topblog Ivoire blogs

lundi, 31 janvier 2011

MOHAMED AREF, UN OBSERVATEUR DE L'UA DENONCE: «LES CHIFFRES DE CHOI SONT TRUQUES»



YOUNG JIN CHOI 3.jpg

Pour visionner l'élément vidéo de la dénonciation de Mohamed Aref, cliquer: ICI

 

In Le Nouveau Courrier N°192 du 31 Janvier 2011 Par Philippe Brou


C'est une prise de parole qu'on ne pourra pas longtemps ignorer. Mohamed Aref, avocat et défenseur des droits de l'homme respecté dans son pays, Djibouti, qui faisait partie des observateurs de l'Union africaine lors de la dernière présidentielle ivoirienne, a décidé de sortir de sa réserve. Profondément révolté dans sa conscience d'Africain, il s'est désormais mis au service de la cause du président Laurent Gbagbo. Lors d'une interview au site du satirique panafricain Le Gri Gri International, il s'explique. Ses paroles sont particulièrement fortes. « Quand j'ai vu le fiasco qui s'organisait à partir du monde des Nations unies, ça m'a horripilé. J'ai tout de suite compris que c'était un moyen de recoloniser la Côte d'Ivoire », s'insurge Mohamed Aref. Il pointe du doigt le « renouveau de l'impérialisme arrogant et dévastateur ».


Mohamed Aref, qui était au cœur du processus électoral, va plus loin. « Je peux témoigner que la majorité de la population ivoirienne a voté pour le président Gbagbo et que les chiffres de Choi sont truqués ». «  C'est tellement grotesque que M. Choi a insulté les Nations unies, a déconsidéré les Nations unies en acceptant de ratifier des résultats aussi nuls et aussi irréguliers », poursuit-il. Par peur d'être humiliés, Ouattara, Sarkozy et Ban Ki Moon - qui a, ô étrangeté, considéré un éventuel recomptage des bulletins comme « une grave injustice » - refusent que le dossier des élections soit confié à un panel d'experts internationaux. « C'est parce qu'ils vont prendre une déculottée », affirme Mohamed Aref. « Ils sont pressés d'agir à tel point qu'ils appellent à la guerre » alors que la majeure partie des chefs d'Etat africains souhaitent une solution négociée, explique-t-il.


 

Source : LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 30 janvier 2011

DES INTELLECTUELS AFRICAINS SIGNENT "LE MANIFESTE POUR LA COTE D’IVOIRE"


des parchemins

Manifeste pour la Côte d'Ivoire pour le respect du droit international, le respect de la souveraineté de la Côte d'ivoire, de la Constitution et des institutions ivoiriennes et pour une sortie de crise pacifique, honorable et équitable.


Nous, intellectuels africains «non-alignés» et «non aliénés», ou «vrais amis» de l'Afrique Mère de l'Humanité et de la Civilisation, soussignés, tenons à interpeller la Communauté Internationale, en particulier les gouvernements de la France, des Etats-Unis, le Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Union Européenne, l'Union Africaine, la CEDEAO, l'UEMOA, au sujet de la crise post électorale ivoirienne actuelle. Au nom des exigences de la rigueur et de l'honnêteté intellectuelle, de la justice et du droit, de la démocratie et de la paix, de la dignité de l'Afrique et des Africains, dont nous tenons à être des défenseurs, contrairement à beaucoup d'acteurs de cette crise préoccupés par des intérêts géopolitiques, des complexes de domination inavouables, et de préjugés anthropologiques, nous leur disons:

1) Nous ne trouvons «aucune base juridique recevable» à aucune des prises de position, de décisions, des sanctions et des menaces de la «Communauté Internationale» autoproclamée depuis le début de cette crise et nous les mettons au défi d'exposer une justification juridique qui ne soit pas une offense au droit international et une atteinte à la dignité de l'Afrique. Nous estimons notamment qu'aucun texte juridique ne fonde la «Communauté Internationale» à considérer les « résultats provisoires » proclamés par la «Commission Electorale Indépendante» ivoirienne comme les «résultats définitifs», à proclamer ces résultats définitifs» à la place du Conseil Constitutionnel ivoirien, à considérer un des candidats comme «le président élu» ou «le président légitime», à lui conférer des droits et des pouvoirs sur le plan international. Nous affirmons que conformément au droit, seuls la Constitution et le Conseil Constitutionnel ivoiriens sont habilités à exercer ou conférer de tels droits et pouvoirs.

2) Nous estimons que ce «déni du droit» et cet «abus de pouvoir» de la «Communauté Internationale» au nom de l'arbitraire et de «la raison du plus fort» ouvrent la porte à des dérives plus graves créant une «injustice internationale» et un «désordre international», mettant en danger l'équilibre et l'avenir de la paix dans le concert des nations, créant des précédents dangereux à des actes autoritaires et impérialistes des futures «hyper puissances mondiales» dont risque d'être victimes un jour les puissances mondiales actuelles usant de cet «abus du pouvoir». C'est la raison principale de notre présent «combat de la raison contre la raison du plus fort».

3) Compte tenu de la structure «partisane» et de «coalition» contre le pouvoir sortant de la Commission Electorale «prétendument» Indépendante, comportant 6 représentants de la rébellion armée et 12 représentants de la coalition politique contre le pouvoir sortant contre 2 seulement pour ce pouvoir sur un total de 20 représentants de partis politiques et groupes armés, sans compter les 11 représentants des corps constitués, le «dogme de l'infaillibilité» de cette commission dans sa proclamation non consensuelle comme le prévoit le code électoral des «résultats provisoires» et non «définitifs» dans les locaux du quartier général de campagne d'un des candidats, en violation des règles établies, et sur lequel s'appuie la «Communauté Internationale», nous paraît plus que suspect et témoigner d'une «anesthésie partielle et sélective» de l'esprit critique que la même communauté prétend appliquer avec toute sa rigueur au Conseil Constitutionnel ivoirien.

4) Compte tenu des graves accusations de complicité de fraudes massives portées contre l'ONU par son représentant spécial adjoint en Afghanistan, Monsieur Peter Galbraith, en octobre 2009 suite au premier tour le 20 août 2009 de la dernière élection présidentielle afghane, compte tenu du refus de désarmement et de cantonnement des rebelles ivoiriens par les forces de l'ONU en Côte d'Ivoire contrairement aux engagements formels de l'ONU de soutien à l'Accord de Ouagadougou de 2007, et compte tenu de la protection assurée par ces forces à l'un des candidats du second tour de la dernière élection présidentielle ivoirienne, bien avant la proclamation des résultats provisoires de ce second tour par la Commission Electorale Indépendante, nous estimons honnêtement que la «certification» de ces résultats provisoires par l'ONU ne saurait bénéficier du «dogme de l'infaillibilité», pas plus en Côte d'Ivoire qu'en Afghanistan.

5) Compte tenu de ce «parjure» de l'ONU concernant le désarmement et le cantonnement des rebelles ivoiriens, compte tenu de «l'injure à la démocratie» que constitue l'organisation de l'élection présidentielle supposée «libre et transparente», sous la menace des armes des rebelles ivoiriens sur 63 % du territoire ivoirien, et sur la pression de l'ONU, nous estimons que l'ONU porte la plus lourde responsabilité dans la crise ivoirienne actuelle et qu'il est indécent que l'ONU « verse de l'huile sur le feu » de la crise ivoirienne par des décisions partisanes et sans aucun fondement juridique recevable. De plus, pourquoi l'ONU n'avait-elle pas poussé les autorités légales afghanes, comme les autorités ivoiriennes, à étendre l'organisation de la dernière élection présidentielle afghane dans la majeure partie du territoire afghan sous le contrôle et la menace des rebelles armées «talibans»? Si par l'absurde elle l'avait fait comme en Côte d'Ivoire, que penserait l'opinion publique internationale de l'ONU si l'ONU avait exigé ensuite de la Cour Constitutionnelle afghane et les autres autorités légales afghanes d'accepter les résultats «entachés de fraudes massives» émanant de ces zones électorales sous le contrôle et la menaces de rebelles armées, après avoir exigé de son représentant spécial en Afghanistan de «certifier» ces résultats «frauduleux» comme en Côte d'Ivoire?

6) Le respect des règles du jeu de football interdit à quiconque, même aux plus grandes puissances mondiales, de remettre en cause le verdict d'un penalty sifflé dans un match par l'arbitre, quel que soit le bien fondé des critiques qu'un tel verdict peut susciter. Le respect des lois de la constitution américaine a interdit à quiconque, même au malheureux candidat Al Gore, à son parti, et à toute nation étrangère aux Etats Unis, fût-elle une des plus grandes puissances du monde après les Etats Unis, de remettre en cause la décision de la Cour suprême des Etats Unis du 12 décembre 2000 en faveur de candidat George W. Bush à la suite des accusations de fraudes électorales dans l'Etat de Floride dont le gouverneur n'était autre que le frère de ce dernier candidat. De même, le respect des lois de la constitution ivoirienne interdit à quiconque, même au malheureux candidat Alassane Ouattara, à sa coalition ivoirienne et internationale, et à toute nation ou institution étrangère à la Côte d'Ivoire, fut-elle la plus grande puissance mondiale actuelle comme les Etat Unis, l'ancienne puissance colonisatrice de la Côte d'Ivoire comme la France, la plus puissante institution mondiale comme le Conseil de Sécurité de l'ONU, ou une des institutions africaines «instrumentalisées» comme l'Union Africaine, la CEDEAO, la Communauté Economique Des Etats de l'Afrique de l'Ouest, l'UEMOA, l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, sous le contrôle total de la France propriétaire du franc CFA, de remettre en cause la décision en date du 3 décembre 2010 de la Cour Constitutionnelle Ivoirienne seule habilitée par la Constitution ivoirienne à proclamer les «résultats définitifs» et sans appel d'une élection en Côte d'Ivoire.

7) Dans le règlement des crises politiques en Afrique comme à Madagascar, en Guinée et au Niger, l'Union Africaine a toujours brandi comme règle inviolable la conformité à la constitution nationale, ce que le Président Laurent Gbagbo a parfaitement respecté tout le long de la dernière élection présidentielle ivoirienne, conformément aux recommandations formulées à Accra le 11 juillet 2009 par le Président Obama en faveur de la démocratie en Afrique: «L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, il a besoin d'institutions fortes». Le changement brusque et brutal de cette règle du jeu de la part de l'Union Africaine et de la CEDAO ne s'explique que par des pressions et des manipulations par les nations et des institutions étrangères à l'Afrique qui n'honorent ni ces deux institutions africaines, ni l'Afrique elle-même, d'autant plus que dans leurs nouveaux rôles, plusieurs chefs d'Etats africains ou chefs d'institutions africaines jouent le triste rôle de «bourreaux de leurs propres frères noirs» sur ordre de «commanditaires blancs ou jaunes».

8) A tous ces nouveaux «va-t-en-guerre» contre leurs frères africains sur ordre des nouveaux «commanditaires négriers» européens, américains et asiatiques, nous demandons: Qu'avez-vous fait quand la répression barbare des protestations contre les fraudes électorales massives au Togo en avril 2005 a fait au moins 500 morts, selon le rapport commandité par le Conseil de Sécurité de l'ONU, soit plus de victimes que les massacres de Soweto du 16 juin 1976, et plus de 3000 morts selon l'ancien ministre togolais de l'intérieur jusqu'à quelques jours du bain de sang au prix duquel la dictature togolaise est devenue héréditaire? Vous êtes-vous préoccupés jusqu'à ce jour des suites données par le Conseil de Sécurité de l'ONU à cette barbarie post électorale incomparablement plus meurtrière et plus inquiétante pour la démocratie en Afrique que la crise post électorale actuelle en Côte d'Ivoire? Le sang des victimes de cette dernière crise a-t-elle plus de valeur que celui des milliers de morts de la guerre civile ivoirienne dont la Communauté Internationale donne l'impression de protéger et de promouvoir de manière ostentatoire les commanditaires et les exécutants de basse besogne?

9) A tous les responsables de «la Communauté Internationale» qui actuellement «versent de l'huile sur le feu» de la crise ivoirienne au risque de revoir les flammes de la guerre civile embraser tout le pays, nous tenons à affirmer au nom de la raison, du droit, de la justice et de la paix, et du «combat de la raison contre la raison du plus fort», que toutes leurs initiatives dans la crise ivoirienne jusqu'à ce jour sont contraires aux principes sacrés du respect du droit international, et surtout du respect de la souveraineté de la Côte d'Ivoire et de l'autorité de la constitution et des institutions ivoiriennes. Plus particulièrement, à l'ancienne puissance colonisatrice de la Côte d'Ivoire, qu'il nous soit permis de rappeler le «devoir de réserve et de non ingérence» dont son propre Président a énoncé «le principe sacré» dans sa conférence de Presse à Paris le 24 janvier 2011 à l'occasion du début de la présidence française du G8 et du G20 en déclarant: «On ne peut pas parler d'un pays avec la même liberté quand il y a 50, 60, 70 ans, moins parfois, ce pays ressentait la colonisation française comme une souffrance... Je revendique une certaine réserve. Je ne veux pas que la France soit assimilée à un pays qui a gardé des réflexes coloniaux...Plus nous voudrions faire de l'ingérence et moins nous serons influents... La puissance coloniale est toujours illégitime à prononcer un jugement sur les affaires intérieures d'une ancienne colonie». Par cette déclaration publique, le président Français démontre brillamment que la France, les Etats-Unis et tous les pays qui s'autoproclament comme «la Communauté Internationale» «sont dans l'illégitimité» lorsque, comme ce président l'a «réitère» dans la même conférence de presse, ils accordent le soutien « aveugle et autiste » de cette «Communauté Internationale» au «seul gouvernement légitime de la Côte d'Ivoire, celui de Alassane Ouattara», dont le «dogme de la légitimité», pour les ivoiriens sous la menace des armes des rebelles «talibans ivoiriens» depuis huit ans, est plus que suspect et résonne plutôt comme «un blasphème de la démocratie».

10) La politique, c'est l'art de la négociation et du consensus, et non l'art de la guerre ou de la confrontation violente. Gouverner une nation suppose, non pas un consensus international suffisant, mais un consensus national suffisant. C'est pourquoi nous affirmons à la face du monde, notamment des «plus puissants de ce monde», des protagonistes majeurs de cette crise, de tous les ivoiriens, et de tous les Africains, que par amour de la Côte d'Ivoire et de sa souveraineté, une solution à la crise post électorale actuelle en Côte d'Ivoire ne peut pas être militaire, mais doit être politique et qu'elle suppose une «négociation directe» entre les deux protagonistes majeurs, pour s'accorder sur une telle solution, à faire entériner ensuite par l'Union Africaine et par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Nous suggérons également que, la source principale de la crise post électorale actuelle étant selon nous le non-respect par l'ONU de la clause de l'Accord de Ouagadougou de 2007 lui imposant la responsabilité de veiller au désarmement et au cantonnement des rebelles au plus tard deux mois avant le début de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, cette solution de sortie de crise puisse inclure entre autres que le Conseil de Sécurité de l'ONU s'engage de nouveau à honorer son engagement dans les meilleurs délais, plus précisément à désarmer et à dissoudre les «forces armées illégales» ivoiriennes, pour ouvrir la voie dans les meilleurs délais à une «élection présidentielle anticipée», «réellement libre et transparente», sans tricherie ni en amont ni en aval du processus électoral, et qui ne soit plus «une insulte à la démocratie» comme la dernière élection controversée. Etant donnés les soupçons d'impartialité qui pèsent sur les forces de l'ONU en Côte d'Ivoire, il est recommandable que ces opérations de désarmement et de dissolution puissent être effectuées sous le contrôle d'experts militaires africains mandatés par l'Union Africaine et ressortissants de pays africains non suspects de compromission avec le Conseil de Sécurité de l'ONU ou les puissances étrangères à l'Afrique non respectueuses de la souveraineté ivoirienne. Cette «élection présidentielle anticipée», ne serait pas un «troisième tour» de la dernière, mais un nouveau processus électoral «exceptionnel» que le Président Laurent Gbagbo pourrait librement décider de convoquer, par souci de la paix, du consensus et de la prospérité dans toute la Côte d'Ivoire, conformément aux pouvoirs que lui ont conférés à la faveur de la dernière élection, le peuple, la Constitution et le Conseil Constitutionnel ivoiriens. La solution d'une telle sortie de crise pacifique, équitable et honorable pour tous les principaux protagonistes, et surtout respectueuse de la souveraineté ivoirienne et de l'autorité de la constitution et des institutions ivoiriennes, ainsi que de la dignité de l'Afrique, est donc entre les mains du Président Laurent Gbagbo et du Premier Ministre Alassane Ouattara. Telles sont nos critiques décapantes de « combattants de la justice contre l'injustice, du droit contre l'arbitraire, de la raison contre la raison du plus fort » et nos propositions concrètes «d'artisans de la Paix».



Premiers signataires

1) Professeur Molefi ASANTE, USA
2) Professeur Ama Mazama, USA-FRANCE
3) Professeur Martial Frindhetie, USA-COTE D'IVOIRE
4) Professeur Fanbo GNIVIH, FRANCE-TOGO
5) Professeur Koffi ABALO, COTE D'IVOIRE-TOGO
6) Docteur Nda Nguessan KOUADIO, TOGO-COTE D'IVOIRE
7) Docteur Guy ALOVOR, FRANCE-TOGO
8) Docteur Abdou MOUSSA, FRANCE-CENTRAFRIQUE
9) Jean-Paul FOUGAIN, Ingénieur, FRANCE-CAMEROUN
10) Honorine GANHOULE, Auditrice, FRANCE-COTE D'IVOIRE

MAIS POURQUOI DONC LE POUVOIR FRANÇAIS JUGE-T-IL INDISPENSABLE QUE LA FRANCE SE TIRE UNE BALLE DANS LE PIED?



ROLAND DUMAS ET JACQUES VERGES.jpg

Mise à sac de l'ambassade à Paris, Roland Dumas et Jacques Vergès dénoncent la violation de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques... à 2 jours du Sommet de l'UA.

Depuis le 23 janvier, pour les médias français, Ally Coulibaly est "le nouvel ambassadeur de la Côte d'Ivoire en France." Nicolas Sarkozy le leur a présenté ou presque ce jour-là lors d'une conférence de presse. Les Ivoiriens désireux de se rendre au pays, eux, sont au courant que rien ne va plus à l'ambassade depuis une quinzaine de jours. Paris a unilatéralement mis fin à la mission de l'ambassadeur légal Pierre Kipré. Ainsi qu'elle en avait le droit. Le bât commence à blesser après. Le Premier ministre Alassane Ouattara, autoproclamé président, a alors, tout aussi unilatéralement, mais la légalité en moins, "nommé" "son" "ambassadeur". Les échanges de courriers entre l'ambassade et le ministère des Affaires étrangères français méritent de figurer dans les livres d'histoire qui décriront la fin de la Françafrique. Entre rire et drame. Comme depuis le début de la crise post-électorale quand on regarde et écoute Paris s'agiter. Comme après la mort des deux jeunes Français au Niger. Comme (juste) avant la chute de Ben Ali. Comme (d'ici peu) pendant la chute d'un autre Ali Ben... Bongo, le fils du Mollah Omar, "le Mollah'Son". Aussi perdant et soutenu par Paris que Ouattara mais ayant, lui, le pouvoir (jusqu'à quand ?).

Dans les jours suivants, l'ambiance aux abords de l'ambassade a commencé à se dégrader. D'une sorte de statu quo à l'intérieur, on est passé à une quasi forteresse subissant le siège. Certains jours, ça restait fermé (mais ouvrait quand même un petit peu). Cela dérapa plusieurs fois. Quatre hooligans "ouattaristes" (?) lynchèrent un sexagénaire. Le 25 janvier, on saccagea le portail, les portes et l'intérieur d'une Ambassade vide. Pour permettre à Ally Coulibaly d'y entrer. Pire, la résidence de l'Ambassadeur Kipré fut prise pour cible, sa femme et ses enfants, injuriés, menacés et séquestrés à l'intérieur. Les hooligans (dont certains ont été identifiés, si l'on en croit la plainte déposée le 27 janvier par Pierre Kipré) n'abandonnant le siège qu'en début de soirée.

Vous trouverez ci-dessous un entretien avec Maître Roland Dumas et Maître Jacques Vergès. Ainsi que leur déclaration officielle, relative à la violation par la France de la Convention de Vienne des relations diplomatiques.



Paris, le 28 janvier 2011


La France a commis un acte grave à l'égard de l'Ambassade de la Côte d'Ivoire le 25 janvier 2011 en permettant (et accompagnant) une bande d'insurgés qui ont violé les locaux de la mission et la résidence de l'Ambassadeur.
Ceci est contraire aux dispositions de l'article 22 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961.

L'article 22 précise, au contraire :
"L'État accréditaire a l'obligation spéciale de de prendre toutes mesures appropriées afin d'empêcher que les locaux de la mission ne soient envahis ou endommagés, la paix de la mission troublée ou sa dignité amoindrie.
Les locaux de la mission, leur ameublement et les autres objets qui s'y trouvent, ainsi que les moyens de transport de la mission, ne peuvent faire l'objet d'aucune perquisition, réquisition, saisie ou mesure d'exécution."

Ces faits graves sont en outre contraires aux usages qui veulent que les personnalités diplomatiques étrangères soient traitées avec égard jusqu'au moment où elles quittent le pays accréditaire.



Roland Dumas                                                Jacques Vergès
Avocat à la Cour                                             Avocat à la Cour

 

Source: IVOIREVOX.COM

FRAUDE MASSIVE D'ADO A L'ELECTION PRESIDENTIELLE: CAS DU DEPARTEMENT DE FERKESSEDOUGOU

 

ELECTION EN COTE D'IVOIRE.jpg

Au premier tour de l'élection, le candidat Alassane Dramane Ouattara a obtenu dans le département de Ferké 71 082 voix soit plus de 87 % des voix avec un taux de participation record de 87.48%.
Au second tour, Monsieur Alassane Dramane Ouattara a réalisé un score extraordinaire de 84 153, soit 13 071 voix supplémentaires au second tour dans le seul département de Ferké.
Comment peut-on expliquer ce score exceptionnel de 13 071 voix supplémentaires dans ce seul département de Ferké ?
A l'analyse des statistiques fournis par la CEI, ce score extraordinaire à Ferké ne peut s'expliquer que par la réalisation simultanée et invraisemblable de plusieurs facteurs ou faits.

Premier fait qui expliquerait ce score inédit : le report total (100%) des voix obtenues par le candidat Bédié en faveur du candidat Alassane Ouattara dans tout le département de Ferké.
Le candidat du PDCI a appelé à voter celui du RDR. De ce fait, l'on pourrait croire que le report des voix de Bédié pourrait expliquer ce score extraordinaire d'Alassane Dramane Ouattara dans le département de Ferké. Mais que non. A l'analyse, Bédié a obtenu uniquement 1731voix au premier tour dans tout le département de Ferké. De ce fait, même un report de 100% des voix de Bédié (ce que l'on sait difficilement réalisable) ne peut expliquer le score d'Alassane Ouattara. Ce report de 100%, même s'il était acquis extraordinairement au profit d'Alassane Dramane Ouattara, laissera un gap de 11 340 voix (13 071 - 1731 = 11 340).

Deuxième fait qui expliquerait ce score irréaliste : le report total (100%) des voix obtenues par tous les autres candidats du premier tour (excepté le candidat Laurent Gbagbo) en faveur du candidat Alassane Dramane Ouattara dans tout le département de Ferké.
L'ensemble des autres candidats ont obtenus en totalité 1 612 voix dans le département de Ferké. Le report de la totalité de ces voix (ce que l'on sait difficilement réalisable) en faveur d'Alassane Dramane Ouattara ne peut non plus expliquer son score record de 13 071 voix supplémentaires dans ce département. Ce report quoiqu' une fois de plus de 100% (1612 voix) laisse toujours un gap de 9 728 voix (11 340 - 1612 = 9 728).

Troisième fait qui expliquerait ce score surréaliste : la réduction de plus de 81% des bulletins nuls à Ferké lors du second tour.

Les bulletins nuls ont été réduits de plus de 81% à Ferké, passant de 3 837 au premier tour à seulement 735 au second tour. Cette extraordinaire réduction de bulletins nuls permet un gain supplémentaire de 3102 voix qui sont tous allés en faveur d'Alassane Dramane Ouattara puisque les voix du candidat Laurent Gbagbo ont baissé au second tour dans tout le département, passant de 3 032 voix au premier tour à 2774 voix au second.
Cette réduction des bulletins nuls quoiqu'en faveur d'Alassane Dramane Ouattara ne peut non plus expliquer le score étonnant d'Alassane Dramane Ouattara de plus de 13 071 voix supplémentaires car en accordant tous ces bulletins nuls au candidat du RDR, il subsiste toujours un énorme gap de 6 626 voix (9 728 - 3102 =6 626).

