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mercredi, 29 décembre 2010

L'ABECEDAIRE 2010 DE MAHALIA - SPECIAL COTE D'IVOIRE

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Appel : Il y a des signes qui ne trompent pas. Il est difficilement imaginable qu'un homme politique qui postule à la magistrature suprême d'un pays puisse le faire avec l'intention de nuire. D'aucuns sont attirés par le pouvoir, certains viennent avec des idéaux, d'autres avec la volonté de se rendre utiles ou de faire mieux que leurs prédécesseurs, beaucoup ratent leurs objectifs et déçoivent ceux qui ont cru en eux, mais jamais il n'avait été possible d'envisager qu'un homme puisse prétendre présider aux destinées d'un pays dans le dessein de le détruire. Jamais, avant Alassane Dramane Ouattara et sa clique. Nous les avons entendus appeler la «communauté internationale» à faire usage de la force contre le peuple qu'ils prétendent diriger. Cela, rien ni personne ne pourra jamais l'effacer de notre mémoire collective et individuelle. Bien sûr, se souvenir que Ouattara n'est pas ivoirien relativisera quelque peu notre stupeur, mais enfin ! Dans la série des appels demeurés lettre morte, nous nous souvenons également de l'appel à marcher sur la primature le 17 décembre dernier, pour y installer Guillaume Soro. Pas un chat sur les routes, rien. Les quelques excités qui ont tenté de prendre d'assaut la RTI la veille se sont sans aucun doute rendus compte qu'aucun de ceux qui les avaient envoyés au casse-pipe ni aucun membre de leurs familles n'étaient à leurs côté dans cette entreprise périlleuse et hors-la-loi. Plus près de nous, l'appel à la grève générale du 27 décembre, qui a eu autant d'impact à Abidjan que le battement d'aile d'un papillon en Papouasie Nouvelle-Guinée. L'appel a été si royalement ignoré par le peuple ivoirien que même les média occidentaux, pourtant fers de lance de la conspiration anti-démocratique en Côte d'Ivoire, ont été obligés de reconnaître son échec total. Que dire des infructueux appels répétés à la soumission à l'intention des Forces de défense et de sécurité, les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire, qui font corps comme un seul homme derrière le président élu Laurent Gbagbo ? Il faut dire que l'Etat-major des forces loyalistes en Côte d'Ivoire hésite entre le fou rire et l'écœurement, en entendant ceux qui sont responsables des massacres de leurs frères d'armes et de leurs concitoyens, oser leur demander de leur faire allégeance à peine un jour après avoir réclamé que des forces militaires étrangères viennent les combattre ! Si avec tout ça, la «communauté internationale» fait encore semblant de croire que les Ivoiriens ont élu Ouattara, c'est qu'elle a vraiment urgemment besoin d'un ORL-ophtalmologue.

Banque mondiale
: Cette institution financière internationale (IFI) est, avec le Fond monétaire international ou la Banque Africaine de Développement, l'un des principaux assassins des économies africaines. Aussi n'est-il pas étonnant de voir que la BM et le FMI ont été parmi les premiers à réagir à la réélection - malvenue de leur point de vue - de Laurent Gbagbo au détriment de leur poulain, Alassane Dramane Ouattara, pur produit de Bretton Woods. Ces institutions a fortiori économiques, ont annoncé le gel de leurs «aides» et investissements en Côte d'Ivoire et leur intention de ne donner suite qu'aux desiderata de la poupée ventriloque qu'elles tentent en vain depuis une décennie de placer à la tête du pays phare de l'Afrique de l'Ouest. D'une part, il paraît utile de leur signaler que l'Etat et le peuple ivoiriens ne se reconnaîtront pas dans les prêts et engagements contractés par le putschiste Ouattara. Ensuite, sans doute ne savent-elle pas qu'elles nous ont, par leur prise de position partisane et anticonstitutionnelle, rendu un des plus fiers services qu'il nous ait été donné d'imaginer. Parce que nous ne voulons plus d'elles non plus. Et cette ingérence intolérable dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire nous donne non seulement l'occasion, mais également la légitimité de rompre toute relation avec ces suppôts de l'asservissement économique des peuples africains. Nous ne sommes donc plus tenus de rembourser une «dette odieuse», pour paraphraser le qualificatif utilisé par Eric Toussaint, du CADTM (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde), parce que contractée par des despotes imposés par les puissances coloniales à des fins autres que le développement, l'épanouissement et l'amélioration de la qualité de vie de ceux au nom de qui les emprunts ont été effectués, à savoir les populations africaines. En effet, le système mis en place pour saboter le développement des peuples noirs est d'une remarquable perversité. «Les crédits sont utilisés pour acheter des biens et des services proposés par les pays prêteurs. Et ils visent l'exécution de projets qui répondent davantage aux impératifs d'exportation de ces Etats qu'aux besoins des pays emprunteurs. Ces projets, loin de promouvoir le développement, servent au contraire à remplir les carnets de commandes des firmes occidentales et à enrichir les élites des pays bénéficiaires» confirme l'économiste sénégalais Sanou Mbaye. L'accès aux capitaux passant obligatoirement par une adhésion totale aux desideratas de l'Occident, en acceptant l' «aide» des IFI, nous leur donnons de facto la tutelle de notre fonctionnement économique, politique et social. Rien qu'avec les sommes astronomiques qui étaient dévolues à ces remboursements, nous pourrons donc dorénavant faire plus pour le développement de notre pays qu'avec les «aides et investissements» coupe-gorges que ces messieurs de New York pensent agiter comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Bon débarras !

