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jeudi, 19 mars 2009

LE PAPE BENOIT XVI A-T-IL RAISON DE DECONSEILLER LE PRESERVATIF ?

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En chemin pour une visite officielle au Cameroun s'inscrivant dans une tournée africaine, pendant un point de presse dans l’avion qui l’y conduisait, avant-hier, mardi 17 Mars 2009, le Pape Benoît XVI créé la polémique en déclarant, en substance, que l’argent seul ne pouvait pas régler le problème du sida, ni même le préservatif, qui l’aggraverait plutôt. Pour lui, il faudrait « un peu d’âme, un peu de spiritualité » pour arriver à juguler le mal. L’indignation ne se fait pas attendre, à travers le monde. C’est à un véritable tir groupé contre le Chef de l’Eglise Catholique qu’on assiste. Certains ne sont pas même loin de l’accuser de racisme contre l’Afrique. Un député français l’a même accusé de crime contre l’humanité. Au-delà de cette levée de bouclier générale qu’essaie d’amoindrir la cellule de communication du Vatican en se fendant en explications, que penser de cette déclaration ? Le Pape a-t-il raison de déconseiller le préservatif comme moyen de lutte contre le sida ?

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En tant que formateur de formateurs de l’Internationale de l’Education, Section Côte d’Ivoire, en matière de sida (anciennement IST/VIH/SIDA) et ex-Président Régional du REPMASCI, j’ai toujours recommandé les trois moyens de prévention contre le sida que sont l’abstinence pour les jeunes jusqu’au mariage, la fidélité pour les mariés et les personnes qui ont ou vivent avec une ou un partenaire sexuel et le préservatif pour tous ceux qui ne peuvent s’abstenir, qui sont sexuellement actifs et qui ont des rapports occasionnels ou à risque.
Mes convictions chrétiennes me font, naturellement, pencher pour l’abstinence et la fidélité qui constituent les moyens les plus sûrs et les plus fiables pour se mettre à l’abri du sida qui (rappelons-le), en Côte d’Ivoire, se contracte à 90 voire 95% par voie sexuelle et à y mettre plus l’accent. Tel est aussi le choix des chrétiens qui sont évangéliques comme moi et de bien de religieux.

De là à désavouer le préservatif, qu’en penser ? Ma pratique du milieu et mon analyse de la question, en tant que formateur et sensibilisateur, ne me permettent pas de jeter la pierre au Pape Benoît XVI (même si je n’éprouve aucune sympathie pour cet homme ni pour le système qu’il dirige).
Je ne peux non plus le taxer de racisme, sur cette question précise (même si c’est une pratique ordinaire au Vatican, contre les Noirs) ou l’accuser de crime contre l’humanité.

En tant que formateur, je sais que 30% au moins des préservatifs ne sont pas fiables : Défauts de fabrication, mauvaises conditions de conservation par les utilisateurs. Tous les sensibilisateurs sérieux et bien formés vous le diront. Malgré la promotion tous azimuts du préservatif, le taux de séroprévalence ne faiblit pas, dans le monde. Bien au contraire ! Cet indicateur est assez troublant. La situation aurait-elle été pire sans le préservatif ? Personne ne peut le dire de façon péremptoire.

Ajouté à cela, la mauvaise utilisation faite par les utilisateurs qui n’ont pas toujours la bonne manipulation ou la bonne pratique. Cette situation est pire chez les jeunes.
Et à leur niveau, la distribution de préservatifs, pendant nos campagnes de sensibilisation, s’apparente bien souvent à une incitation, une suggestion, un encouragement à avoir des rapports sexuels, même si notre souci premier a toujours été de les exhorter à en avoir de « protégés », au cas où.
Faut-il les encourager à se protéger quand il est plutôt recommandable qu’ils n’aient pas de rapports sexuels, à leur âge ? Du moins, avant le mariage ? Cela fait appel à la morale ou à l’éducation religieuse. Or, justement, la lutte mondiale contre le VIH ne s’en embarrasse pas, même si par souci de multisectorialité de la lutte, on a de plus en plus recours aux confessions religieuses et aux leaders d’opinion dans la sensibilisation et la prise en charge des personnes vivant avec le VIH.
Mais fait curieux, c’est le réveil spirituel, en Ouganda, qui a sauvé ce pays du sida. Ce réveil a déporté des millions d’ougandais vers les valeurs bibliques et spirituelles que sont l’abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage, remettant ainsi la foi et le mariage au centre de l’échelle des valeurs de ce peuple dont on loue, aujourd’hui, unanimement, le net recul du taux de séroprévalence. Humblement, pourquoi ne pas copier ce qui a réussi, ailleurs ?

