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jeudi, 31 mars 2011

LEVE-TOI, ETERNEL!

Prières et paroles pour la Côte d'Ivoire, mon pays!

 

"Lève-toi, ETERNEL! et que tes ennemis soient dispersés! Que ceux qui te haïssent fuient devant ta face!" (Nombres 10: 35).

"Ceux-ci s'appuient sur leurs chars, ceux-là sur leurs chevaux; Nous, nous invoquons le nom de l'ETERNEL, notre DIEU. Eux, ils plient et tombent; Nous, nous tenons ferme, et restons debout. ETERNEL, sauve le roi!" (Psaume 20: 8 à 10).

"ETERNEL! le roi se réjouit de ta protection puissante. Oh! comme ton secours le remplit d'allégresse!". "Le Roi se confie en l'ETERNEL; Et, par la bonté du Très-Haut, il ne chancelle pas". "Lève-toi, ETERNEL, avec ta force! Nous voulons chanter, célébrer ta puissance." (Psaume 21: 2, 8 et 14).

"Lève-toi, ô ETERNEL! Que l'homme ne triomphe pas! Que les nations soient jugées devant ta face! Frappe-les d'épouvante, ô ETERNEL! Que les peuples sachent qu'ils sont des hommes!" (Psaume 9: 20 et 21).

"Lève-toi, ETRENEL! ô DIEU, lève ta main! N'oublie pas les malheureux!". "Brise le bras du méchant, punis ses iniquités, et qu'il disparaissent à tes yeux!" (Psaume 10: 12 et 15).

"Fais lever sur nous la lumière de ta face, ô ETERNEL!" (Psaume 4: 7).

"Ne t'éloigne pas de moi quand la détresse est proche, quand personne ne vient à mon secours" (Psaume 22: 12).

"Elève-toi sur les cieux et que ta gloire soit sur toute la terre! Afin que tes bien-aimés soient délivrés, sauve par ta droite, et exauce-nous!" (Psaume 108: 6 et 7).

"Avec DIEU, nous ferons des exploits; il écrasera nos ennemis" (Psaume 60: 14).

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!

 

 

DINDE Fernand AGBO

QUI EST JOSE BRITO, LE HAUT REPRESENTANT DE L'UNION AFRICAINE EN COTE D'IVOIRE ?

JOSE BRITO.jpg

LETTRE A ELISABETH SUR JOSE BRITO

 

Chère Elisabeth,

Le printemps approche, à grands pas, et les hommes et les femmes gaspillent déjà leur joie à cette rencontre avec le renouveau des saisons.  Car avril, qui porte si bien son nom, ouvre tout.

Vous m'avez fait parvenir, par courriel en date du 27 mars 2011, la lettre d'un inconnu à M. Jean Ping, pour l'envoi duquel je vous remercie. D'une manière générale, et par principe, je ne réponds pas aux « informations à caractère privé » non signé par un auteur et qui circulent sur le net. Il y en a tant, que l'on pourrait consacrer sa vie à courir électroniquement. Je ne suis pas Hermès. Cependant, et parce que vous m'interpeller aux fins d'éclaircissement et de précisions, je dérogerai à l'engagement que vous m'imposez si amicalement.  

