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lundi, 03 janvier 2011

L'ABECEDAIRE 2010 DE MAHALIA - SPECIAL COTE D'IVOIRE (3)

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Libations : 1960 - 2010. Cinquante ans d'exploitation, de stagnation, de dépit, de régression, de pauvreté, d'injustices, de violence. Et pourtant ! Douze chefs d'Etat africains se sont rendus docilement en France pour répondre à la convocation élyséenne les sommant de célébrer le cinquantenaire de leurs «indépendances» à Paris le 14 juillet 2010. Il s'agit des béninois Thomas Yayi Boni, burkinabe Blaise Compaoré, camerounais Paul Biya, centrafricain François Bozizé, congolais Denis Sassou Nguesso, gabonais Ali Bongo, malien Amadou Toumani Touré, mauritanien Mohammed Ould Abdel Aziz, nigérien Djibo Salou, sénégalais Abdoulaye Wade, tchadien Idriss Déby et togolais Faure Gnassimbe. Tels des toutous, ils se sont agglutinés autour des 165 centimètres - talonnettes incluses - du président français, la queue frétillante et la langue pendante au moindre regard blasé que daignait leur jeter leur maître Sarkozy! Leur empressement faisait peine à voir, la palme revenant au général-putschiste nigérien, qui semblait prêt à tout pour échanger son poste de chef d'Etat en Afrique contre celui de chauffeur à l'Elysée. Le rassemblement de la honte. Le seul à avoir refusé de participer à cette insultante et pitoyable mascarade est le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui est également le seul à conduire une lutte de libération pour s'émanciper du joug néo colonial français. D'où l'ire inextinguible du sieur Sarkozy, prêt à user de tous les moyens pour anéantir cet homme africain qui ose entrer dans l'Histoire, qui ose s'élancer vers l'avenir, qui ose avoir l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin, pour reprendre les termes de son ignominieux discours de Dakar. D'où l'aversion de ses pairs, dont l'attitude veule et aplaventriste contraste de façon frappante avec la posture combattante de Laurent Gbagbo, qui a décidé qu'il était grand temps que la Côte d'Ivoire écrive enfin sa propre Histoire. Ceci explique sans aucun doute le comportement vindicatif et jubilatoire de la plupart des festoyeurs parisiens dans la gestion de la crise ivoirienne. Mais rira bien qui rira le dernier. Parce que ce qui arrive à Laurent Gbagbo aujourd'hui est un précédent qui, s'il n'y est pas fait échec, fera date et pourra se répéter à l'infini, partout où la France jugera nécessaire de procéder à un changement de régime en Afrique sans se salir les mains ni dépenser des sommes colossales.