Je vous raconte juste une petite anecdote : Un jeune marié ivoirien a engrossé son épouse, à deux reprises, en utilisant avec elle le préservatif comme moyen de contraception. Leurs deux enfants sont issus de ces deux rapports « protégés ». Ils ne constituent certainement pas un cas isolé. Alors, imaginez un seul instant que ce soit dans une situation de rapports sexuels occasionnels à risque. Que serait-il advenu de nos deux tourtereaux ? La question reste posée.
Bien de préservatifs ont cédé, se sont déchirés, pendant des ébats amoureux. Mais, je tiens à préciser, ici, que ce n’est pas non plus une campagne contre le préservatif que je mène. Dire ces choses n’est pas saborder le travail de ceux qui se sont engagés dans la lutte, comme moi.

Certes, nous promouvons le préservatif comme moyen de lutte contre le sida mais nous devons aussi la vérité au monde entier, surtout quand il n’existe aucun traitement curatif contre cette redoutable pandémie. Certains y trouveront un mobile pour ne plus en porter ou certaines pour ne plus en négocier le port avec leurs partenaires sexuels. Ce ne serait pas la meilleure décision pour eux.

Il est tout de même juste de dire que même s’il existe des préservatifs défaillants, il en existe également des millions voire des milliards d’excellente qualité, qui ne comportent pas de risque pour les utilisateurs, du point de vue de leur structure moléculaire.

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L’aspect sur lequel je rejoins entièrement Benoît XVI, c’est le libertinage débridé que le préservatif favorise chez les jeunes, en particulier, et chez toutes les personnes sexuellement actives, en générale. Lorsqu’un jeune (ou toute autre personne) se met en tête qu’avec le préservatif, il ne risque ni grossesse ni infection sexuellement transmissible (IST), il peut se permettre beaucoup. L’effet induit, c’est qu’on lutte contre le sida tout en démultipliant le nombre de rapports occasionnels et en rapprochant, de plus en plus, la précocité des rapports sexuels chez les jeunes. Sans le vouloir, nous faisons ainsi la promotion du sexe et du libertinage. Tout l’inverse de l’effet escompté.
Finalement, le préservatif : un mal nécessaire ? C’est, malheureusement, ce que cela me semble être. Il existe, assurément, un dilemme cornélien dans le choix à faire entre le fait de préserver les partenaires sexuels du sida par le condom et celui tout à la fois de ne pas les brader au libertinage sexuel débridé, qui n’est pas le moindre mal de notre monde.

A côté de tout ceci, il y a les profits qui se chiffrent en nombre astronomique des fabricants de condoms et des ONG Internationales qui fourmillent dans le monde, dans le domaine de la lutte et qui pourraient sentir leurs intérêts pécuniaires mis en danger par les déclarations du Pape Benoît XVI, quand il condamne l’usage du préservatif dans la lutte contre le sida et recommande le recours à la morale et à la spiritualité comme la voie la plus viable. Remettant, du coup, les ecclésiastiques et les religieux de toute obédience au devant de la lutte, par le moyen de l’éducation morale et spirituelle. J’estime que, vu sous cet angle, ce n’est pas une mauvaise chose. C’en est même une très bonne !


DINDE Fernand AGBO



12:41 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : benoît 16, sida, vih, vatican, visite papale au cameroun | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Il est important de comprendre une chose. Le Pape Benoît XVI, en disant l’argent seul ne pouvait pas régler le problème du sida, ni même le préservatif, qui l’aggraverait plutôt. Pour lui il faudrait « un peu d’âme, un peu de spiritualité » pour arriver à juguler le mal, ne fait que dire la vérité.

La polémique est venu des médias et malheureusement pour le grand public et pour certains intellectuels, les propos du pape ont été déformés.

Dans ce monde de paraître, les médias, toujours à la quête de scoop, ont dit ce qu'ils pensaient et non ce que le Pape a dit.

Le fait de dire que l'argent ne suffit pas et que le préservatif aggraverait, est -ce faut ?

