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vendredi, 07 mai 2010

Dr SERAPHIN YAO PRAO: MA REPONSE AU MINISTRE DOSSO MOUSSA

 

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Dans sa parution du 5 Mai 2010, le journal « L'expression » a publié une interview du ministre  Dosso Moussa. Jusque là, rien d'inquiétant car ce quotidien, comme son nom l'indique, autorise la libre expression.

Par contre, ce qui est troublant, c'est la déclaration du ministre concernant l'encasernement des soldats FN et l'unicité des caisses de l'Etat. Sans gène, le ministre affirme gratuitement que « l'Etat a failli à ses engagements ».

Face à une telle déclaration, nous nous devons de réagir, pour au moins deux raisons.

Premièrement, nous sommes leader d'opinion, président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN), porte-parole du peuple.

Deuxièmement, en ma qualité d'économiste, une rectification mérite d'être faite sur ce que je considère comme une semi- réflexion.

En effet, depuis le début de la crise ivoirienne, les nombreux accords avant celui de Ouagadougou, n'ont pas certes été nuls mais il est possible de dire sans se tromper que l'accord politique de Ouagadougou (APO) a donné de l'espoir aux ivoiriens. Il avait le mérite d'être conçu par les ivoiriens eux-mêmes, ce qui n'est pas sans conséquence sur le financement du processus. La communauté internationale pouvait venir en aide aux ivoiriens mais l'essentiel devait être fait par les ivoiriens. C'est donc pour résoudre ce problème de financement que dans le quatrième accord complémentaire à l'accord politique de Ouagadougou, on peut noter en son article 10 « Conscientes que le financement du processus de sortie de crise est de la responsabilité principale des Ivoiriens eux-mêmes, les deux parties ont décidé de la mise en œuvre immédiate du redéploiement de l'administration fiscale et douanière dans la zone Cno sur la base de l'unicité des caisses, afin de permettre à l'Etat de disposer de recettes fiscales actuellement perdues et dont le recouvrement pourrait permettre le financement de certaines opérations du processus de paix. L'unicité des caisses devra être effective au plus tard le 15 janvier 2009 ».

L'article 10 est très clair : il faut unir les caisses de l'Etat afin de pouvoir financer le processus électoral. Autrement dit, les chefs rebelles devaient arrêter de percevoir les impôts dans les zones CNO, au profit de l'Etat central. Ce qui n'est pas effectif aujourd'hui.

Si les choses se passaient correctement, alors l'article 11 devrait s'appliquer car « : Le Gouvernement mettra à disposition les ressources financières nécessaires à la réalisation des opérations prévues par le troisième accord complémentaire ».

Le ministre DOSSO reconnait qu'à Bouaké, un protocole d'accord a été signé entre les collectivités locales et le général Bakayoko, lequel protocole stipule que 30% des recettes collectées par la mairie doivent être reversées au commandant de zone pour l'entretien de ses troupes en attendant que le gouvernement le relaie.

Ici encore, les FN ne respecte pas l'article 10 et 11 car il revient, une fois les caisses unies, à l'Etat de s'occuper du financement du processus et donc de l'entretien de tous ceux qui rentrent dans le cadre du Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion.

Aujourd'hui les chefs rebelles tirent de juteux bénéfices de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et perçoivent des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Les rebelles font affaire avec de nombreux opportunistes. Les Libanais exploitent illégalement le bois et le diamant, et font du petit commerce, les Indiens exportent l'anacarde et collectent la ferraille, les Chinois ont installé des pharmacies et des officines médicales. Le tableau ci-dessous indique bien l'affairisme des chefs rebelles.

Cette économie de guerre qui fonctionne sur le mode de prédation, se caractérise par le pillage, la création de nouvelles filières contrebandières et de marchés illicites. Et c'est d'ailleurs l'économie de guerre qui permet d'établir le lien étroit entre la dépendance aux ressources naturelles et le haut risque de conflit dans un pays.  Les facteurs économiques, à eux seuls, n'expliquent pas l'émergence des conflits, puisqu'il faut prendre en compte la dimension sociale, mais ils influencent ses caractéristiques et sa durée. Notre ministre DOSSO gagnerait à convaincre les chefs de guerre, d'accepter l'unicité des caisses de l'Etat, afin de nous permettre de mener le combat le plus gratifiant, celui de travailler à l'amélioration des conditions de vie de nos populations et le développement de notre pays.

Monsieur le ministre a peut-être des connaissances en finance mais sur son affirmation selon laquelle « l'Etat a failli à ses engagements », il nous semble qu'il aurait occulté la cause de cette prétendue défaillance de l'Etat, qui selon nous, est due, à l'économie de guerre en zone CNO.

Dieu aide mon pays et mon Afrique à vivre en paix.



Dr Séraphin PRAO

Economiste, spécialiste de la zone franc

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

Président de l'Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

www.mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60

23:30 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : côte d'ivoire, dosso moussa, séraphin yao prao, mlan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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