Une première remarque. Cette lettre n'est pas conforme à son objet, tel que défini par son expéditeur. En effet, relatif à la nomination de M. José Brito comme Haut représentant de l'Union Africaine en Cote d'Ivoire, elle se donne plutôt comme une esquisse de biographie et un corps de jugements de valeurs très sévères. Une deuxième remarque : la légèreté de ton, l'emploi de mots familiers et la vulgarité affichée de son auteur sont les signes d'un manque d'égards à l'endroit du destinataire, M. Jean Ping, président de la Commission de l'Union Africaine. Je m'élèverai toujours et partout contre le déficit de savoir-vivre. Car le savoir-vivre commande à l'expression des idées,  non seulement pour des raisons d'ordre moral ou éthique, mais surtout pour une raison d'ordre cognitif (psychologie de la connaissance), dans la mesure où une idée ne s'exprime de manière correcte que si elle obéit aux critères d'éducation. Le raisonnement cohérent est le propre d'un esprit éduqué. C'est pourquoi les Grecs anciens ont un mot, pédagogie, pour désigner formation et éducation. Platon a amplifié et consacré philosophiquement cette attitude, dans tous ses écrits ou ses dialogues qui débutent et reposent sur la convivialité, mœurs adéquates qui conviennent au débat d'idées. Il n'y a aucun savoir constitué qui n'obéisse pas aux règles d'une éducation conquise. Sous le rapport de cette double remarque, je comprends bien que, avant d'accorder du crédit aux considérations de l'auteur inconnu, vous avez voulu vérifier leur authenticité, en me questionnant : « Voici un article que j'ai lu sur un site, m'écrivez-vous. Est-ce vrai ce qui y est dit ? ». Mais, avant de vous répondre, je voudrais formuler une première précaution. Vous me savez d'origine capverdienne, comme le mis en cause, M. José Brito. Aussi, dois-je d'emblée vous dire que l'appartenance commune à une origine ne détermine jamais mes réflexions. Il s'en faudrait même de beaucoup. Une seconde précaution : je connais bien José Brito, depuis mon enfance. Nos familles sont liées par des liens de compadrage, puisque son père, Nhô Loucs (Lucas), était le parrain de mon frère aîné. Par ailleurs, nos parents ont exercé leur profession respective au Plateau, le mien au marché, le sien en bordure de lagune. En outre, un laps de temps, nous fûmes habitants d'un même quartier, Marcory résidentiel. Cependant, ces indications n'infléchissent pas ce que je vous dirai de lui. Mieux, elle l'autorise et, comme telles, lui confèrent une part de vérité.

José Brito est né le 19 mars 1944, à Dakar (Sénégal), de parents capverdiens de l'île de Boa Vista, pour son père, et de Sao Vicente, pour sa mère, Nha Judith. Ses parents sont tous deux originaires des Îles-sur-le-Vent. Première certitude, José Brito n'est donc pas « ivoiro-capverdien », ni un « bété bon teint », comme le prétend l'auteur inconnu. La seconde expression, vous en conviendrez, est très choquante, et je n'entends pas ici discuter des thèses ethnicistes. Je vous engage même à éviter de diffuser ou de transférer des documents de ce type, qui propagent des idées racistes. La Côte d'Ivoire, plus que tout autre pays, a besoin d'un autre genre de discours.

L'auteur inconnu ajoute : «  Ce mec [José Brito] est un ami de Alcide Djédjé et ont fait Abidjan Marcory et la fac de Droit en France ». Qu'il soit « un ami de Alcide Djédjé », je ne le sais pas. Qu'ils aient été homologues et, à ce titre, travaillés ensemble, la Convention de Vienne et la Charte de l'Union Africaine l'édictent et le recommandent. En effet, jusqu'à une date récente, José Brito était ministre des Affaires Étrangères du Cap Vert. Qu'ils aient fait « la fac de Droit en France » ensemble est une contre-vérité manifeste. La biographie scolaire de José Brito indique des études en pétrochimie (Abidjan, France). Il est ingénieur de formation. Il n'a jamais été étudiant en droit, autant que je sache. Ses diplômes sont les suivants : 1965, Licence ès Sciences, Mathématiques, à l'Université d'Abidjan. 1967 : Maîtrise ès Sciences, Physique et Chimie, dans la même Université. Il conclut sa formation universitaire, en France, à l'Institut Français du Pétrole (IFP), en 1969, où il obtient son grade d'ingénieur. De 1970 à 1973, il est Professeur Assistant d'Université à Abidjan, et de 1970 à 1975, ingénieur chimique puis Responsable Technique à la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR). Tout cela, vous pouvez le vérifier, auprès de l'Université d'Abidjan et de la SIR.

