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mercredi, 06 octobre 2010

POUR UNE APPROCHE INTELLECTUELLE DES SORTIES DE MAMADOU KOULIBALY

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Bien qu'étant l'un des dirigeants les plus charismatiques du FPI, il n'en est pas un membre fondateur ; il a rejoint le bateau socialiste de Laurent Gbagbo sur le tard. Mais, sans se ménager, avec un engagement sans calcul, il s'est jeté dans le combat pour l'avènement d'une nouvelle Côte d'Ivoire. Partisan de la réflexion et de la production intellectuelle, il a offert à son parti sa vision du développement, ses connaissances en matières économiques, ses idées de la politique. Au début de la guerre ivoirienne, Koulibaly a été le premier à prophétiser sur la durée de la crise et à présenter la France comme l'hydre contre lequel nous nous battons, préparant ainsi les esprits à la résistance et à l'endurance. Lors des accords de Marcoussis, face à la sorcellerie du coq gaulois incarnée par le juge Mazeaud, il a superbement claqué la porte pour marquer son désaccord avec le néo-colonisateur. En novembre 2004, lorsque les sbires de la France Chiraquienne, ont décidé d'assommer l'ordre constitutionnel, il a, sous l'emprise d'une inspiration céleste, courageusement réuni Mathias Doué, Cema de l'armée ivoirienne  et le General Poncet, Cema de la licorne et leur a fait déclarer sur les antennes nationales qu'ils n'étaient pas dans une logique de coup d'état. Cette rencontre épique a participé à décrisper l'atmosphère d'affrontement sanglant qui planait sur le pays. Parallèlement, l'intellectuel qu'il est a produit des ouvrages pour proposer ses réflexions sur la crise en vue d'éclairer la masse. Ces repères précités visent simplement à montrer la sincérité et le degré d'engagement du professeur Mamadou Koulibaly en faveur de son pays.

Toutefois l'imminent économiste est plus qu'un David armé d'une fronde destinée à abattre l'ennemi. Mamadou Koulibaly mène de surcroit un combat introverti, interne, le plus difficile, le plus embarrassant. C'est le guetteur, le veilleur qui flétrit les dérives internes au parti, qui débusque les pratiques honteuses des camarades, qui dénonce les filouteries des abonnés aux indélicatesses, heurtant les susceptibilités, bousculant les intouchables. Dans une contribution étincelante publiée par Fraternité-matin « les blues de la république », il avait, dans une logique d'autocritique, stigmatisé les déviations de la ligne socialiste auxquelles s'adonnent certains barons de son parti. Il avait par le biais du néologisme «la « rebfondation », dénoncé l'état hybride dans lequel se trouvait le pays, cause de tous les maux. Prenant souvent à contrepied la ligne officielle du parti, Koulibaly  a été vu ou même présenté comme un agent double, un rebelle infiltré dans la refondation ou du moins un militant indiscipliné. Lors de la crise dénommée « l'affaire Tagro » dont il a été l'instigateur, incompris, il a subi le courroux de ses camarades et même de ses admirateurs. Des articles ont même été pondus pour le salir et le tuer politiquement. Malgré cette contre-offensive, le professeur est resté égal à lui-même : simple, honnête, véridique. De nombreux ivoiriens le présentent comme « un vrai socialiste ».

La question que nous nous posons est la suivante : Mamadou Koulibaly est-il véritablement compris ? A l'instar de « l'albatros » de Baudelaire, ne parait-il pas « veule et maladroit » dans l'arène politique à cause justement de « ses ailes de géant » ? Au lieu de tancer « l'enfant terrible d'Azaguié » n'est-il pas légitime de réfléchir sereinement sur ses intentions et ses motivations ?

Dans les œuvres dramatiques anciennes européennes inspirées des intrigues des cours royales, il y a un personnage appelé « Le Fou » dont le rôle est de dénoncer en toute impunité (parce qu'il est considéré comme un malade mental) les dérives de la cour. Si le professeur jouit de toutes ses facultés mentales et intellectuelles, son rôle n'est pas loin de celui de ce personnage de théâtre. Mamadou Koulibaly n'est pas un naïf : il sait où il va ; il sait ce qu'il recherche. Homme politique de conviction, il est attaché à des valeurs et à des principes. N'écrit-il pas dans son livre Les Servitudes du Pacte Colonial que nous avons plus besoin « des hommes de conviction que des hommes d'ambition » si nous voulons sortir notre pays de la gadoue de l'indignité ? Pour lui, il faut  que la politique reste saine et surtout que les animateurs ou militants de son parti restent attachés aux idéaux fondateurs du parti auxquels ils se sont nourris et promis de mettre en œuvre. La soif de Koulibaly c'est la justice, c'est la transparence, c'est la rigueur, bref c'est la bonne gouvernance. Avec la crise, nous avons assisté à un pourrissement du socle moral de la république. Conjugué avec la pression de la France carnassière, des refondateurs « bon teint » ont cru à un moment donné, surtout à partir de novembre 2004, que Laurent Gbagbo allait tomber. Conséquence inéluctable : la majorité s'est mise à se mettre plein la poche dans l'intention d'assurer leurs arrières au cas où le pire se produisait.

