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samedi, 14 novembre 2009

L'AFRIQUE NE DOIT PAS AVOIR POUR MAITRE LA CHINE MAIS FAIRE COMME ELLE

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La grandeur d'un homme, c'est rester humble devant la vérité. Aujourd'hui, nul ne peut contester la place qu'occupe l'empire du Milieu dans le microcosme mondial : la Chine est devenue une puissance. Elle l'a démontré lors des cérémonies d'ouverture des jeux olympiques de Pékin, en piochant dans son histoire, sa culture, ses mœurs, pour dévoiler son plus beau visage. La Chine est, elle aussi, revenue aux sources de ce qu'elle a de plus glorieux : Confucius, son histoire impériale, la route de la soie, sa calligraphie ou son Taji, la gymnastique traditionnelle locale.

Papier, imprimerie, boussole, poudre à canon, ces quatre inventions ont été longtemps considérées comme l'emblème du génie chinois. Cela est témoin de l'inventivité chinoise. La boussole, de toutes les grandes inventions chinoises, est sans doute l'une de celles qui a le plus marqué l'histoire de l'humanité. Un progrès, en effet, grâce à la « petite boite » (bossolo, en italien), le voyageur et le cartographe disposent en permanence et par tous les temps d'un point de repère fiable. Et c'est justement cette fiabilité dans le repérage qui conduit les chinois à se tourner vers le continent africain pour étendre leur empire. Rien n'est plus incontestable que la présence croissante de la Chine en Afrique. Les uns disent que la Chine pille le continent africain, les autres en revanche pensent qu'elle est une chance pour un continent dont le processus de développement a un caractère hésitant. Notre présente contribution nous a été inspiré par la citation de Joseph Joubert qui dit que « la raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter, le cœur seul nous dit ce qu'il faut faire ».

La Chine est partout en Afrique

Les chinois sont partout en Afrique, tant en hommes qu'en investissement. A vrai dire, pas un mois ne passe sans l'annonce d'un contrat chinois en Afrique. Pendant l'été 2009, les géants chinois du pétrole CNOOC et Sinopec indiquaient qu'ils étaient prêts à dépenser 1,3 milliard de dollars pour participer au développement d'un champ pétrolier en Angola. Quelques jours avant, c'était le groupe de Telecom ZTE, qui  emportait à Madagascar, le contrat de déploiement du réseau de téléphonie mobile de l'opérateur Madamobil, étendant ainsi sa présence sur le continent africain. Le fond de développement sino-africain pour l'heure est doté de 5 milliards de dollars destinés à accompagner les entreprises chinoises présentes sur le continent. Les principales destinations africaines des investissements chinois sont : la Libye , le Niger, le Nigeria, le Togo, la Guinée , l'Ethiopie, l'Angola, la Zambie , le Zimbabwe, le Botswana, l'Afrique du Sud et l'ile Maurice. Le stock d'investissement chinois est de l'ordre de 6 à 7 milliards de dollars par an, ce qui, à l'échelle du revenu africain, est important. Les Chinois exportent comme partout ailleurs leurs produits manufacturés, et importent des matières premières, du pétrole, du fer, des bois tropicaux (le tiers du bois tropical transformé en Chine vient d'Afrique) des diamants etc...

Selon les statistiques du ministère chinois du Commerce, les échanges entre la Chine et l'Afrique sont passés à 55 milliards de dollars en 2006 avec 2,1 milliards de déficit commercial du côté chinois contre 12 millions de dollars en 1950. L'Afrique est devenue le troisième plus grand partenaire commercial de la Chine. Selon les statistiques officielles chinoises, les investissements directs chinois sur le continent africain sont passés de 491 millions de dollars en 2003 à 7,8 milliards fin 2008. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont quant à eux décuplé depuis le début de la décennie: ils ont atteint 106,8 mds USD en 2008, une hausse de 45,1% sur un an. Les chinois sont gourmands à tel point qu'ils sont dans tous les secteurs de l'économie. Notons par exemple la construction du chemin de fer « tanzam » reliant la Tanzanie à la Zambie  - ainsi que les accords de coopération militaire à ses amis idéologiques d'Afrique de l'Est (Ethiopie, Ouganda, Tanzanie, Zambie, etc.) et aux pays non alignés les plus importants comme l'Egypte. Cette coopération militaire est vieille : de 1955 à 1977, la Chine a vendu pour 142 millions de dollars de matériel militaire à l'Afrique.