Quatrième fait qui expliquerait ce score incroyable : des militants ou sympathisants de LMP ont votés Alassane Dramane Ouattara au second tour.
Cette dernière explication est improbable car l'analyse des résultats révèle que les scores obtenus par le candidat de la LMP au second tour sont légèrement supérieurs à ceux du premier tour, excepté les résultats du département de Ferké où le candidat de la LMP a perdu 258 voix au profit d'Alassane Dramane Ouattara.
Ces faits, pris individuellement ne peuvent expliquer le score obtenu par Alassane Dramane Ouattara à Ferké.
Bien plus, c'est fait mis ensemble n'expliquent pas non plus le score incroyable d'Alassane Dramane Ouattara à Ferké. Car bien que :
- la totalité des voix de Bédié au premier tour (1731) aient été octroyées à Alassane Dramane Ouattara ;
- la totalité des voix de tous les autres candidats du premier tour (1 612) aient été octroyées à Alassane Dramane Ouattara ;
- les bulletins nuls du second tour on été réduits extraordinairement de plus de 81%, comparativement au premier tour, octroyant par la même occasion un gain de 3102 voix à Alassane Dramane Ouattara au second tour ;
- le candidat de LMP ait perdu 258 voix, toutes au profit d'Alassane Dramane Ouattara,
le score supplémentaire de 13 071 voix obtenus par Alassane Dramane Ouattara à Ferké est nettement supérieur de 6 368 voix au cumul de l'ensemble des voix cités plus haut (1731+1 612+3102+ 258 = 6 703 ; 13 071 - 6 703 = 6 368).

Ce score d'Alassane Dramane Ouattara au second tour à Ferké ne peut s'expliquer que si en plus d'avoir obtenu de manière incroyable l'ensemble des voix citées plus haut, Alassane Dramane Ouattara a obtenu également d'autres voix exceptionnelles. C'est ce qui a été fait pour justifier la fraude au nord. Ces voix supplémentaires frauduleuses ne pouvaient être obtenus qu'en gonflant de manière frauduleuse le nombre de votants. C'est ce qui a été fait en falsifiant le taux de participation dans tout le nord et plus particulièrement à Ferké. Taux déjà très élevé au premier tour (87.48 %) et qui a été extraordinairement porté à 95.03 % pour justifier la fraude. Ce taux donne un bonus de plus de 8%.Ce qui voudrait dire que plus de 6000 personnes, issus du département de Ferké (chiffre correspondant au bourrage des urnes de plus de 6 300 voix supplémentaires) , quoique favorables au candidat Alassane Dramane Ouattara (puisque ces personnes ont toutes voté pour Alassane Ouattara au 2ème tour) ne sont pas sortis au premier tour pour voter leur candidat. Ce qui pour notre part est invraisemblable dans le contexte actuel de l'élection présidentielle en côte d'ivoire.

Ce sont les mêmes observations qui découlent de l'analyse des résultats du département de Korhogo avec 28 244 voix supplémentaires au second tour, octroyées au candidat Alassane Dramane Ouattara et qui ne peuvent être justifiées ni par le report de la totalité des voix du candidat Bédié (9116), ni par le report de la totalité des voix de tous les autres candidats du premier tour (4 251), ni même par la réduction drastique des bulletins nuls de 79% permettant d'obtenir 8 693 voix supplémentaires en faveur du candidat Alassane Dramane Ouattara. Là aussi, ses partisans, en plus de toutes ces voix, ont porté frauduleusement le taux de participation à 87.26 % permettant le bourrage des urnes de plus de 7000 voix supplémentaires .Comme nous l'avions indiqué plu haut, cela signifierait que plus de 7000 personnes, inscrites dans le département de Korhogo, quoique favorables à Alassane Dramane Ouattara ne sont pas sortis au premier tour pour voter leur candidat.

L'analyse est quasiment la même pour le département de Boundiali où le candidat du RDR a obtenu 8 302 supplémentaires au second tour en usant de la fraude par le bourrage des urnes.

En conclusion, il convient de noter que pour assurer la victoire de leur candidat, les partisans de Monsieur Alassane Dramane Ouattara, prétextant d'un taux exceptionnel de participation notamment dans leur zone, ont procédé à des bourrages d'urnes. Pour ce faire, ils ont usé de violence, d'intimidation et de séquestration afin d'atteindre leur objectif sans en être empêchés ou gênés. C'est la seule explication plausible permettant de comprendre les scores inexplicables réalisés en zone CNO par le candidat du RDR lors du second tour de l'élection présidentielle. A ce propos, il est édifiant de noter que les observateurs ont souligné des cas graves de violences dans le nord avec séquestration. Deux observateurs de l'Union Africaine, séquestrés par les rebelles, ont eu la vie sauve grâce à l'Opération des Nations Unie en Côte d'Ivoire (ONUCI). Aussi, il convient de noter qu'alors que tous les observateurs annonçaient un taux de participation autour de 70% au second tour, le taux du second tour annoncé par Monsieur Youssouf  Bakayoko (80.19%) n'est pas loin de celui du premier tour (83.73%) avec des records jamais égalés dans les zones CNO. L'exemple de Ferké qui a fait l'objet de notre analyse l'illustre bien avec un taux de participation record de 95,03% au second tour.

PV BOUAKE.JPG

Pour finir, je vous présente (ci-contre) le Procès-Verbal des résultats de la région du Bandama où les partisans d'Alassane Dramane Ouattara n'ont pas réussi à camoufler le tripatouillage des résultats (certainement qu'ils l'on réussi dans d'autres localités). Ils ont fait des erreurs énormes et incompréhensibles qui ne sont pas passées inaperçues à la commission centrale, à Abidjan.


Une correspondance particulière

samedi, 29 janvier 2011

LETTRE OUVERTE A M. NICOLAS SARKOZY SUR LA CRISE IVOIRIENNE POSTELECTORALE

PIERRE FRANKLIN TAVARES.jpg

Dr Pierre Franklin TAVARES

 

Monsieur le Président,


Pour avoir lu un article paru il y a peu[1], maintes Français résidant en Côte d'Ivoire m'ont demandé de rédiger, à votre attention, une lettre en m'en suggérant l'objet : la Crise ivoirienne postélectorale. Et, après en avoir médité l'opportunité et l'utilité, j'ai accepté en choisissant un thème : la position de la France dans cette crise. Pour autant, j'ai convenu de donner une facture « ouverte » à ma lettre, qui - au plan du genre littéraire - empruntera la forme d'une fiction, puisqu'il s'agit de la transcription d'un rêve récent. Toutefois, à l'inverse du Mercier de L'An 2440, rêve s'il en fut jamais[2], ma lettre, une cohue d'images, ne sera pas un récit d'anticipation, mais la narration d'une fiction qui relatera les événements d'un « rêve » dans lequel la France fit autre chose que ce qu'elle fait actuellement en Côte d'Ivoire.

Je dormais. Mon « rêve », tout en chanson, commença avec La Marseillaise de la Paix de Lamartine, l'ami des Noirs : Ma patrie est partout où rayonne la France, Où son génie éclate aux regards éblouis ! Chacun est du climat de son intelligence. Je suis concitoyen de toute âme qui pense : La vérité, c'est mon pays. Et tandis que je méditais ces paroles, je me vis distinctement observant un spectacle insolite. Sur un mur, un grand calendrier suranné indiquait un jour et une date : Dimanche 28 novembre 2010. J'y entrais, attiré par une irrésistible force de curiosité. C'était l'après-midi du deuxième tour des présidentielles ivoiriennes. Il devait être 14 heures. Vous étiez à Abidjan, en réunion de concertation avec les deux candidats, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, avant l'annonce des résultats provisoires, dans ce beau Palais en forme de trône baoulé, symbole du pouvoir royal-présidentiel bâti par Houphouët-Boigny et situé dans le quartier du Plateau. Et comme dans L'Iliade et l'Odyssée ou les Métamorphoses, Renommée[3] (bona Fama), portée par Écho, laissait dire partout que vous comptiez les bulletins de vote et recherchiez inlassablement un consensus. C'est à ce moment que, sans y avoir été invité, Henri Konan Bédié, l'éliminé du premier tour, prit l'initiative de participer à votre décompte. Il arriva à pieds, seul, et, comme toujours, élégant. Un vieil appariteur, qui le reconnut de loin, ouvrit spontanément la porte, et celle-ci, à mon grand étonnement, ne menait plus à la salle des audiences où vous étiez, mais donnait, par je ne sais quel prodige, sur un mur qui reproduisait le tableau du peintre Andrea Mantegna, Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu. Vous y êtes entrés, tous, l'un après l'autre, tel passe-muraille. C'est alors que, vous tenant seul derrière Minerve, déesse de la Raison et de la Guerre, d'un regard sévère et de votre index droit pointant la sortie, vous chassiez le 11ème vice, la Françafrique, conformément à votre Discours de Dakar. Aussitôt, Gribou, un personnage subitement apparu de je ne sais où, alarma les autres vices qui, visages renfrognés, se coalisèrent pour résister à vos injonctions. Elles formèrent une ligne, un barrage d'intérêts, refusant de quitter le jardin. Minerve se dressa, menaçante. La tension perdurait quand, le signifiant du nom du peintre italien retentit, et interpellé, je fis un salut de la main aux Vertus, parce que, dans ma langue maternelle, « mantegna » signifie « bonjour ». Les vertus, elles, occupaient des fonctions dignes. Ainsi, la Commission Électorale Indépendante était présidée par la Tempérance, qui prit le visage de Mandela, et dont le porte-parole, Élie Wiesel, symbolisait la Justice. La Force, elle, s'incarna dans Solon, qui dirigeait le Conseil Constitutionnel. Un tel aréopage apportait une solide caution à votre neutralité. Marianne, garante des institutions de la République, se tenait à vos côtés, coiffée de son bonnet phrygien. Vous étiez non pas en visite d'État, mais en ami de la Cote d'Ivoire, au-dessus des deux camps, impartial comme Homère, objectif comme Thucydide, et, tel Socrate, ne recherchant que le bien. En ces trois personnes se concentrait le meilleur de la culture occidentale. La France était à sa vraie place, en une posture de neutralité active et positive. Comme elle sait l'être, quand elle veut l'être. La France, quand elle est franche, libre, ainsi que l'indique son nom, est amie de la vérité. En effet, la France, fille des faits[4], ne peut effectivement être juste que lorsqu'elle recherche des informations vraies, vérifiées, et organisées par une analyse politique pertinente. La France est forte quand elle n'est pas guidée par des intérêts mais par ses idéaux. Or, dans mon « rêve », c'était le cas. La France, également fille des événements[5], conduisait donc une médiation préventive. Elle était en avance sur l'histoire, comme souvent. « Pourquoi êtes-vous à Abidjan ? », questionna David Pujadas. - « C'est que, dans mon Discours de Dakar, en établissant le catalogue des maux qui frappent l'Afrique, j'avais oublié de mentionner les fraudes électorales, ainsi qu'on me le fit remarquer[6]. Je répare donc un grand oubli et, dussè-je le répéter, je suis ici, en pays ami, pour prévenir les disputes éventuelles qui naissent de la non application du droit électoral ».

Vous « palabriez » à quatre, à l'abri du monde et vous aviez même demandé au monde, à la communauté internationale, à l'ONUCI, au Facilitateur, et à tous les intéressés de ne point s'en mêler. À l'extérieur, comme à leurs habitudes, les journalistes armés de caméras et d'appareils photo filmaient et criblaient de flash tout ce qui se passait. Ils n'avaient pas d'appareils numériques. Leurs pellicules ne se rembobinaient pas et s'étendaient à courir les rues. Ainsi, quiconque pouvait les regarder, voir et revoir les faits et événements. Aux abords du Palais, une foule immense et bruyante indiquait l'importance de la rencontre et tout l'espoir qu'elle y mettait. La multitude était ordonnée. En face de l'entrée principale, sur l'avenue Howen, la communauté française agitait sa présence de bandelettes blanches de paix. L'un d'eux arborait un livre, Fier d'être français[7]. Un autre, qui ressemblait à Jean Giraudoux, arborait une pancarte sur laquelle était inscrite la guerre d'Abidjan n'aura pas lieu. La statue du gouverneur Latrille s'anima et, venant de Cocody, arriva, prit un mégaphone et, à haute voix, avisa : il faut sauver l'année agricole ! Les étrangers de toute l'Afrique de l'ouest occupaient le vaste espace entre l'Hôtel du District et le Palais. Je percevais les sons des sereines mélodies des balafons burkinabés, je reconnus les airs percutants du mbalax sénégalais, et le calme de la minoritaire kora de Gambie, ainsi que les frappes percutantes du goumbé guinéen. Plus faible, la coladeira capverdienne se faufilait. Sur le grand Bd Clozel, bordée d'acacias géants, et qui dépasse le Palais puis incline vers la vaste place de la République où triomphe debout la reine Pokou, des deux cotés, des Ivoiriens en grand nombre, « patriotes » et « houphouétistes », vêtus ou bariolés en orange, blanc et vert, confraternisaient et se taquinaient, par des piques amicales. Les uns, sur du zouglou, scandaient : « Y a rien en face, c'est maïs ! », quand, sur des pas identiques, les autres répliquaient : « Si, y a coco dur ici ! ». Sur un podium de la RTI, Allah Thérèse, majestueuse, et N'goran la loi, son époux accordéoniste, chantaient l'univers Akan ; elle dansait « l'agbirô » si beau au regard. Mamadou Doumbia, chapeau melon noir, guitare électrique en mains, jouait « l'estomiase », la belle mélodie mandingue qui rappelle les exploits passés. Amédée Pierre, le « dopé [rossignol] national », assis, jouait de son orgue et psalmodiait le peuple Krou. Au pied de la reine Abla Pokou, Houphouët-Boigny, chef d'orchestre, en redingote noir, tenait une baguette et donnait la mesure de l'harmonie d'une nation à bâtir. Les musiciens obéissaient à ses ordres d'intégration. Nul soldat présent. Les deux armées, FDS et FAFN, avaient rangé leurs armes et regagné les casernes. Les autres « corps habillés » contenaient les enthousiasmes. De ce tableau, on eut dit la réalisation partielle de L'Abidjanaise contractée en deux vers, le premier, Salut ô terre d'espérance, et le final, la patrie de la vraie fraternité. Mais qui donc a brisé ce vase de paroles ? Qui, comme Clovis à Soissons, en recueillera les débris sonores ? Toutefois, le sacrifice fondateur a déjà eu lieu, au passage d'une rivière, la Comoé. Et il suffit à fonder et à refonder.

Je dormais et m'enfonçais dans mon doux rêve, non sans intention onirique. Goethe, son Faust à la main, passa d'un pas rapide et me lança : J'aime celui qui rêve de l'impossible. J'étais heureux de voir ce jeune homme de quatre-vingt ans, comme l'appelait Hegel, et surtout de recevoir les conseils d'un des esprits les plus brillants des Lumières. Car, c'est en cela que consistait mon « rêve » : une impossibilité à accomplir, et dont seuls les Français sont capables, comme dit le vieil adage. D'autant que, dans l'histoire, il est parfois plus facile de réaliser l'impossible que réussir le possible. N'est-ce pas ce que Hannah Arendt appelle les miracles dans l'histoire ?

Voyez-vous, monsieur le Président, les médiations pertinentes précédent les conflits et les désamorcent. Dans mon « rêve », la France, sous votre égide, anticipait les malentendus, arrondissait les angles des vanités tranchantes. Elle demanda et obtint que les dés ne fussent pas jetés avant que les règles n'aient été distinctes, claires et admises, que le Nord rebelle n'ait été désarmé, sous la double garantie du héros des Gonaïves, Toussaint-Louverture, et du gouverneur noir Félix Éboué.

Il y avait beaucoup de mouvements, de nombreuses images qui s'assemblaient et se défaisaient. Sans ordre apparent. Mais le temps, paradoxalement, ne s'écoulait pas. Il durait et fournissait une trame.

L'ombre de Zarathoustra, en alerte maximale, volait au-dessus des vertus et s'époumonait dans un long avertissement : Il est temps, Il est grand temps ! De quoi est-il donc grand temps ?[8] Il passait et repassait, avec la même vélocité, plus rapide que les rapides nuées. Mais, qu'est-ce qui ne peut attendre plus longtemps, lui demandai-je ? Que tu te réveilles ! Ce n'est qu'un rêve. La réalité est contraire, répondit-il, en s'éloignant poussé par un vent rapide qui le portait vers le nord. Avant de disparaître, il décocha un autre cri : Regarde l'obvers ! - Pourquoi, questionnai-je ? - Regarde l'obvers de ton rêve, répéta-t-il ? Je pris alors mon « rêve » entre mes mains, comme on tient ferme un miroir. Et, le retournant, je vis un autre spectacle, celui réel dominé par le vice dénommé Haine immortelle, avec la Françafrique étêtée qui frappait des coups dans tous les sens.

Triste tableau ! Le génie français n'éblouissait plus les regards. La patrie ne rayonnait plus. La France n'était plus concitoyenne des nations qui pensent. La vérité n'était plus le socle de sa propre histoire. Crise immense ! Certes. Mais, y a-t-il, pour la France, crise plus grave que celle où l'État ne sait plus faire entendre sa voix ?

Soudain, alors que je méditais cette situation, je me retrouvais dans la cour de l'Externat Saint-Paul d'Abidjan, l'école de mon enfance dirigée par les Marianistes, où le son puissant d'une corne d'alarme, semblable à celle de M. Labombe, me réveilla brusquement.

Pourquoi avais-je rêvé ce rêve ? Était-ce les traces lointaines et endormies de mon enfance si forte en imagination, qui me firent croire que j'étais semblable à Aristéas[9], fort du pouvoir de disparaître à ma guise et de resurgir à des époques différentes et en des lieux divers ?

Mais au fond, chaque rêve est l'équilibre psychique d'une confrontation entre le réel et la volonté. Joseph, bien d'autres anciens et Freud nous ont appris à les interpréter. Parfois, ils surgissent tels des indications de voies. En interprétant mon « rêve », me vint une pensée écrite à une militante du RHDP : Le vrai miracle ivoirien est à venir. Le vrai miracle ivoirien, c'est d'avoir simultanément (au même moment), trois hautes personnalités aux compétences remarquables. Je les cite : Henri Konan Bédié, Laurent Koudou Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. Et je me plais à rêver de les voir constituer une seule entité (équipe) politique. Imaginez, un instant, la fusion de leurs compétences ! Le gestionnaire de la chose publique, le politique de la chose publique et le financier de la chose publique ? Pris isolément, aucun d'eux ne suffit à la Côte d'Ivoire. En 15 ans, comme avec la fusion des intelligences au Brésil, la Côte d'Ivoire peut être le premier pays émergent d'Afrique, si ces trois ne font qu'un. En l'état actuel des choses, tout autre schéma est inadapté. Ni les élections ni la guerre ne sont, pour lors, des solutions. La réalité nous le rappelle avec son lot de tristesse. La seule solution est une entente, une concorde réelle et sincère entre ces trois hautes personnalités. Personne ne la fera à leur place. C'est leur mission historique de la réaliser. Cela sera aussi leur immense mérite. Il n'y a rien en dehors du consensus national[10]. Malheur à qui les divise ! Bienheureux, qui les unit !

Lycurgue surgit et risqua une parole : pour une telle idée, relisez la Constitution ivoirienne (articles 1, 34, 35, 48, 64), mais seulement à partir des paroles de L'Abidjanaise ? Cela suffira à ce projet.

Quelquefois, les rêves sonnent aussi comme un avertissement. Il est temps, il est grand temps ! Mais de quoi le grand temps est-il venu ? Que la France, en Afrique, établisse des liens simplement normaux. Sinon, elle continuera de s'y affaiblir. En méditant l'alerte de Zarathoustra, je me souvins d'un mot de Rilke tiré de son poème Gong : L'oreille peu profonde déborde vite[11]. Je crois bien, Monsieur le Président, que depuis la Côte d'Ivoire retentit un nouveau « gong ». Deuxième rêve s'il en fut jamais.


Veuillez croire, Monsieur le Président, en l'expression de mon profond respect.


Pierre Franklin Tavares

Courriel : tavarespf@hotmail.com



[1] P. F. Tavares, Qui est Pedro Pires ?, mis en ligne sur Google.

[2] Louis-Sébastien Mercier, L'An 2440, rêve s'il en fut jamais, Londres 1771, La Découverte, Paris, 1990.

[3] Joël Schmidt, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Larousse Paris, 1993, p. 184.

[4] Colette Beaune, Naissance de la nation France, Folio - Histoire, Gallimard, Paris, 1985, p. 12.

[5] C. Beaune, Op. Cit., p. 11.

[6] P. F. Tavares, Nicolas Sarkozy : Relire le Discours de Dakar, NEI, Abidjan, 2009.

[7] Max Gallo, Fier d'être français, Fayard, Paris, 2006.

[8] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 10 - 18, Union Générale d'Éditeurs, Paris, 1958, p. 125.

[9] J. Schmidt, Op. Cit., p. 34.

[10] P. F. Tavares, Réponse à Marguerite Yolibi, 6 janvier 2011.

[11] Rilke Rainer Maria, Gong, Exercices et évidences, in Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, Paris, 1997, p. 1159.

CRISE IVOIRIENNE - LES CAMEROUNAIS SE PRONONCENT (2): VIDEOS INEDITES

Les camerounais au sujet de la crise post-électorale en CI (2).


L'avis des Africains compte dans la crise post-électorale Ivoirienne. Cette vidéo illustre bien le sentiment des Camerounais

face à cette crise.

Cliquez sur les liens ci-dessous pour la visualiser

1ère Partie: Lien1 / Lien2

2ème Partie: Lien1 / Lien2

cmrci

Copyright © Janv. 2011

EPITRE A SON EXCELLENCE MONSIEUR LAURENT GBAGBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE CI

LAURENT GBAGBO 2.jpg

Excellence, Monsieur le Président,


Je m'adresse à vous, par cette lettre ouverte offerte, comme qui dirait, à la curiosité du public, pour attirer votre bienveillante attention sur les faits ci-après. Je vous remercie par avance de me lire, avec attention, jusqu'au bout.

Excellence, comme vous le savez, depuis le 28 novembre dernier, nombre de nos compatriotes, dont des chefs de famille, des personnalités politiques, des cadres, des travailleurs compétents et autres, adultes ou jeunes,  séjournent, contre leur volonté, depuis plus de 2 mois, à l'hôtel du Golfe. Selon des sources bien informées, ils sont entièrement dépendants de leurs ravisseurs. Leur existence est liée, directement et inexorablement, à ceux-ci, y compris pour chaque geste de la vie quotidienne : impossible de parler, de manger, de boire, de bouger, de satisfaire leurs besoins naturels sans autorisation préalable. Il s'agit ici d'une régression au stade infantile. Ainsi donc, pris par violence, ou par ruse, ou par surprise, ces compatriotes, privés de leur propre liberté, sont pris en otage.

Et, comme dans toute prise d'otage, ces compatriotes constituent, pour leurs ravisseurs, la garantie pour  obtenir la satisfaction de leur revendication, du moins l'exécution de leur plan satanique de prise de pouvoir sans avoir acquis la victoire par la voie des urnes.

En effet, ces ravisseurs tiennent en laisse nos compatriotes et les utilisent comme moyen de pression vis-à-vis de l'opinion internationale, en vue d'astreindre et vous et le peuple ivoirien à céder à leur exigence. Par ailleurs, c'est aux fins d'éviter d'être attaqués ou bombardés, autrement dit, c'est pour se mettre à l'abri, que ces ravisseurs maintiennent, comme des boucliers humains, nos compatriotes à l'hôtel du Golfe.

Le choix du Golf Hôtel n'est pas gratuit.

Dans toute prise d'otage, le choix du lieu et des victimes n'est jamais gratuit. En général, les preneurs d'otages choisissent des lieux jugés stratégiques et des personnes sensibles. Par exemple, la prise d'otages du 13 décembre 2010 à Besançon, en France, a eu lieu dans une école maternelle. Le choix de l'établissement n'est pas dû au hasard : le preneur d'otage était lui-même issu de ce quartier de la Planoise, au sud-ouest de Besançon, dont il avait fréquenté le collège et il s'en était pris à des enfants âgés de moins de 6 ans. La prise d'otages de Manille (Philippines) en août 2010 eut lieu dans un autobus transportant un groupe de touristes venus de Hong Kong. La prise d'otages de Moscou (850 personnes), perpétré en octobre 2002, par une cinquantaine de rebelles tchétchènes eut lieu au théâtre de la Doubrovka de Moscou, pendant la comédie musicale Nord-Ost, destinée à la jeunesse. La prise d'otages du 20 novembre 1979 par des fondamentalistes islamistes et opposants à la famille royale saoudienne, eut lieu à la grande mosquée Al-Masjid al-Haram, à La Mecque (Arabie saoudite), etc.