Médias : La composante médiatique de la guerre menée par la France et ses alliés contre la Côte d'Ivoire est sans doute l'une des plus notables. C'est dans un bel ensemble que les médias français se sont accordés pour lancer l'une des plus grandes campagnes de désinformation de tous les temps. Haro sur Gbagbo ! Suivis par leurs consœurs anglo-saxonnes (BBC, CNN, VOA etc.), nourries des dépêches fallacieuses de Reuters, Afp et Ap, relayées par une presse unanimement aux ordres (Le Figaro, L'Express, Le Monde, Libération, Jeune Afrique etc.), les radios et télévisions France 24, France 2, Tf1, TV5, i-télé, Lci, Rfi ont sonné ce qu'elles pensaient être le hallali final de la renaissance ivoirienne. Elles ne se contenteront pas d'annoncer en primeur au monde «la victoire d'Alassane Ouattara» à l'élection présidentielle sur la base d'un résultat ânonné hors-délai, hors-norme et hors forme, non pas par la Commission électorale indépendante, mais par son seul président, Youssouf Bakayoko, amené au quartier général du soi-disant vainqueur par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, alors que le professeur Yao N'Dré, président de la plus haute juridiction ivoirienne, avait depuis belle lurette déclaré ladite CEI forclose, conformément aux textes en vigueur en Côte d'Ivoire. Elles dresseront des portraits diffamants du président élu proclamé par le Conseil constitutionnel (seule instance habilitée à le faire, selon la Loi fondamentale ivoirienne), Laurent Gbagbo. Elles créeront de toutes pièces des informations anxiogènes relatives à des assassinats en série, des escadrons de la mort, des charniers dont l'existence est aussi réelle que les armes de destruction massive brandies comme prétexte par George Bush pour justifier l'invasion de l'Irak. Une mention particulière doit être faite ici à Onuci-FM, la radio onusienne qui émet depuis Abidjan et s'attèle avec une célérité ahurissante à surclasser la très funeste Radio Mille Collines rwandaise comme instrument de préparation et de propagation de desseins génocidaires. Cependant, comme Astérix face aux Romains, la Radio télévision ivoirienne (Rti) résiste à l'armada médiatique occidentale. Et d'une façon tellement efficace que l'Etat français se sentira contraint de procéder au brouillage du signal de la Rti sur le bouquet de Canal+ Horizons, afin d'empêcher les téléspectateurs et auditeurs du monde entier de voir leur grotesques mensonges démontés soir après soir depuis un petit studio de Cocody, à Abidjan. Ce n'est pas un hasard si l'une des premières actions du tandem Ouattara/Soro a été d'appeler leurs supporters à une marche insurrectionnelle visant à installer leurs obligés à la tête de la Rti. C'est n'est pas par hasard que Pierre Brou Amessan, l'actuel directeur général de la Rti, se trouve sur la liste des «sanctionnés» de l'Union européenne. Il est en effet, avec les militaires loyalistes qui se battent tous les jours pour assurer la sécurité des Ivoiriens et de leurs institutions, l'un des plus vaillants soldats de la lutte contre la recolonisation française de l'Afrique, au même titre que l'armée de petites mains anonymes qui, dans un élan sans pareil de civisme et de panafricanisme, a envahi le web pour gagner la bataille d'Internet. Cette crise nous aura appris deux leçons : d'abord, l'urgence de ne jamais être dépendants d'opérateurs européens en matière de communication. Etre présents sur le bouquet de Canal+ est une chose, mais il faut également signer des accords de diffusion avec le sud-africain Multichoice/Dstv et privilégier l'option d'hébergement de notre signal sur des satellites asiatiques plutôt qu'américains ou européens. Et ensuite, la nécessité d'investir dans la création d'une vraie chaine africaine d'information, selon le modèle de la qatari Al Jazeera. Celle-ci ne saurait bien évidemment être crédible que si, d'une part, son siège et ses installations techniques se trouvent sur le continent noir et non en Occident comme cela est le cas pour toutes les chaines qui prétendent jouer ce rôle aujourd'hui (Africa 24, Vox Africa, Africable, Télésud etc.), et si, d'autre part, elle exclue tout financement étranger ou toute participation des institutions financières internationales.

Négriers : «Elles sont lourdes, lourdes les chaînes que le nègre met au cou du nègre pour complaire aux maîtres du jour», écrivait Bernard Dadié. Il est affligeant de voir que, du temps de l'esclavage à nos jours, la mentalité de «collaborateur zélé» de l'oppresseur demeure une constante chez beaucoup de ceux qui se trouvent, par hasard, manipulation ou putsch, à la tête des Etats africains ! Ainsi donc, certains chefs d'Etat membres de la CEDEAO (Communauté économique et douanière des états de l'Afrique de l'Ouest) ont osé menacer le président Laurent Gbagbo d'une intervention militaire s'il ne cédait pas le pouvoir au pantin désigné par le président français Nicolas Sarkozy ! Certes, mieux vaut entendre cela que d'être sourde, mais quand même ! De qui est-il question ? Blaise Compaoré, assassin dont les mains dégoulinent encore du sang de Thomas Sankara ; Faure Gnassimbe, dont le violent et grotesque hold-up électoral a eu lieu en mondovision ; Abdoulaye Wade, sénile gériatre s'acharnant à donner libre cours à sa volonté népotique de transmettre le pouvoir à son fils, par ailleurs déculotté jusque dans son propre bureau de vote lors des élections municipales de mars 2009 à Dakar ; Thomas Yayi Boni, économiste ayant protégé avec bienveillance les auteurs du détournement de plus de 150 millions d'euros des petits épargnants béninois ; Ellen Johnson-Sirleaf, officiellement mise en cause comme financière de la guerre civile libérienne par la Truth and Reconciliation Commission, chargée d'enquêter sur les crimes commis de 1979 à 2003, qui a exigé à son endroit une interdiction d'occuper un poste officiel pendant les 30 prochaines années ; ou, last but not least, Goodluck Jonathan, président non élu du Nigéria, incapable à ce jour de gérer les sanglants problèmes ethniques et religieux du pays qu'il gouverne ni de s'assurer la nomination de son parti pour les prochaines élections présidentielles prévues le 9 avril 2011. Que dire du bedonnant et patibulaire Ali Bongo, venu mettre sa bouche dans un palabre qui ne le concerne pas, usurpateur de la présidence du Gabon -selon les déclarations des auteurs mêmes de la fraude électorale, les services secrets et la cellule africaine de l'Elysée-, et dont le principal souci est de faire «tout ce qui est en mon pouvoir pour servir les intérêts de la Franc-maçonnerie en général et de cette grande loge [la loge nationale du Gabon, ndlr] en particulier? » Quel bel assortiment de justiciers donneurs de leçon ! Yako, Afrique !