1975 est l'année de l'indépendance du Cap Vert, une jeune république née de la lutte armée conduite par Amilcar Cabral dans les maquis de la Guinée-Bissau. José Brito, qui avait créé le club Claridade (Clarté) à Abidjan, se met au service de son pays d'origine. Et de 1977 à 1981, il est Ministre du Plan et de la Coopération du Cap Vert et membre du Bureau du PAICV[1], parti unique, qui est au pouvoir. 1991, marque la naissance du multipartisme et la première alternance démocratique au Cap Vert. Le PAICV devient parti d'opposition. Il passe alors dans le secteur privé (African Futures, PNUD, Ocean Energy Inc). De 2001 (retour du PAICV au pouvoir) à 2006, il est Ambassadeur de son pays aux États-Unis, au Canada et au Mexique. De 2007 à 2008, il est de nouveau ministre de l'Économie, de la Croissance et de la Compétitivité. Et de 2008 à mars 2011, il est aux responsabilités comme ministre des Affaires Étrangères. Ainsi, contrairement à ce qu'affirme l'auteur inconnu, il n'a jamais été militant du Front Populaire Ivoirien (FPI). Pourquoi l'auteur inconnu fabrique-t-il autant de contre-vérités ? Faut-il soupçonner un contentieux personnel, une pointe de jalousie ? Ou alors cette campagne de désinformation ne sert qu'à l'écarter du dossier ivoirien ? L'auteur inconnu croit servir la cause d'Alassane Ouattara et retirer quelque « profits de distinction », par le mensonge. Tout ce qui se construit sur cette base, comme l'enseigne l'histoire du monde, est éphémère, non durable. La vérité se fraie toujours un chemin. Pourquoi salir ses « adversaires » ? La Côte d'Ivoire a besoin de culture, de développement, d'un partage plus équitable de ses richesses, de justice sociale, de savoir-vivre et de culture démocratique. Pas d'autre chose. Surtout pas de mensonges. Voyez-vous, une fois qu'on a menti, on ne peut plus que mentir encore et encore. C'est la dialectique du Mensonge qui l'impose. Pour recouvrir ou envelopper un premier mensonge, il vous faut un autre mensonge un peu plus grand, et ainsi de suite. C'est le modèle sur lequel est construit la Lettre de l'auteur inconnu. 

Je voudrais à présent dire quelques mots rapides sur la famille de José Brito. Peu d'Ivoiriens le savent, elle a été très impliquée dans le lancement et la promotion du sport en Côte d'Ivoire, notamment du ski nautique (lagune Ébrié),  de l'athlétisme (Léon Brito) et de la boxe (Edmond Brito).

José Brito a effectivement grandi en Côte d'Ivoire, au Plateau d'abord, sur les bords de la lagune Ébrié, à côté des Tourelles (piscine), où son père dirigea le premier Club nautique (entretien et location des hors bords et course de ski), puis à Marcory à la limite sud du quartier résidentiel.

L'auteur inconnu ne connaît pas du tout José Brito. Mais il en parle, comme il est facile de dénigrer. Aussi, après avoir indiqué les grandes étapes de son parcours universitaire, professionnel et politique, je voudrais à présent laisser la parole à l'un de ses vieux amis qui, après avoir lu ma réponse initiale à votre question, m'a spontanément écrit. Au reste, cet ami  appartient à l'une des grandes familles ivoiriennes et il dit avec force ce que le jeune José Brito fut pour eux à l'époque : 

« Cher Monsieur Pierre Franklin Tavares,

La Côte d'Ivoire aurait mieux fait de susciter des milliers de José Brito. Lorsque ce dernier faisait MPC [Maths - Physique - Chimie] à l'université d'Abidjan, son aisance avec les mathématiques et les sciences physiques nous parvenait au Lycée Classique, et faisait l'admiration de ma génération.

Je suppose que vous êtes l'auteur de la réponse à « Élisa ». Cela fait pratiquement une cinquantaine d'années que j'ai entendu parler de José Brito pour la première fois. Depuis, j'ai eu l'occasion de le rencontrer et de le connaître, de lui rendre visite à Praia. J'ai pour lui la plus grande admiration et le plus profond respect. Merci d'avoir établi la vérité.

Daouda Thiam[2].

La qualité de la personne qui signe ce courriel suffit à elle seule à discréditer totalement l'auteur inconnu.  Cependant, il faut aller plus loin encore dans la défense de José Brito. Car, ce n'est pas seulement le rétablissement des faits qui nettoie l'opprobre et l'injure, mais aussi le raisonnement méthodique.  

