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mardi, 01 février 2011

COOPERATION COTE D'IVOIRE-FRANCE: VERS UNE REVOLUTION ?


GBAGBO ET SARKOZY.jpg

In Le Nouveau Courrier N°193 du 01 Février 2011 par Akré Essoh Lohouess


Irréversible ! Les relations entre l'Etat de Côte d'Ivoire et la France pâtiront de la crise postélectorale qui perdure depuis le 28 novembre 2010. De part et d'autre, les actes de défiance surabondent. La France, campée sur sa position, entend faire respecter sa volonté par tous les moyens. Depuis lors, Bouaké mais surtout Abidjan bruissent des pas de bottes de mercenaires, de barbouzes prêts à entrer en action le moment venu. De son côté, le Chef de l'Etat ivoirien, dont l'élection à la Présidence de la République est adossée au respect de la CONSTITUTION et bénéficiant du soutien inconditionnel de l'armée et d'une importante partie des populations civiles, se prépare à contrer cette menace même s'il garde toujours le secret espoir d'une résolution pacifique de la crise.

Dans cette crise postélectorale, l'Occident mais plus précisément la France a endossé un bien curieux et dangereux rôle. Curieux parce que ce pays qui prétend être la patrie des droits de l'homme fait fi des principes élémentaires de DROIT, incontournables dans toute société civilisée et ordonnée, pour tenter d'imposer un homme à la tête de l'Etat de Côte d'Ivoire. Mais pour les observateurs avertis de la crise ivoirienne, cette posture de la France n'est, en effet, que le prolongement de la tentative de coup d'état de 2002. Dangereux parce que cette énième tentative met en péril tous les efforts consentis par l'Etat de Côte d'Ivoire pour une sortie heureuse de la crise ; mais surtout, écorche encore plus l'image de la France et de l'Occident en Côte d'Ivoire et en Afrique. Car, cette crise ne saurait rester sans conséquences dans les rapports entre la Côte d'Ivoire et la France au triple plan politique, économique et culturel.

50 ans après les indépendances octroyées aux Etats africains dans le cadre de la « communauté franco-africaine », l'Histoire ouvre une nouvelle perspective à la Côte d'Ivoire afin de rompre définitivement les chaînes de l'asservissement. Aucune dérobade, aucune compromission ne peut plus être admise. La volonté de créer une Côte d'Ivoire, maîtresse de son destin, exige une remise en cause fondamentale de ses rapports avec la France. Car, à l'évidence, la France demeure attachée à la Françafrique et aux relations maître-esclave qu'elle affectionne dans ses relations avec ses anciennes colonies, et toujours à son unique avantage. Frantz Fanon en avait encore une fois la claire conscience. « Une fois de plus, le colonialisme français se ferme toutes les portes. Au lieu de convier les représentants authentiques des peuples qu'il domine à une discussion constructive qui débouche sur la fin du pacte colonial et la reconnaissance des souverainetés nationales particulières, il perpétue le cycle du mensonge, de la terreur, de la guerre, rendant par là extrêmement difficile la réconciliation des peuples. » « Nous avons dit plus d'une fois qu'avec le colonialisme, il était vain d'espérer un quelconque assouplissement. Le colonialisme français est une force de guerre, et il faut l'abattre par la force. Nulle diplomatie, nul génie politique, nulle habileté ne pourront en venir à bout. Incapable qu'il est de se renier, il faut que les forces démocratiques s'allient pour le briser. »

Peut-il y avoir un avenir pour la Côte d'Ivoire sans la France ? Absolument ! La Côte d'Ivoire et la France survivront aux hommes qui les dirigent. La seule voie viable et durable de coopération entre nos deux pays est celle fondée sur un partenariat équitable et non sur une plateforme de soumission. Cette dernière attitude ne peut qu'engendrer des crises à répétition, dommageables pour les deux parties. Les accords militaires ont montré leur caractère inopérant quand les intérêts français sont en jeu. Le refus de la France en 2002 d'activer les accords de défense qui la lie à la Côte d'Ivoire l'atteste. L'épineux problème de la souveraineté monétaire est aussi à l'ordre du jour. Est-il, en effet, concevable qu'en 2011 la monnaie des Etats de l'espace francophone africain soit gérée depuis le Trésor Public français ? L'intrusion de la politique dans le fonctionnement de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) prouve d'ailleurs son instrumentalisation par la France qui, dans les faits, dispose de moyens de contrainte pour sanctionner les élèves un peu trop récalcitrants. Pareil également pour la Francophonie, qui dans cette crise postélectorale, n'a fait que s'aligner automatiquement sur la position de la France.

Les réalités de 1960 ne sont pas celles d'aujourd'hui. Une profonde mutation est intervenue au cours de l'Histoire de la Côte d'Ivoire entre les différentes générations d'hommes politiques. Hier, la Côte d'Ivoire, notamment en politique étrangère, s'alignait systématiquement sur les positions françaises. Du coup, elle acceptait d'abdiquer toute souveraineté dans ce domaine au profit de la France. Ce qui fit dire à Marcel Amondji : « La substitution de volonté qui caractérise le système politique ivoirien fut permise par l'adhésion passive des « élites » ivoiriennes à toutes sortes d'idéologie du désespoir forgées dans les officines étrangères spécialisées pour être ensuite déversées à profusion sur ce pays après qu'on eût ôté à ses habitants la liberté de penser par eux-mêmes » ; « Cette règle se vérifie encore dans le cas d'actes de politique étrangère, tels la reconnaissance du Biafra et l'ouverture au régime de l'apartheid, etc. ; affaires lointaines dont les Ivoiriens sont peu ou mal informés et dont ils ne perçoivent pas les rapports avec leur propre existence, à moins qu'une expédition massive de riz au Zaïre ne les affame. »[1]

Pendant 40 ans, sous Houphouët et plus tard sous Bédié, une relative stabilité a régné en Côte d'Ivoire parce que les gouvernants ivoiriens étaient en parfaite symbiose avec la France et ses intérêts. « En Afrique Noire depuis 1947, selon Frantz Fanon, le colonialisme français doit sa quiétude à la trahison inqualifiable de certaines élites africaines. »

La Côte d'Ivoire est au carrefour de sa jeune histoire tourmentée. Il est temps, pour elle, de se libérer de toutes les chaînes qui entravent son développement. Parmi elles, l'intolérable ingérence française dans ses affaires intérieures. L'Histoire, dans cette bataille difficile, l'a dotée de toutes les armes pour arracher la victoire : un chef intrépide et clairvoyant en la personne du Président Laurent Gbagbo, une armée volontaire et disciplinée et un peuple à la détermination extraordinaire.


[1] Amondji, Marcel, Côte d'Ivoire : Le PDCI et la vie politique de 1944 à 1985, p.132


Source: LE NOUVEAU COURRIER

Commentaires

cette histoire de cote d'ivoire france ne date pas de maintenant tout le monde sais que c'est la france qui a financer le coup d'etat de 2002 les francais refuse de respecter la constitution du pays donc les regles que le pays s'est fixé pour pourvoir avancer alors s'il ne respecte pas nos constitutions on vas devoir se separer d'eux

Écrit par : emmanuel | mercredi, 09 février 2011

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