Charniers
: Normalement, il devrait être interdit de rire d'une chose aussi affreuse qu'un charnier. Les images des corps jetés dans des fosses communes par les génocidaires Hutus épaulés par la soldatesque française de la force Noroît, sous les yeux impavides des forces onusiennes lors de l'hécatombe rwandaise qui, en 1994, fit près d'un million de victimes en cent jours, sont en effet encore trop horriblement gravées dans nos mémoires. Il aura fallu attendre que Guillaume Soro et Alassane Dramane Ouattara prennent à témoin la «communauté internationale» pour rendre loufoque l'évocation de charniers. Les 20 décès consécutifs à la marche insurrectionnelle du jeudi 16 décembre 2010, à laquelle ils avaient fort gaillardement invité leurs partisans sans pour autant y participer eux-mêmes, leur paraissant sans doute trop insignifiants, surtout lorsque l'on considère que parmi eux il y a 9 membres des forces de l'ordre loyales à Laurent Gbagbo et que les autres victimes ne sont pas attribuables à tel ou tel camp, voici donc nos deux nouvelles 'Mère Théresa' de l'hôtel du Golf qui commencent à faire de la surenchère funéraire, avec la même dextérité que celle qui leur a servi au bourrage des urnes en zones CNO lors de l'élection présidentielle. Nous passons donc en un clin d'œil à 50 morts, puis 173, puis 200, en attendant d'arriver aux milliers qui justifieraient peut-être l'incompréhensible appel d'offre lancé par l'Onuci le 27 septembre 2010 (un mois avant le premier tour de l'élection présidentielle) pour la prestation de services mortuaires incompatibles avec leur mission initiale de «paix». A moins que la très partisane ONU ait eu besoin de nettoyer les ravages commis par les hommes de Soro et Ouattara, experts unanimement reconnus en carnages en tout genre, ainsi qu'en témoignent les massacres des soixante gendarmes et de cinquante de leurs enfants en 2002, les tueries de Bouaké en 2008, sans parler de toutes les atrocités auxquelles ils se sont livrés et continuent de le faire, avec l'onction de leurs commanditaires que sont Nicolas Sarkozy et son bras armé dans la sous-région, l'assassin-président Blaise Compaoré. Les centaines de milliers de déplacés de guerre depuis 2002, violés, torturés, estropiés, pillés peuvent en témoigner concrètement.