Prenons seulement les statistiques comparées de l'argent pour la lutte contre le sida, le chiffre d'affaire des sociétés, le nombre d'ONG, et le nombre de sidéens année par année et comparons les progressions.

Nous verrons qu'il n' y a pas de réel évolution sinon le chiffre d'affaire et le nombre d'ONG en perpétuel évolution.

Et la lutte réelle dans tout ceci ?

Prenons également une deuxième statistique : l'utilisation du nombre de préservatif par pays et par continents ?

N'oublions pas aussi que les préservatifs ne sont pas toujours de bonne qualité, la preuve avec certaine qui se déchirent au moment des rapports sexuels.

Quelles sont les normes iso (qualité) pour la fabrication et la distribution des préservatifs.

Le Pape, uniquement dans ce discourt (l’argent seul ne pouvait pas régler le problème du sida, ni même le préservatif, qui l’aggraverait plutôt. Pour lui il faudrait « un peu d’âme, un peu de spiritualité » pour arriver à juguler le mal, ne fait que dire la vérité), n'a pas dit de ne pas l'utiliser. Mais appelle plutôt au bon sens des Hommes.

Écrit par : Ivan | jeudi, 19 mars 2009

Je suis de ton avis, cher IVAN. La presse cherche des scoops. La question est trop sérieuse pour qu'on en parle en terme de scoop. Il ne faut pas se préoccuper de faire de bonnes "Une" plutôt que de parler franchement de ce qui touche la vie de millions d'individus et de biaiser ainsi les véritables débats.

Écrit par : Dindé | jeudi, 19 mars 2009

Je pense que les propos du pape n'ont pas étés compris, en fait il propose une autre alternative à notre société de consommation à outrance et d'hédonisme irréfréné. Benoit XVI est le principal ennemi du monde marchand c'est pourquoi il cristalise autant de haine chez les médias. Pour le comprendre, je conseille la lecture de cet excellent article:
http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=927&Itemid=60

Écrit par : Jean | vendredi, 20 mars 2009

Pour ma par je pense que le pape en disant cela voulait inviter les uns et les autres à vivre la chasteté.Moi ce qui me derange le plus c est la reaction des occidentaux ,à comprendre leur grogne il est impossible aujourd hui de vivre la chasteté et qu on devrais laisser le monde aller à la derive.Moi je crois que si nous voulons voir le sida disparaitre un jour en Afrique,nous jeunes Africain devons suivre la chasteté jusqu au mariage bien que sa semble dur.

Écrit par : coulkalil | mardi, 24 mars 2009

Cher COULKALIL,

Je te rejoins sur le point de la chasteté. Ce monde est victime de ses choix libertins et plutôt que de les remettre en cause, il cherche des personnes éminentes pour l'y conforter. Le Pape, en parlant comme il l'a fait, les a pris totalement à contre-courant. Et c'est ce qu'ils ne lui pardonnent pas.

Et puis, qui leur dit que les Africains ne sont pas capables de choix responsables et matures comme la chasteté et la fidélité? Ils nous prennent pour des animaux sexuels ou quoi!? Qui les a nommés avocats de la cause africaine? Qu'ils nous collent la paix!

On ne peut pas, à la fois, vouloir VIVRE et faire en même temps des choix de MORT et avoir des comportements qui conduisent à la mort! Seul le changement de comportement peut sauver l'Afrique, sur la question du sida. Qu'ils arrêtent donc (ces occidentaux) de nous distraire avec ce débat creux sur le préservatif. Même si bien de gens en ont encore besoin pour se "préserver", en Afrique, c'est à un changement véritable de comportement sexuel qu'il faut de plus en plus travailler, dans nos contrées. C'est la seule voie de salut, à long terme, pour nous et rien d'autre!

Écrit par : Dindé | mardi, 24 mars 2009

Notre très cher pape, benoit XVI ne fait certainement pas l'unanimité que faisait son prédécesseur Jean-paul II. Il est vrai qu'il n'a pas autant de charisme et ces propos peuvent manquer de "diplomatie" aux premiers abords. Cependant, il faut souligner que les médias se font un malin plaisir à s'acharner dessus en sortant ses propos de tout contexte ( je pense notamment à la question du préservatif et du SIDA ). Ainsi une fois dans leur contexte, ses propos sont plus discutables.

Écrit par : Blague | mercredi, 27 janvier 2010

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