Deuxième consommateur de brut de la planète, plus de 25 % de ses importations de pétrole proviennent du golfe de Guinée et de l'hinterland soudanais. La soif d'un pays qui sera contraint d'importer 60 % de son énergie d'ici 2020 ne connaît aucune frontière, pas même celles des Etats qui, tel le Tchad, maintiennent leurs relations diplomatiques avec Taïwan.

Bref, tel un géant éléphant, la Chine « ravage » tout sur son passage, de sorte que, jaloux de cette percée, les occidentaux n'ont que leurs yeux pour pleurer. Ces derniers ne pouvant rien faire devant ce ras de marée chinois, agitent le drapeau des droits de l'homme, pour les contrecarrer sur le terrain africain.

La chine et les droits de l'homme

L'irruption des Chinois en Afrique fait beaucoup de bruit, et la presse occidentale, un peu nostalgique de la perte de terrain et de vitesse que l'Europe subit en Afrique, parle de plus en plus d'une Chine déficitaire en droits de l'homme.

En effet, pour ceux qui peinent à concurrencer la grande Chine, et qui n'ont que, pour  paraclet, le déficit de droits de l'homme comme  seul moyen, à vrai dire, ils ne connaissent pas ce pays.  Pour utiliser le langage scientifique, on dira que les chinois sont plus  « empiriques » que « théoriques ». Cette prédominance  des connaissances empiriques trouve son fondement dans des préoccupations philosophiques : les savants de l'empire du Milieu ne croyaient pas, par exemple, à l'existence des lois de la nature. Pour Tian Miao, de l'institut d'histoire des sciences naturelles de Beijing, « les chinois ne faisaient que constater le fonctionnement de la nature et ne cherchaient pas comme les occidentaux des explications causales ou mécanistes du monde ».

On se souvient que, le fameux accord de coopération économique signé entre la Chine et le gouvernement militaire au pouvoir en Guinée, a été très mal reçu par l'Union européenne, les Etats-Unis et la Communauté des pays d'Afrique de l'Ouest.

Annoncé quelques jours après le massacre par l'armée d'au moins 150 personnes dans le stade de Conakry, ce contrat a suscité l'indignation de l'opposition guinéenne et de l'ensemble des organisations de défense des droits de l'homme.

Il ressemble aussi à une provocation. Pékin déclare urbi et orbi que la volonté ou la prétention de l'UE et des Etats-Unis de fonder les relations internationales sur un socle minimal de respect des droits de l'homme sont illusoires et que ceux qui s'en réclament sont des naïfs ou des hypocrites.

Alors que la crise économique sévissait et pendant que les occidentaux gelaient les projets sur le continent, les chinois, eux, ont accéléré leurs investissements.

L'attitude des occidentaux est disons-le courageuse car, c'est un tour de force que de parler de droits de l'homme car, à notre sens, il est impossible de parler de droits de l'homme sans démocratie. Un pays comme la France ne peut pas critiquer la Chine en Afrique : c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Que dire du  fils qui succède au père dans des conditions rocambolesques au Togo et au Gabon, avec la bénédiction de la France  ?  Demain, ce sera, sans aucun doute, Karim Wade au Sénégal ou Gamal Moubarack en Egypte. Que dire du bourbier français en Côte d'Ivoire depuis 1999 ? Les africains sont lucides et ce n'est pas non plus les élucubrations d'un pays en voie d'appauvrissement qui vont entamer l'ardeur chinoise en Afrique. Et la Chine n'est pas le seul pays asiatique à « faire la cour » de façon assidue aux pays africains, l'Inde n'est pas moins un sérieux prétendant.

La Chine ratisse large mais l'Inde est au rebond

Avec le développement économique du géant indien, ses besoins énergétiques sont en constante augmentation. Selon Harry Broadman, conseiller économique pour la région africaine à la Banque mondiale et auteur de « China and India go to Africa », dans la revue Foreign Affairs de mars-avril 2008, « les échanges se font principalement avec une poignée de pays africains, pour la plupart producteurs de pétroles ou de minéraux ». Aujourd'hui, 68 % des exportations africaines vers l'Inde proviennent d'Afrique du Sud et concernent des minerais, des pierres précieuses, des métaux et alliages et des produits chimiques.