Documentaire
: S'il est un documentaire qui peut être qualifié de hit de l'année de ce côté-ci de l'hémisphère, c'est bien «La Françafrique» du réalisateur Patrice Benquet. La première partie, intitulée 'La raison d'Etat', remonte aux sources du mal et donne un sérieux coup de projecteur sur les coulisses toujours malodorantes et souvent sanglantes de la politique africaine de la France mise en place par Jacques Foccart à la demande du Général de Gaulles, à la suite de l'indépendance de l'Algérie. Le second volet 'L'argent roi', bien qu'abordé beaucoup plus superficiellement, éclaire néanmoins sur les mécanismes actuels utilisés par l'Etat français, qui se cache dorénavant derrière les multinationales gauloises pour maintenir la strangulation économique des nations africaines. Mais il existe beaucoup d'autres documents que chaque Africain digne de ce nom devrait avoir lus et visionnés pour mieux appréhender le phénomène de domination auquel nous sommes soumis. Il y a «Tuez-les tous», époustouflant documentaire sur le génocide rwandais de Raphaël Glucksmann ; «Mort à Genève», de Frank Garbely retraçant l'assassinat de l'indépendantiste camerounais Félix Moumié par les services secrets français ; «La victoire aux mains nues», de Sidiki Bakaba qui documente les massacres des populations ivoiriennes par l'armée française en novembre 2004 ; «Mobutu, roi du Zaïre», de Thierry Michel, narrant avec une rare richesse historique l'élimination de Patrice Lumumba et son remplacement par une marionnette aux ordres en la personne de Mobutu Sese Sekoko ; «L'homme qui dirigeait l'Afrique» portrait par Cédric Tourbe du concepteur de la Françafrique Jacques Foccart... Dans la famille des films grand public, nous trouvons : «The great debaters» de Denzel Washington ; «Lord of war» de Andrew Nicol ; «Hotel Rwanda» de Terry George; «Malcolm X» de Spike Lee ; «Invictus» de Clint Eastwood ; «Cry Freedom», de Richard Attenborough ; «Blood diamonds» de Edward Zwick ; «Lumumba» de Raoul Peck ; «1802, l'épopée guadeloupéenne» de Christian Lara : «Amistad», de Steven Spielberg ; «Rue Cases-Nègres» d'Euzhan Palcy etc. sans oublier la classique série télévisée «Roots» tirée du légendaire roman d'Alex Haley. Petit échantillon à avoir dans sa bibliothèque : Walter Rodney, Chinua Achebe, Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Mongo Beti, Bernard Dadié, Aimé Césaire, Toni Morrison, François-Xavier Verschave ainsi que les «Mémoires» de Jacques Foccart, «Renaissance africaine» de Thabo Mbeki et «The white man's burden», de William Easterly.

Erreurs
: Laurent Gbagbo, aujourd'hui accusé de tous les maux par une «communauté internationale» qui se résume à la France, aux USA, à l'Union européenne et aux quelques vassaux dédiés aux basses manœuvres que la France a mis au pouvoir dans certains pays de son pré carré, est coupable. Non pas d'avoir «volé» les élections, comme se plaisent à le pérorer avec de moins en moins de résonnance les alliés étrangers de son adversaire battu. Mais d'avoir fait preuve de trop de malléabilité et de bonne foi. Georges Frêche, figure emblématique de la gauche française, disait encore il y a peu : «On ne fait pas 40 ans de vie politique en étant un perdreau de la dernière couvée. La politique est un monde rude, où les trahisons sont monnaie courante et où les assassinats sont la norme.» La première erreur de Gbagbo a été de ne pas traduire les dirigeants français devant la Justice pour les massacres des Ivoiriens aux mains nues en novembre 2004, et de n'avoir pas exigé le départ immédiat de l'armée française d'occupation (le 43è BIMA et la force Licorne), auteur desdites tueries. Sa deuxième erreur a été de ne pas procéder à la création d'une monnaie ivoirienne dans la foulée de cette agression barbare. Sa troisième faute est sans conteste l'accord politique de Ouagadougou. On ne dialogue pas avec ses ennemis. On ne leur fait pas confiance. On les bat. Et quand ils sont assommés par terre, on n'attend pas qu'ils se réveillent pour leur tendre une main chevaleresque qui les aidera à se relever, mais on les écrabouille. L'accord politique de Ouagadougou est certainement l'acte le plus «perdreau de la dernière couvée» du président ivoirien. Certes, il est en adéquation avec la philosophie pacifique qui caractérise sa carrière politique, mais était-il viable pour autant ? Gbagbo a également naïvement cru qu'en faisant quelques concessions à la France, comme le renouvellement du contrat d'exploitation de la Sodeci ou l'octroi du terminal à conteneur à Bolloré, il obtiendrait la paix des braves de la part du brasseur de vent qui a succédé à Jacques Chirac. Sa cinquième erreur est d'avoir accepté d'aller aux élections sans que les rebelles ne remplissent la condition préalable du désarmement. L'accord politique de Ouagadougou, que tant de patriotes ont eu du mal à digérer, stipule clairement que les élections ne devaient avoir lieu que deux mois après la fin du désarmement effectif des rebelles. Ne pas avoir été intransigeant sur cette condition est très grave et la chose que les Ivoiriens peuvent le plus lui reprocher. Mais cinq erreurs en huit années de crise, de guerre et de rébellion, ce n'est pas une si mauvaise statistique, l'essentiel étant que ces fautes ne se répètent pas, et que Laurent Gbagbo fasse dorénavant preuve d'une extrême fermeté dans la gestion des affaires de la Côte d'Ivoire. Intransigeance absolue avec les ennemis de la Nation. Cela implique, de façon non exhaustive, la rupture des relations diplomatiques avec la France et le Burkina Faso, la mise aux arrêts de tous les individus ayant attenté à la souveraineté et à l'intégrité de l'Etat, la sortie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, la négociation de conventions commerciales dans l'intérêt bien compris du peuple ivoirien, sans compter la suspension du remboursement de la dette odieuse contractée par les précédents chefs d'Etat auprès des institutions financières internationales telles la Banque mondiale (BM) et le Fond monétaire international (FMI).