Obama : 4 novembre 2008. Le monde retient son souffle. Puis une onde de choc secoue la planète. Barack Hussein Obama est le premier noir élu président des Etats-Unis. Une indicible joie traverse l'Afrique, comme si l'élection d'Obama était un peu la notre, la réalisation du rêve de Martin Luther King, l'aboutissement du combat de Malcolm X et la revanche pour des siècles de traite des Nègres et d'esclavage. A peine deux années plus tard, le réveil est brutal. Celui sur lequel le monde en général, et le monde noir en particulier, avait fondé tant d'espoirs, s'est révélé être une coquille vide. «Les Etats-Unis ont abandonné l'idée d'obtenir le gel de la colonisation israélienne en Cisjordanie». Cette phrase terrible enterre aussi bien les espérances de millions de Palestiniens qu'elle entérine la faillite morale et politique de l'administration Obama. Quelle désillusion ! Incapable de faire la paix là où cela est nécessaire, impatient de faire la guerre où il ne faut pas, se trompant de combat avec une belle régularité : Quel drôle de prix Nobel de la paix ! En juillet 2009, lors de son premier voyage sur la terre de ses ancêtres depuis son élection, l'homme lançait à Accra : «L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes».  Il n'aura pas attendu longtemps avant de renier cette belle harangue, puisqu'en décembre 2010, il s'alignera sur Nicolas Sarkozy pour tenter de tordre le coup aux Institutions ivoiriennes afin de légitimer un coup d'Etat électoral au profit d'un homme plus réceptif aux enjeux géostratégiques occidentaux que Laurent Gbagbo. Barack Obama n'est rien d'autre qu'un président américain comme un autre. Capable de mener les guerres les plus injustes sous les prétextes les plus fallacieux pour sécuriser les intérêts économiques des Etats-Unis, et Dieu sait si les immenses gisements de pétrole au large des côtes ivoiro-ghanéennes sont diablement alléchants. En 1953, Dwight D. Eisenhower participait au renversement de Mossadegh en Iran pour s'approprier le pétrole iranien ; en 2003, George W. Bush envahissait l'Irak pour mettre la main sur le pétrole irakien ; en 2010, Barack Obama s'associe à Nicolas Sarkozy pour tenter de rafler le pétrole ivoirien en complotant pour renverser le président Gbagbo. Il est temps de faire savoir à ces Laurel et Hardy de la politique que leur funeste projet n'aboutira pas, tout simplement parce que la courageuse résistance ivoirienne, soutenue par les peuples dignes d'Afrique, y fera barrage. Yes we can !

