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mardi, 17 novembre 2009

LE PANAFRICANISME COMME REPLIQUE A LA COLONISATION MODERNE

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« L’avenir sera impitoyable pour ceux qui, jouissant du privilège exceptionnel de pouvoir dire à leurs oppresseurs des paroles de vérité, se sont cantonnés dans une attitude de quiétude, d’indifférence muette et quelquefois de froide complicité » disait notre lucide frère Frantz Fanon. Nous nous proposons de fournir ici, une modeste réflexion sur la colonisation. C’est un sujet qui a été beaucoup discuté. En effet, il existe peu d’événements historiques chargés d’une connotation aussi négative que la colonisation et la dictature nazie. Je ne vais donc pas prétendre donner un texte résumant fidèlement le fait colonial tant il est diffus. Je me bornerai donc à quelques indications qui me paraissent au moins essentiels. Des apprentis sorciers de l’histoire ont distillé au sein de la communauté scientifique des conceptions aussi fantaisistes qu’erronées : le révisionnisme injurieux. C’est ce dont nous parlons dans un premier temps. Dans un deuxième temps, nous essayerons de présenter un condensé du fait colonial. On verra que la colonisation continue encore sous une autre forme. Enfin, dans un troisième temps, nous pourrons, je crois, accepter le panafricanisme comme une réplique à la colonisation moderne.


Le révisionnisme injurieux

On entend dire en Europe surtout en France qu’il faut en finir avec la repentance sur la colonisation. On voudrait simplement nous faire croire que la colonisation a eu des effets positifs comme si les colonisés avaient formulé  une demande de colonisation. Par exemple, il revient sans cesse dans l’actualité, l’idée que la colonisation aurait mis fin aux guerres et révoltes internes qui ravageaient les territoires colonisés. A en croire à l’historiographie annamite, citée par Denise Bouche, on recense pas moins de 405 révoltes au cours des huit premières décennies du XIXe  siècle. Au Fouta-Djalon (Guinée) entre 1747 et 1896, l’empire peul musulman n’aurait point connu une seule décennie sans bataille ni campagne militaire. Les européens seraient donc des « messies » que les africains attendaient. Lorsque les européens décidaient d’explorer la planète, ils se sentaient obligés d’exporter leurs principes humanistes au monde comme le rappelle Victor Hugo en 1841 : « nous sommes les Grecs du monde ; c’est à nous d’illuminer le monde ».

En réalité, cette mission civilisatrice est un habillage hypocrite de visées mercantilistes. Découvrant des terres chaudes en Martinique, à Saint-Domingue ou en Jamaïque, Français, Espagnols, Anglais ont voulu exploiter ces terres soit avec une main-d’œuvre locale (les indiens de l’espace caraïbe), soit avec une main-d’œuvre susceptible de résister au chaud climat tropical, donc les Noirs africains, d’où  leur déportation.

Dans un discours à Alger, le 2 Février 1944, le général De Gaule mettait en avant, cette mission civilisatrice menée par la France dans ses colonies, dont les agents étaient « les administrateurs, les soldats, les colons, les instituteurs, les médecins, les missionnaires ». Cette façon de lire l’histoire avec les « lunettes » de colons, n’est pas respectueux. Il est faux de dire que la colonisation a eu des effets positifs si tant est que les africains avaient besoin de cette imposture.

La vérité des faits

La vérité est loyale et les faits méritent une grande considération. Henri Lacordaire disait entre autres, que  «  tout ce qui s'est fait de grand  dans le monde, s'est fait au cri du devoir ; tout ce qui s'y est fait de misérable s'est fait au nom de l'intérêt ».

Aujourd’hui, grâce au travail accompli par les chercheurs, on sait que l’histoire de la colonisation a été « blanchie » puisque écrite par les « vainqueurs ». Il nous revient, à juste titre d’ailleurs, de dire notre parcelle de vérités sur les humiliations subies  par nos ancêtres. Sachons que la colonisation a concerné les africains restés sur le continent et les noirs africains déportés dans les champs de cannes et de cotons. La colonisation n’a rien apporté de positifs comme la France officielle tente de distraire les africains que nous sommes et injurier la mémoire de nos ancêtres.