Dans le même ordre d'idées, le choix du Golf Hôtel n'est pas gratuit. Jadis surnommé « l'oasis dans la ville », le Golf Hôtel d'Abidjan, 5 étoiles, situé dans le quartier résidentiel de la Riviera, à une demi-heure de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny et à 10 minutes du centre ville, est bâti sur un des plus beaux et reposants sites d'Abidjan. Il domine la lagune Ebrié et offre 306 chambres de luxe climatisées dont  11 suites et 3 appartements agréablement décorées, avec une vue sur la baie de Cocody ; ce qui ajoute un plus à son charme magique. Cet hôtel est devenu une forteresse jalousement gardée par les forces onusiennes et les rebelles. Ceux-ci, les rebelles, en ont fait, depuis 2002, leur quartier général. Tout le monde le sait et c'est, en connaissance de cause, que le président du RDR a déménagé de sa villa cossue, pourtant située à une centaine de mètres seulement de cet hôtel, pour y installer son Quartier Général, assuré d'être désormais sous la bonne garde des Casques bleus de l'ONU et des rebelles, assuré de consolider  son prestige, assuré de rendre intouchable, inaccessible, inattaquable.

Excellence, c'est fort de cette « barricade », qu'il peut tenir des discours enflammés, brandir des menaces et des sanctions, lancer des mots d'ordre guerriers et des appels à la désobéissance, sans être pour le moins inquiété, et sans que nos compatriotes qui s'y trouvent, dans les conditions précaires au goût carcéral, ne puissent en sortir, malgré votre appel et en dépit des cris de détresse de leurs parents et amis.

Pourquoi Bédié et les autres ne peuvent sortir d'eux-mêmes du Golf Hôtel ?

Excellence, la réponse est toute simple. En général, les otages disposent de peu ou pas de moyens, ni de manœuvre pour fuir ou pour s'échapper. Et même, la fuite, lorsqu'elle s'avère possible n'est que rarement tentée, parce que la plupart des otages restent inhibés par la peur d'être éliminés, par le doute, et de surcroît, par la fascination pour leur situation dont ils désirent intensément connaître l'évolution ou dont ils espèrent ardemment une issue heureuse. Et puis, les otages sont parfois aussi coincés par la honte publique (ce que Pierre Amédée appelle le « Zéguiré zo »), tentés de se protéger des sanctions possibles à leur sortie (exécutions, exclusion, etc.), eu égard à leurs propres antécédents.

Par ailleurs, au cours de leur captivité, certains prisonniers développent ce qu'on appelle le « syndrome de Stockholm ». C'est le phénomène psychique qui, curieusement, incite des individus pris en otage à manifester une certaine sympathie vis-à-vis de leurs ravisseurs. Ce syndrome, décrit en 1978 par le psychiatre américain F. Ochberg auquel on doit cette dénomination, porte le nom de la capitale suédoise, parce qu'il a été observé pour la première fois, en août 1973, dans cette ville, chez plusieurs employés de banque du Crédit suédois. Bien qu'ils aient été, malgré eux, les victimes d'un hold-up manqué, ces employés avaient défendu leurs agresseurs qui les avaient pris en otage des heures durant ; et même, certains ont témoigné en leur faveur, lors du procès qui a suivi l'arrestation de ces preneurs d'otages. Qui plus est, une employée du Crédit suédois est allée même, par la suite, jusqu'à devenir la femme d'un des attaquants de la banque. Comme on le voit, le syndrome de Stockholm peut parfois être d'intensité si forte qu'il conduit certaines victimes à épouser la cause des ravisseurs ou des terroristes ou à participer à leurs actions, comme l'atteste la déclaration de M. Henri Konan Bédié du 21 décembre dernier. Il est même arrivé que le meurtre d'otages ou de policiers n'ait pas pu remettre en cause ce puissant courant d'empathie ou de sympathie. Ce fut, par exemple, le cas de Patricia Hearst, qui n'avait pas hésité à attaquer une banque avec ses anciens agresseurs devenus complices. Ce fut aussi le cas de certains passagers qui avaient également développé des sentiments positifs envers leurs ravisseurs, en décembre 1999, pendant le détournement de l'avion indien, qui avait connu de multiples escales imprévues entre New Delhi, Lahore et Dubaï...

C'est aujourd'hui le cas de nos compatriotes, pris en otages au Golf Hôtel qui, par honnêteté par rapport à leur propre inconscience, proclament, haut et fort, M. Ouattara vainqueur des élections, alors même qu'ils connaissent fort bien les subterfuges et les faux dont celui-ci a fait usage et qui, conséquemment, refuse le recomptage des bulletins de votes et la vérification des Procès-verbaux du scrutin du 28 novembre dernier.

Les preneurs d'otages

Excellence, en général, les preneurs d'otages sont des forcenés, c'est-à-dire des individus qui présentent des troubles de la personnalité et qui se comportent, d'abord et avant tout,  comme des hors-la-loi, en un mot des bandits. Rappelons, entre autres exemples, que le preneur d'otages de Besançon était un dépressif, qui « n'avait pas pris son traitement ». Quant au preneur d'otages philippin, Roland Mendoza, c'était un ancien policier honoré en 1986 comme un des dix meilleurs officiers du pays, mais qui avait été renvoyé en 2008 de la police, étant accusé de vol, d'extorsion et d'infractions liées à la drogue...

Les troubles psychologiques, souvent importants, dont les preneurs d'otages souffrent ont un rapport direct avec leurs origines, leurs identités, leurs frustrations, leurs enfances, leurs déficits sociaux, sexuels et sanitaires au plan physique et psychologique, et autres ; c'est cela qui les amène, bien souvent, à prendre leurs rêves pour la réalité et à embarquer, dans leurs aventures suicidaires, des personnes innocentes et fragiles.

Ces troubles, qu'on nomme, en psychologie, paranoïa, appartiennent au groupe des psychoses et se caractérisent, entre autres, par un délire systématisé. Ces troubles n'affaiblissent généralement pas les capacités intellectuelles. Mais, ils donnent à l'orgueil une dimension si démesurée qu'on aboutit à une surestimation de soi-même. On parle alors d'« hypertrophie du moi », laquelle est mêlée de susceptibilité, d'angoisses de persécution, de jugement faux, de mensonges, de raisonnement apparemment logique mais reposant sur des postulats faux et parfois grossiers, de relents d'agressivité, de désir permanent de vengeance, etc.

Dans ce sens, une analyse psychocritique (méthode d'analyse inspirée par la psychanalyse et illustrée par Charles Mauron, à partir des thèses de Roger Fry) des discours et déclarations des occupants du Golf Hôtel, permet de relever des faits et des relations issus de leurs personnalités inconscientes, du moins de découvrir leurs motivations psychologiques inconscientes, ainsi que de comprendre les fondements ou les mobiles de l'obsession du pouvoir et des références permanentes à la violence, au mensonge, à la communauté internationale, etc.

Fins de prise d'otages

Excellence, dans la plupart des cas de prise d'otages, même les plus graves, comme ici, ce n'est pas la police qui intervient, mais une unité spécialisée de la police ou de l'armée. Cela permet, du fait que cette structure possède des techniques de pointe et des instruments appropriés, d'aboutir à des dénouements moins malheureux. Aux États-Unis, c'est le FBI ou le SWAT qui intervient dans la majorité des cas. En Russie, c'est généralement le FSB qui intervient. En France, c'est un Groupe d'intervention de la police nationale dit GIGN qui intervient, etc.

En effet, en France, à la prise d'otages du 13 décembre 2010 à Besançon, c'est le GIGN qui avait pu finalement intervenir,  et le preneur d'otages avait, avec un tir de taser, été neutralisé, sans incident majeur. L'intervention du GIGN avait permis un dénouement heureux : les vingt enfants avaient été récupérés sains et saufs. Le forcené avait, lui, été interpellé, selon le ministre de l'Education, M. Luc Chatel, qui se trouvait sur place.

On se rappelle que, à l'issue de la prise d'otage, le gouvernement s'était félicité de cette heureuse fin. L'Elysée et la place Beauvau avaient aussitôt réagi. Le président Nicolas Sarkozy s'est réjoui, dans un communiqué officiel, de « l'heureux dénouement de la prise d'otage" et avait félicité les autorités « qui sont intervenues dans cette opération avec sang-froid, professionnalisme et détermination ». Le ministre de l'Intérieur, M. Brice Hortefeux, avait applaudi de la même façon et avait souligné, dans un communiqué, que « cette intervention, extrêmement professionnelle, démontre, une nouvelle fois, la remarquable efficacité des forces de sécurité pour désamorcer une situation aussi délicate et éviter, avant tout, que l'irréparable ne soit commis ».

Libérer et prendre en charge les otages du Golf Hôtel

Excellence, connaissant votre humanisme et votre bonne volonté, je vous interpelle de vive voix : entendez les pleurs et les cris de cœur des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants privés des leurs, et qui s'affalent, chaque jour un peu plus, au cachot du désespoir et de la consternation. Allez, s'il vous plaît, au-delà de la main tendue. Libérez nos compatriotes. Redonnez-leur vie et dignité. Et, qu'une prise en charge psychologique soit, quoi qu'il en soit, effectuée après leur libération, afin d'éviter un stress post-traumatique et en vue de tuer en eux les vilains sentiments. Cette aide psychologique leur permettra également de revenir dans la république et de reprendre plus facilement contact avec la nouvelle réalité qui les entoure. Je vous en remercie par avance.

Veuillez agréer, Excellence, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.


Londres, le 29 janvier 2011

LEANDRE SAHIRI.jpg

Léandre Sahiri

(Docteur ès Lettres. Professeur. Politologue. Ecrivain. Auteur, entre autres,  de : « Le Code noir de Louis XIV », « La victoire par la voie des urnes », « Lettre ouverte aux Noirs qui ne lisent pas »...). Directeur de Publication du journal libre et indépendant Le Filament.

ADDIS-ABEBA: L’UA ENTERINE LES PROPOSITIONS DE GBAGBO

CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L'UA.JPG

In Le Nouveau Courrier N°191 du 29 Janvier 2011 par Frank Toti

 

Le Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l'Union africaine (Ua) s'est réuni hier soir à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, pour se pencher sur la crise ivoirienne et une voie de sortie de crise.


L'Union africaine, par la voie de son Conseil de Paix et de sécurité a décidé hier vendredi de la mise en place d'un panel de Chefs d'Etat pour trouver une solution à la crise ivoirienne, et dont les décisions seront rendues d'ici à un mois et seront "contraignantes" pour toutes les parties ivoiriennes. «Nous avons décidé de mettre en place, sous l'autorité de l'UA, un panel de règlement de la crise ivoirienne», a annoncé à la presse le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, président du Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l'Ua. Composé des présidents Sud-africain, Jacob Zuma, nigérian, Jonathan Goodluck, zimbabwéen, Robert Mugabé et namibien, Hifikepunye Pohamba.

Selon le président du Cps de l'Ua, ce panel composé de 5 Chefs d'Etat des 5 grandes régions d'Afrique, aura la charge de trouver une solution qui respecte la démocratie et préserve la paix sociale. En réalité, l'Ua n'a fait qu'endosser les propositions du numéro un ivoirien, Laurent Gbagbo. Qui, on se souvient, avait demandé la mise sur pied d'un comité d'évaluation des élections qui devrait avoir la lourde charge d'analyser tous les aspects de la crise post-électorale. Même si, l'Ua a préféré restreindre ce comité ou panel, selon la nouvelle appellation de l'instance africaine, à des représentants (Chefs d'Etat) des cinq grandes régions du continent. Sa mise sur pied est une victoire pour l'Afrique digne et tous les démocrates africains et du tiers-monde.

Ce panel devra rendre ses conclusions, selon le président mauritanien, dans un délai d'un mois. Et celles-ci «seront contraignantes pour toutes les parties ivoiriennes », a insisté Abdelaziz.

La force n'est pas une solution selon l'Ua

Le Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l'Ua n'a pas fait qu'une proposition objective de règlement pacifique de la crise. Il a par ailleurs, condamné l'intervention militaire comme solution. «Ici, on parle au nom de l'Afrique et non des Nations unies. Les problèmes africains doivent trouver des solutions africaines. Nous trouverons une solution pacifique, une solution négociée », a déclaré Abdelaziz.

«Imaginez un peu la guerre et ses conséquences avec morts d'hommes, comme ce fut le cas en Rd Congo. La force n'est pas une solution au règlement d'une crise. C'est une mauvaise solution. Nous n'avons jamais opté pour la voie de la force pour régler la crise ivoirienne », a clairement fait savoir le président du Conseil de paix et de sécurité de l'Ua.

Le ministre des Affaires étrangères, SEM Alcide Djédjé, chef de la délégation ivoirienne est au sommet de l'Ua depuis jeudi dernier. Où il mène une diplomatie des plus convaincantes.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 28 janvier 2011

LA FRANCE OU LA STRATEGIE DU CHAOS EN COTE D'IVOIRE

SARKOZY.jpg

Source  :HighProfile News - 26.01.2011


Quand Sarkozy se rend à un sommet de l'Union Africaine, c'est l'indignité de l'Afrique qui nous est jetée à la figure.


Depuis plusieurs semaines, la presse occidentale annonce que Sarkozy participera au sommet de l'Union Africaine sans que cela n'émeuve les intellectuels africains. Alors qu'aucun pays africain encore moins l'Union Africaine n'a jamais été invité à un sommet de l'Union Européenne, voilà que les valets africains de l'Occident permettent à Sarkozy de mettre son nez dans les affaires intérieures du continent et cela au vu et au su du monde entier.

Nos chefs d'états auraient voulu démontrer combien ils ont encore enracinés en eux le complexe de l'homme blanc, ce blanc qui pour eux pourrait être l'égal de DIEU, qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. Nous y reviendrons.

Nègres 3 : le retour

Après s'être comporté comme le propriétaire exclusif des droits et aspirations du peuple de Côte d'Ivoire en intimant infructueusement l'ordre d'abord dans l'avion qui le menait en Inde au Président Laurent GBAGBO de quitter le pouvoir au profit d'Alassane Ouattara, puis en lui ordonnant (encore échec!!!) de quitter le pouvoir sous 3 jours en décembre dernier, Sarkozy (l'homme qui aime la Côte d'Ivoire plus que les ivoiriens eux mêmes) s'est rappelé au bon souvenir des africains désireux d'oublier ses charters de sans papiers noirs menottés et torsadés par la police française en appliquant un adage bien connu chez nous: « Quand le blanc veut tuer un africain, il s'adresse à un autre africain ».

Suite aux critiques en France pour son implication personnelle exagérée dans une affaire interne à la Côte d'Ivoire (pays qu'il ne connait même pas), Sarkozy a fait appel à ce qui lui reste de nègres indignes en Afrique pour accomplir la sale besogne. C'est-à-dire faire la guerre au peuple de Côte d'Ivoire pour le seul plaisir du colon d'hier, nostalgique de cette Afrique où du « oui patron, oui missié » était donné aux blancs à tous les coins de rue.

Qui mieux que Blaise Compaoré, le tueur de Sankara en 1987, au pouvoir depuis ce jour maudit et qui vient de se faire réélire avec un score soviétique de plus de 80% aux dernières présidentielles, Abdoulaye Wade, le roi de Dakar qui rêve d'introniser son fils à sa place, Jonathan Goodluck, le jamais élu à qui on promet une élection digne d'une fête foraine, Raila Odinga, cet autre Dramane kenyan, pouvaient faire l'affaire?

Le casting terminé, Sarkozy pouvait donc activer le bouton « putsch » pour lancer la machine. Encore une fois, comme si l'Afrique devait rester à jamais ce continent maudit, le noir s'élançait glaive au vent contre son frère noir pour assouvir les desseins maudits de l'homme blanc. Sarkozy s'efface tout en tenant les manivelles depuis l'Élysée pour faire place à la 3ème génération de nègres. Celle-là moins évoluée intellectuellement et moralement qui feint de ne toujours pas comprendre l'essence des rapports entre l'Occident et l'Afrique tant que le maître blanc lui garantit un peu de bonheur et d'honneur, au détriment de notre peuple. Maintenant que son armée nègre est constituée, Sarkozy peut se lancer à l'assaut de Gbagbo, l'insoumis.

Quand le peuple ivoirien trinque pour la seule gloire de Ouattara

Pour soumettre GBAGBO, les ennemis de l'Afrique ont décidé de faire souffrir le peuple ivoirien afin que celui-ci se retourne contre son Président. Ils demandent donc à leurs pions intérieurs volontairement reclus à l'Hôtel du Golf de poser des actes de défiance quotidienne à l'autorité de l'Etat afin de créer une psychose au sein de la population. Il ne se passe donc plus de jour sans que Soro Guillaume et Dramane Ouattara n'appellent à l'extermination du peuple de Côte d'Ivoire par des armées étrangères pour la seule gloire de l'élu des étrangers ou ne menace les ivoiriens d'emprisonnement s'ils collaborent avec le régime du Président légal. Drôle de démocrates !!!!!

Quand Soro appelle publiquement au meurtre du Président GBAGBO, l'Occident lui souffle le terme de « violence légitime » et demande à la CEDEAO, sa caisse de résonance locale d'amplifier la menace. Malheureusement pour eux, les jours passent et aucun changement ne pointe à l'horizon. Ils décident donc d'affamer le peuple de Côte d'Ivoire en opérant un véritable hold-up à la BCEAO au profit d'Alassane Dramane Ouattara. Maintenant que la banque centrale est prise, ils ont décidé de tuer les millions de paysans ivoiriens en appelant à l'arrêt des exportations de café et de cacao. La stratégie est simple : affamer le peuple et l'armée dans le but de créer un soulèvement populaire contre le gouvernement légal et légitime du premier ministre Aké N'gbo.

Le réveil de l'Afrique et le baroud d'honneur de Sarkozy et compagnie

Depuis quelques jours, des voix discordantes se font de plus en plus entendre en Afrique pour dénoncer l'attitude raciste et esclavagiste avec laquelle Sarkozy et l'Union Européenne traite les ivoiriens. La France Sarkozienne agit comme si elle aime notre propre pays plus que nous même. Sarkozy s'irrite de voir Gbagbo lui résister alors il appelle, par l'intermédiaire de ses valets, à l'envahissement et au chaos en Côte d'Ivoire. GBAGBO propose un recomptage, il est automatiquement rejeté par la France et les États-Unis comme s'il s'agissait de leurs pays respectifs. Heureusement pour l'Afrique digne, des pays comme l'Angola, l'Afrique du Sud, le Ghana, l'Ouganda, la Gambie, le Cap Vert se posent de plus en plus publiquement des questions.

Face à la menace de voir son rêve s'écrouler, Sarkozy lance ses dernières forces dans la bataille ; maintenant, c'est l'Union Européenne dont près de 20 observateurs ont été séquestrés dans le nord par les rebelles, le 28 novembre dernier, qui pond un communiqué pour désapprouver un recomptage des voix et pseudo certifier les résultats de la CEI dirigée par un militant avéré du RHDP, coalition dont 80% des commissaires centraux de la CEI sont issus. Alors question, pourquoi dans aucun rapport de l'UE il n'est fait mention de l'agression dont ont été victimes les observateurs européens, lors du 2ème tour de l'élection ? (Accusé Lafont se défend).

C'est d'ailleurs pour avoir commencé à rendre publique cette information en déclarant à France Soir : « Je les ai vachement aidé. Je sais des choses » que Frédéric Lafont a été retiré de la liste des sanctionnés de l'Union Européenne. Quel crédit l'UE veut elle qu'on donne aux affirmations de ses représentants quand ceux-ci passent sous silence les tentatives d'assassinat dont ils ont été victimes au nord de la Côte d'Ivoire, le 28 novembre dernier, et qui a nécessité l'intervention des éléments de monsieur Lafont pour leur exfiltration ?

Pourquoi, diantre, continuer de vouloir cacher le soleil avec la main si ce n'est pour faire plaisir à Sarkozy, l'ami personnel d'Alassane Ouattara, qui a publiquement juré d'avoir la tête du Président GBAGBO ?

Cette énième sortie de l'UE n'est en réalité que le baroud d'honneur du dernier colon d'Afrique qui rêve de placer un ami à la tête des richesses du sous-sol ivoirien pour mieux continuer le pillage de l'Afrique.

DIEU aidant, les choses rentreront peu à peu dans l'ordre car malgré une presse occidentale ouvertement hostile et désinformatrice à souhait, la crise ivoirienne mettra à nu les manigances de l'Occident dans les régions les moins développées de la planète.


Source: IVOIREVOX.COM

LE FRANC CFA, UNE MONNAIE COLONIALE QUI RETARDE L'AFRIQUE (2)

PRAO SERAPHIN.JPG
  • Le franc CFA n'a pas apporté le développement mais la pauvreté


Déjà, parmi  les 49 pays moins avancés (PMA),  35 sont en Afrique subsaharienne (ASS). La zone franc, elle, représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations.

Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5% du PIB français ou 1,5% de masse monétaire.

La zone franc n'a pas apporté le développement aux pays membres mais le développement du sous-développement.

Pour atténuer cette pauvreté, l'aide française est venue comme une bouée de sauvetage. En effet, les pays de la zone Franc sont des principaux bénéficiaires de l'aide publique au développement française. En 1997, ils ont reçu environ la moitié de l'APD bilatérale française aux pays d'Afrique sub-saharienne, ce qui représente 23 % des apports bilatéraux de la France aux pays en développement (6,5 MdF sur 27,8 MdF d'aide bilatérale en 1997). Dans le cadre du traitement de dette au sein du Club de Paris, 10 pays de la Zone franc[1] ont bénéficié d'annulations pour un montant total rééchelonné de 23 MdF. La France a apporté près de 50 % de l'effort ainsi consenti par les créanciers. En plus des accords conclus dans le cadre du Club de Paris, la France a pris des mesures bilatérales exceptionnelles de réduction de dettes, en annulant en 1989, les crédits d'aide publique au développement (Dakar I), puis en procédant à une nouvelle annulation en 1994 (Dakar II), soit une annulation de dette de 55 MdF au profit des pays de la zone Franc. Entre 1993 et 1996, l'effort de réduction de dettes a représenté en moyenne une contribution annuelle de la France de 3,2 MdF, soit plus du tiers de l'aide bilatérale française à la zone Franc.

En tout état de cause, les pays de la zone franc ne sont pas mieux lotis en termes de performances  macroéconomiques à comparer aux pays africains hors  zone franc. Une synthèse de nombreux travaux comparant les performances est présentée chez Hadjimichael et al. (1995)[2].

Lorsqu'on compare les taux de croissance du PIB des pays africains de la zone franc et des pays hors zone, il apparait que les années 60 et 70 sont marquées par des résultats supérieurs pour les pays  de la zone franc (5% contre 4,4%) alors qu'il y a inversion au cours de la décennie 80, plus précisément entre 1985 et 1991(1% contre 3,7%), sur l'ensemble des trois décennies, les résultats sont, en revanche, comparables[3].  On note également une plus grande instabilité des taux de croissance au sein de la zone. L'écart-type du taux de croissance a été entre 1971 et 1987 de 7% contre 4,5% pour les pays voisins.  De 1980 à 1994, les écarts du PIB réel par rapport à sa tendance à long terme ont été supérieurs.

En 2010, la situation n'est guère reluisante pour les pays de la zone franc.  La Côte d'Ivoire demeure en dépit de la crise militaro-politique qu'elle traverse depuis 2002, le premier pays africains de la zone franc en termes de PIB réel. Pourtant, le franc CFA n'a pas permis à ce pays de faire mieux que les pays hors zone franc (Tableau 1).

Les pays comme l'Algérie, l'Angola, l'Ethiopie, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Soudan, la Tanzanie, la Tunisie, pour ne citer  que ces pays, ont chacun un PIB réel supérieur à celui de la Côte d'Ivoire (le premier en termes de PIB réel en 2010 de la zone franc), comme l'indique le tableau 3 ci-dessous. Certains de ces pays font mieux en matière d'espérance de vie.  Au sein des PAZF, le Togo (63), le Benin (62) et le Gabon (61) occupent le peloton de tête en termes d'espérance de vie.  Les pays qui ont accédé très tôt à leur souveraineté monétaire ont des espérances de vie plus élevées que les trois pays cités ci-dessus. Il s'agit par exemple de la Tunisie (74), de l'Algérie (73), du Maroc (72), de Maurice (72) et du Cap-Vert (72).

Tableau 1 : Le classement des pays africains de la zone franc en termes de PIB réel en 2010.

Rang

Pays

PIB réel (en milliards de dollars)

1er

Côte d'ivoire

22,4

2e

Cameroun

21,9

3e

Guinée-Equatoriale

14,5

4e

Sénégal

12,7

5e

Gabon

12,6

6e

Congo

11,9

7e

Mali

9,1

8e

Burkina-Faso

8,7

9e

Tchad

7,6

10e

Benin

6,5

11e

Niger

5,6

12e

Togo

3,1

13e

Centrafrique

2,1

14e

Guinée-Bissau

0,8

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.


Tableau 2 : Le classement des pays africains de la zone franc en termes de PIB réel/ habitants en 2010.