Devant ces dérives fallait-il se taire au nom de la discipline du parti ? Le président de la république, occupé à chercher des voies heureuses de sortie de crise, le bateau était exposé à toutes les gourmandises. Dans ces conditions, seule une voix charismatique, intrépide pouvait sauver le bateau. Le silence, l'abdication ou le suivisme, à ce moment-là, auraient pu nous conduire inéluctablement dans un mur. Il suffisait que tous les militants décident de faire comme tout le monde pour que notre pays suive le chemin irréversible de la décrépitude. Mamadou Koulibaly a joué le rôle qui urgeait tout au long de la crise. Un rôle ingrat, harassant qui pouvait aboutir à la marginalisation, au rejet, au mépris, mais ce rôle, il fallait que quelqu'un le joue. Mamadou Koulibaly a « porté la cognée dans ce bois mort, allumé l'incendie dans la brousse stérile » ( in Ethiopiques, Chaka, L. Sédar Senghor, éditions Point). Afin que tous ne succombent pas à toutes les tentations qu'offre la guerre, afin que les valeurs socialistes soient préservées. Nous avons besoin que le cocorico qui nous réveille vienne de notre basse-cour. Nous avons besoin qu'un des nôtres fasse retentir la trompette, frappe sur la table pour que nous nous n'endormions pas. Pour nous rappeler nos idéaux et ce que nous avons promis pour la CI. Le parti de Laurent Gbagbo étant un front, tous les militants ne peuvent pas avoir la même vision de la politique. La pensée unique et l'unanimisme sont aux antipodes des valeurs sacrées du FPI.

Si Mamadou Koulibaly a subi de nombreuses attaques, c'est parce que sous les tropiques, on pense que la politique est un terrain où doivent régner comme des règles célestes la langue de bois, le double langage, l'hypocrisie, la mauvaise foi etc. Quand la politique devient le lieu de la confrontation des idées et des mots, de la transparence et de la liberté d'opinion, elle devient intéressante et favorise l'élévation à tous les niveaux. Il faut que nous acceptions le débat interne car il permet de surmonter les contradictions et d'avancer. Lorsqu'un militant met en cause la gestion d'un autre militant, son intention n'est point de le salir ou de fragiliser le parti. Bien au contraire, le parti gagne en vitalité. En outre, l'autocritique désarme l'adversaire car elle lui enlève tous les points sur lesquels il avait préparé ses attaques.

Mamadou Koulibaly est le rayon de soleil qui nous permet de voir nos salissures ; c'est l'œil tapis dans l'ombre qui nous regarde et nous rappelle que malgré la pénombre, ce que nous faisons sera révélé au grand jour. Le professeur est le genre de militant dont a besoin un parti qui veut grandir. Après le choc, les sauts d'humeur et les crises d'émotion, nous devons maintenant nous interroger si notre parti n'avait pas besoin de ce traitement de choc pour sa propre survie. Au moment où les clameurs se sont tues, nous proposons une approche intellectuelle et sympathique des sorties de Mamadou Koulibaly. Ses méthodes ne plaisent pas et ne peuvent pas plaire à tous, mais elles ont l'avantage de réveiller toutes les valeurs nobles auxquelles nous nous sommes nourris. Son intention n'est pas différente de celle du Roi Christophe quand il s'écrie : « J'ai voulu leur donner la faim de faire et le besoin d'une perfection » (in La Tragédie du Roi Christophe, A. Césaire, Présence Africaine, P. 138). Peut-on reprocher au prophète Nathan d'avoir joué son rôle auprès du roi David ? Après avoir médité cette question, mettons nous ensemble, surmontons les susceptibilités pour la victoire de Laurent Gbagbo au nom de la Côte d'Ivoire.


Source : Le Blog d'Etty Macaire

00:56 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : côte d'ivoire, mamadou koulibaly, fpi, refondation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

A Boiaké, le Président laurent Gbagbo a fustigé les "mauvaises langues " qui n'auraient pas compris que l'Apo a marché. De qui parlait-il? Ce n'est qu'une question maladroite!

Le jour se lève toujours
Lettê naa Lettê

Écrit par : lettê na Lettê | mercredi, 06 octobre 2010

Bonjour,

Cela n'a rien à voir,mais c'est important pour nous qui sortons d'une longue crise.

Le 31 octobre le peuple ivoirien ira élire par les élections son président de la république, élection qui devrait mettre fin aux huit années de crise politico-militaire qu'a connu notre pays.

La jeunesse ivoirienne vivant en France a décidé d'apporter sa contribution à travers la mobilisation et la sensibilisation; et cela par le biais du collectif COTE D'IVOIRE Avenir crée pour la cause.
Je vous invite donc à venir visiter notre blog : http://cotedivoireavenir.ivoire-blog.com/

Merci

Écrit par : cote d'ivoire avenir | mercredi, 06 octobre 2010

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