On nous a dit que la colonisation a été profitable aux peuples colonisés puisqu’ils ont bénéficié de l’instruction, des infrastructures routières, portuaires et des avancées en matière de santé et de technologie.

La véritable vérité est tout autre. Le médecin colonial protège les troupes, les premiers administrateurs et colons. Les territoires colonisés étaient les lieux d’expérimentations des nouveaux vaccins et sérums car les tropiques sont devenus à l’orée du 20e siècle un libre et luxuriant terrain d’observation ; l’accumulation du savoir est colossale sur les bilharzioses, leishmanioses, l’amibiase, la filariose et le paludisme.

Dire également que les colons ont apporté l’instruction aux africains, relève d’un pur fantasme de ceux qui veulent se donner de l’importance.

Dans une conférence à Albi, en 1884, Jean Jaurès déclare ceci : « nos colonies ne seront françaises d’intelligence et de cœur que quand elles comprendront un peu le français. Pour la France surtout, la langue est l’instrument de la colonisation. Il faut que les écoles françaises multipliées, où nous appellerons l’indigène, viennent au secours des colons français dans leur œuvre difficile de conquête morale et d’assimilation. ». cette confession du tribun montre bien l’importance de la langue dans la consolidation de l’identité. Cheikh Anta Diop nous mettait d’ailleurs en garde sur ce fait car ce serait une aberration que d’imaginer qu’un peuple bâtisse son unité linguistique à partir d’une langue étrangère, c’est-à-dire une langue appartenant à une autre sphère culturelle que la sienne.

L’esclavage et la colonisation ont été d’une violence  extrême  de sorte qu’il est impossible de les décrire.

Alors que les maîtres étaient dans les palaces, les esclaves eux dormaient dans des maisons de pacotilles. Alors qu’ils, c’est-à-dire les maîtres mangeaient à satiété, les noirs mourraient de faim.  Alors que nos frères travaillaient dans les champs de coton et de canne à sucre, les colons n’avaient que leurs fouets pour les encourager.

Pour assouvir leurs besoins sexuels, il arrivait que les colons abusent de nos braves sœurs. Parfois, comme un signe de refus de cette humiliation, les noirs préféraient se donner la mort. Les esclaves les mieux traités étaient les valets des maîtres. Pour avoir commis une faute, le noir était fouetté jusqu’à la mort ; même enceinte, les femmes devaient travailler jusqu’à terme.

 Même la sainte ordonnance du seigneur Jésus Christ en disant dans Mathieu 28 :18-20 « allez et faites de toutes les nations mes disciples » a été dévoyée. Les missionnaires européens ont été pires que les autres. Pour nous faire une idée du rôle des missionnaires à l’époque coloniale, il suffit de lire la déclaration faite en 1920 par monsieur Jules Renquin, Ministre des colonies de Belgique au Congo-Belge. Dans son allocution de bienvenue aux missionnaires arrivés dans sa seconde patrie, le Congo-Belge :

« Révérends pères et chers compatriotes, Soyez les bienvenus dans notre seconde patrie, le Congo-Belge. La tâche que vous êtes conviés à y accomplir est très délicate et demande beaucoup de tact. Prêtres, vous venez certes pour évangéliser. Mais cette évangélisation doit s’inspirer de notre grand principe : tout avant tout pour les intérêts de la métropole ( la Belgique ). Le but essentiel de votre mission n’est donc point d’apprendre aux noirs à connaître Dieu. Ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à un Nzambé ou un Nvindi-Mukulu et que sais-je encore. Ils savent que tuer, voler, calomnier, injurier est mauvais. Ayez le courage de l’avouer, vous ne venez donc pas leur apprendre ce qu’ils savent déjà. Votre rôle consiste, essentiellement, à faciliter la tâche aux administratifs et aux industriels. C’est donc dire que vous interpréterez l’évangile de la façon qui sert le mieux nos intérêts dans cette partie du monde. »