Rang

Pays

PIB réel/habitants (dollars)

1er

Guinée-Equatoriale

11081

2e

Gabon

8395

3e

Congo

3075

4e

Cameroun

1071

5e

Côte d'Ivoire

1016

6e

Sénégal

964

7e

Tchad

743

8e

Bénin

673

9e

Mali

649

10e

Burkina-Faso

590

11e

Guinée-Bissau

498

12e

Centrafrique

469

13e

Togo

441

14e

Niger

383

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.

 

Tableau 3 : Le PIB réel et le PIB réel/habitants de quelques pays  hors zone franc.

Pays

PIB réel (milliards de dollars)

PIB réel/Habitants

(dollars)

Algérie

159

4478

Angola

85,8

4812

Botswana

12,5

6796

Ethiopie

30,9

365

Ghana

15,3

646

Kenya

32,4

888

Maroc

91,7

2868

Maurice

9,4

7303

Mozambique

10,2

473

Namibie

11,5

5454

Nigeria

206,7

1324

Ouganda

17,1

504

Soudan

65,9

1643

Tanzanie

22,4

543

Tunisie

43,9

4160

Zambie

15,7

1286

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.

 

IV.2. Le franc CFA est un instrument de domination de la France en Afrique

 

Sur ce point, commençons d'abord par dire que les pièces de monnaie et les billets de banque sont fabriqués en France ;  les premières dans l'usine de Pessac en Gironde et les deuxièmes dans le Puy de Dôme, (papeterie de Vic-le-Comte, imprimerie et centre de recherche à Chamalières). Pour ceux qui pensent que l'intérêt économique pour la France est peu significatif, ils ne doivent cependant pas perdre de vue qu'en réalité, l'enjeu principal de la zone franc pour la France n'est pas seulement de nature matérielle, économique ou comptable, mais réside également dans la reproduction continue d'un ensemble de relations qui, en effaçant la « perte » survenue en 1960, préserve son statut de puissance internationale.  Le dispositif de la zone franc, conservateur dans son essence, entretient en Afrique l'ossature  des Etats et leur survie dans un système économique et social figé.

Ensuite la zone franc développe l'extraversion de nos économies.

Avec le franc CFA, les PAZF sont des réservoirs de Matières premières et des déversoirs de produits manufacturés.

L'empire colonial français, qui absorbait 10% des exportations françaises à la fin du 19e siècle et 17% à la veille de la crise de 1929, devint dans les années trente, et jusqu'à la constitution de la communauté économique européenne, un débouché majeur pour les entreprises métropolitaines. Elles y écoulaient 42% de leurs exportations en 1952[4].

Selon la commission européenne (2002), en 1999, 40% des exportations de l'espace UEMOA étaient destinées à l'Europe. Les importations en provenance de l'UE et en direction de l'UEMOA la même année se situent à 43%.

Les exportations de la zone UEMOA en direction de cette zone représentent 12% et 10% pour les importations. Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels : outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), le franc CFA est censé épargner les risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché unique européen. Les monnaies coloniales encourageaient l'intégration économique avec la puissance de tutelle, et, dans une moindre mesure, avec le reste du monde.

La domination française est également visible avec la présence des français dans le Conseil d'administration de la BCEAO : 16 dont 2 français. Dans le cadre des directives données par le Conseil des Ministres, le Conseil d'Administration:

  • précise les opérations de la Banque Centrale et fixe leurs taux et conditions d'exécution
  • arrête les règles qui s'imposent aux Comités Nationaux du Crédit, dans l'exercice de leur compétence
  • détermine le montant global des concours que la Banque Centrale peut accorder au financement de l'activité économique dans chacun des Etats
  • autorise les opérations affectant le patrimoine de la Banque Centrale et arrête les comptes de cette dernière détermine les modifications aux Statuts de la Banque devant être soumises à ratification par le Conseil des Ministres de l'Union.

Selon l'Article 52, du statut de la BCEAO, la politique monétaire est confiée au Conseil d'administration. La présence des français peut empêcher l'adoption de politique favorisant notre  développement. Avec la présence des français dans ce conseil, il apparait que la France décide en dernier ressort qui entre et sort de la zone franc.

Enfin la zone franc et ses mécanismes engendrent un système bancaire oligopolistique dominé par les banques françaises. Les banques sont des maillons importants du système financier. Elles remplissent un double rôle. D'une part, elles sont des entités privées qui recherchent le profit ; d'autre part, elles constituent des réseaux qui fournissent à l'économie globale un bien collectif : les systèmes de paiement et de règlement. Or les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont peu profonds, étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement (Popiel ,1995)[5]. La création d'un embryon de système financier au sein des pays de la zone franc pendant la période coloniale avait pour seul dessein de répondre aux besoins de financement des sociétés d'import-export et d'exploitation des produits primaires agricoles (Benin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali), miniers (Niger, République centrafricaine, Sénégal, Togo) et pétroliers (les pays de la CEMAC aujourd'hui).

Les banques ne trouvaient pour ainsi dire aucun intérêt à développer un réseau d'agences à l'intérieur de ces pays ou à établir des contacts avec les populations locales.  Le taux de bancarisation dans l'UEMOA est très faible (moyenne de 4%). Ce taux était en 2001 de 99% en France.

Les banques commerciales proposaient surtout des crédits à court terme permettant de s'adapter au caractère cyclique de la production et de la commercialisation des produits tropicaux et aux délais d'acheminement des produits manufacturés entre la métropole et l'Afrique. Le crédit bancaire ne facilite pas la formation du capital car il finance plutôt les affaires commerciales et d'import-export. Le financement bancaire en Côte d'Ivoire est de l'ordre de 16% contre environ 70% en Tunisie.

Il est d'ailleurs lié au système commercial mis en place par l'économie de traite et non au système de production. La stratégie bancaire postindépendance est restée identique à celle de la période coloniale. Le maintien, après les indépendances, des schémas d'organisation spatiale et sectorielle de l'activité économique (spécialisation sur le commerce et l'exportation de matières premières brutes) cumulé à l'échec des politiques de diversification industrielle expliquent aujourd'hui encore la perpétuation des structures économiques héritées de la période coloniale et les caractéristiques financières qui en découlent.

Par ailleurs, les centres de décision de ces grandes firmes bancaires sont situés à l'étranger. Autant de facteurs qui réduisent leur impact sur les pays où elles sont installées : elles paient des impôts, sans pour autant s'embrayer sur l'économie nationale. Au total, sur le plan bancaire, le système bancaire postcolonial ne tranche guère avec la logique coloniale, celle qui consistait à financer l'échange et la production de matières premières exportées.

Finalement, avec le franc CFA, la France nous domine économiquement, commercialement et politiquement.

Lire la suite

LE FRANC CFA, UNE MONNAIE COLONIALE QUI RETARDE L'AFRIQUE (1)

PRAO SERAPHIN.JPG

« Il faut apprendre au nègre à trouver de la beauté en lui »

Marcus Garvey


Le débat sur le franc CFA s'enfle, mobilise et inquiète la France. De plus en plus, les africains s'imprègnent des réalités monétaires et s'interrogent sur le bien-fondé du maintien du franc CFA, une monnaie coloniale.  En fait, la guerre mondiale des monnaies a fini par ouvrir les yeux de ceux qui s'efforçaient encore de les fermer. Les Etats-Unis font marcher la planche à billet pour faire chuter le dollar. On se souvient que la banque centrale des Etats-Unis avait annoncé début novembre  2010, qu'elle allait racheter pour 600 milliards de dollars (443,5 milliards d'euros) de bons du Trésor. Le but, affirme-t-elle, est de maintenir les taux d'intérêt à de très bas niveaux afin de soutenir la reprise économique.

C'est dans ce contexte que la crise post-électorale en Côte d'Ivoire a réveillé le vieux débat sur le franc CFA.  En effet, sept ministres des finances de l'UEMOA, ont demandé le jeudi 23 Décembre 2010 à la BCEAO, d'autoriser uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au nom de ce pays ».  Ce même Conseil a renchéri pour décider « d'instruire la BCEAO de permettre aux seuls représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire d'effectuer les mouvements sur les comptes en son nom ».

Face à cette imposture de la BCEAO et de l'UEMOA, certains économistes ivoiriens versent au débat leurs contributions. Mais là n'est pas le problème, car il est inacceptable que cinquante années après les indépendances, les pays africains de la zone franc (PAZF) n'arrivent pas à accéder à la souveraineté monétaire, préalable à la souveraineté tout court.

Si le combat est louable, il arrive parfois que des contributeurs, par leurs écrits et argumentations, galvaudent le combat. Ne comprenant pas eux-mêmes les phénomènes monétaires, ils s'invitent dans un débat où seuls les initiés ont voix aux chapitres.

L'objectif de ce papier est justement de démontrer pourquoi le franc CFA doit disparaitre pour faire place à une monnaie africaine au service du développement.  Cela suppose en premier lieu de montrer l'importance de la monnaie : il s'agit de définir correctement la monnaie (I).

Faisant suite à cette démarche définitoire de la monnaie, il sera utile en deuxième lieu, de présenter l'historique de la zone franc (II).

Une telle présentation permettra en troisième lieu de dire pourquoi sortir de la zone franc (III).


I. UNE DEMARCHE DEFINITOIRE DE LA MONNAIE

C'est faute d'avoir compris que la monnaie n'est pas banale, que le développement des pays africains de la zone franc (PAZF) se trouve aujourd'hui à la limite du paradoxe.  Dans les lignes qui suivent, nous allons donner les fonctions et la nature de la monnaie.


I.1. LES FONCTIONS DE LA MONNAIE

Charles Rist se refusait à définir la monnaie parce qu'elle recouvrait un domaine très vaste. En effet, la monnaie est l'un des concepts les plus difficiles à définir de la théorie économique.  La monnaie est de plus en plus présente à tous les niveaux de la vie quotidienne des agents économiques et, parallèlement, ses formes sont de plus en plus complexes et multiples.

Depuis Aristote, la monnaie est définie par les trois fonctions qu'elle est supposée exercer : la monnaie comme intermédiaire des échanges, la monnaie comme réserve de valeurs et, enfin, la monnaie comme unité de compte.

Considérée comme intermédiaire des échanges (unité de paiement), la monnaie est un instrument qui permet d'échanger deux biens, en évitant les contraintes du troc. Il s'agit de surmonter la contrainte de la double coïncidence exacte des besoins du vendeur et de l'acheteur en qualité et en quantité, sur un même lieu, contrainte propre au troc.  En considérant une économie de troc, l'absence de double coïncidence limite les possibilités d'échanges et l'apparition d'un élément tiers, la monnaie, règle cette contrainte, elle "lubrifie" les transactions. La médiation monétaire serait une condition nécessaire au développement des échanges de biens et de services selon Jevons[i].  Cette fonction suppose que la monnaie a un pouvoir libératoire, c'est-à-dire qu'elle garantie la possibilité d'effectuer des règlements et également d'éteindre des dettes. Or il est possible d'avoir des monnaies en circulation sans pouvoir libératoire. Le paiement renvoie, selon B. Courbis, E. Froment et J.-M Servet, à « l'appartenance à une communauté de paiement dans laquelle les moyens de s'acquitter sont établis »[ii]. Ainsi donc, l'unité de paiement peut différer de celle de compte.

La monnaie exerce également une fonction de réserve de valeur pour deux raisons : la non-synchronisation entre les recettes et les dépenses d'une part et l'incertitude sur les réserves futures d'autre part. Elles constituent deux motifs de « demande de monnaie ». Elle a une fonction de réserve de valeur parce qu'elle est acceptée par tous et surtout parce qu'elle est unité de compte.  Cette fonction n'est pas spécifique à la monnaie car les agents économiques disposent d'autres moyens pour conserver de la valeur,  c'est-à-dire détenir de la richesse. Cette dernière a d'ailleurs plusieurs composantes :

- la richesse non financière, qui est constituée des biens matériels (or, maison, bijou, usine...) et immatériels (comme, par exemple, un fonds de commerce, une qualification) ;

- la richesse financière, qui est constituée des titres qui peuvent s'échanger directement contre des biens matériels ou qui, en général, doivent d'abord se transformer en monnaie pour s'échanger contre des biens matériels (actifs monétaires, actifs financiers).

La monnaie a une troisième fonction : celle d'unité de compte.  Sans monnaie, dans une économie marchande, il y a autant de prix que de paires de biens, de types d'échanges entre deux biens. S'il y a n biens, il y a n(n-1)/2 prix relatifs. Pour opérer ses arbitrages dans un système de troc, chaque consommateur doit avoir en tête tous ces prix. Si un de ces biens est utilisé comme étalon des valeurs, alors le système des prix est profondément simplifié. Il suffit alors de connaître les n-1 expressions de la valeur des autres biens dans le bien choisi comme monnaie pour connaître l'ensemble des rapports de valeurs des n biens. La monnaie permet donc d'établir une échelle de prix simple et unique, exprimée en unités monétaires.

Mais une " vraie " unité de compte ne peut avoir de valeur par elle-même sauf à varier. Or, c'est bien ce que les hommes ont fait en utilisant, pendant de brèves périodes historiques, comme valeur monétaire, des biens ayant eux-mêmes un certain prix. Toutefois, durant la majeure partie du Moyen-Âge, le Prince demeurait le " maître des mesures " : il imprimait son sceau et fixait les valeurs monétaires qui différaient, la plupart du temps, de celles du métal incorporé.

Finalement, la définition fonctionnelle de la monnaie ne nous aide pas dans la poursuite de notre objectif, celui de justifier la disparition du franc CFA.

On ne peut pas se satisfaire de cette définition.  Il nous faut approfondir la question monétaire en disant ce qu'elle est et non ce qu'elle fait.


I.2. LA QUESTION DE LA NATURE DE LA MONNAIE

Qu'est-ce que la monnaie ? Cette question par laquelle il fallait bien commencer, n'admet pas de réponse simple, acceptée par l'ensemble des économistes, ni sous l'angle empirique, ni sous l'angle théorique. Notre préoccupation à ce stade de notre réflexion, est de dissiper le « nuage épais » qui enveloppe les contributions sur la nature de la monnaie.

La monnaie, rassurons-nous n'est pas un bien industriel comme le pain.  Elle n'est pas une marchandise. La monnaie a plusieurs dimensions.

La monnaie est une créance à vue des agents économiques sur le système bancaire et une dette de celui-ci. De ce point de vue, il est impossible de dissocier la monnaie du système monétaire d'où d'ailleurs l'importance des banques dans une économie monétaire de production.

Cette définition est complétée par l'approche institutionnelle de la monnaie : la monnaie est certes une technique mais c'est aussi un phénomène social qui met en jeu des relations humaines et pas simplement une technique. L'enjeu principal de la monnaie est toujours l'appartenance à une communauté de valeurs. Or, cette appartenance s'inscrit dans des formes relativement différentes selon les époques et les sociétés. La monnaie est une institution qui exprime et conforte les valeurs globales de la société où elle existe.

La monnaie a également une dimension conventionnaliste. Elle est générée par une convention marchande : j'accepte la monnaie car autrui l'accepte. La qualité d'une monnaie se mesurera, dès lors, à l'aune de son aptitude à conserver sa valeur d'une période à l'autre et de sa capacité à inspirer confiance  à ses utilisateurs. Ce minimum de cohésion sociale et de confiance, qui est au fondement même de toute monnaie, émane soit d'un acte de foi (acceptation générale du numéraire par la communauté), soit d'un édit des autorités qui l'établit comme cours légal dans un territoire donné.

Dans le premier cas, la monnaie peut provenir soit d'une coutume immémoriale, soit d'une convention émergeante ou librement négociée, ou encore être le résultat d'une concurrence entre monnaies privées où une a fini par s'imposer dans un vaste réseau d'échange.

Dans le second cas, la monnaie est la production d'un monopole d'État qui impose le médium d'échange et tente de le contrôler. La puissance publique tire profit de cette situation à divers échelons : la monnaie sert, à la fois, de source d'unité symbolique du pays, de source de revenu pour l'État et de moyen d'indépendance politique, le pays ayant sa propre devise.

Georges Simmel met pour sa part en avant que si la monnaie ne doit rien dans sa genèse, à l'Etat, un fonctionnement viable ne peut cependant être garanti par celui-ci.  C'est dans cette filiation que se situe l'approche étatique de Knapp (1973)[iii] à laquelle fait référence J.M. Keynes dans le « treatise on money ». Cette approche peut être résumée ainsi : « la monnaie est une créature de la loi », c'est-à-dire du droit. En fait, selon Knapp, l'État sélectionne et impose une forme-monnaie en choisissant une certaine unité et en lui donnant une validité sur un territoire qui correspond à son espace national. Ainsi, l'acceptation inconditionnelle de la monnaie par les individus est garantie par l'État.

Il s'agit de dire que c'est l'autorité politique représentative qui, dans un espace national donné, fait battre monnaie et lui donne cours légal, un principe repris, après bien des vicissitudes, du droit romain.

Bien qu'elle soit un enjeu entre les classes sociales et un instrument de domination des uns sur les autres, la monnaie est aussi un bien public. Elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d'être un pouvoir d'achat immédiat ou futur, garantissant son rôle de réserve à travers le temps.

La monnaie a également une dimension politique : les nations se sont construites autour de la monnaie et autour d'un roi qui avait le pouvoir de battre monnaie. Au 19ème siècle, l'unification progressive de l'Allemagne s'est faite à partir du Zollverein, mais aussi par une monnaie commune : le Thaler (1857). A l'heure actuelle, le pouvoir monétaire est perçu comme un élément de la souveraineté nationale : ses capacités régulatrices lui viennent de son aptitude à représenter les valeurs qui sont au fondement de la communauté d'échanges.  Pour Charles Loyseau[iv] dans son « Traité des seigneuries » (1669) : « ...la souveraineté est du tout inséparable de l'Etat, auquel, si elle était ôtée ne serait plus un Etat. Car, enfin, la souveraineté est la forme qui donne l'être à l'Etat, voire même l'Etat et la souveraineté prise in concreto sont synonymes et l'Etat est ainsi appelé, pour ce que la souveraineté est le comble et période de puissance où il faut que l'Etat s'arrête et s'établisse ». La souveraineté s'affirme ad externa. Concrètement, elle s'exerce sur un territoire délimité - la première fonction du roi étant de tracer la ligne qui situe le domaine de la couronne dans l'espace, et qui marque sa libre existence face à toute autre puissance extérieure contre quoi le moyen militaire peut être requis.

Lire la suite

mercredi, 26 janvier 2011

METTRE UN COUP D'ARRET URGENT A L'HECATOMBE OUEST-AFRICAINE QUI SE PREPARE EN COTE D'IVOIRE



SARKOZY ET COMPAORE.jpg

En lisant ce titre, un coup de froid pourrait presque parcourir la colonne vertébrale de toute personne en peine pour le peuple ivoirien et de quiconque redoute des lendemains difficiles, incontrôlés et incontrôlables à la crise postélectorale que vit la Côte d'Ivoire. En effet, depuis quelques semaines, la communauté occidentale pilotée par les Etats-Unis et la France pompeusement appelés « communauté internationale » pour les besoins de la cause, fait macérer la Côte d'Ivoire dans la psychose d'une opération militaire pour, dit-on, « exfiltrer » quasi « pacifiquement » le président élu Laurent GBAGBO et installer douillettement à sa place son adversaire, Alassane Dramane OUATTARA, qui a perdu l'élection présidentielle et qui est allergique à la recherche de la vérité pour dénouer ce blocage politique que connaît notre pays.

Cette option peut séduire les va-t-en-guerres qui ne connaissent pas les Ivoiriens et leur détermination à défendre, par vagues de milliers de milliers, leur dignité et la souveraineté de leur pays. En plus, Laurent GBAGBO, loin d'être un orphelin dans son pays - bien au contraire ! - est entourée d'une armée loyaliste, aguerrie par huit années de crise armée, prête à en découdre jusqu'à la dernière goutte de sang. Est-ce devant ce peuple et cette armée-là qu'on veut venir ôter Laurent GBAGBO et espérer gouverner la Côte d'Ivoire dans la quiétude ? Que nul ne se prenne à rêver d'une manière aussi démente. Ce scénario échafaudé d'une façon totalement déraisonnable par un Alassane OUATTARA épuisé et en perte de vitesse qui appelle la « communauté internationale » à attaquer son propre (?) pays, aiguillé en cela par un Nicolas SARKOZY en plein délire, pris en flagrant délit de mensonge éhonté lors de la troisième conférence de presse de son obscure mandat à la tête de l'Etat français, est un scénario de l'apocalypse. Que le monde entier le sache.

Même d'un point de vue africain, la Côte d'Ivoire n'est pas orpheline : des pays comme l'Angola, le Ghana, le Cap Vert et l'Afrique du Sud, et bien d'autres plus discrets, ont compris le vrai enjeu de la crise postélectorale ivoirienne et réclament le réexamen des documents électoraux pour une sortie de crise pacifique. Les ennemis de la Côte d'Ivoire n'en ont cure. Mais honnêtement, pensent-ils que ces pays amis laisseront dépecer la Côte d'Ivoire sans un pépiement, sans broncher ? Rien n'est moins sûr. Il se trouve même que de nombreux volontaires africains sont prêts à venir faire la guerre sur les bords de la lagune Ebrié, au nom de l'honneur, de la dignité, de la liberté et de la souveraineté de l'Afrique. Il suffit simplement de leur faire appel ou d'ouvrir une liste et nous aurons bien vite fait de refuser du monde. Que le monde le sache : il n'y aura pas de guerre propre en Côte d'Ivoire. C'est un leurre dont la France berce toute la terre.

Nicolas SARKOZY attaquera les Ivoiriens et il y perdra la face. Les armées qui enverront leurs soldats se faire canarder en Eburnie n'auront aucune reconnaissance de sa part et ces derniers et leurs familles, aucune indemnité ou indemnisation. Parce que la France sortira exsangue et humiliée de ce conflit, elle mordra la poussière devant un peuple digne et déterminé à se faire respecter. Leur déconvenue sera telle que de violentes crises ou des levées de boucliers insurrectionnelles succèderont à leur expédition ivoirienne sur leurs propres territoires. C'est certainement la raison pour laquelle le Nigéria demande une résolution onusienne avant de partir en guerre contre la Côte d'Ivoire. Histoire de sauver la face, se donner bonne conscience et d'avoir une couverture sociale pour les familles de leurs futurs morts.

Pour faire un appendice au grossier et grotesque mensonge de Nicolas SARKOZY à sa conférence de presse d'avant-hier, lundi 24 janvier, en tant que nouveau président du G20-G8 pour l'année 2011, relevons que sur le dossier tunisien, le fils de Nagy-Bocsa a crânement affirmé (pince sans rire), que la puissance coloniale (la France, prise à défaut) n'a pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de son ex-colonie. On en tomberait presqu'à la renverse tant le propos est incroyable, surréaliste, abracadabrantesque, provenant de cet affidé des sciences françafricaines les plus rétrogrades. Tunisie-Côte d'Ivoire, deux poids deux mesures, pourrait-on dire ! Or donc, il ne faut pas s'ingérer dans les affaires internes de son ex-colonie !? En Côte d'Ivoire, on ne s'embarrasse pourtant d'aucune éthique ou élégance diplomatique pour clouer le pays d'Houphouët-Boigny au pilori, menacer vertement le président démocratiquement élu d'un pays souverain de traduction devant le TPI et lui lancer un ultimatum totalement insolite. La mauvaise foi dans cette crise ivoirienne est absolument sidérante !

Mais au-delà de cet aspect moral des choses, ce que l'on ignore et surtout ce que feint d'ignorer cette nébuleuse mafieuse prétendument adoubée « communauté internationale » ou ce qu'elle refuse de prendre en compte dans ce crescendo apologétique de la violence appelée de tous ses vœux par le candidat Alassane OUATTARA (et ses aficionados), c'est qu'il n'y a pas que des Ivoiriens en Côte d'Ivoire. La Côte d'Ivoire, en tant que nation hospitalière, compte officiellement en son sein une incroyable population de plus de 30% d'étrangers mais officieusement, tous s'accordent en Côte d'Ivoire pour reconsidérer ce taux à la hausse, soit un peu plus de 40% de non nationaux. Le pays de la sous-région ouest-africaine qui vient après la Côte d'Ivoire dans ce classement, est le Sénégal, avec... moins de 5% d'étrangers (et là nous sommes extrêmement généreux !). En France, chez les donneurs de leçons universels, un taux de seulement 1,5% d'étrangers sème la panique parmi les hommes politiques et les spécialistes de la prospective, de la planification et des statistiques. Une telle fièvre ne s'est pas encore emparée du peuple digne, fier et hospitalier de Côte d'Ivoire. Et ce n'est pas le droit d'en être saisis qui nous en serait dénié.

