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vendredi, 21 janvier 2011

50ÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DE PATRICE LUMUMBA

PATRICE LUMUMBA EN 1961.gif

Patrice Eméry Lumumba


On commémore aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la disparition d'un grand héros panafricain. Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement congolais mort le 17 janvier 1961, a été assassiné dans le Katanga après avoir été renversé avec la complicité des services américains et belges. Ses discours enflammés contre l'«impérialisme» et pour l'«unité africaine» avaient enthousiasmé le continent. A tel point que son tombeur, le maréchal Mobutu, avait dû le réhabiliter quelques années plus tard. Le souvenir de Lumumba reste cher aux yeux de nombreux congolais, même ceux qui ne l'ont pas connu de son vivant. Par Christophe Boisbouvier.


RFI : Qui est Lumumba pour vous ? Un surdoué de la politique, un idéaliste, un naïf ?

Isidore Ndaywel : Lumumba est d'abord pour moi le père de l'Indépendance. C'est l'homme qui a le plus donné de lui-même, pour que le Congo devienne indépendant. Et ensuite c'est quelqu'un qui a payé de sa vie. Il incarne le nationalisme congolais.


RFI :
Donc pour vous c'est un martyr de l'Indépendance ?

Isidore Ndaywel : C'est un martyr de l'Indépendance. Tout à fait.


RFI :
Alors qui a tué Lumumba ? Mobutu ? Tshombé ? Les Occidentaux ?

Isidore Ndaywel : Je pense qu'on ne va pas prendre des raccourcis. On sait qu'il y a toute une coalition, essentiellement occidentale, avec des intermédiaires, évidemment, qui sont des Congolais.


RFI :
Donc pour vous les vrais décideurs de son assassinat sont à Washington ? A Bruxelles ? C'est ça ?

Isidore Ndaywel : Absolument. Les choses sont de plus en plus claires. C'est fondé sur des informations fiables. Il y a des publications intéressantes, notamment cet ouvrage du Belge Ludo de Witte « L'assassinat de Lumumba, Khartala, 1999 »... On a donc confirmation, et on voit même un peu plus clair dans tout ce qui a pu se passer.


RFI :
Est-ce que les Français ont joué un rôle ?

Isidore Ndaywel : Peut-être pas directement, mais de toute façon, dès que la sécession Katangaise est déclarée, il va y avoir des mercenaires français.


RFI :
A l'époque c'était la guerre froide. Est-ce qu'en se rapprochant de Moscou, Lumumba n'a pas commis quelques imprudences ?

Isidore Ndaywel : Ce n'est pas attesté qu'il se soit vraiment rapproché de Moscou. Mais il avait un franc-parler pour dire : « Si nous n'avons pas le soutien voulu, alors nous allons nous tourner vers l'Union soviétique ».

Nous savons très bien que lorsqu'il a eu des problèmes lors de la mutinerie de la force publique, sa première démarche a été de se tourner vers les Etats-Unis ! Mais nous savons que le président Eisenhower n'a pas voulu le recevoir. Il a même fait le voyage jusqu'aux Etats-Unis.

Nous savons également que toutes les promesses qui avaient été faites du côté soviétique, l'envoi des avions Iliouchine, etc, il n'y a rien eu. Et Lumumba s'est retrouvé seul. Mais il y a eu cet effort suicidaire, de tout de même essayer de réduire la sécession katangaise.

Et je pense que c'est dans cette démarche, dans cet effort, que non seulement il a trouvé la mort, mais c'est grâce à son sacrifice également que la sécession katangaise, finalement, sera résolue, puisque la sécession n'aura plus son bouc-émissaire. Et l'« ONU » et la Communauté internationale, devra bien reconnaître que puisque le « communiste » n'est plus en vie, il n'y a plus de raison pour justifier la sécession du Katanga.


RFI :
Est-ce que le drame de Lumumba, justement, ce n'est pas d'avoir été le héros de l'Indépendance d'un pays très grand et très riche ?

Isidore Ndaywel : Je pense qu'il en était conscient. Il a été broyé par la guerre froide. Tout ça c'était nouveau, et la guerre froide, et le fait que le Congo devienne le terrain favori de la guerre froide, et finalement cette expérimentation de la présence des Casques bleus quelque part dans le monde.


RFI :
De tous les chefs d'Etat qui se sont succédés depuis 1960, quel est celui qui suivi ses traces ?

Isidore Ndaywel : Bien entendu, c'est Laurent-Désiré Kabila, puisque c'est un projet de jeunesse. C'est quelqu'un qui a été fortement révolté par ce qui s'est passé. Et finalement il s'est décidé à poursuivre ce combat, poursuivre cela à sa manière. Et voilà que, quarante ans après, il disparaît dans les mêmes conditions.


RFI :
Est-ce que les différents chefs d'Etat qui se sont succédé n'ont pas essayé de récupérer le mythe Lumumba, justement ?

Isidore Ndaywel : Oui, mais cela me paraît assez normal, parce que les hommes politiques cherchent à avoir un point d'ancrage par rapport à l'icône. Je dois dire également, le parti politique, comme l'« UDPS », le parti d'Etienne Tshisekedi.

RFI : Mais justement, à force d'être récupéré par tant de partis, par tant d'hommes politiques, est-ce que le mythe Lumumba n'est pas en train d'être dénaturé ?

Isidore Ndaywel : Je ne pense pas. Il y a la pensée politique de Lumumba. Il y a des éléments clés de cette pensée, qui restent des éléments de base, notamment le primat de l'unité nationale sur tout autre élément. Et ça n'a pas été étonnant d'ailleurs, que nous ayons retrouvé ailleurs, comme notamment chez Thomas Sankara, l'insistance à des slogans comme « La patrie ou la mort. Nous vaincrons », qui étaient des slogans de Lumumba. Ce qui démontre que d'ailleurs son « nationalisme » était à la fois congolais et africain, africain-congolais, tout cela allait ensemble.


NOTE :

Interview d'Isidore NDAYWEL réalisé par Christophe BOISBOUVIER.
Isidore NDAYWEL est auteur d'« Histoire générale du Congo »,
ouvrage publié chez « Afrique Editions ».



ECOUTEZ LES EMISSIONS SUR PATRICE LUMUMBA, CLIQUEZ SUR LES TITRES CI-DESSOUS:


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Emission La marche du monde du 16/06/2006 - Patrice Emery Lumumba (durée : 19:29)

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Emission Mémoire d'un continent du 16/08/2010 - Patrice Emery Lumumba (durée : 19:30)

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Spéciale Archives d'Afrique - Patrice Emery Lumumba (1/2) (durée : 2631)

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Spéciale Archives d'Afrique - Patrice Emery Lumumba (2/2) (durée : 19:31)



Source: NERRATI.NET

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