Les investisseurs indiens, à rebours de leurs concurrents chinois,  sont plus discrets  et ne déboursent pas encore des sommes astronomiques. Cependant, ils avancent scrupuleusement leurs pions en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale et au Maghreb.

Avec une croissance de 8 % en 2008, 1,2 milliard d'habitants, des importations d'acier qui ont triplé en cinq ans, 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l'étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins énergétiques colossaux. Mais ce n'est que récemment que les gouvernants indiens ont pris conscience que l'Afrique pouvait en partie les satisfaire. C'est la raison pour laquelle, les indiens multiplient depuis deux ans l'organisation de rencontres censées dessiner le cadre d'un partenariat stratégique.

De plus, elle fait miroiter un pactole de dix milliards de dollars qu'elle serait prête à investir en Afrique, et on pourrait comprendre aisément l'empressement de certains pays pauvres africains à venir se bousculer aux portes de la capitale indienne.

En tout cas, le ministre des affaires étrangères indien Shri Anand Sharma n'en démord pas lorsqu'il présente la philosophie du sommet Inde-Afrique, sur le site de son ministère en ces termes : « Un partenariat dynamique, une vision partagée  ».

Les autorités indiennes chargées d'organiser le sommet y ont donc invité, en plus de différents chefs d'États africains, les représentants des associations économiques régionales africaines comme le Marché commun d'Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ainsi que l'Union africaine et les représentants du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)

Les géants économiques asiatiques, la Chine et l'Inde  intensifient donc massivement des activités commerciales et des investissements, en Afrique.

Selon les nouveaux éléments d'information concernant l'activité des entreprises chinoises et indiennes en Afrique, en 2006,  l'Asie reçoit aujourd'hui 27 % des exportations africaines (trois fois plus qu'en 1990), ce qui est à peu près l'équivalent du niveau des exportations de l'Afrique à destination de ses deux partenaires commerciaux traditionnels que sont les États-Unis et l'Union européenne. Parallèlement, les exportations asiatiques vers l'Afrique augmentent de 18 % par an - un taux de progression qu'elles ne connaissent nulle part ailleurs. Les flux d'investissement direct étranger de la Chine et de l'Inde vers l'Afrique sont plus modérés que les flux commerciaux, mais l'étude indique qu'ils connaissent eux aussi une progression très rapide. 

« Cette nouvelle "Route de la soie" offre en potentiel à l'Afrique subsaharienne - région où vivent 300 millions de personnes parmi les plus pauvres qui soient, et qui constitue pour le monde le défi le plus redoutable sur le plan du développement - une occasion majeure et jusqu'ici inégalée d'accélérer son intégration internationale et sa croissance », déclare l'auteur de l'étude, Harry G. Broadman, conseiller économique pour la Région Afrique à  la Banque mondiale.

Mais faut-il pour autant s'emballer devant ces géants asiatiques et surtout la Chine ?

L'Afrique ne doit pas avoir pour maître, la Chine mais faire comme elle

"Après plus de deux décennies de réformes et d'ouverture, la Chine est en mesure de satisfaire aux besoins des pays africains, notamment pour les technologies sophistiquées, à un coût relativement bas, et d'apporter son expérience de réduction de la pauvreté et de développement économique", a dit Liu Naiya, chercheur de l'Académie des sciences sociales de Chine spécialisé dans les affaires africaines. Cà, c'est le côté luxuriant de l'idylle entre les pays africains et les asiatiques. Pour autant, il ne faudra pas, à notre sens, danser plus vite que la musique. En effet, il semble que  les entreprises chinoises soient compétitives parce qu'elles ne respectent ni l'environnement, ni le social. Elles  arrivent clefs en mains en Afrique, embauchent peu ou pas, et ne favorisent pas d'activité locale. De sorte que s'il existe un début d'intégration de l'économie africaine dans l'économie asiatique, c'est toujours de la même manière : l'Afrique fournit la matière première, laquelle bénéficie à une nouvelle puissance. En fait, on peut même parler de deux économies qui se juxtaposent.