Patriotisme : La résistance ivoirienne est historiquement née lorsque des millions d'Eburnéens sont descendus dans les rues du pays pour empêcher le général-putschiste Robert Guéi de voler la victoire de l'outsider Laurent Gbagbo à l'élection présidentielle de 2000. Guéi accepta l'inéluctabilité de sa défaite avant que le Conseil constitutionnel ne la confirme, quand, survolant Abidjan en hélicoptère, il  constata la densité de la marée humaine qui avait envahi les artères de la ville. Mais le mouvement patriotique prendra toute son ampleur à partir de 2002, quand Alassane Dramane Ouattara, qui avait déjà financé le renversement d'Henri Konan Bédié par le général Guéi, mais s'était retrouvé sur la touche lorsque ce dernier refusa de lui céder le fauteuil présidentiel comme convenu initialement, décidera de tenter un autre coup d'Etat en s'appuyant cette fois sur de jeunes soldats aidés par des assaillants burkinabés, maliens et libériens. C'est grâce à l'amour inconditionnel des citoyens ivoiriens pour leur patrie que les plans machiavéliques de Ouattara et de ses donneurs d'ordre occidentaux ont pu être contrés. Les patriotes ont défendu la Nation quand le groupe de travail international (GTI), sous la houlette de la villepiniste Brigitte Girardin, s'était mis en tête de dissoudre l'une des institutions fondamentales de la République, l'Assemblée nationale, dont le président était alors perçu comme étant l'homme le plus anti-français d'Afrique de l'ouest. Ils sont morts en faisant barrage aux chars français qui faisaient route vers la résidence du chef de l'Etat ivoirien pour l'assassiner ; ils sont morts transpercés par les balles des soldats de Licorne tirant sur eux depuis l'hôtel Ivoire ; ils sont morts explosés et brûlés par les bombardements des ponts d'Abidjan par l'aviation gauloise ; ils sont morts déchiquetés par les coups de machettes et les tirs de kalachnikovs des barbares rebelles à la solde de Ouattara... Et pourtant, si l'on s'en réfère aux médias internationaux, les patriotes ivoiriens sont une bande de jeunes voyous assoiffés de sang et de violence ! Cherchez l'erreur. L'élan patriotique s'était quelque peu effrité ces dernières années. Difficile de rester mobilisés, quand l'une des figures emblématiques du mouvement, Charles Blé Goudé, passait son temps à faire du porte à porte pour demander aux populations d'accepter Guillaume Soro comme premier ministre de Laurent Gbagbo ou à aller en boîte de nuit avec le plus sanguinaire chef de guerre de Côte d'Ivoire, le lugubre Wattao. Cependant, grâce à l'inacceptable, la révoltante et l'humiliante ingérence étrangère faisant suite à la tentative avortée de hold-up électoral par le «serial loser» Ouattara en décembre 2010, la flamme patriotique s'est rallumée, plus vivace que jamais, et pas seulement en Côte d'Ivoire, comme les prouvent les manifestations et marches de soutien au président Gbagbo organisées à travers toute l'Europe. En 2008, le peuple américain n'élisait pas en Barack Obama le président de l'Afrique. De la même façon, en 2010, le peuple ivoirien n'a pas élu en Laurent Gbagbo le président de l'Occident. «Salut ô terre d'espérance, pays de l'hospitalité, tes légions remplies de vaillance ont relevé ta dignité.» Oui, les fiers Ivoiriens ont répondu, répondent et répondront toujours à l'appel de la Nation, nonobstant les incantations de ceux qui, depuis des décennies, se développent sur le dos de la Côte d'Ivoire. Il y a encore beaucoup d'actes patriotiques à poser. Dératiser l'hôtel du Golf. Chasser de notre territoire les tueurs de la force Licorne et de l'Onuci. Rompre quelques relations. Expulser quelques ambassadeurs. Refouler  hors de nos frontières tout titulaire d'un visa, carte consulaire ou passeport émis par des individus nommés par Alassane Dramane Ouattara. Déchirer solennellement le Pacte colonial. Créer une monnaie ivoirienne. Rebaptiser du nom de figures africaines, afro-américaines et afro-caribéennes les rues, ponts et boulevards encore dotés de patronymes coloniaux. Renationaliser quelques sociétés. Instaurer des quotas pour les expatriés et imposer un transfert de compétences aux ressources humaines locales dans un temps déterminé et non négociable... «Tes fils chère Côte d'Ivoire, fiers artisans de ta grandeur, tous rassemblés pour ta gloire, te bâtiront dans le bonheur».


A suivre sur http://saoti.over-blog.com


En attendant, je vous souhaite une heureuse année 2011. Qu'elle apporte la paix et l'émancipation du joug colonial qui tente de stranguler la Côte d'Ivoire.


Mahalia Nteby

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