José Brito est effectivement un « ami » de Laurent Gbagbo, qui n'a jamais été son professeur, comme le prétend un autre article mensonger. Mais il n'y a qu'en Afrique où l'on croit qu'être ami, c'est être nécessairement partial. Oui, il est de gauche. Est-ce un crime ? Plus exactement, c'est un social-démocrate, semblable à tous ceux qui ont lutté ou milité dans les ex-colonies portugaises. Quel mal ? Et s'il est une personnalité politique non ivoirienne qui peut "dialoguer" avec Laurent Gbagbo, c'est lui. À travers le monde, il est réputé pour son expérience et sa capacité à dénouer les crises et les tensions. Ces deux "qualités" sont certainement des facteurs qui ont conduit M. Jean Ping et quelques autres, parmi lesquels d'éminents Français, à lui proposer cette mission. Mais, que nul ne se trompe, je le connais bien, il n'insistera pas plus que de raison, pour effectuer cette mission de l'Union Africaine. Au reste, j'ai cru comprendre qu'il n'était pas demandeur. Platon disait que l'une des causes de l'instabilité des institutions publiques était le mauvais choix des hommes pour l'exercice de certaines fonctions. Par exemple, une âme de diplomate que l'on envoie au front militaire ne peut que produire des désastres. Croyez-moi, Élisabeth, José Brito est l'homme qu'il faut pour cette mission délicate et complexe. Il peut échouer, parce que, à l'impossible, nul n'est tenu. D'autant que, comme je l'ai toujours clamé depuis dix ans, c'est aux Ivoiriens eux-mêmes qu'il appartient de construire leur pays et de renouer les fils du dialogue. José Brito, lui, construit le Cap Vert. Et les résultats de l'équipe à laquelle il appartient sont probants et reconnus. Les derniers résultats des élections législatives sont une indication.

En outre, en matière politique, il n'est pas dans la tradition diplomatique ou ecclésiastique capverdienne de perdre son âme. La tradition consiste à toujours rechercher les compromis, sur le modèle du « consensus national » qui, solidement établi au Cap Vert, est un modèle du genre et est exportable. Bref, la tradition diplomatique capverdienne, qui date du 18ème siècle (dont il est l'héritier), la notoriété mondiale de l'état capverdien (voir Transparency, Mme Clinton, l'Élysée) et sa capacité à parler vrai, sont d'indéniables atouts pour le pays dans lequel il a grandi et à l'endroit duquel il a forcément une dette. Il connaît bien la Côte d'Ivoire, peut-être même bien mieux que la plupart des personnes jusqu'ici désignées pour aider les Ivoiriens à surmonter leur crise. Ce n'est pas seulement un esprit scientifique. Il est également de bonne éducation et est porté par la Morabeza, la convivialité capverdienne. Et en Côte d'Ivoire, pays de son enfance, de ses premières joies et des premières conquêtes féminines, il viendra comme Capverdien, autrement dit avec deux valeurs cardinales : la Sodade (Souvenir) et la Dignité (Respect), les deux fondements de la capverdianité. Or, ce souvenir de ce que fut la Côte d'Ivoire, de ce qu'elle a donné au monde, et être digne, c'est-à-dire ne pas transiger sur les valeurs humaines et la vérité, n'est-ce pas cela qui est aujourd'hui le nécessaire et le suffisant pour surmonter la crise postélectorale ? La qualité des cadres capverdiens ne souffrent pas de critiques absurdes. Leurs dossiers sont généralement bien préparés et ils ont le caractère et la formation pour les mener à bonne fin. Que l'auteur inconnu ne se trompe pas, ni ne se laisse aller au jugement précipité. Toutes les fois que José Brito a été désigné par une institution, il a accompli sa mission conformément à son mandat. En Côte d'Ivoire, il le fera, en adéquation avec la tradition dont il relève.

Mais que l'on m'entende bien. Je ne dis pas que José Brito n'a pas de défauts ou de faiblesses. Ici, je n'ai fait qu'essayer de défendre l'honneur d'un homme, d'une famille et d'un pays frère de la Côte d'Ivoire. Car il faut se garder de « toutmélanger », à l'instar de ce fameux personnage des caricatures ivoiriennes qui s'en est fait une spécialité.

Voyez-vous, chère Élisabeth, l'auteur inconnu s'est lui-même confondu. Si je puis vous faire une suggestion, demandez-lui donc de ne pas se laisser aller au dénigrement et d'écrire à José Brito. Car, chacun, sur soi-même, doit commencer à surmonter la crise ivoirienne. Alors, les politiques entendront qu'il n'est aucune élection, aucun enjeu de pouvoir qui vaut la destruction d'un pays.

