l’économie. Pour maintenir la confiance et surtout accroitre les liquidités pour soutenir l’économie, la Fed a baissé son taux directeur, de 6,5% jusqu’à ce qu’il atteigne 1% en 2003 niveau le plus bas depuis 1958. La réserve fédérale (FED) a commencé à le remonter, progressivement, qu’à partir de 2004. L’intention était de procéder à une forte injection de liquidités pour éviter tout risque de récession en dopant la croissance. Cette abondante liquidité, du fait de la baisse des taux d’intérêt à long terme, accompagnée d’une sous évaluation des risques liés à la volatilité des prix des actifs, et des règles comptables inadaptées, ont fini par accroitre les mauvais crédits. On voit bien que c’est donc le laxisme monétaire qui a régné aux Etats-Unis ces dernières années qui est mis en cause.
En deuxième lieu, nous pouvons citer la dérégulation accélérée et sauvage de la sphère financière au cours des deux dernières décennies. L'expression d'innovation financière a désigné cette nouvelle donne : l'incorporation de nouvelles technologies dans le secteur bancaire et financier (exemple d'Internet), l'introduction de nouveaux instruments de placement ou de financement, l'apparition de nouveaux marchés de capitaux. Selon les cas, elle correspond à des changements à la marge ou, au contraire, à de vrais bouleversements (comme l'essor, à partir des années 1970 aux États-Unis et plus tard ailleurs, des marchés d'instruments dérivés - contrats à terme ferme, swaps, options, etc. Le marché des produits dérivés représente aujourd’hui environ 55000 milliards de dollars. Ce système de goinfrerie débridée a donc provoqué des dégâts incalculables.
La dérégulation et le laxisme américain en matière monétaire après le 11 septembre 2001 ont favorisé le boom de crédits malsains. Entre 2000 et 2007, la dette des ménages américains est passée de 85% du PIB à 116%, soit un endettement supplémentaire de 5000 milliards de dollars d’euros. Les ménages ne pouvant plus rembourser leurs prêts hypothécaires et les banques ne pouvant se refaire sur le prix des maisons en chute libre, les prêteurs, disséminés dans le monde entier avec le mécanisme de la titrisation, se retrouvent avec des créances pourries, ce qui va occasionner pour eux des pertes substantielles.
Il faut également citer les fonds spéculatifs (hedge funds) qui ont très largement contribué à la formation du grand casino mondial de la finance. Avec la succession d’événements parfois interdépendants, la crise est devenue finalement manifeste.
La manifestation de la crise
Le Trésor américain a décidé le dimanche 7 septembre, de mettre sous tutelle gouvernementale les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, afin de restructurer leurs finances particulièrement touchées par la crise financière. Washington a signé un chèque de 200 milliards de dollars pour assurer la survie de ces deux entreprises. Le tournant dans cette crise a été la chute de Lehman Brothers qui a fait faillite le 15 septembre 2008. En ne sauvant pas cette grosse entreprise, l’Etat américain voulait donner à tort un signal aux banques trop laxistes. L’Etat a apporté par contre une aide de 85 milliards de dollars à l’assureur AIG (ex numéro un des assurances au niveau mondial) pour éviter une crise financière planétaire car AIG compte 74 millions de clients dans le monde, employant 116.000 personnes dans 130 pays. Mais en contrepartie, l’ensemble des actifs d’AIG, évalués à 1.050 milliards de dollars en juin 2008, seront apportés comme garantie à la banque centrale, le prêt ayant été calqué sur celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 80. Mais voici que le 29 septembre 2008, toutes les bourses mondiales s’effondrement, elles ont perdu la boussole. Pour sauver le système financier, le plan Paulson a donné le ton avec 700 milliards de dollars déboursés pour venir au secours des banques en détresse.