La Côte d'Ivoire compte en son sein, sur une population d'environs 20 millions d'habitants, au moins 3 millions de burkinabé, 2 millions de maliens, 1 million de sénégalais, 1 million de guinéens, ½ million de nigérians, ½ million de ghanéens et de libériens, et des milliers de citoyens du reste de l'Afrique et du monde intégrés, prospères et vivant dans une paix totale, parmi lesquels 16.000 français. Comme nous pouvons le voir, la Côte d'Ivoire est une terre d'accueil (et même d'asile, de refuge) et aucun pays sur la planète ne peut s'en prévaloir, dans la même proportion. Plus singulièrement, elle représente le complet microcosme de toute la CEDEAO.

Alors, que des chefs d'Etats africains, véritables suppôts et potentats au service de l'Occident, en mal de pub et de légitimité, adeptes obscures d'une philosophie aplaventriste totalement rétrograde et anachronique dans un monde en pleine mutation du point de vue des libertés, réunis dans une incontestable association de malfaiteurs, se préparent à attaquer un pays frère abritant des milliers voire des millions de leurs concitoyens, cela relève des énigmes de l'histoire, du mystère fonctionnel du complexe cerveau humain et, plus simplement, du suicide collectif.

Ces hommes pensent-ils un seul instant pouvoir « exfiltrer sans effusion de sang », comme ils disent, le président Laurent GBAGBO et lui arracher ainsi le pouvoir au profit de leur filleul, Alassane OUATTARA ? Se posent-ils seulement la question de savoir comment le candidat du RHDP gouverne-t-il ensuite une Côte d'Ivoire en ébullition, une Côte d'Ivoire désormais irréversiblement entrée en irruption ? A la vérité, ils ont pris toutes les dispositions pour une guerre totale en Côte d'Ivoire, à défaut d'effrayer Laurent GBAGBO pour qu'il se sauve la queue entre les jambes et parte en exil, à défaut de parvenir à museler la RTI ou asphyxier économiquement les Ivoiriens pour qu'ils capitulent. Une guerre pour faire des millions de morts. Les pays occidentaux ne sont-ils pas en train de mettre leurs ressortissants à l'abri en leur demandant de quitter immédiatement la Côte d'Ivoire ? Nous aurons certainement, ici, un scénario pire que le Rwanda et le Libéria réunis. Ce discours faussement pacifiste n'est, en fait, tenu que pour donner le change à une opinion publique internationale qui commence à comprendre et qui est de moins en moins encline à accepter une explosion de violence, une expédition massacreuse, dans le Golfe de Guinée. Car le vent est désormais en train de tourner et ils veulent faire vite, avant d'être eux-mêmes mis au ban des nations et épinglés à leur tour.

Mais savent-ils au moins que si les Ivoiriens se retrouvent dos au mur et contraints de faire la guerre dans un baroud d'honneur, leurs ressortissants n'échapperont pas à une inévitable vendetta générale et que même leurs territoires ne seront pas épargnés par des bombardements ivoiriens ? En clair, c'est toute la sous-région ouest-africaine qui va flamber à grand feu. Le savent-ils ?, continuons-nous à nous interroger avec angoisse. Pas pour la Côte d'Ivoire. Mais pour la sous-région et l'Afrique entières ! Et comment comptent-ils rétablir la cohabitation, la cohésion sociale, économique, sécuritaire et politique qui sera ainsi effroyablement mise à mal sur tout le continent après cette sortie hasardeuse aux conséquences apocalyptiques ?

Les conclusions du 16ème sommet de l'Union Africaine qui se tient du 24 au 31 janvier 2011, à Addis-Abeba en Ethiopie - auquel l'énigmatique et hyper président français Nicolas SARKOZY veut s'arroger le droit de participer - nous le dirons. Il faut espérer que le bon sens l'emporte sur la logique du pire en pleine expansion et sur la folie meurtrière incontrôlée en préparation. Au surplus, les Africains ont lancé une pétition contre cette participation provocatrice et altière du fils de Nagy-Bocsa à ce qu'ils considèrent comme leur chasse gardée et l'expression de leur souveraineté, leurs chefs d'Etats aux ordres dussent-ils y prendre des décisions retorses contre le pays frère de Côte d'Ivoire. La sagesse et l'intelligence triompheront-elles ? Attendons de voir.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !



DINDE Fernand AGBO

HOLD-UP ELECTORAL DE CHOI ET AFFIDES - Me CECCALDI: «LE MECANISME DE LA FRAUDE SE TROUVE DANS LE TAUX DE PARTICIPATION»



Me MARCEL CECCALDI.jpg

In Le Nouveau Courrier N°187 du 25 Janvier 2011 par Stéphane Bahi


La tribune des Communicateurs citoyens a accueilli hier, l'avocat français Me Ceccaldi, qui avait à dire et à redire sur la forfaiture de Choi et ses mandants pour proclamer Ouattara vainqueur de la présidentielle.


On ne le dira jamais assez, Choi s'est rendu complice de la fraude et des violences qui ont contribué à cristalliser les tensions post-électorales en Côte d'Ivoire, en faisant croire à l'opinion que Alassane Dramane Ouattara a gagné l'élection présidentielle ivoirienne. Un passage en force cousu de fil blanc mis à nu au fil des jours par les Ivoiriens et amis de la Côte d'Ivoire épris de paix et de justice. Au nombre de ceux-ci, Me Marcel Ceccaldi, avocat international qui a répondu à l'invitation des Communicateurs citoyens, qui ne ménagent aucun effort pour le rayonnement de la démocratie. Hier lundi donc, aux 2 Plateaux, le juriste s'est longuement attardé sur les tenants et aboutissants de la crise actuelle en prenant pour repère le Thème : «Problématique de la Certification des élections en Côte d'Ivoire». Pour l'éminent juriste, «le mécanisme de la fraude se trouve dans le taux de participation». Le disant, il se base sur des faits palpables. Il s'explique en effet difficilement le fait que le taux de participation ait changé en l'espace de quelques jours, sans que cela n'émeuve personne, particulièrement Choi et ses patrons de la communauté dite internationale. «La proclamation des résultats à l'échelle administrative n'a pas été faite. Si la procédure avait été suivie, Choi aurait vu qu'il y avait des incohérences au niveau du taux de participation ; et que dès lors, il y avait un risque de fraude. Le mécanisme de la fraude se trouve dans le taux de participation. De 72% on est passé à 82 % de taux de participation. C'est ça la fraude», a-t-il dénoncé, pointant du doigt le laxisme complice doublé de mauvaise foi, du représentant spécial du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire.

Une plainte contre Choi

Allant plus loin dans l'analyse, Me Ceccaldi lève un coin de voile sur une autre manœuvre méprisante de Choi, voire sa mauvaise foi. En effet, dans le rapport de l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, le Coréen s'abrite derrière une disposition de l'Accord politique de Ouagadougou, pour justifier les irrégularités constatées dans le nord et son refus de les considérer outre mesure. Extrait du rapport : 3.4.4.1. La disposition de l'article 3 de l'APO dit ceci : «Afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du CCI, et la supervision des Forces Impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux forces ex- belligérantes ainsi que la démobilisation des ex-combattants des Forces Nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux (02) mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle. »

3.4.4.2. M. Choi dit avoir conseillé aux parties ivoiriennes de respecter cette disposition. Il dit avoir prévenu les parties en indiquant que si elles acceptaient d'aller aux élections sans la mise en œuvre de cette disposition, alors, elles ne devraient pas formuler des requêtes liées à des allégations d'irrégularités du scrutin dans les zones concernées et sous le contrôle des Forces Nouvelles.

Allégations que bat en brèche Me Ceccaldi, au motif que les conditions de sécurisation et le désarmement des rebelles incombait à l'Onu, conformément à la résolution entérinant l'APO. «S'il y avait des jeux olympiques de la mauvaise foi, Choi serait médaillé d'or. Est-ce que l'Onu a fait sa part ?», s'est-il insurgé. «Nous nous réservons le droit de saisir la Cour internationale de justice sur le cas de M. Choi».

Le forcing du tandem Ban Ki-moon - Choi et les incongruités de l'UE

Le conférencier du jour ne s'est pas arrêté en si bon chemin dans ses éclairages. Pour lui, la certification est une assistance électorale de l'Onu à un pays, soit dans un pays en conflit. Mais «en aucun cas, il n'y a abandon de souveraineté». Ce que à l'en croire, Ban Ki-moon a feint d'ignorer dans le cas de la Côte d'Ivoire, en attribuant les prérogatives de Haut représentant pour les élections à son compatriote Choi, au mépris d'une décision de l'Assemblée générale de l'Onu qui l'en empêchait. «J'accuse Choi de forfaiture. Il a outrepassé son devoir en violation d'une décision de l'AG des Nations unies...» Il poursuit pour dire que Choi doit se soumettre au verdict du Conseil constitutionnel, parce que la Côte d'Ivoire n'a pas renoncé à sa souveraineté.

L'Union européenne, qui s'est arrogé le droit de sanctionner tous ceux qui empêchent Ouattara de tourner en rond, n'a pas été épargnée par le juriste. Dans son allégeance à Ouattara, l'Ue crois bon de punir tous les supposés soutiens de Gbagbo, si le ridicule pouvait tuer, les donneurs de leçons ont franchi le rubicond en sanctionnant tous les membres du Conseil constitutionnel. Motif invoqué : refus de se placer sous l'autorité d'Alassane Ouattara. «La décision de l'Union européenne du 15 janvier va entrer dans le livre des records Guiness ; c'est une atteinte à la séparation des pouvoirs», a-t-il déclaré.

L'homme de droit estime que la meilleure des choses à faire dans cette situation actuelle est d'accepter le recomptage des voix pour une issue pacifique car une attaque de la Côte d'Ivoire équivaudrait à «une agression armée comme l'Angleterre et les Etats Unis en Irak en 2003».


 

Source : LE NOUVEAU COURRIER


Autre article sur le même sujet: AFREEKELECTION.COM

lundi, 24 janvier 2011

Pr GORGUI DIENG - COTE D'IVOIRE: VERS L'ECLATEMENT DE LA CEDEAO ET DE L'UA ?

CEDEAO LOGO.jpg

Chaque jour qui passe ajoute de l'huile au feu qui brûle en CI. Et les pays occidentaux et l'Onu qui tiennent à leur 'président' comme à la prunelle de leurs yeux, l'attisent par des sanctions qui vont crescendo contre Gbagbo et ses proches. Les rebelles, - alliés de l'ONUCI ? -, attaquent et tuent des soldats de l'Armée régulière ivoirienne. Ces derniers ripostent et reçoivent de l'Onu des menaces de poursuites pour crimes contre l'humanité. Le message de l'Onu aux forces restées fidèles à Gbagbo est donc clair : laissez-vous canarder par les rebelles sans réagir, sinon c'est la CPI ! Dans quel monde sommes-nous ? Pourquoi l'Onu ne tempère-t-elle pas l'ardeur des adversaires de Gbagbo qui cherchent à marcher sur les institutions de la république ? Comme Gbagbo n'est pas légitime, il n'a aucun droit, même pas celle de se défendre. Pourtant il a indiqué des cas de fraude dans le Nord avec chiffres à l'appui et demandé à la 'Communauté internationale le recomptage des voix. Mais pour toute réaction, cette dernière lui demande de céder sans délai le pouvoir à Ouattara. Pourtant, il est établi - et personne ne peut le nier - que dans plusieurs bureaux de vote du Nord le Président élu par la CEI et par l'Onu a engrangé des suffrages deux fois supérieurs au nombre des inscrits. Les Experts Electoraux Africains présents lors du scrutin ont relevé de graves irrégularités dans une bonne partie du Nord. Mais comme ce sont des Africains, leur voix ne compte pas ! On ne doit écouter que Bakayoko de la CEI et Choi de l'Onu!

Ce qui est causasse dans l'imbroglio ivoirien, c'est que le président reconnu par l'Occident, après s'être rendu compte que le peuple qui l'a 'élu' reste de marbre devant ses multiples appels à la grève générale et à la désobéissance civile, il se rabat sur l'extérieur pour retrouver son fauteuil usurpé par l'autre! Quel paradoxe ! Le problème de la Côte d'Ivoire, il faut avoir le courage de le dire, pourrait bien être Ouattara ! On a l'impression qu'Il cherche à diriger les Ivoiriens quoique cela puisse coûter au pays. Certainement pour laver l'affront de Bédié - son ennemi d'hier et 'allié' d'aujourd'hui - qui l'a sans nul doute traumatisé en lui niant son 'ivoirité' au lendemain de la mort de Houphouët. Il s'est servi hier des rebelles, sans succès. Aujourd'hui, il implore l'Onu, la France et les Etats Unis d'ordonner à la CEDEAO d'aller au charbon. A la place du peuple ivoirien qui visiblement ne compte plus. Mais les braises risquent d'être bien ardentes...

La leçon tunisienne est encore fraîche dans nos mémoires... Qui a fait partir le redouté Ben Ali ? La Ligue Arabe ? L'Onu ? C'est bien le peuple tunisien. Et franchement, nous applaudirions des deux mains si le peuple de Côte d'Ivoire sortait comme un seul homme et balayait Gbagbo. Pour nous ce dernier ne compte pas face au peuple ivoirien qui doit se choisir son président et demeurer maître de son destin. Mais l'échec des journées 'pays mort' initiées par Ouattara montre à ceux qui veulent voir le soleil si brûlant au-dessus de nos têtes, que Gbagbo n'est pas si vomi par son peuple que certains le prétendent. Et c'est ce président que la CEDEAO veut aller déloger comme un malpropre ? Comme si eux, les autres chefs d'Etat de la sous-région, incarnaient l'idéal démocratique en Afrique de l'Ouest ! Faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous devons nous poser les questions suivantes : La CEDEAO aime-t-elle plus la CI que les Ivoiriens eux-mêmes ? Qu'est-ce qui la motive ? Est-elle libre de ses mouvements ? Va-t-elle exécuter des ordres, la tête baissée ? Nos dirigeants ne savent-ils pas qu'on n'envahit pas un pays comme cela, fût-il le plus faible du monde ? Le repli identitaire au niveau national et international risque de surprendre et de porter la guerre bien au-delà des frontières de la CI. Le Sud du pays peut resserrer les rangs contre le Nord. Et les pays africains dirigés par des partis de Gauche comme le MPLA, le FRELIMO, l'ANC, le PAIGC et la SWAPO, entre autres, peuvent bien se coaliser pour faire face aux pays aux ordres de l'Occident.

Nous insistons sur le fait que le conflit en CI est plus identitaire que purement politique, parce que foncièrement culturel, ethnique et religieux. Cela Choi de l'Onu le comprend-il ? La CI n'est pas un pays homogène. Il est très fortement clivé : un Nord essentiellement Sahélien, 'Burkinabè-malien', malinké et musulman et un Sud plutôt Forestier, 'autochtone', Baoulé-Bété et chrétien. C'est cela le véritable casse-tête ivoirien que la forte personnalité de Houphouët avait réussi à juguler le temps d'un règne. Mais que l'alliance contre nature entre Ouattara et Bédié peine à cacher. C'est d'ailleurs cette réalité ethnique et culturelle explosive qui explique le soutien dont bénéficie Ouattara de la part de certains dirigeants de la CEDEAO et de l'UEMOA, même si tout le monde semble éluder le débat. Le Burkina Faso de Blaise Compaoré (pays du père de Ouattara), le Mali de Amadou Toumani Touré, le Sierra Leone de Ernest Bai Kroma, la Guinée-Conakry de Alpha Condé, la Guinée-Bissau, sont des pays Malinkés qui voient en Ouattara un des leurs. Même le Sénégal est concerné malgré les apparences qui en font un pays wolof.

Si la CEDEAO perd la raison et attaque la CI, cela pourrait conduire à une situation totalement inattendue : des pays de la Communauté comme le Cap Vert, la Gambie, le Ghana qui ont exprimé haut et fort leur opposition à toute intervention militaire en CI pourraient se sentir humiliés et se ranger machinalement derrière Gbagbo contre les 'agresseurs'. Ils pourraient aussi envisager leur retrait de la CEDEAO qui serait perçue comme un instrument au service de la France, des EU, de la GB et de l'Onu. La frustration pourrait gagner d'autres pays au-delà de la CEDEAO et avoir des répercussions dévastatrices sur l'Union Africaine elle-même. L'Angola, un vétéran de la guerre de libération nationale contre le Portugal des dictatures, a, par la voix autorisée de son président, fait une déclaration qui a le ton d'un avertissement pour qui sait lire entre les phrases. Dos Santos a dit sans détour que vu le contexte dans lequel elles ont été organisées dans un pays divisé et contrôlé dans sa partie Nord par la rébellion, les élections sont nulles et de nul effet. Cependant, pour lui, Gbagbo doit rester au pouvoir pour éviter à la CI un vide institutionnel. Si la CEDEAO fait fi de cette voix discordante, elle court de gros risques. L'Angola, qui a maintenant le soutien de la Guinée Equatoriale, a bien les moyens financiers et militaires de venir en aide au 'camarade' Gbagbo, que beaucoup de nationalistes africains commencent à percevoir comme un martyr car son cas rappelle bien celui d'un certain Patrice Lumumba. Et avec le président sud-africain Zuma qui commence à parler le même langage que ses 'camarades' angolais en invitant la Communauté internationale à tenir compte de la requête de Gbagbo (recomptage des voix par une commission internationale) la situation semble bien se compliquer pour la CEDEAO. D'autant plus qu'elle ne peut se baser sur aucun texte juridique pour justifier une action militaire contre Gbagbo élu par le Conseil constitutionnel de son pays. Elle a plutôt l'obligation de respecter les institutions des différents pays membres.

Nous estimons donc que si on n'y prend garde, la crise postélectorale en CI risque de déboucher sur une autre crise à l'échelle du Continent et conduire à l'éclatement de la CEDEAO et de l'UA. Nous avons la certitude que l'Angola et l'Afrique du Sud ne resteront pas les bras croisés si la CEDEAO franchit le Rubicon. Et à qui va profiter une telle situation lourde de dangers ? A ceux qui incitent les Africains à s'entretuer pour freiner la marche de l'Afrique vers son unité organique sans laquelle il n'y ni développement durable ni indépendance véritable.


Pr. Gorgui Dieng


Laboratoire d'Etudes Africaines et Postcoloniales
Département d'Anglais
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Sénégal.


Source: SUD ONLINE.SN

dimanche, 23 janvier 2011

LA PRESSE FRANÇAISE ENFIN SUR LA VOIE DE LA VERITE

ALASSANE DRAMANE OUATTARA 2.jpg

Dans sa parution du mardi 19 janvier 2011, sous le titre « Sept semaines de solitude », le journal d'information en ligne « Le Monde.fr » a jeté un regard peu habituel sur la situation postélectorale en Côte d'Ivoire. Dans un lyrisme chargé d'ironie, le confrère français fait une peinture de l'univers restreint et lassant du « Président Ouattara du Golf Hôtel ». Doit-on croire qu'enfin, la vérité est en train de se mettre en place ?


Cloîtré à l'Hôtel du Golf depuis son élection, le président ivoirien officiellement reconnu, Alassane Ouattara, voit la situation lui échapper peu à peu.Les ordures se consument, comme un fumier géant, embrasant l'air. L'odeur piquante relègue au second plan les effluves douceâtres de la lagune d'Abidjan. Les embouteillages vont leur train habituel, entre les barrages de police et les arrêts en triple file de véhicules fatigués. Au palais présidentiel, les photographes parés de gilets orange fluo attendent, lundi 17 janvier, l'arrivée du médiateur de l'Union africaine, le premier ministre kenyan, RailaOdinga. Ses entretiens avec Laurent Gbagbo, le président qui se considère comme réélu, seront "très utiles" et ses conversations avec Alassane Ouattara, le président reconnu par la communauté internationale, "très fructueuses.

Mais plus le temps passe et plus la situation apparaît ubuesque. Comme si le président cloîtré en son Hôtel du Golf depuis l'élection du 28 novembre 2010 avec un gouvernement fantôme perdait peu à peu toute réalité. M. Ouattara reste invisible - un sourire qui s'efface, sur des affiches électorales dépassées. Les rumeurs les plus folles circulent, comme souvent en Afrique : est-il bien toujours à l'Hôtel du Golf ? Les diplomates en sont assurés, puisqu'ils le rencontrent, mais qui s'en soucie ? Sa stratégie semble de plus en plus illisible, même à ses partisans. Ils n'osent guère s'exprimer à découvert, car la situation reste tendue

Lundi, alors que l'ONU doit voter un contingent supplémentaire de 2 000 hommes pour l'Onuci, qui portera leur nombre à 11 500, des échauffourées ont éclaté en plein centre-ville, près de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Pour disperser un groupe de jeunes qui avait encerclé des blindés légers de la force d'interposition, celle-ci a tiré en l'air. Deux personnes ont été blessées. Ces heurts sporadiques, dont la nouvelle se répand à toute allure par les téléphones portables, ne sont cependant pas quotidiens.

Et de là à réussir une "opération pays mort", comme M. Ouattara y a appelé, mardi 18 janvier, il y a un grand pas. Le président favori de la communauté internationale risque d'y user un peu plus son crédit en cas, probable, d'échec. De même que ses appels à déloger M. Gbagbo par la force, sans lever le petit doigt, finissent par apparaître comme des rodomontades. Cela s'ajoute aux anecdotes qu'on ne manque pas de raconter à toute personne arrivant à Abidjan. Comment, vous ne connaissez pas l'histoire des langoustes ? Une cargaison de ces crustacés de luxe destinée aux reclus de l'Hôtel du Golf a été interceptée. Sitôt l'histoire livrée, avec forces détails, on vous précise que les Ouattara - que Nicolas Sarkozy a mariés naguère à la mairie de Neuilly - vivent "comme des milliardaires".

Sans incarnation, le débat politique devient un jeu de massacre médiatique. En Côte d'Ivoire, les quotidiens fleurissent. De bon matin, ils provoquent des attroupements devant les kiosques, jusqu'à bloquer la voie. Les Ivoiriens se qualifient eux-mêmes de "titrologues", car ils ne lisent souvent que les manchettes. Ou bien ils "louent" le journal pour 0,50 franc CFA, malgré un prix de vente assez bas, 200 francs CFA (30 centimes d'euros) en moyenne. Les deux présidents disposent chacun de six ou sept titres, qui ne font pas dans la nuance. Lundi, Le Nouveau Courrier, favorable à M. Gbagbo, faisait état d'un "assaut sur Abidjan", préparé à Bouaké par les forces de l'Onuci qui "s'apprête à transporter (...) mercenaires et combattants rebelles" pour soutenir M. Ouattara.

Du bord opposé, Le Patriote donnait le même jour "la liste des 85 ennemis de la paix", personnalités sanctionnées par l'Union européenne depuis vendredi, dont les avoirs sont gelés et les déplacements réduits - avec les dates de naissance et les numéros de passeport. S'y ajoutait un bref commentaire pour chacun, tel celui-ci pour Laurent Gbagbo : "Prétendument président de la République. Obstruction au processus de paix et de réconciliation, refus du résultat de l'élection présidentielle."

Pourtant nul ne nie que chaque jour contribue à l'affaiblissement de M. Ouattara, voire au renforcement de son adversaire. M. Gbagbo l'a très bien compris, qui joue la montre. Les ultimatums qui font flop - comme celui lancé par le président français à M. Gbagbo pour quitter le pouvoir et dont la date a expiré depuis belle lurette - sont aussi contre-productifs. Un Français influent, mais qui tient à garder l'anonymat dans cette période tendue, soupire : "Quand Sarkozy dit "Gbagbo partira à telle date", on voit bien qu'il n'est jamais venu en Côte d'Ivoire."

La communauté française, estime-t-il, (environ 700 PME-PMI et 15 300 personnes dont 60 % de binationaux), considère d'un oeil sceptique les décisions prises à Paris. Ainsi la décision de reconnaître l'ambassadeur de M. Ouattara apparaît-elle comme un brin décalée dans le contexte ivoirien. "Gbagbo a conquis son pays sur le terrain, dans la rue. Il le connaît parfaitement, il a fait trente ans d'opposition. Pour enlever M. Gbagbo, il faudra aller sur la route", dit-il, alors que M. Ouattara a été formaté par les occidentaux. De plus, par tempérament, le président reconnu "n'est pas un chef, pas un combattant, pas un gagneur. Il attend qu'on le mette au pouvoir et c'est bien le problème".

Comme nombre des Français du secteur économique, ce chef d'entreprise qui réside depuis trente ans en Côte d'Ivoire a d'autres craintes : il est évident à ses yeux que si la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), veut déloger M. Gbagbo par la force, c'est le Nigeria, plus gros contributeur, qui viendra. Non seulement ce n'est pas une démocratie exemplaire, mais il est assuré qu'il mettra ainsi la main sur tout le pétrole du golfe de Guinée. "Ils ne partiront plus d'ici, c'en sera terminé de la Côte d'Ivoire", dit-il.