En espérant que ces quelques informations et analyses vous servent dans vos réflexions. 

Bien cordialement,

 

Pierre Franklin Tavares

Mobile : +33 (0) 6-87-34-21-22

Courriel : tavarespf@hotmail.com



[1] Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert

[2] Daouda Thiam appartient à la grande famille Thiam (Houphouët-Boigny) d'Abidjan.

LE CHANGEMENT BIEN ORDONNE

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Tout laisse croire que l'Algérie est en train de changer, par le bas, sans que les  «changeurs» à la mode «arabe», sponsorisés par les «grandes démocraties», trouvent un quelconque ancrage dans cette lame de fond, qui pose les vraies questions des citoyens réels. Il n'y a qu'à observer que toutes les revendications révèlent les véritables dérives et non pas les noumènes, en vogue dans les menaces aéroportées que lancent Hillary Clinton et ses clercs européens.

La première et la plus déterminante de ces dérives est l'abandon de la souveraineté nationale au profit des marchands internationaux. C'est elle qui explique le plus que les richesses nationales ne contribuent pas au développement du pays (pays riche, peuple pauvre), mais à la prospérité des fournisseurs étrangers et de leurs relais locaux, quand  l'investissement public peut résoudre un grand nombre de problèmes, dont ceux de la croissance et de l'emploi. La pression populaire pousse surtout dans ce sens, qui ne se satisfera pas des mesurettes «patriotiques» qui, de toutes façons, ne peuvent suffire à inverser ou à refondre une économie extravertie et livrée aux vents capricieux du marché mondial. S'ouvriront, bientôt, les débats concrets sur le sujet. Parce qu'il n'y a pas une autre réponse économique que celle-ci. L'utilisation pleine  et entière de nos ressources dans l'industrialisation du pays et la dynamisation  de notre agriculture.

La deuxième dérive, qui a beaucoup à voir avec la première, est le climat propice aux «affaires» qui s'est créé (l'euphorie libérale et la panique de rester sur le carreau) et qui a provoqué une course effrénée à l'accumulation, avec tout ce que cela suppose comme «dessous de table» nécessaires pour se frayer le chemin, vers les contrats juteux,  dans la jungle des tractations commerciales et irrésistibles pour des fonctionnaires et des bureaucrates aspirés par le délire de l'enrichissement. On appelle cela la corruption, pour la dissocier, du point de vue moral, du système  qui la nourrit et sans lequel elle ne pourrait exister.

La troisième dérive est d'avoir cru que le peuple croit à l'économie de  marché et qu'il allait en accepter les règles, alors qu'aucun peuple au monde ne l'a fait de son propre gré. Ce qui fait qu'on soit devant ce qu'il pense et qu'il exprime dans différents modes opératoires. Le personnel politique au pouvoir essaie de réagir au coup par coup. Mais, la dynamique semble en route pour que le changement soit une révision complète des données politiques qui ont exclu ceux pour qui les mots démocratie et droits de l'homme veulent dire autre chose que le «chacun pour soi» dans une course à armes inégales où les déjà nantis et les «bras longs» sont en pole position. Le minima requis se trouve dans  la rupture des accords internationaux léonins et la libération complète de l'initiative économique de l'Etat, qui compensera les chimériques IDE. Il y a un pays à reconstruire et un peuple qui attend.

En Tunisie, le débat est ouvert, et on fait peur aux Tunisiens. Le patron des patrons de ce pays,  M. Ben Sedrine, lance l'alarme : «Le recours obsessif à l'Etat Mama, au niveau de l'emploi, est une chimère... Car les pansements et les charpies étatistes ne servent à rien dans les tranchées de la crise sociale...». Son argument : «un monde où les forces du marché et les agences de notation dominent la planète. Organisent la compétition entre les nations. Contrôlent les richesses. Assurent la gouvernance mondiale». Soit exactement ce qui a été dit pour que l'Algérie détruise ses capacités de production, démantèle les dispositifs de protection de son marché et sombre dans l'apathie, en quête inassouvie d'investissements illusoires.

Par Ahmed Halfaoui

Source: LES DEBATS.COM

MOHAMED BOUAZIZI, LE VISAGE DE LA REVOLUTION

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S'efforçant de comprendre les bouleversements historiques du même type [que les déclins de l'Empire romain et du Christianisme], Hegel a cru pouvoir affirmer que toutes les grandes transformations sociales et politiques brutales sont préparées pas des transformations lentes et secrètes[1].  