De façon globale, les missionnaires avaient pour mission de prêcher un évangile de sorte à désintéresser nos sauvages des richesses matérielles dont regorgent leur sol et sous-sol, pour éviter que s’intéressant, ils ne nous fassent une concurrence meurtrière et rêvent un jour à nous déloger ; Les contenir pour éviter qu’il ne se révoltent. ; Les détacher et les faire mépriser tout ce qui pourrait leur donner du courage de nous affronter ; Insister particulièrement sur la soumission et l’obéissance aveugles ; Enseignez-leur une doctrine dont vous ne mettrez pas vous même les principes en pratique.

C’est ce que Jomo Kenyatta résumait dans sa pensée «Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible.»

 Rien n’a changé depuis si ce n’est la forme

Depuis notre accession à la souveraineté internationale, rien n’a été fait pour la consolider de sorte que nous sommes toujours colonisés. Le problème reste que, mis à part quelques actions timides dans ce domaine vers la fin des années dix neuf cent soixante (1960) et début des années dix neuf cent soixante dix (1970), encouragé par l’amollissement de nos dirigeants, les occidentaux ont repris la main. Nous avons finalement décroché de haute lutte notre accession à la souveraineté nationale, pour la remettre quelques  instants après.  

Antoine Laurent Lavoisier a laissé à des générations d’écoliers la maxime selon laquelle : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Aujourd’hui la colonisation est présente, elle n’a changé que de forme.

Hier, c’était les bateaux qui transportaient les forces vives de l’Afrique pour accompagner le décollage des économies occidentales. Aujourd’hui, ce n’est plus les amas de muscles dont les occidentaux ont besoin mais la cervelle des africains. L’immigration choisie idéale, import/export de main d’œuvre adaptée aux besoins de la France et certains pays occidentaux, privant ainsi l’Afrique de cerveaux utiles à son développement.

Sur le plan économique et social, la crise de la dette a prolongé la colonisation en Afrique. En effet, la crise de la dette a promu le FMI au rôle de tuteur des politiques économiques des pays en développement et de médiateurs entre créanciers et débiteurs. Le mariage entre l'Afrique et le FMI a commencé avec les programmes de rééchelonnement de la dette couplé à des programmes de réduction de l'absorption d'inspiration monétariste dans les années 83. Cette politique a échoué car les rééchelonnements n'ont pas restauré la capacité de remboursement et d'emprunt des pays. Les banques ont refusé de prêter autrement que dans des plans concertés avec la caution du FMI. C'est ainsi que les pays développés avec la complicité des institutions internationales comme le FMI, se sont accaparés de manière scientifique et organisée du système économique africain. Au nom de prétendues reformes, les grandes entreprises étatiques porteuses d'espoir ont été cédées aux multinationales occidentales parfois à un franc symbolique.

Pour que la dette étrangle l'Afrique et retarde son développement, les pays occidentaux ont cherché à contrôler notre système de production afin de piller les ressources de l'Afrique. C'est ainsi que le FMI, par le truchement de ses programmes d'Ajustement Structurel (PAS) a obligé les pays africains à privatiser les grandes entreprises africaines. Selon l'ONU, les trois quarts des prêts et des crédits n'étaient accordés qu'à condition de privatiser...Entre 1990 et 2000, plus de 3000 entreprises sont passées du secteur public au secteur privé, soit une moyenne de six privatisations par an et par pays. Pour la période de 1990 à 1995, le nombre d'entreprises publiques est passé en Afrique subsaharienne de 6069 à 4058, soit une chute de 33%.