Le couvre-feu par intermittences, les troubles, les barrages, la baisse de l'activité économique, autant de raisons qui rendent le temps long... "Une présence prolongée, confinés dans un hôtel, alors que notre adversaire occupe le fauteuil de la République, c'est vrai que cela pose problème", reconnaît Patrick Achi, le porte-parole de M. Ouattara. Mais il a toute une batterie d'arguments. Le pouvoir n'est pas un lieu physique, affirme-t-il, à l'heure du village global et planétaire. Qu'importe d'être assis dans un palais quand l'ensemble de la communauté internationale, ou à peu près, vous a adoubé...

Et puis M. Gbagbo n'a plus les leviers financiers, assure-t-il : "Il n'est plus reconnu par la Banque centrale. C'est comme si la Banque de France ignorait M. Sarkozy." Enfin, le spectre d'une guerre civile retient le bras du président élu, du moins aux yeux de la moitié d'un pays, toujours coupé en deux. "C'est vrai que cela dure et que la population ne comprend pas bien, admet M. Achi. Mais nous, on a gagné, pourquoi diantre se précipiter ?" A ceux qui suggèrent que M. Ouattara pourrait aller s'installer à Bouaké, dans le Nord qui lui est favorable, son conseiller répond : "Gbagbo est assis au palais. Nous, on est assis à l'hôtel et le pays est paralysé. A Bouaké, cela ne changerait rien." Tous ces arguments méconnaissent une dimension du conflit qui enfle au détriment de M. Ouattara : chaque jour, l'insistance de la communauté internationale à vouloir régler les problèmes des Ivoiriens à leur place agace davantage.



Béatrice Gurrey


Article paru dans l'édition du 19.01.2011 in Le Monde.fr


Source: INFOS COTE D'IVOIRE.NET

POURQUOI BAN-KI-MOON TENTE D’ACHEVER LE COUP D’ETAT DE 2002

BAN KI MOON 2.jpg

Le destin de deux personnalités, dès la fin de cette année 2011 se joue dans le dénouement de la crise ivoirienne née, depuis septembre 2002. Celui de Nicolas Sarkozy Nagy Bosca, chef d'Etat français et du coréen, Ban Ki Moon, secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies. Ils sont alors décidés à parachever le coup d'Etat déclenché par une rébellion venue de la frontière nord de la Côte d'Ivoire. Intrigues d'une collusion.


L'administration de l'Organisation des Nations Unies sous le contrôle du coréen Ban Ki Moon est engagée dans une course contre la montre dans la déstabilisation de la Côte d'Ivoire. Un fait devant s'achever par l'évincement du pouvoir, du Président Laurent Gbagbo démocratiquement élu. Même si les choses ne semblent pas toujours aller comme elle l'aurait souhaité, le projet s'exécute avec autant de détermination de part et d'autre des centres d'intérêts au mépris des principes fondamentaux de celle qui se positionne aujourd'hui comme la toute puissante machine au monde. Et les arguments ne manquent pas chez les deux acteurs clés de la nouvelle guerre contre la Côte d'Ivoire que sont Ban Ki Moon et Nicolas Sarkozy. Il ne se passe plus de jours que ces deux acteurs majeurs de la crise ne se manifestent. Selon plusieurs sources, les raisons multiples que singulières se rejoignent.

L'année 2012 reste une année déterminante pour les deux dirigeants mondiaux. Ils luttent tous pour le renouvellement de leurs mandats respectifs. L'un pour son maintien à la tête de la France et l'autre au secrétariat général de l'Onu. Mais, ils ont besoin de l'appui de l'un et l'autre. L'ennemi commun est président Laurent Gbagbo. Pour ce faire, le chef de l'organisation mondiale a dépêché un déstabilisateur en terre ivoirienne : Young Jin Choi

Sentant la fin de son mandat, le 31 décembre prochain, à la tête de la plus haute Administration mondiale, Ban Ki Moon s'est vu selon des sources de l'Opération des nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), faire les offres d'un soutien en la personne du président français, dont le mandat constitutionnel s'achève en 2012. « Tu me soutiens en Côte d'Ivoire, je te soutiens à l'ONU », le deal est ainsi passé. Sans états d'âmes, les deux personnalités se mettent à la tâche en soutenant l'insoutenable : le terrorisme en Côte d'Ivoire. Ils décident de couvrir les crimes et assassinats pour le compte d'un individu, le candidat malheureux de la présidentielle soutenu par la France, Alassane Dramane Ouattara.

Car il faudra à Nicolas Sarkozy un soutien pour le financement occulte de sa campagne de 2012 en France. Il s'agit donc pour la France, pays disposant du droit de véto au Conseil de sécurité de l'Onu, d'installer à la tête de la première puissance économique de l'Union économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, un faire-valoir en vue de constituer sa caisse noire de campagne. « Et cela Sarkozy est prêt à aller jusqu'au bout », soutiennent plusieurs confidences de l'Onuci. « C'est alors que sachant le rôle que peut jouer Sarkozy pour sa réélection, le secrétaire général de l'ONU s'est fait le chef de file de la déstabilisation du régime de Laurent Gbagbo, là où il doit jouer le rôle de stabilisateur et acteur du retour de la paix.

Pourtant, en 2008, il a été fait Grand Officier de l'Ordre national de Côte d'Ivoire, par le président Laurent Gbagbo », regrettent ces sources. Aussi, par une intervention dénuée de tout fondement, Ban Ki Moon estime imposer la paix par les armes avec l'envoi de troupes supplémentaires pour une intervention rapide en Côte d'Ivoire. Faisant passer de 9000 à 11000 les casques bleus, aujourd'hui transformés en force d'occupation. Ceci en flagrante violation de la souveraineté de l'Etat ivoirien

Pour parvenir à ses fins, des promesses seront faites à son bras séculier en Côte d'Ivoire, Young Jin Choi. Celui-ci, alors représentant permanent auprès de l'ONU pour le compte de la Corée du Sud, a œuvré à son élection à l'Onu. « En cas d'une deuxième victoire, promesse lui a été faite par son compatriote de le désigner comme représentant spécial du Secrétaire général en Birmanie ». Pays de l'opposante et prix Nobel de la paix (1991), Aung San Suu Kyi. Ce qui représente pour Choi un défi plus grand que celui de la Côte d'Ivoire, selon les fonctionnaires de l'Onuci

Toujours à la recherche de renommée, Choi entend peut-être un jour prétendre au poste de Secrétaire général de l'ONU avec la caution de la France, pour son action en Côte d'Ivoire. « Ce qui ne serait pas mauvais en soit ». Mais la désinvolture avec laquelle le représentant spécial de Ban Ki Moon a traité le dossier électoral, conduit, aujourd'hui le kenyan Raila Odinga à traiter avec une arrogance inqualifiable, les dernières décisions du gouvernement de la République de Côte d'Ivoire qui ne le reconnaissant plus comme médiateur de l'Union Africaine

Alors que l'ONU s'est donné pour mission de garantir la coexistence pacifique et la résolution des conflits par la négociation dans le monde mais aussi le respect du droit des peuples à l'autodétermination, en Côte d'Ivoire, l'opinion assiste de façon abrupte à une pression contre un régime constitutionnel. Une ingérence inacceptable. Toutes ces données montrent clairement que Ban Ki Moon a décidé de parachever le coup d'Etat de Alassane Dramane Ouattara commencé depuis septembre 2002

Pourtant, l'on a encore en mémoire le rôle joué par Ban Ki Moon dans la signature de l'accord historique de paix (1992 et 1995) et de stabilité dans la péninsule coréenne (son pays), sur la question du nucléaire. C'est, cette personnalité au nom de ses intérêts personnels, qui entreprend toutes les tentatives d'isolement de la Côte d'Ivoire au plan international. Un poste administratif, fut-il celui du Secrétariat général des Nations unies, peut-il faire perdre de vue à ce haut fonctionnaire, le principe de liberté dont jouit chaque peuple sur cette terre ? Il joue donc gros avec Sarkozy en Côte d'Ivoire où l'échec des comploteurs est programmé.


Hervé Makré


Source: INFOS COTE D'IVOIRE.NET

samedi, 22 janvier 2011

AU-DELA DE GBAGBO: L'AFRIQUE

CHARLY GABRIEL MBOCK.jpg

«La vraie passion du XXème siècle, c'est la servitude», écrit Camus à propos de notre époque, laquelle «n'offre à choisir que des conformismes». Or comme toute passion, celle de la servitude est souffrance et produit doublement des patients, soit qu'on s'acharne à asservir les autres, soit qu'on se résigne à l'asservissement.  L'on ne s'étonnera sans doute plus que les nations qui se sont autoproclamées propriétaires du monde, et qui de ce fait expriment bien de la souffrance, s'activent, à leur insu parfois, à produire de la souffrance en multipliant des risques de servitude génocidaire chaque fois que leurs intérêts sont interpellés.

Ces puissances du monde n'ont plus de scrupule à promouvoir l'industrie de la violence. Cette dernière ouvre des marchés, produit des armes qu'elle vend, et permet aux multinationales de revenir sur le terrain des violences rebâtir ce que leurs armes ont activement aidé à détruire.  Au bout du compte, il ne s'agit que de marchés, et donc de bénéfices.  Et depuis des siècles, l'Afrique est désignée comme terrain d'expérimentation multiforme pour de nouvelles règles diplomatiques, de nouveaux médicaments et des armes nouvelles dont les propriétaires du monde équipent des Forces naturellement Nouvelles...


L'Union européenne fait la force coloniale

Notre monde n'aura pas beaucoup vu les forces de l'ONU censées maintenir la paix s'activer et s'imposer par leur efficacité au Rwanda où il se perpétrait bien des horreurs.  Ces ''soldats de la paix'' savaient regarder ailleurs. Tout aura même été fait pour les exfiltrer, les éloigner des zones des massacres, probablement pour «avoir la paix !»... Ce sont cependant ces mêmes ''soldats de la paix'' que la même ONU entend largement, et cette fois efficacement, déployer en Côte d'Ivoire, pour cette paix à l'onusienne, dont l'objectif mal maquillé consiste à remettre une jeune nation africaine en revendication de sa souveraineté sous les fourches caudines d'une puissance coloniale à veto. Les forces de maintien de la paix de l'ONU vont donc, à ce qu'on dit, pacifier la Côte d'Ivoire. Il existe déjà en Afrique des pays où les populations savent que cette formule s'est toujours illustrée par des cimetières et des enterrements sommaires dans des fosses communes. Ainsi, c'est pour une raison hautement pacificatrice - quoique d'une éthique plutôt singulière - que l'Organisation des Propriétaires du monde s'est concertée et qu'elle s'est constituée en une Internationale colonialiste pour les besoins de sa cause.


La Côte d'Ivoire est donc devenue un cas d'école pour l'Afrique et le monde, au lendemain des cinquantenaires de ce qu'on a pompeusement présenté comme les indépendances africaines.  Certes la Côte d'Ivoire se serait volontiers passée d'une telle distinction ; mais à travers elle, c'est toute l'Afrique qui se trouve en devoir de constater qu'elle est traitée de la main gauche par la «
Communauté internationale» dont elle est censée faire partie, mais dont elle devra se savoir exclue, parce que dans le lexique de l'Internationale colonialiste, «international» signifie «occidental». Du fait de l'ONU, l'Afrique se voit donc enfin officiellement et férocement confirmée dans son statut d'ensemble de territoires sans Etats véritablement souverains, la souveraineté d'aucun pays africain n'ayant véritablement figuré à l'ordre du jour de l'ordre colonial et néolibéral dominant. La diplomatie de la «Communauté internationale», inspirée par l'Internationale colonialiste veut que toutes les chancelleries le sachent ; que toutes l'entendent bien ainsi, mais que toutes se gardent bien de le dire, par diplomatie, en confirmation de l'adage où l'Union (européenne) fait la force (coloniale). 

La notion de souveraineté appelle cependant quelques observations: chaque fois qu'un potentat africain monte un mauvais coup contre son peuple, il se drape de la «
souveraineté»  nationale dans l'espoir d'échapper à toute observation critique ou à toute évaluation extérieure. Ces potentats se plaisent d'autant plus à ce jeu qu'ils s'y livrent impunément, le plus souvent avec l'onction d'une métropole coloniale prompte à donner une crédibilité «internationale» à l'impénitent potentat. Le peuple peut toujours hurler son indignation et sa désolation : «l'homme fort» se sait couvert par son mentor métropolitain, qui lui-même se cache derrière des «accords de défense». Car sous prétexte de «coopération militaire», la métropole n'hésite jamais à défendre un dictateur contre un peuple, son propre peuple, qui l'a rejeté.

La Côte d'Ivoire post électorale nous fait témoins d'un scénario différent, presque inverse : il s'y observe un flagrant déni de souveraineté du peuple ivoirien, moins cette fois par un potentat que par une communauté «
internationale» à la rescousse d'une métropole en perte de vitesse en Afrique. Les calculs électoraux et les combinaisons politiciennes ayant mal abouti, il restait à la légalité de prévaloir, force devant rester à la loi. Et la loi fondamentale de la Côte d'Ivoire fait du Conseil constitutionnel le seul organe habileté à proclamer les résultats des élections, quelles qu'en soient la nature et les conditions de déroulement. Contrairement au scenario habituel, ce n'est plus un potentat qui cherche à spolier son peuple de sa souveraineté en comptant sur des appuis métropolitains étrangers. C'est une métropole coloniale qui s'appuie sur un lobby ethno diplomatique et financier pour imposer son diktat à un Etat dont les institutions ont formellement dit le droit, conformément à ses lois. Ce qu'aucune nation occidentale n'accepterait doit donc être imposé à une nation d'Afrique. C'est l'Afrique. Ce n'est donc pas important...

La question semblait banalement arithmétique ; elle a pris toute une dimension juridique et politique qui appelle d'autres questions :


La Côte d'Ivoire est-elle un état souverain membre de l'ONU ?

Si oui, disposerait-elle d'un arsenal juridique propre à en faire un état où se dit le  droit ?
Ces lois ivoiriennes peuvent-elles être invoquées par les Ivoiriens pour des élections en Côte d'Ivoire ?

Si tel pouvait être le cas, d'où viendrait-il qu'une métropole, fût-elle aussi amicale et aussi désintéressée que la française, s'arroge le droit de lancer un ultimatum à un Chef d'Etat que le Conseil Constitutionnel de son pays a légalement proclamé élu, en validation corrective d'une arithmétique des urnes dont il pourrait s'avérer qu'elle a été viciée par des fraudes?


Et Laurent Gbagbo de poser la seule question qui vaille à ses Pairs venus en médiation : «
Qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire ?»

L'inversion du scenario habituel dessine un schéma nouveau : hier c'est un Gouverneur de colonie de souveraineté théorique qu'une métropole coloniale défendait contre un peuple spolié de sa souveraineté et subjugué au nom des intérêts de la métropole. Aujourd'hui, c'est un Chef d'Etat en revendication d'une souveraineté effective au bénéfice de son peuple qu'une métropole harcèle. La notion de souveraineté s'avère donc à géométrie variable selon que c'est un nationaliste ou un gouverneur de colonie qui en parle. Aussi y aurait-il légèreté à se hâter de signer, au nom de cette souveraineté, le moindre chèque en blanc à quelque Chef africain que ce soit, bien que la mouvance nationaliste et patriotique dont se réclame Gbagbo puisse favorablement le positionner aux yeux d'une Afrique de plus en plus lassée de ses chaînes.

DECOLONISER LA FRANCE.jpg

La France, qui a perdu la cote mais tient tant à l'ivoire, fait du braconnage politique

Il se trouve que l'Afrique présumée «
francophone», en réalité «française», excelle dans la complaisance à revendiquer son propre maintien dans l'esclavage sociopolitique. La voici donc allègrement remise en corset et reprise en étau par ce que chacun devra sans doute reconnaître bientôt comme le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC). En somme derrière la couverture de la «Communauté internationale», l'Internationale colonialiste et néolibérale réédite ce qu'elle a perpétré depuis Berlin et Yalta, puis entre 1945 et 1960, au moment où des Africains d'avant-garde engageaient la lutte pour l'indépendance de leurs territoires et la souveraineté effective de leurs peuples.

Cinquante années après ces «
indépendances», le même lobby colonialiste s'active autour des territoires africains qui comptent : car au moment où le système économique et social de l'Occident se fissure et s'effiloche, il n'est surtout pas question de perdre ni une seule plantation, ni aucune source de matières premières ; il n'est surtout pas question de laisser les Africains penser que le Pacte Colonial pouvait être reconsidéré, encore moins rompu au nom de nul ne sait quel droit de quels peuples à disposer d'eux-mêmes.

Tant qu'une dictature tropicale laisse l'Internationale colonialiste disposer de ses territoires et de ses ressources diverses, la «
Communauté internationale», entendez les métropoles occidentales,  n'y trouve rien à redire ; au nom du Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation, elle  se hâte même de consacrer ladite dictature comme démocratie, et de la présenter comme modèle d'intelligence politique et de «sagesse» africaine. Mais qu'il se trouve un nationaliste pour s'intéresser au sort de son peuple, aussitôt s'agite le drapeau menaçant de la démocratie à l'occidentale dont l'Europe s'arroge le droit de dispenser des leçons contre ses propres  pratiques sociales et politiques parfois douloureuses et bien souvent embarrassantes de honte. La diffusion dans les médias occidentaux de la manière dont le Fils de l'autre a gagné les élections présidentielles au Gabon établit l'éthique électorale et démocratique que «la Communauté internationale» sait opportunément appliquer aux colonies d'Afrique...Quand on a su autant bâillonner sa moralité électorale et sa propre vergogne au Gabon, se montrer aussi délicat en Côte d'Ivoire relève du gangstérisme politique international!

C'est dans ce jeu que bien des gouvernements occidentaux se sont surpassés, ceux de France en tête. Mais la France n'a plus la cote. Chaque jour, elle observe qu'elle a même perdu cette cote qu'elle s'est arrogée en Afrique pendant de longs siècles d'amitié acharnée, de tartufferie politique et de séduction culturelle. Seulement, elle a beau perdre la cote, la France tient à l'ivoire. Dans sa rage d'en perpétuer le trafic, la voici  installée dans le braconnage politique et mobilisée pour y recruter ou y compromettre d'autres nations, selon cette règle du partage qui veut que les Propriétaires de notre monde se gardent de se gêner dans leurs «
chasses gardées» respectives. Il va donc y avoir des assassinats d'éléphants, l'ONU ayant pris parti contre la souveraineté d'un de ses Etats membres, au mépris tout à fait flagrant des conventions internationales qui, au bas mot, font des pachydermes une espèce en voie de disparition et comme telle protégée. Mais nous souscrivons à la déclaration d'un Collectif d'intellectuels d'Afrique et du monde : il faut empêcher toute intervention militaire en Côte d'Ivoire ; il faut sécuriser les Eléphants.

Le 2 décembre 2010, l'Elysée déclarait qu'«
il appartient désormais au Conseil constitutionnel de proclamer les résultats définitifs dans le strict respect de la volonté clairement exprimée par le peuple ivoirien». Cette déclaration engageait le Conseil constitutionnel de Côte d'Ivoire dans un tunnel sans lumière, de manière si «stricte» que la seule possibilité consentie à cette institution se résumait à reproduire ce qui semblait avoir été « clairement exprimé  par le peuple ivoirien ».  Mis en demeure de répéter ce qui lui était ainsi dicté, le Conseil constitutionnel se trouvait violemment dépouillé, par l'Elysée, de toute véritable prérogative. Le Conseil constitutionnel, organe de délibération et de décision, avait mission de valider les résultats à lui soumis par la Commission Electorale Indépendante, un organe consultatif. L'Elysée lui enjoignait de se satisfaire de la certification de l'ONU, et de renoncer à la validation dont il avait pouvoir.  Le Conseil constitutionnel ayant joué son rôle légal et statutaire, «l'homme fort» de l'Elysée s'en est pris presque physiquement au candidat proclamé élu. A croire que pour l'Elysée, le Conseil constitutionnel ne vaudrait comme institution républicaine que s'il déclarait élu le candidat dont les fraudes électorales avaient été dénoncées, et les résultats légalement invalidés dans certaines circonscriptions.

Au risque d'étonner le bon sens, même la Maison Blanche s'y est laissé tromper au prix d'une contradiction remarquée : l'on y prônait naguère une Afrique des institutions fortes par rejet d'une Afrique des hommes forts. Voici que dans un discours d'homme fort, la Maison Blanche dénonce une institution forte mise en place par un homme dont l'action, de l'avis général, et en dépit des va-t-en-guerre de son pays, tendait tant bien que mal à instaurer des institutions républicaines qui fonctionnent au-delà des hommes. La Maison Blanche pourrait bien s'être laissé compromettre par une métropole européenne qu'on surprend à dénoncer le fonctionnement des institutions qu'elle applique elle-même dans l'Hexagone,  et que sa Vème République a imposées aux colonies par assimilation institutionnelle.


Il ressort de toutes ses considérations que pour le destin de l'Afrique, et bien au-delà de sa personne, Laurent Gbagbo s'apparente à une espèce en voie de disparition. Personne ne nous fera penser ni croire qu'il est un ange. Et on peut douter qu'il revendique ce statut surhumain : c'est un homme de pouvoir ; et le risque de tout pouvoir est de se dégrader en puissance en cédant à bien des faiblesses. Mais sans nécessairement le dédouaner de ses propres insuffisances ou de ses éventuels forfaits, la vision patriotique que Laurent Gbagbo a impulsée en Cote d'Ivoire déplace la querelle : elle l'élève des simples joutes électoralistes vers l'arène nationaliste et patriotique. Thomas Sankara s'y est généreusement engagé dans son style. Un de ses amis a été armé pour mettre fin à son rêve, au nom des intérêts étrangers au Burkina Faso. On va sans doute bientôt armer un cousin africain de Gbagbo pour vous l'assassiner, ou  diligenter la Cour Pénale dite internationale mais résolument «
occidentale» pour l'embastiller. L'ONU y assistera «en toute neutralité» pour avoir, une fois encore, été instrumentalisée par une Internationale colonialiste qui s'est maquillée aux couleurs de la «Communauté internationale» dans l'illusion de masquer ses appétits. Par delà ses limites humaines, Laurent Gbagbo aura surtout commis l'abominable crime de penser ivoirien en Ivoirien, de penser africain pour l'Afrique. Il a osé s'imaginer que les Ivoiriens avaient, eux-aussi, le droit de penser leur destin, de se prendre en main et de sortir du corset colonialiste. Il a osé parler d'indépendance alors que pour certaines métropoles, la Côte d'Ivoire doit rester sous surveillance des forces d'occupation, et l'Eléphant ouest africain sous contrôle de la Licorne hexagonale...

Perception zoologique de l'Afrique dite francophone

Il n'est pas nouveau que  notre «
organisation» des Nations Unies se laisse instrumentaliser par certaines nations à veto en négation flagrante de la souveraineté de nations sans pouvoir de veto. Cette faiblesse a fait prendre bien des décisions regrettables dans bien des pays du monde. Le Cameroun par exemple n'a pas encore oublié qu'il n'a jamais été une colonie française. Il se souvient même qu'il fut une pupille des Nations unies. Mais cette organisation a abdiqué ses responsabilités de tutrice pour des raisons que seul un penchant à l'infanticide peut expliquer ; car l'ONU a plutôt sacrifié sa pupille aux intérêts de l'Internationale colonialiste, sous prétexte que la France s'était, la main sur le cœur, engagée à «conduire» le Cameroun à son indépendance, à sa souveraineté et, comme de bien entendu, à sa prospérité. Plus de cinquante années après, le Cameroun en est toujours à courir après l'effectivité de son indépendance. Les Camerounais en sont toujours à se gargariser d'une souveraineté cosmétique. Quant au développement, le monde a entendu que le discours sur l'émergence a déporté le Cameroun sur les calendes de 2035! C'est dans cette logique de report et de différé permanent que pour Pierre Mesmer, Ancien Haut-commissaire de la France coloniale au Cameroun, il fallait confier l'indépendance du Cameroun et sa gestion «à ceux qui la voulaient le moins». Plus de cinquante années après, l'ONU ne semble toujours pas pressée de savoir quel sort la France a réservé à sa pupille... S'agissant du Cameroun, les Nations Unies pourraient valablement et fort utilement organiser une plénière sur l'irresponsabilité tutorale et parentale.

Il devient donc réductionniste de se focaliser sur la personne de Gbagbo : la situation que vit la Côte d'Ivoire interpelle l'Afrique toute entière, tout au moins l'Afrique qui rêve de son indépendance réelle sur les divers plans économiques, politiques et socioculturels. Car il n'est pas de juriste, il n'est pas de juridiction qui ne puisse reconnaître qu'au plan institutionnel, la proclamation de Laurent Gbagbo comme Président de Côte d'Ivoire est incontestable.  Partout dans le monde, l'arithmétique des urnes doit attendre la validation d'une haute juridiction pour donner un visage aux électeurs, un nom au peuple, une conclusion légale aux élections. Il est surprenant que ce processus soit automatique  et respecté comme tel dans les «
grandes» démocraties du monde, et que les mêmes grandes démocraties affichent tant de myopie institutionnelle au même nom de la démocratie. Mais chacun y reconnaîtra l'éthique  «internationale» par laquelle l'Occident sut jadis organiser des croisades, bénir des  expéditions d'esclaves et exterminer des créatures de Dieu au nom de Dieu, de son Dieu à lui!