Françafrique
: Il y a des gens qui ont découvert la Françafrique en regardant le documentaire du même nom diffusé le 9 décembre dernier dans l'émission Infrarouge de France 2. Mieux vaut tard que jamais. Pour ceux qui auraient raté l'aperçu donné à la télévision, voici donc un petit cours de rattrapage. «La France n'est grande que quand elle grimpe sur les épaules de l'Afrique» disait il y a quelques années un ancien ambassadeur américain en Angola. Et c'est en effet pour «justifier» son rang de puissance internationale, notamment à l'ONU, et pour assurer sa stabilité et son développement économiques que l'Hexagone tient à tout prix à asseoir son maintien du contrôle politique sur les Etats africains de l'ancien empire colonial français et à entretenir l'exploitation quasi monopolistique des richesses de ces mêmes Etats au profit des intérêts français. C'est pour assurer la pérennisation de ces objectifs  de domination néocoloniale et afin de mettre hors d'état de nuire tout groupe ou individu qui, tel Olympio, Sankara ou aujourd'hui Gbagbo, les menace, que les hommes politiques français, qu'ils soient de droite ou de gauche,  ont, dans un bel ensemble,  développé une passion pour les changements de régimes (Burkina Faso, Niger, Guinée), les élections truquées (Gabon, Togo, Centrafrique), les rebellions préfabriquées (Côte d'Ivoire). Le renversement par les armes ayant failli dans ce dernier cas, l'innovation en la matière aura eu lieu cette année, avec la désignation péremptoire de Dramane Ouattara comme «vainqueur déclaré par la communauté internationale» de l'élection présidentielle ivoirienne, faisant fi du choix des urnes, entériné par le Conseil Constitutionnel - par ailleurs plus haute juridiction éburnéenne et seul autorisé à proclamer les résultats définitifs d'une élection présidentielle en Côte d'Ivoire -, qui atteste de la réélection effective de Laurent Gbagbo à la magistrature suprême. Une fois les dictatures inféodées à Paris installées, elles ont pour mission de sécuriser la chasse gardée et les investissements français en écartant toute possibilité de réelle concurrence internationale dans les pays concernés. La pierre angulaire de ce système de prévarication des économies africaines est une nébuleuse politico-économique communément appelée «Françafrique». Celle-ci rassemble d'une part une poignée de groupes français (Bolloré, Bouygues, Total, France Telecom, CFAO, Société Générale, Veolia, Areva) disposant de positions hégémoniques dues à leurs connexions politiciennes et non comme résultat d'une supériorité de leurs offres lors de libres confrontations avec la concurrence mondiale. De l'autre, elle est constituée d'un magma de réseaux qui monopolisent des «contrats d'assistance technique» plus ou moins réels ou pertinents et participent de façon active à la fuite des capitaux pour le compte des élites collaboratrices locales, au financement occulte des partis politiques français ainsi qu'à leur enrichissement personnel. Afin de parvenir à ses fins, l'Etat français n'hésite pas à instrumentaliser l'Organisation des Nations Unies (ONU), l'Union Européenne (UE) et même la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union Africaine (UA), pour permettre à l'Hexagone de répartir le coût financier, militaire et diplomatique de sa politique sur des contribuables internationaux, alors que les bénéfices restent, eux, fermement en France. C'est dans cette optique que s'inscrivent aujourd'hui les menaces aberrantes d'une intervention militaire en Côte d'Ivoire agitées avec l'aide de quelques chefs d'Etat valets de la sous-région.


A suivre...


Mahalia Nteby, le 28 décembre 2010

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

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