Dans ce fourretout, les pays occidentaux ont un bras séculier politique qui est l’organisation des nations unies (ONU). Cette organisation internationale, créée en 1945,  regroupant pratiquement tous les Etats de la planète, a pour finalité  la paix internationale. Pour nous en tenir à l’essentiel, on peut dire qu’elle a pour objectif la  facilitation de la coopération dans les domaines du droit international, de la sécurité internationale, du développement économique, du progrès social et des Droits de l'homme.  Or, cette organisation ne travaille véritablement que dans les pays du tiers-monde. Cela est troublant. Un schéma est trivial : lorsqu’un pays a un sous-sol riche et qu’il fait l’objet de convoitise de la part des pays occidentaux, tout refus se transforme en rébellion ou guerre civile. Et c’est là que cette organisation vient pour jouer les pompiers.

Il me semble également justifier de relever un fait important : il n’y a que les ressortissants des pays pauvres qui sont inculpés par la Cour pénale internationale (CPI). C’est d’ailleurs cette combine qui a certainement poussé certains pays africains à demander la suspension de l’inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) du président soudanais Omar Hassan al Bachir. En outre, la position de l’ONU dans certaines crises en Afrique entame sérieusement sa crédibilité. Si donc, ces analyses sont exactes, on peut conclure que l’ONU peine à se départir  de son but déjà fixé : celui de soutenir politiquement les dérives occidentales dans les pays du tiers-monde.

Le panafricanisme, notre seul salut

 Quelle drôle d’idée que de parler ici de panafricanisme alors que nous débattons du colonialisme. Et pourtant, la seule et vraie solution aux problèmes africains réside dans le panafricanisme. Il convient d’abord de déterminer en quoi consiste l’idéologie panafricaniste. Le panafricanisme se définit comme le mouvement politique et culturel qui vise à unir les Africains et les descendants d'Africains hors d'Afrique à régénérer l'Afrique, ainsi qu'à encourager un sentiment de solidarité entre les populations du monde africain.

On y trouve l’idée qui consiste à glorifier le passé de l'Afrique et inculquer la fierté par les valeurs africaines.

Enfin, et peut-être est-ce le plus important, c'est l'afrocentrisme qui s'appuie sur les travaux du savant sénégalais, Cheikh Anta Diop. Rares ont été ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme à propos de la  vision eurocentriste du monde, qui sous-estimerait les civilisations africaines et ne considèrerait que le point de vue occidental sur l'histoire du monde et des civilisations.

En Afrique, l’identité est étouffée par le poids historique de la colonisation qui a écrasé les structures locales pour renforcer son administration en imposant les systèmes éducatifs, les langues, la culture et l’histoire des pays occidentaux. Dans la mesure où le panafricanisme recouvre l’affirmation de notre identité africaine, la revalorisation de sa culture, la reconquête de notre passé glorieux, l’unité des africains, il constitue fondamentalement la seule et unique réponse au colonialisme nouvelle version.

Dans un article publié en 1919, Web Dubois, comparait le panafricanisme au sionisme en ces termes « le mouvement panafricainiste signifie pour nous, les noirs, ce que le sionisme doit signifier pour les juifs, c’est-à-dire, la reconnaissance de notre identité dans la fierté, et le besoin d’œuvrer de toutes nos forces pour notre race ».

Face à la volonté des pays occidentaux de faire de l’Afrique la plèbe du monde, il faut réagir sinon c’est notre humanité sera remise en cause. Rappelons-nous mes bien-aimés la substance de cette pensée d’Ernest Vissot « Ce n’est point le jugement d’autrui qu’il faut craindre, mais celui de notre conscience ».

Le continent africain n’a pas vocation à demeurer dans le denier wagon mondial, il doit se réveiller comme la Chine , l’Inde et le Brésil car comme le rappelle Sartre, « l’important n’est pas ce qu’on a fait de nous mais c’est ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous ».

 

Dieu bénisse l’Afrique !

 

Séraphin PRAO

Docteur en économie

Diplômé de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble

Spécialise  des pays de la zone franc

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

 

 

 

17:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, panafricanisme, colonisation moderne, révisionnisme injurieux, zone franc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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