Au-delà des démissions morales et des génuflexions par lesquels certains Africains se distinguent, la crise provoquée en Côte d'Ivoire montre que dans une nation membre des Nations Unies, un Conseil constitutionnel peut se voir violemment nier toute autorité morale, toute autorité légale, et toute autorité formelle de constituer ladite nation. C'est tout à fait nouveau dans le droit international. Mais la violence de ce déni ne peut surprendre venant de ceux dont le credo est qu'il n'est de bon Nègre qu'à genoux ! Et qu'en Afrique, il n'y aura que des nations asservies, des nations de service ; et qu'il ne sera de nation reconnue que celle qui se sera conformée au diktat de l'Internationale colonialiste en souscrivant aux critères du partage du monde en zones d'influence réservées, comme le «
Pré carré», appellation agropastorale qui dit assez clairement la perception zoologique que d'aucuns ont de l'Afrique dite «francophone».

Mais le tableau s'est clarifié pour ceux qui en doutaient encore, ou qui s'imaginaient qu'il suffisait à un pays d'Afrique d'avoir un hymne, un drapeau et quelques fusils pour être reconnu comme nation souveraine : pour le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC), la bonne Afrique est l'Afrique-Plantation.  Et le «
sage» est l'Africain dont le territoire tient entre le balai et la poubelle, le tablier et la chamoisine... Avant Gbagbo, Lumumba et Um Nyobe ont voulu briser la chaîne de cet embastillement sociopolitique, économique et culturel. L'ONU a assisté impassible à leur liquidation sommaire, au nom de la paix telle que prônée par l'Internationale colonialiste. Jamais deux sans trois...

AU-DELA DE GBAGBO L'AFRIQUE.gif

Selon que vous serez d'Afrique ou d'Occident...

Il ne suffira cependant pas que Barack Obama ait étonné le continent africain et qu'il se soit dédit pour que raison soit donnée à un fonctionnaire de l'ONU, fort sympathique au demeurant, mais manifestement inapte à percevoir la différence de droit qui existe entre la « certification» dont il avait mandat et la «validation» des résultats dont seul le Conseil Constitutionnel avait exclusivement le pouvoir. Et ce n'est plus de l'ignorance juridique que de confondre un organe consultatif avec un organe délibératif et de décision. Car ce n'est pas par ignorance que l'ONU, par son représentant, s'est échinée à imposer les propositions d'un organe consultatif aux délibérations de la plus haute juridiction d'une nation. L'Afrique ne va tout de même pas tout le temps avoir honte à la place des autres. Car l'on semble compter sur la pudeur des Africains pour leur faire tolérer n'importe quelle incompétence.  Mais ils fonctionnent sur instructions, les fonctionnaires. C'est donc bien «l'organisation» qui s'est exprimée par la voix de M. Young-jin Choï, où il se perçoit bien que Choï n'a pas eu de choix : étant aux ordres de l'Internationale colonialiste, il aura fait son devoir en accomplissant sa besogne de mission. Aussi, n'aura-t-il pas hésité à violer la Charte même des Nations Unies qui prescrit de n'entreprendre d'action dans un pays membre que dans le strict respect des institutions et de la souveraineté dudit pays.

Mais la Charte des Nations Unies n'a pas prévu que l'organisation reconnaisse ses erreurs et fasse amende honorable. Quand on répond de l'Internationale colonialiste, on ne sait pas avoir tort. Sous la pression de l'Internationale colonialiste, les prescriptions même de la Charte ne sont plus que des balivernes cérébrales devant les intérêts géopolitiques et mercantiles à préserver. Pour cette raison, et parce qu'il s'agit d'un pays africain, les personnalités membres d'un Conseil constitutionnel cessent aussitôt d'être des juristes de qualité. Ils ne sont plus que des «proches» et des «amis» du Président. Que M. Kipré, Ambassadeur de Côte d'Ivoire en France rappelle que Michel Debré, Président du Conseil Constitutionnel de France doit, dans cette logique, n'être qu'un «proche ami» de Sarkozy, et l'on entend le journaliste Elkabach glapir: «il ne faut pas comparer !». Ainsi, selon que vous serez d'Afrique ou d'Occident, le Conseil constitutionnel sera un banal cercle de proches amis du Président ou une instance délibérative digne d'être respectée par l'ONU...

Dans le cas de la Côte d'Ivoire, la Cour Pénale Internationale se hâte de se signaler à l'opinion comme l'aile judiciaire de l'Internationale colonialiste, au risque de se pénaliser en se dégradant en Cour « occidentale» : elle qui fut d'une discrétion remarquée et d'un silence assourdissant pendant bien des génocides en Afrique, elle qui ne donna aucune suite aux requêtes de la Côte d'Ivoire sur les tueries de la Licorne, affûte déjà ses articles et ses «attendus» contre tous ceux qui auront osé penser que l'Afrique a des droits, et que ses Conseils constitutionnels sont en devoir de dire le droit en toute souveraineté...Le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC) est résolument en marche. Et le Conseil de Sécurité se signale déjà comme sa branche armée, prompte à déployer des soldats pour mater la soif d'indépendance des nationalistes africains...

Tant d'indices laissent penser qu'en ce début du XXIème siècle un gouvernement mondial se met discrètement en place. Comme d'habitude, l'on aura choisi l'Afrique comme terrain de son expérimentation ; et la Côte d'Ivoire donne un aperçu de la gestion et du fonctionnement de ce gouvernement mondial. Son mode de gestion est si éloquent qu'il n'y a pas meilleure manière de dire à l'Afrique qu'elle n'y comptera pas pour grand-chose, ou pour si peu, qu'il lui faudra de puissants mégaphones pour se faire entendre. Sauf à choisir enfin de s'assumer sur la base de ses règles endogènes, de s'étudier sur la base de ses propres concepts, de s'instruire sur la base de ses propres canons et méthodes culturels pour se donner quelque chance de se reconquérir et de se réconcilier avec elle-même. Il est d'une évidence lumineuse que cette mise en perspective de l'Afrique ne sera d'aucune motivation pour les professionnels de la génuflexion, et qu'elle sera même âprement combattue par ceux des Africains qui auront été dressés au reptilisme existentiel.

C'est qu'au-delà d'un nommé Gbagbo, l'autre question de fond que la Côte d'Ivoire pose à l'Afrique est la problématique même des élections comme processus d'accès à la gestion publique. La démocratie est-elle nécessairement électorale ? Les peuples en général, les peuples d'Afrique notamment, n'auraient-ils que des élections pour se gérer en société ?

Les élections, seul outil d'accession à la gestion de la vie publique et au pouvoir ?

La culture occidentale est fondamentalement, foncièrement et essentiellement conflictuelle. Certes Héraclite d'Ephèse a étudié en Afrique avant d'établir le conflit, la lutte des contraires comme moteur du monde. L'Afrique ne conçoit cependant pas le monde en termes d'affrontement ; l'Afrique culturelle profonde conçoit le monde en termes d'intégration et de consensus. Contrairement aux contrevérités de certains touristes scientifiques qui se sont autoproclamés « africanistes», l'anthropologie africaine a des choses bien plus porteuses à enseigner dans ce domaine.

La rage d'uniformisation du monde étonne de plus en plus chez ceux-là même qui prétendaient combattre la pensée unique ; elle est exacerbée par le slogan économico-mercantile de la mondialisation, dont les institutions de Bretton Woods, l'OMC comme le FMI, constituent le bras usurier. Au nom de l'uniformisation du monde, il suffit désormais qu'un slogan soit diffusé et soutenu dans les medias « internationaux», entendez «occidentaux», pour qu'il devienne une vérité infaillible pour le reste du monde. C'est ainsi que les pays d'Afrique, hier pays du «Tiers monde»,  ou «Pays sous-développés», ont été successivement et unilatéralement rebaptisés pays «en voie de développement», puis «Pays les Moins Avancés» (PMA), puis «Pays Pauvres Très Endettés» (PPTE) et, pour demain, «Pays Emergents». L'Eurocentrisme n'a pas fini de coûter cher aux peuples d'Afrique, tant au plan économique, moral que politique. Dans ce dernier cas, l'accession à la gestion publique par les élections fait tellement problème en Afrique qu'au lieu de penser que ce sont les Africains qui sont inaptes à la démocratie électorale, il serait temps de se demander si l'urne est bien le mode socioculturel le plus approprié pour l'accession au pouvoir et pour sa gestion en Afrique.

Nous ne perdons pas de vue que si aujourd'hui l'Occident agite aussi ostensiblement le fanion des élections, il n'y a pas si longtemps que ses «grandes  nations» excluaient le vote de leur fonctionnement. Et quand l'Occident a fini par céder au principe des élections, il a fallu de nouvelles luttes acharnées pour que toutes les populations soient admises à voter. Il n'y a donc pas longtemps que certaines grandes nations occidentales ont concédé ce droit à la femme - dont le statut d'être humain n'a été toléré que fort récemment. Dans certaines «grandes démocraties» occidentales, la reconnaissance de la femme comme personne humaine a paru si révolutionnaire qu'elle a été gravée sur des stèles comme une invention exceptionnelle de l'humanité...

Si donc la démocratie se définit comme pouvoir émanant d'un peuple donné, et s'il est entendu qu'en Afrique il existe des peuples et non de simples hordes de primates, le plus distrait des touristes pourrait avoir remarqué, sauf amnésie et cécité délibérées, que l'Afrique a une longue expérience de la gestion publique et de l'accès au pouvoir.

Une certaine propension au raccourci pousse une catégorie d'Africains à renoncer à comprendre, pour s'être convaincus par facilité que les autres ont déjà tout dit, tout pensé, tout trouvé. Quand les autres auraient effectivement tout pensé et tout trouvé, ils l'auraient fait pour eux, en fonction de leur vécu à eux et de leurs attentes à eux. C'est pour cela que même le sparadrap, grande trouvaille occidentale devant l'Eternel, n'existe pas encore en couleur cacao ou café, mais se produit exclusivement en couleur rose cochon... De tels détails de notre simple quotidienneté d'infirmerie devraient inciter les Africains à réfléchir sur bien d'autres produits que l'Occident vante dans ses médias et qu'il nous propose, sous prétexte de modernité et d'ouverture, comme une panacée à nos problèmes d'Africains.

C'est dans ce contexte que des questions bien plus graves pourraient surgir : dans quelle culture ou société africaine a-t-on jamais vu 51% d'une famille humaine s'arroger le droit de régenter 49% de la même famille sous prétexte que des bouts de papiers ont été jetés dans une boîte, individuellement, séparément et en cachette? Dans quelle société d'Afrique a-t-on jamais vu une palabre se terminer hors consensus, quand le Patriarche chargé de vider un litige se fait un point d'honneur de ramener le plus radical des contradicteurs dans le cercle du consensus pour qu'à la fin, les uns et les autres partagent la cola en dégustant le vin de la réconciliation, de l'entente et de la cohésion sociale retrouvée ?

Le tropisme et l'extraversion pousseraient des décervelés à douter ! Pourtant, il va falloir, et bientôt, se résoudre à choisir : guérir du dressage et du mimétisme, ou renoncer définitivement à représenter une culture, un peuple, un continent et une histoire dont la richesse aussi piratée qu'enviée est souterrainement combattue par ceux-là mêmes qui la parasitent.  Observons déjà comme la vertu du consensus est convoitée par les adeptes des pouvoirs électoraux « modernes», issus de la démocratie électorale de 51% contre 49%. C'est bien par intention, par soif et par impatience de consensus ou de réconciliation que tout «Président élu» se hâte de déclarer qu'il sera le Président «de tous les ...». Quand bien même cette déclaration ne serait faite que du bout des lèvres, l'effort de mensonge du nouveau président est déjà en lui-même révélateur d'un fonds culturel qu'aucun Africain ne devrait se hâter d'évacuer.

Les urnes n'ont pas une histoire si lointaine que cela en Occident. Et la généralisation des élections à l'occidentale n'est encore ni un certificat de démocratie, ni une garantie de paix sociale dans les « grandes démocraties» occidentales. D'aucuns auraient bien voulu qu'il n'en fût point ainsi, mais l'Afrique profonde a des enseignements à donner au monde en matière de démocratie et de convivialité : «Le pouvoir y reposait sur un système de prise de décision collégial et consensuel. La méthode  en était la palabre, et l'instrument l'assemblée de village. Au-dessus du village, à chaque niveau d'organisation géographique, district ou région et royaume ou empire, des assemblées de délégués fonctionnaient selon le même principe de consensus. S'il y a une tradition africaine de prise de décision collective, elle est bien celle de la palabre et du consensus. Elle prend du temps, mais elle s'attache au respect de chacun et permet les décisions nécessaires à la survie du corps social». Le même auteur déplore «la méconnaissance profonde où se trouve l'Occident des modes de fonctionnement de l'Afrique (...) Tout se passe en Afrique comme si l'Occident colonisateur avait efficacement détruit une amorce de sociabilité locale que l'on peut appeler démocratie consensuelle, et n'arrivait pas à faire prendre la greffe de son produit de remplacement, la démocratie conflictuelle». (2001)

Non, il ne s'agit pas encore de Cheikh Anta Diop - Maître de puissante inspiration - mais plus prosaïquement de Michel Rocard, qu'on ne peut soupçonner d'Afrocentricité. Son titre, Pour une autre Afrique, dit à quel point les ravages de la colonisation sont réels et la lutte pour les rattraper indispensable, notamment face à des prédateurs occidentaux qui veulent bien les décrire ou les déplorer, mais dont le premier réflexe, une fois qu'ils sont au pouvoir, n'est pas nécessairement de promouvoir l'indépendance et la dignité de l'Afrique.

La raison de vivre s'érige en raison de mourir

Au-delà  d'un nommé Gbagbo, prétendons-nous, l'enjeu est l'avènement d'une Afrique autre. Ceux des enfants d'Afrique qui s'en rendent comptent et qui prennent la juste mesure des enjeux sauront que même proclamés perdants, ou à la limite assassinés, certains nationalistes patriotes seront demeurés des gagneurs. Au-delà des insuffisances, des incompréhensions ou des fautes de bibelots, la plupart auront activement œuvré au-delà de leur personne, pour l'indépendance de l'Afrique et la dignité d'une Afrique de peuples effectivement libres. Quand une cause est à ce point une raison de vivre, elle s'érige en raison de mourir. Et la gloire des nations réside dans le sacrifice de ceux de leurs enfants qui savent mourir pour leur raison de vivre. C'est ainsi que sans l'avoir recherché, certains patriotes entrent dans l'éternité de la mémoire de leur peuple.

L'Occident en général et l'Europe en particulier ont prouvé au monde qu'ils savent se déchirer dans des querelles ethniques et des conflits ethno économiques. La Shoah en est l'un des exemples les plus déshumanisants. L'unité de l'Europe n'a donc pas fini de se chercher. Sans doute va-t-elle enfin se trouver grâce à l'Afrique dont la même Europe occulte curieusement la saignée et l'holocauste négrier. Cette Europe esclavagiste et déchirée par ailleurs va sans doute reconquérir son unité grâce à une Côte d'Ivoire qu'un certain Laurent Gbagbo s'efforçait de réunifier. Il restera  frappant que l'Europe en quête de sa propre unité n'ait pas hésité à aggraver l'éclatement d'une nation africaine pour défendre les intérêts d'un pays d'Europe. Et c'est de cette Europe ethnique, fort violemment intéressée, que l'Afrique devra recevoir des leçons d'éthique politique et humaniste ! Le malaise que l'Afrique éprouve vient de ce que l'Europe ne semble pas avoir, pour elle-même déjà, maîtrisé les leçons qu'elle veut bien dispenser ou, à l'occasion, imposer au reste du monde : élection n'est point synonyme de démocratie. Et en Afrique, la démocratie électorale ne saurait se satisfaire du décompte numérique des Commissions dites indépendantes qui ne garantissent aucune crédibilité à cause du voile de suspicion dont les contextes de leur création les couvrent.

Ne nous demandons plus où sont passées toutes ces nations indépendantes africaines qui ont  célébré ou qui s'apprêtent à célébrer leurs «indépendances». L'Afrique aveuglée par extraversion politique n'a pas perçu le calcul d'une Europe aux voix discordantes par ailleurs, mais dont la Côte d'Ivoire accélère subitement l'unanimité. La cause est sans doute entendue, mais l'unanimisme occidental ne sera pas une leçon de démocratie pour l'Afrique du XXIème siècle. Cet unanimisme suspect confirme que pour les intérêts de l'un des leurs, l'Europe a résolu de faire corps et chorus, d'étouffer toute velléité de liberté en Afrique, quitte à installer au pouvoir ceux-là même qui, la veille, ont mis à feu et à sang le pays qu'ils s'impatientent aujourd'hui de gouverner. Ils seront sans doute au gouvernement ; mais quel gouvernail tiendront-ils ? La Côte d'Ivoire ne s'expose-t- elle pas au risque d'être gérée par procuration, par un simple gouverneur colonial aux ordres de la Sainte Union de l'Europe coloniale ?

L'unanimisme européen aura cependant atteint son objectif : entraver l'unification d'une nation en passe de panser ses blessures, et en faire un territoire ingouvernable. Cette manière qu'a l'Internationale colonialiste de se croire indispensable à l'Afrique crée de nombreux emplois pour l'Europe ; mais l'ingouvernabilité de la Côte d'Ivoire ne profitera à aucun Africain. Il est possible qu'elle ne profite même pas à l'Occident. Le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation l'instaure activement par fébrile avertissement à tout autre dirigeant africain qui aurait des démangeaisons de liberté et des velléités de souveraineté. Des morts, l'on en compte déjà. Mais qu'est-ce qu'un  génocide de plus pour la machine coloniale ? L'histoire de l'Europe est d'une richesse écarlate : l'on y apprend que l'Europe sait toujours comment multiplier les fosses communes pour se faire de l'espace chez les autres. Mais pour avoir cautionné ce flagrant déni de souveraineté en Côte d'Ivoire, l'ONU a gagné en déshonneur et en dépréciation. Il devient de peu d'intérêt que l'ONU y ait été poussée par une Europe manœuvrière désireuse de recoller provisoirement ses propres morceaux. En ce XXIème siècle naissant, l'Afrique en charcuterie aura néanmoins servi à unir l'Europe dans une Internationale colonialiste sous protection de l'ONU...

On n'arrête pas le progrès. Et le progrès que le XXIème siècle s'apprête à enregistrer s'observe en Afrique, par la Côte d'Ivoire : la «Communauté internationale» aime désormais  si profondément l'Afrique qu'elle se mobilise sans calcul pour y imposer son mode de sélection des dirigeants, au nom de cette liberté, de cette démocratie et de cette humanité que, pendant de longs siècles, la même Communauté internationale a brutalement niées à l'Afrique. Ce vaste renversement de programme est un peu tardif ; mais par cette prestidigitation, d'aucuns espèrent gommer des siècles de cet esclavage, de ces massacres et de ces spoliations dont l'Occident refuse de parler par négationnisme et refus de toute repentance. A travers la Côte d'Ivoire, l'Occident déclare à l'Afrique un amour si subit, si débordant et si tyrannique qu'il ne veut surtout pas que de pauvres Africains se noient dans leurs barils de pétrole, s'intoxiquent à l'uranium et s'aveuglent à l'éclat de leurs carats d'or ou de diamants. La «Communauté internationale» veut tellement le bien de l'Afrique qu'elle tient, pour ainsi dire coûte que vaille, à soulager le continent du poids écrasant de ses diverses dictatures : minières, forestières et politiques. Les principaux inspirateurs et acteurs de génocides africains tiennent tellement à libérer l'Afrique de ces dictateurs qu'ils en intronisent certains potentats dans le voisinage même de ceux qu'ils conspuent ou liquident, et dont le crime est d'avoir tenté de redonner quelque respectabilité à la «négraille inattendument debout» (Césaire). Mais quand l'Afrique n'aurait su produire que des dictateurs, il convient de retenir qu'à dictature égale, seule l'option nationaliste et patriotique compterait désormais pour l'Afrique. Et l'Afrique qui aspire à compter a reçu le message : soit se résigner à servir de plantation et de réserve de matières premières aux propriétaires autoproclamés du monde, soit travailler à définir elle-même, pour elle-même, ce qu'il lui conviendrait de progrès.

Le progrès de l'Afrique ne semble pas avoir la démocratie électorale pour levain ; au-delà des urnes, ce progrès se perçoit et se construit dans une convivialité consensuelle en adéquation avec les fondements anthropologiques de la culture africaine. L'Afrique croisera son destin sans le rencontrer si, par paresse intellectuelle ou par démission politique, ses enfants souscrivent à cet unanimisme contre nature par lequel la «communauté occidentale» autoproclamée «internationale» par maquillage de ses préoccupations matérielles, manœuvre pour que l'uniformisation du monde à son profit exclusif passe pour un noble souci d'harmonisation profitable à tous.

Les dettes de liberté se paient en monnaie de vie. On sait quel prix Toussaint Louverture dut payer dans le Jura français pour avoir voulu libérer Saint Domingue devenue Haïti. L'encerclement fut total et asphyxiant pour la première république noire. Il fallait démontrer que les Nègres ne pouvaient pas, et ne pourraient jamais assumer un destin autre que l'esclavage. Deux siècles après, le même schéma se reproduit, mais en terre africaine et de manière plus subtile, l'Internationale colonialiste ayant excipé de la démocratie électorale pour perpétrer l'embastillement d'une autre république noire en quête d'indépendance.

L'histoire africaine est d'une richesse pédagogique inépuisable. A chacun de nous d'en tirer ses propres leçons, pour l'avenir des Peuples d'Afrique - qui se conjugue au présent, au-delà d'un nommé Gbagbo.

CHARLY GABRIEL MBOCK 2.jpg

Par Pr. Charly Gabriel Mbock,  in La Nouvelle Expression (Cameroun), le 21 janvier 2011



Signez la pétition contre la participation de Nicolas Sarkozy au sommet de l'Union africaine (cliquer sur) :

PETITION DU WEB

 

 

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

LES CAMEROUNAIS SE PRONONCENT SUR LA CRISE IVOIRIENNE

Les camerounais au sujet de la crise post-électorale en CI.

 

L'avis des Africains compte dans la crise post-électorale Ivoirienne. Cette vidéo illustre bien le sentiment des Camerounais

face à cette crise.

Cliquez sur l'image pour la visualiser

cmrci


Copyright © Janv. 2011

LA ZONE UEMOA DANS L'ORNIERE DE LA CRISE IVOIRIENNE

YAO PRAO 2.JPG

Avec l'avènement de l'Euro et l'arrimage du Franc CFA à cette monnaie, le débat sur l'avenir de la Zone Franc a  alimenté de nombreuses interrogations et des inquiétudes se sont posées quant au sort de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Ce sujet reste actuel  depuis la crise post-électorale en Côte d'Ivoire.  Le franc CFA fortement critiqué  par une nouvelle classe de l'élite africaine, pourrait voler en éclat si les pays de la zone UEMOA ne dissocient pas les questions économiques de celles qui ne les regardent pas.  Notre conviction est que l'UEMOA ne doit pas se mêler des questions de souveraineté des pays membres.

Pour développer ce point de vue, nous définirons d'abord l'union monétaire  afin de fixer son domaine d'application.

Ensuite, il faudra présenter brièvement les organes et les objectifs de l'UMOA afin de circonscrire ses responsabilités.

Enfin, nous pourrons dire ce que l'UEMOA est et ce qu'elle n'est pas.


  1. DEFINITION D'UNE UNION MONÉTAIRE

L'existence de l'Union monétaire Ouest-Africaine (UMOA) regroupant huit pays (Benin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) est une bonne initiative qui vise à atténuer en Afrique de l'Ouest le phénomène de balkanisation monétaire.

En effet, après trois décennies de gestion monétaire commune, les États membres de cette union monétaire ont éprouvé le besoin de renforcer leur intégration économique, par la création de nouvelles institutions et dispositions (avec la création de l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest en Janvier 1994), reconnaissant ainsi que l'union monétaire ne suffit pas, seule, pour réaliser les gains potentiels d'une totale intégration économique. L'intégration économique est perçue comme un processus par lequel s'établissent des interdépendances structurelles entre les économies nationales sous forme d'échanges croissants de marchandises, de capitaux, de main-d'œuvre, sous la forme d'une conjugaison de politiques économiques, de projets réalisés en commun et sous la forme également de règles juridiques homogènes sur l'espace communautaire. L'UEMOA fait des avancées significatives dans le sens de l'harmonisation de ses politiques monétaires et budgétaires. Elle a même conçu une nomenclature budgétaire commune, des politiques fiscales et douanières communes et surtout défini des critères de convergence.