Pour l'Afrique, le regain d'intérêt pour ses ressources doit lui être bénéfique. On sait qu'après la chute du mur de Berlin en 1989, l'Afrique a cessé d'être un enjeu de la rivalité entre les blocs occidental et communiste. La diminution de l'aide publique au développement destinée à ce continent, les donateurs se tournant vers d'autres parties du monde, a été l'un des signes de cette perte d'intérêt stratégique. Mais voilà, ceux vers qui les occidentaux se tournaient, se braquent eux-mêmes vers l'Afrique.

En effet, loin d'être resté à l'écart des flux mondiaux, le continent connaît depuis le début du XXIe siècle une croissance économique annuelle en moyenne supérieure à 5,5 %, et un véritable reclassement géopolitique est en cours. Les atouts de l'Afrique ne se résument pas seulement à ses performances en matière de croissance. De nombreux facteurs sont à l'origine de ce changement : les préoccupations sécuritaires des grandes puissances et leur recherche d'appuis dans les organisations internationales, la compétition pour l'accès aux ressources minérales et aux hydrocarbures, ainsi que la prise de conscience de "l'exception africaine" ont favorisé l'intégration de l'Afrique au sein du "village planétaire".

Point n'est besoin d'être diplômé de Harvard ou d'Oxford, pour savoir que le continent a là, un grand coup à jouer si tant est que nos gouvernants comprennent cela. Voila ainsi énoncé le véritable enseignement que les africains doivent tirer de l'appétit des chinois en Afrique.

L'Afrique doit profiter de sa nouvelle position géostratégique pour sortir par exemple de sa dépendance humiliante à l'égard de ses matières premières.

Le Brésil a annoncé en septembre 2009, à l'occasion d'une visite du président français Nicolas Sarkozy, sa décision de principe d'acquérir 36 avions de combat français Rafale. Mais en retour, la France va acheter de son côté une dizaine d'exemplaires du futur avion de transport militaire brésilien KC-390. Le président Lula a fait part de sa satisfaction en mettant en avant «l'étendue des transferts de technologie» proposés par la France. Le Brésil pourra assembler les Rafale et les vendre dans les autres pays d'Amérique latine. L'Elysée a précisé que les six premiers appareils, dont le premier exemplaire sera livré en 2013, seraient fabriqués entièrement en France et que graduellement la technologie serait transférée pour permettre aux Brésiliens d'assembler les autres avions. C'est avec cette intelligence que la Chine , l'Inde et même le Japon ont pu avoir la technicité qu'ils se vantent de  vendre aujourd'hui aux pays africains.

C'est ce qu'a fait l'empire du Milieu après des années d'humiliation pour aujourd'hui renouer avec la gloire.

 Au cours de sa visite au Nigeria, en avril 2006, le Président Hu Jintao n'a pas manqué de mettre en évidence les atouts du continent, devant les parlementaires en déclarant: «  l'Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques. La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives. » L'argumentaire chinois repose sur l'adaptation des techniques chinoises au substrat social et économique des pays africains, en raison de leur simplicité et de leur rusticité.

Il est de coutume d'entendre dire à propos de l'Afrique, qu'en dépit de ses fabuleuses ressources, elle reste le continent  le plus arriéré économiquement. Notre continent est ainsi comparé à un homme en guenilles qui n'arrête pas de pleurer de faim, de malnutrition, de maladies, etc., bien qu'il soit assis sur des montagnes de richesses fabuleuses.

Il faut surtout éviter que l'appétit des chinois en Afrique soit seulement une manière pour les africains de dire « non » aux occidentaux qui ont pendant longtemps été les fossoyeurs de nos économies.

Nos pays ont davantage de choix avec l'arrivée de la Chine , qui, dans un sens, nous donne la possibilité de nous exprimer sur l'exploitation de nos ressources, car plus il y a des « prétendants », plus cela est bénéfique au continent africain.

 

Séraphin PRAO

Docteur en économie monétaire

Spécialiste des pays de la zone franc

Consultant en politique internationale

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

21:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, chine, afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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