En Europe, au total, entre le 15 et le 30 septembre, la BCE a sorti 914 milliards d’euros de ses caisses, à la demande de la FED, pour lubrifier les marchés. Les mesures prises ont eu pour objectif de s’attaquer à la fois aux problèmes de liquidités et de solvabilité des banques. Les gouvernements européens, ont de leur côté relevé le gant avec l’injection de 1500 milliards d’euros (360 milliards pour la France, 480 milliards d’euros pour l’Allemagne, 380 milliards d’euros pour la GB, etc). Aujourd’hui la crise est manifeste avec à sa clé la raréfaction du crédit, qui a son tour crée le chômage. Dans ce tourbillon monétaire et financier, on aura vu tous les acteurs reconnaître la nécessité du retour de l’Etat comme garant de la stabilité de l’économie.
La nouveauté dans la gestion de la crise : le retour de l’Etat
Il y a eu des crises dans l’histoire. On peut citer entre autres, la panique bancaire de 1907, le krach de 1929 (le jeudi 24 octobre), la crise pétrolière de 1973, le lundi noir de 1987 où le dow jones a perdu 22,6%, la crise asiatique débutée le 2 juillet 1997 qui dura jusqu’en 1998 et la crise actuelle. Mais ce qui est frappant dans cette dernière, c’est le grand retour de l’Etat dans la gestion du marché. Par exemple, la Grande Bretagne, par le biais de son premier ministre, Gordon Brown, a annoncé dimanche 17 février la nationalisation de la Northern Bank, un établissement de Newcastle qui a subi de plein fouet la crise des subprimes. C'est la première fois depuis les années 1970 qu'une société est officiellement nationalisée au Royaume-Uni. Début octobre 2008, le gouvernement britannique annonçait un plan de soutien aux huit plus grandes banques du pays. A Londres, les huit banques concernées par ce plan de sauvetage sont Abbey, qui appartient à l'Espagnol Santander, Barclays, HBOS, qui est en train d'être rachetée par Lloyds TSB, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered. Toutes ont confirmé leur participation au plan de recapitalisation. La participation de l’Etat s'élevait jusqu'à 50 milliards de livres (65 milliards d'euros), ce qui revient à une nationalisation partielle. Le Trésor devait débloquer 200 milliards de livres pour leur assurer une liquidité suffisante à court terme.
Face donc à ce véritable «tsunami» qui menace la finance internationale, les sommes en jeu sont colossales et les mesures prises sont à la mesure de l'enjeu: elles ne tiennent plus compte des préjugés politiques et idéologiques. Ainsi, les gouvernements prennent des mesures contraires à leurs choix politiques. Des exécutifs de droite sont amenés à nationaliser des banques pour éviter la banqueroute, alors que des équipes de gauche soutiennent des banques privées, pour ne pas sombrer avec leur économie.
Il fallait le faire car le virus s’est propagé à l’économie réelle avec le chômage comme premier symptôme. En effet, le chômage est la conséquence directe car lorsque les perspectives ne sont pas bonnes, une entreprise qui doit diminuer sa production préfère d’abord faire l’ajustement avec les emplois.
Au delà du chiffon rouge des normes comptables que certains dirigeants politiques agitent, puisqu’en période de fièvre, le meilleur moyen de la nier est encore de casser le thermomètre qui la mesure, c’est le système même qui a pris l’eau et le monde entier l’a compris. C’est pourquoi les nationalisations des banques sont devenues la mode en Europe et aux Etats-Unis.
Aujourd’hui, en France, en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et même dans le monde entier, le retour de l’Etat est manifeste et son action justifiée. On peut pourtant se poser la question de savoir si les pays africains, surtout ceux de la zone franc africaine ont saisi le clignotant que l’histoire leur donne. C’est de cela que nous allons parler à présent.