Depuis le début des années 60, l'intégration économique et monétaire a suscité un grand intérêt pour les analyses mettant en évidence les conditions de constitution d'une zone monétaire optimale. La question qui revient souvent, est la reconnaissance des critères de détermination d'une zone monétaire optimale ou les conditions dans lesquelles un groupe de pays a intérêt ou non à maintenir un régime de changes fixes entre leurs différentes monnaies ou à opter pour une monnaie unique.

Notre objet ici n'est pas d'insister sur la non optimalité de cette zone monétaire vu que le sujet fait l'objet de nombreuses études (Ondo Ossa, 2000).

Dans tous les cas, nous en parlerons brièvement mais à ce stade de notre texte, il est question de donner la définition de l'union monétaire.

Il ne faut pas confondre  zone monétaire et système monétaire. Cet avertissement a été donné par  Michel LELART[1], pour qui,  une zone monétaire "est un espace géographique au sein duquel une monnaie nationale est utilisée. Elle est née de pratiques, d'habitudes, de mécanismes; elle est essentiellement une construction empirique qui s'est précisée par L'usage". Tandis qu'un système monétaire "est un ensemble de règles fondées sur des principes bien établis et acceptés par certains pays aux termes, le plus souvent, d'un accord ratifié par tous.

L'accord peut prévoir qu'une monnaie nationale aura un rôle particulier, il peut aussi prévoir la mise en place d'une monnaie nouvelle créée et gérée par une institution supra - nationale ".

Par système monétaire, il faut entendre l'ensemble des institutions et organisations qui participent à l'administration de la monnaie. Un système monétaire est défini par des dispositions législatives, réglementaires, voire coutumières.  En  général, ces dispositions ont pour objet de fixer : (a) d'une part les conditions d'émission de la monnaie, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles la monnaie est créée et circule, (b) d'autre part les conditions de fonctionnement des organismes qui émettent de la monnaie et assurent sa circulation.

En définitive, NSOULI, S.M., (1981) nous dit qu'union monétaire est  caractérisée par "l'émission d'une monnaie commune unique dont la circulation se fait librement entre les pays membres et par la création d'une autorité monétaire centrale chargée de regrouper les réserves de devises de tous les pays membres et de décider de la politique monétaire"[2].

Après ces différentes définitions, il nous faut à présent présenter l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA).


  1. LA PRESENTATION DE L'UNION MONETAIRE OUEST-AFRICAINE

L'UMOA a été instituée par le traité du 12 mai 1962. Les premiers Etats signataires étaient, la Côte d'ivoire, le Dahomey, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal.  L'UMOA regroupe à l'heure actuelle huit Etats a savoir le Benin, le Burkina Faso, la Cote d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal. Apres la dévaluation de 1994, les pays de l'UMOA ont signé le traité de l'union économique : l'UEMOA. La politique monétaire et la politique de change de l'union sont régies par la banque centrale communautaire, la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest).

Depuis 1975, les pays de l'UEMOA sont également, avec sept autres Etats (le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone), membres d'une communauté économique plus large : la CEDEAO. L'objectif principal du traité de la CEDEAO est la promotion d'une union économique et monétaire dans l'ouest-africain.

L'UMOA est une organisation d'États africains indépendants, persuadés que l'exercice en commun de leur souveraineté monétaire les aidera à mieux assurer un développement harmonieux de leurs économies respectives.

Avant d'être l'UEMOA, l'UMOA était dotée d'organes de décision comme la Conférence des chefs d'États, le Conseil des  Ministres, la BCEAO et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD).

Au sein de l'UEMOA, l'article 16 définit les organes de l'Union qui sont constitués par :

- la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement, telle que définie à l'article 5 du

Traité de l'UMOA,

- le Conseil des Ministres, tel que défini à l'article 6 du Traité de l'UMOA,

- la Commission,

- le Parlement,

- la Cour de Justice,

- la Cour des Comptes.

Des organes consultatifs et des institutions spécialisées autonomes concourent également à la réalisation des objectifs de l'Union.  C'est l'article 4 qui fixe les objectifs de l'UEMOA.  Il est écrit dans cet article :

Sans préjudice des objectifs définis dans le Traité de l'UMOA, l'Union poursuit, dans les conditions établies par le présent Traité, la réalisation des objectifs ci-après :

a) renforcer la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement juridique rationalisé et harmonisé ;

b) assurer la convergence des performances et des politiques économiques des États membres par l'institution d'une procédure de surveillance multilatérale ;

c) créer entre les États membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d'établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune ;

d) instituer une coordination des politiques sectorielles nationales, par la mise en œuvre d'actions communes et éventuellement de politiques communes notamment dans les domaines suivants : ressources humaines, aménagement du territoire, transports et télécommunications, environnement, agriculture, énergie, industrie et mines ;

e) harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les législations des États membres et particulièrement le régime de la fiscalité.


  1. CE QUE L'UMOA EST ET CE QU'ELLE N'EST PAS

Concernant le strict domaine de ses compétences, nous l'avons déjà noté, une zone monétaire unique devrait à long terme se traduire par une amélioration du bien-être des populations des pays concernés. En s'appuyant sur les avantages de la communauté de monnaie déjà existante, le projet de l'UEMOA s'est engagé à établir un véritable espace intégré, géré comme une union économique à part entière. Les États membres souhaitaient avoir des interdépendances plus fortes, avec la consolidation de la monnaie commune et l'assainissement du cadre macroéconomique.

Dans la perspective, le projet de l'union doit faciliter la mobilité des personnes, les échanges de biens, de services et des capitaux. La mobilité des personnes doit s'accompagner de la suppression de toute discrimination sur le marché du travail à l'égard des travailleurs des autres pays de la zone.

En s'inspirant de l'expérience de l'Union européenne, les pays de l'UEMOA, par Acte additionnel n°4/99 de la Conférence des chefs d'État  et de gouvernement, ont adopté en plus d'autres règles de discipline collective dans le cadre d'un pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité, et des règles. Le tableau suivant regroupe ces règles classées en deux catégories : les critères de premier rang, dont le respect est impératif, et les critères de deuxième rang, qui s'apparentent davantage à des recommandations.


UEMOA : les critères du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité pour fin 2002

Critère de premier rang

Solde budgétaire de base/PIB               ≥ 0%

Taux d'inflation annuel moyen (IPC)     ≤ 3%

Encours dette extérieure et intérieure/PIB   ≤ 70%

Variation des arriérés de paiement extérieurs    0

Variation des arriérés de paiement intérieurs   0

Critère de deuxième rang

Masse salariale/ recettes fiscales      ≤ 35%

Investissements sur ressources intérieures/ recettes fiscales  ≥ 20%

Déficit extérieur courant hors dons/PIB         ≤ 5%

Taux de pression fiscale (recettes fiscales/PIB)     ≥ 17%


Source : UEMOA (Acte Additionnel n° 04/99 de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement-articles 18 et 19).

 

L'UEMOA a pour mission  de faire en sorte qu'il y ait une intégration des politiques économies, ce qui nécessite d'ailleurs le respect des critères de convergence. Ce point de vue repose sur l'idée défendue par des auteurs comme Beetsma et Bovenberg (1995)[3], qui insistent sur le besoin de convergence en matière de politiques budgétaires et de politiques structurelles (gestion de la dette publique, flexibilité du marché du travail et efficacité du système fiscal). La convergence en question est de deux ordres : nominale et réelle.

La convergence nominale, qui étudie l'évolution des variables coûts et prix, ainsi que leurs déterminants sous-jacents (taux d'intérêt, taux de change et ratios de finances publiques) ;

La convergence réelle dont le champ d'étude est le rapprochement des niveaux de vie et/ou l'atténuation des différences structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous l'angle de rattrapage économique.

Les efforts de l'UEMOA doivent tendre vers l'érection d'une zone monétaire optimale. En effet, selon  McKinnon (1963)[4], "on peut appeler zone monétaire optimale un groupe de pays aux échanges de marchandises fortement intégrés, autorisant la libre circulation des facteurs et ayant des monnaies effectivement convertibles".

La théorie des zones monétaires optimales a été introduite par Mundell (1961)[5], puis renforcée par McKinnon (1963) et Kenen (1969)[6]. Une zone monétaire est optimale quand les couts de renonciation au taux de change comme instrument d'ajustement à l'intérieur de la zone sont compensés par les gains résultant de l'adoption d'une monnaie commune ou d'un régime de changes fixes. Autrement dit, elle constitue une aire ou des mécanismes autres que la modification des taux de change, permettent de dissiper les déséquilibres provoqués par des chocs asymétriques. En général, cette optimalité est facilitée par :

-          la mobilité de la main-d'œuvre entre les pays considérés ;

-          la flexibilité des salaires ;

-          l'importance du commerce réciproque entre les pays ;

-          le degré de diversification  de la production ;

-          les similitudes des profils d'inflation.

En dépit de la  modestie du nombre d'illustrations que nous avons, il est prouvé par des études sérieuses que la zone UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Si elle existe elle est le reflet de la volonté des pays membres de vivre la solidarité.  Si tel est le cas, il est incompréhensible que l'UEMOA fasse de la politique en s'ingérant dans les affaires intérieures d'un État comme c'est le cas avec la Côte d'Ivoire.

L'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale selon les critères théoriques. Les investigations empiriques tranchent difficilement l'existence d'une zone monétaire optimale (Ondo Ossa (2000))[7]. En effet, les analyses ont montré que les pays de l'UEMOA sont peu interdépendants quand il s'agit d'échanges intra-régionaux et de la mobilité des facteurs de production. De plus, du fait de la spécialisation des systèmes productifs (le coton pour le Burkina Faso et le Mali, le cacao pour la Cote d'Ivoire, etc.), les économies de l'UEMOA subissent les affres de la conjoncture extérieure. En effet, les grands pays exportateurs dans le commerce intra UEMOA sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal qui ont exporté vers la zone respectivement 11 et 6,5% de leurs exportations totales entre 1990 et 2003 (Boogaerde et Tsangarides, 2005)[8]. En 1999, les exportations  de la zone UEMOA en direction de cette même zone n'atteignaient que 12% et les importations 10%.

Selon les statistiques de la Commission Economique pour l'Afrique (1999), les parts moyennes des exportations et des importations de l'UEMOA dans le commerce mondial entre 1988 et 1997, sont respectivement 0,14% et 0,15% environs. Malgré l'avantage offert par la monnaie commune, l'UEMOA demeure encore une zone économique peu intégrée au plan commercial. En effet, la part de leurs échanges réciproques dans leur commerce intérieur est assez faible, l'essentiel de leurs transactions commerciales se faisant surtout avec les pays de l'OCDE. Par exemple, selon la source pré-citée, les parts moyennes des exportations intra-UEMOA sur ses exportations totales et des importations intra-UEMOA sur ses importations totales durant la même période, sont respectivement de 6,01% et 6,31 %.

En dépit de l'absence de statistiques et d'études scientifiques, sur la base d'une simple  observation, nous pouvons soutenir qu'il n'y a pas davantage de mobilité intra- régionale dans la zone UEMOA que vis à vis de l'extérieur , tant pour ce qui est de la main d'œuvre qu'en ce qui concerne les flux financiers ou d'investissements directs.

On peut dire également qu'il existe des différences notoires de performances macroéconomiques entre les pays de l'union, ce qui rend fragile l'économie de la zone dans le long terme. On note une incohérence globale entre les politiques budgétaires nationales et la politique monétaire commune, mais aussi le manque de flexibilité des coûts de production et des prix, la mobilité insuffisante des biens et services à l'intérieur de la zone et la faible diversification des économies et leur grande vulnérabilité à des chocs exogènes.

Dans le cadre de l'UEMOA, la monnaie unique n'a pas suivi un processus d'intégration Économique réelle, mais plutôt a été une donnée de l'histoire coloniale. En effet, dans le cadre plus élargi de la zone franc, les rapports économiques et monétaires entre la France et ses colonies ont été organisés par touches successives afin de favoriser la colonisation, puis, après 1929, de faciliter sous la pression de la crise économique et des événements politiques internationaux, la constitution d'un ensemble économique visant à une certaine autonomie.

Il est vrai que l'UEMOA  ne résulte pas d'une évolution d'une zone monétaire symétrique, elle a  suivi un  processus d'intégration opposé à celui de l'union européenne.

Nous venons de voir que l'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Cette organisation ne fait rien pour rendre cette zone optimale mais elle trouve des ressources pour s'inviter dans l'arène politique là où on l'attendait sur le « ring économique ».

En effet, sept ministres des finances de l'UEMOA ont demandé le jeudi 23 Décembre 2010 à la BCEAO d'autoriser uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au non de ce pays ».  Ce même Conseil a renchéri pour décider « d'instruire la BCEAO de permettre aux seuls représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire d'effectuer les mouvements sur les comptes en son nom ».

Depuis fin novembre, une crise politique oppose le président Laurent Gbagbo et le Dr Alassane Ouattara qui est reconnu par l'étranger comme le président ivoirien « légitimement élu ».

Il est clair que l'UEMOA a outrepassé ses prérogatives en prenant des positions politiques.  L'article 15 du traité de l'UEMOA stipule que « Les Etats membres se consultent en vue de prendre en commun les dispositions nécessaires afin d'éviter que le fonctionnement de l'Union ne soit affecté par les mesures que l'un d'eux pourrait être amené à prendre en cas de troubles intérieurs graves affectant l'ordre public, de guerre ou de tension internationale grave constituant une menace de guerre ». Jamais, il n'est demandé à l'UEMOA de juger qui est président ou pas.

Le Conseil des Ministres n'a pas mandat d'invalider la signature d'un président de la république.  Le Conseil des Ministres de l'Union Monétaire exerce les fonctions qui lui sont dévolues par l'article 20 qui dit clairement que « Le Conseil des Ministres de l'Union assure la mise en œuvre des orientations générales définies par la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement ». Et il revient à la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement définit les grandes orientations de la politique de l'Union (Article 17).

Aujourd'hui tous les économistes s'accordent pour dire  que  le seul critère qui milite en faveur d'une union monétaire reste celui de la solidarité. La solidarité devient ainsi la condition nécessaire et suffisante d'optimalité.

ONDO OSSA  (2000) définit la solidarité comme une communauté de responsabilités et d'intérêts qui traduit un sentiment qui pousse deux économies à se pOI1er assistance. Elle se mesure à l'aptitude d'un pays à accepter le coût de la gestion d'un autre. Tout pays membres d'une zone solidaire est redevable des actes posés par les autres membres, autrement dit de leurs excédents et déficits.

Être solidaire ne signifie pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays  car ceci est une atteinte à sa souveraineté. Or  c'est pour les questions politiques et de souveraineté, que les Ministres des Affaires Etrangères siègent au Conseil des Ministres de l'UEMOA (Article 23).

L'UEMOA mène un combat qui n'est pas le sien car une union monétaire recouvre une monnaie commune à plusieurs  États souverains qui, aux termes  d'un accord multinational, partagent la responsabilité de sa gestion.

Mais cette association monétaire préserve l'individualité de chaque État dans la gestion de la monnaie et du crédit qui trouve son expression dans :

-          l'existence de comités monétaires nationaux ;

-          la différenciation des signes monétaires,

-          des mesures d'individualisation de caractère comptable et administratif,

-          une personnalité monétaire internationale.

Pour sauver cette fragile union, il serait judicieux pour l'UEMOA de s'abstenir de déclarations politiques aux conséquences insoupçonnées.

 


Dr Prao Yao Séraphin

Economiste, Analyste politique, Enseignant-Chercheur.

Président du MLAN

praoseraph@yahoo.fr



[1] LELART, M., (1986, pl) cité par GERARDIN, H. ; GERARDIN, H.(l989), La Zone Franc: Histoire et Institutions, Ed. l'Harmattan, Paris, ome 1, 239p.

[2] NSOULI, S.M., (1981, pp41-42), cité par GERARDIN, H., opcit.

[3] BEETSMA, R.M. et BOVENBERG, A.L.(1995), «Designing Fiscal and Monetary Institutions for a European Monetary Union», CEPR Discussion Paper, n° 1303, London.

[4] Mc KINNON, RI.(l963), «Optimum Currency Areas», Ameriean Economie Review, September, pp 717 - 725

[5] Mundell, R. A. (1961a), ≪ A Theory of Optimum Currency Areas ≫, American Economics Reviews 51, 509-517.

[6] Kenen (1969) "The Theory of Optimum Currency Areas : An Eclectic View", in Monetary

Problems of International Economy, Mundell R. et Swoboda A.K. (Ed.), Chicago, University of Chicago Press, pp. 41-60

[7] Ondo Ossa A. (2000) "Zone monetaire et crise de change : le cas de la zone franc africaine", mimeo, decembre 2000, pp. 359-410.

[8] Boogaerde van den P. and Tsangarides C. (2005), "Ten Years After the CFA Franc Devaluation: Progress Toward Regional Integration in the WAEMU", IMF Working paper, WP/05/145.

PIERRE ALAKA ALAKA: «LA FRANCE VA PERDRE 65% DES RESERVES EN DEVISES DE LA COTE D'IVOIRE»

 

MONNAIE IVOIRIENNE.jpg


Président de la Société africaine de finances publiques et droit fiscal, de l'Association française des docteurs en droit, section du Cameroun et spécialiste des questions fiscales et financières, cet expert fiscal hors hiérarchie opine sur les conséquences de la création d'une monnaie souveraine la Côte d'Ivoire, ainsi que le processus de sa survie.



Est-ce que la Côte d'Ivoire est capable de créer sa monnaie à l'heure actuelle, compte tenu de sa population et de son économie ?

Cette question pose tout le problème de la lutte africaine pour son indépendance économique, cinquante ans après les indépendances dites politiques. S'agissant du cas précis de la Côte d'Ivoire, à 40% de l'économie de l'Uemoa, premier producteur mondial de cacao, un sol et
un sous-sol riches, et une population décidée et volontaire, il me semble que ce pays est capable de créer sa propre monnaie.

Le facteur nombre d'habitant joue-t-il dans la création d'une monnaie ?

Oui et non. Oui, parce que la population implique la consommation qui sous-tend les échanges ; Non parce que la bonne tenue de l'économie et la discipline budgétaire sont les facteurs majeurs de la création monétaire. Des petits pays comme le Ghana, Maurice etc... ont des
monnaies, sans pour autant être des pays très peuplés.

Dans quels délais cette création peut-elle se faire ?

La création monétaire exige une réflexion qui peut prendre du temps lorsqu'il s'agit d'une monnaie communautaire. Ça peut être le cas pour un pays lorsque, en période de paix, on souhaiterait changer de cap. Mais dans la situation ivoirienne actuelle, il ne s'agit pas d'une question de délais, mais de survie. Bloqué et acculé de toute part, au bord de l'asphyxie, chaque peuple est capable de miracles. La Côte d'Ivoire a, par cette voie, les moyens de résister à l'adversité et de conquérir son indépendance économique. Dès lors les délais ne comptent plus.

Quelles peuvent être les conséquences de la création sur l'économie ivoirienne, la zone franc et sur la sous-région ?

Les conséquences sont multiples mais bénéfiques pour la Côte d'Ivoire. La France va perdre 65% des réserves en devises de la Côte d'ivoire, du fait de sa sortie de la zone franc. Ceci permettra de déverrouiller le système d'exportation en le sortant du monopole quasi institutionnel de la France, pour l'orienter vers un pays de son choix, dans un partenariat gagnant-gagnant. La France perdra ainsi les soldes créditeurs ivoiriens dans son Trésor et concurremment, le financement de ses déficits budgétaires d'autant et ça peut la desservir face à l'Allemagne au niveau de l'Euro. La sous-région perdra la Côte d'Ivoire, qui est pour l'UEMOA, ce que le NIL est pour l'Egypte. Tous les autres pays autour de la Côte d'ivoire vont connaître des difficultés et peuvent être tentés de rester sourds aux sollicitations étrangères, et poussés par la grogne de leurs populations, ils pourraient à moyen terme suivre l'exemple de la Côte d'Ivoire à défaut de bénéficier d'un surcroît d'effort financier de la France.On comprend que l'économie ivoirienne va sortir de la dépendance et profiter aux Ivoiriens et surtout aux Africains qui pourront y trouverle nouvel eldorado continental.

Cette monnaie peut-elle permettre à la Côte d'Ivoire d'être souveraine sur le plan économique ? Dans quelle mesure ?

La monnaie est l'expression première de la souveraineté d'un Etat et le reflet de son économie. Si vous n'avez pas votre propre monnaie, votre souveraineté est entre les mains de celui qui gère votre monnaie, ainsi que votre économie. C'est le cas des pays de la zone CFA avec la France. En créant sa monnaie et en la maintenant par une bonne discipline budgétaire et fiscale, un environnement sain des affaires, en la faisant gérer par des personnes compétentes et qualifiées, il n'y a pas de doute que ce pays deviendra le futur éléphant d'Afrique. Ceci implique une bonne gestion de ses ressources humaines, une mise à mort de la corruption, une justice indépendante, et un esprit patriotique majoritaire sans faille. Il y a donc lieu de voir ce pays se mettre au travail, car le travail est le fondement de la monnaie.

Dans quelle mesure cette monnaie peut-elle survivre ?

Le premier obstacle à la monnaie de tout Etat qui sortirait de la zone Cfa, est la France, qui a peur de perdre le Compte d'opérations qui lui procure un trésor de guerre impressionnant. La Côte d'Ivoire devra se préparer à affronter la guerre informatique qui viendra exacerber les dysfonctionnements de son système informatique dans des secteurs clés de la finance. Ensuite, on peut remettre à la Côte d'ivoire ce qui a été fait à la Guinée de Sékou Toure, avec la fausse monnaie qu'on tentera d'introduire dans son circuit financier à travers ses voisins. La parade est simple : il va falloir que les ivoiriens soient disciplinés, travailleurs, compétitifs. Le pays doit investir dans la formation technique, informatique et stratégique des jeunes pour le moyen et le long terme. Les ivoiriens doivent rester dignes et fiers de leur pays et mettre en avant le souci de l'intérêt général. Il va falloir rappeler toutes les compétences de la diaspora dans les secteurs stratégiques. Le deuxième obstacle reste l'instabilité politique qu'il faut absolument régler, pour que ce pays ne perde plus dix années à juguler la rébellion. Et c'est là où je m'interroge sur l'attitude de la France : hier lorsqu'il y avait un coup d'Etat militaire en Afrique qui renversait un régime démocratiquement élu, c'est RFI qui nous parlait à longueur de journée du nouvel homme fort. Aujourd'hui, en admettant même que le Président Gbagbo ait perdu (ce à quoi, je ne crois pas), pourquoi ne pas admettre qu'il est toujours l'homme fort par un coup d'Etat constitutionnel sans effusion de sang !! Sachant que c'est lui qui détient l'effectivité du pouvoir !!! Si on m'objecte que l'époque a changé, alors le président français aurait dû avoir l'élégance de l'annoncer au sommet France-Afrique de Montreux, comme le Président Mitterrand l'avait fait pour le multipartisme à la Baule. Il faut savoir que la sécurité qui implique la paix et la stabilité des institutions, lorsqu'elle est ébranlée, n'arrange pas la bonne tenue de la monnaie, si la Banque Centrale n'est pas indépendante de ces facteurs. Il y a donc lieu de transformer urgemment la Banque communautaire actuelle en Banque centrale ivoirienne. C'est une révolution qu'il faut mener tambour battant. Il faut la dépolitiser pour la techniciser afin de lui laisser sa matière.

La monnaie doit-t-elle être obligatoirement « coachée » par une grande monnaie ?

Il n'y a pas de grandes monnaies ni de petites monnaies ; il y a la monnaie et l'économie qui supporte cette monnaie. La notion de grande monnaie participe de ce que j'appelle les idées reçues, qui ont embrigadé la nouvelle élite des indépendances quasi analphabète économiquement. La monnaie est l'expression de la souveraineté de l'Etat, de sa force économique et de sa discipline budgétaire. Peut-être que ces conditions n'étaient pas remplies au moment des indépendances et les pères fondateurs aient été contraints de signer des accords de "protection", qui ont accouché d'une monnaie de la communauté française d'Afrique (CFA). Aujourd'hui, il ne me semble pas que ces données aient dompté le temps. En créant sa monnaie, la Côte d'Ivoire va asservir le Cfa des pays voisins et par conséquent, pourrait afficher une monnaie qui absorberait le Cfa dans le marché des échanges compte tenu de sa puissance économique dans la sous-région. Si cela venait à se produire à moyen terme, le pays pèsera sur la balance et la coopération égalitaire pourrait reprendre avec la France, après le départ du Président Sarkozy ou même pendant sa présidence. En politique tout est possible. Et alors, son indépendance et sa souveraineté pourraient être célébrées, et voir apparaître enfin un ETAT ivoirien. Mais tout ça nécessite une volonté affirmée du peuple ivoirien, car ce que le peuple veut, Dieu le veut.