L’Afrique et la crise financière mondiale
Nous avons dit plus haut que le sujet était complexe et les commendataires fusaient de partout, chacun avec sa grille de lecture. L’actualité nous apprend que le crédit est devenu rare et tout le monde est à sa recherche, comme Orphée à la recherche de son Eurydice. Il fut un temps où New York était la capitale financière mondiale, où le dollar était la monnaie universelle, où la signature de l’Etat américain était la plus sûre au monde. Ce temps est aujourd’hui révolu avec cette crise. La main tendue des grandes banques américaines aura fait l’effet d’un coup de revolver dans la maison des libéraux. Ceux qui brandissaient la main invisible comme infaillible n’y voient que du feu. Tout cela est vrai mais que l’Afrique sache qu’elle n’est pas concernée par ce vent violent. Cette crise est l’affaire de ceux qui ont compris l’importance de la monnaie dans la marche de l’économie et qui en ont abusé. Au lieu que l’argent soit utilisée pour soutenir le capitalisme d’entrepreneur, il a été utilisé, comme au casino, à faire des paris, de la pure spéculation. Comment les économies qui n’ont rien compris de l’importance de la dimension monétaire dans le développement puissent être affectées drastiquement par cette crise ? Quelqu’un qui est en jeûne peut-il avoir une overdose de nourriture ? Cela relèverait de la pure magie ! Étant donné l’extraversion très forte des économies africaines, la crise financière pourrait avoir des conséquences sur les économies africaines, parce que la conjoncture économique devient morose en occident. Le président Wade a raison de dire sur RFI, que « cette crise sera limitée pour l’Afrique. Même si chez moi, il y a des banques qui vont s’effondrer ». Les pays africains de la zone franc peuvent se tranquilliser, car leur secteur bancaire est quasiment exempt de tout risque systémique du fait d’une régulation excessive et conservatrice. A cela, il convient d’ajouter la surliquidité bancaire au sein de l’UEMOA et de CEMAC depuis 1997. À titre d’exemple, pour la zone UEMOA, fin 1999, les réserves constituées excédaient les réserves requises de 293 milliards de FCFA contre 298 milliards en 1998. En juin 1999, ces réserves atteignaient 434 milliards soit 7 fois le montant des réserves obligatoires. En 2003, l’excédent s’élevait à 418 milliards pour se situer en 2006 à 205 milliards de FCFA. Dans ces conditions comment l’argent qui « dort » peut-il perturber une économie ? En tout cas, pour ceux qui veulent se donner de l’importance en croyant que l’Afrique connaitra la situation des autres pays du monde, il est temps de ne pas déraisonner. Une preuve comme si ce que nous venons de dire ne suffisait pas, les dirigeants de 20 pays ont été invités à participer à un sommet économique qui se tiendra à Washington le 15 novembre prochain afin de discuter de l'actuelle crise financière, de ses causes et des moyens d'y mettre fin par des règlements plus efficaces et des réformes, on remarquera qu’aucun pays de la zone franc ne fait partie.
Rappelons que les membres du G20 sont les ministres des finances et les directeurs des banques centrales des 19 pays suivants, dont les pays membres du groupe des huit (G8) (Allemagne, Canada, États-Unis d'Amérique, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) et les grandes économies émergentes (Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie).
Il est temps que les pays de la zone franc comprennent que les mécanismes du franc CFA jouent contre la performance de leurs économies, que les banques qui y sont, n’ont pas vocation à financer le développement mais le transfert de nos matières premières, que la surévaluation de cette monnaie esclave ne nous a pas permis de faire partir une fusée sur la lune comme l’ont fait les chinois et les indiens.
La crise aura donné une seule leçon capitale: le capitalisme est l’hydre de Lerne. Il dispose de multiples formes et la crise en est l’occasion pour se métamorphoser. Mais les pays de zone franc ont-ils appris quelque chose de cette crise ? ont-ils compris que le destin de l’homme se joue sur la monnaie ?
Dieu aide les pays africains de la zone franc à comprendre l’importance de la monnaie dans le développement économique.
Prao YAO séraphin
Economiste, chercheur au CREPEM de Grenoble
Spécialiste du franc CFA, Président du MLAN.
13:42 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière mondiale, franc cfa, tsunami financier, yao prao séraphin, mlan