Sa mère, Manoubia, a les yeux bleus noyés dans une mer de tristesse profonde. L'œil ne nage pas, même s'il est lacrymal. Elle s'interroge encore, mélancolique. Son regard est un pont qui mène à la formule définitive que Rilke a conçu, pour toute mère éplorée : Marie, qui mieux que toi connaît la nostalgie ? Une mère ravagée, parce que son fils s'est immolé. Le feu, comme la mer ou le vent, emporte tout. Y compris le fruit d'une maternité. Comment cela se peut-il, interroge encore les yeux de Manoubia ? Car les yeux également pensent. Rien, en effet, dans la tradition locale tunisienne ne renvoie à pareille coutume. Du moins le croit-on. Et la religion dominante le prohibe[2]. Mais l'immolation par le feu, qui prend corps en dehors de la tradition laïque tunisienne et de la religion musulmane, est-elle pour autant dénuée de toute signification publique et religieuse ? Pourtant, immoler veut dire tuer en sacrifice à une divinité. Et s'immoler signifie faire le sacrifice de sa vie. À Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, à quel dieu inconnu l'immolation devant le gouvernorat était-elle destinée ?    

Il s'appelait Tarek « Mohamed » Bouazizi, alias Besbouss ou Basbouss. Les surnoms disent beaucoup[3]. Au plan étymologique, ce surnom hypocoristique signifie « celui qui est à croquer de baisers »[4]. Un jeune homme gentil, seul soutien de famille, qui s'immole, un régime réputé « solide » et « dur » tombe, comme un vieux déchet, et se consume dans la fuite d'un clan. Alors, comment un petit acte, un geste peu banal il est vrai, conduit-il à une conséquence majeure ? Selon le vieux principe de causalité et de la mécanique (propagation) des forces, toute conséquence est entièrement contenue dans sa cause. Une lumière, dit Hegel, ne perd rien à en allumer une autre[5]. Ainsi, comment comprendre qu'une petite cause à Sidi Bouzid produise de si grands effets, à Tunis, puis dans le monde arabe, si cette cause-là n'est pas elle-même grande ? Ce bouleversement « sidi-bouzidien » qui a eu lieu, paradoxal en apparence, ne l'est plus dès lors qu'est admise l'hypothèse que le sacrifice-de-soi de Besbouss a consumé les fondements même du régime benaliste, qui, pour reprendre le mot de Mably, n'étaient que de la boue, des pierres usées et des bois pourris[6]. Comme nous le verrons, les explications ontologiques priment sur les explications politiques (monopartisme de fait, trucage électoral), sociologiques (mouvement social, révolte juvénile), économiques (corruption, captation des produits de la croissance, pauvreté) ou de transferts électroniques (révolution Facebook). Comment rendre intelligible le geste de Tarek « Mohamed » Bouazizi et tout le bouleversement qui en est résulté ? Hegel, philosophe de l'histoire vivante, s'est intéressé à ce type de phénomène particulier dont la portée réelle dépasse l'intention initiale de leurs auteurs. Et lorsque les résultats d'une action individuelle échappent à son auteur et revêtent une signification historique, Hegel parle de destin. Il a illustré sa conception à l'aide de maints exemples (César, Néron, etc.) et, entre autres faits, celui célèbre des voleurs de Marseille. Ceux-ci, cupides et portés à maximiser leurs profits, voulurent faire fortune avec des balles de soie infestées par la peste et provenant du Levant, qui furent donc bradées. Ils ne mesurèrent pas les conséquences éventuelles de leurs actes. En les acquérant à vil prix pour le revendre à Toulon, ils ont involontairement contaminés leurs propres familles et leurs concitoyens, en introduisant et en propageant l'une des plus graves épidémies que la France a connues. Jacques D'Hondt, rappelant la source bibliographique de Hegel, La relation de la peste dont la ville de Toulon fut affligée en 1721 de Jean d'Antrechaux, a fort savamment commenté cette approche[7]. C'est cela le destin hégélien, plus profond que la « péripétie » aristotélicienne.  C'est ce qui est advenu avec Besbouss. En effet, son sacrifice-par-le-feu, acte isolé et individuel, a revêtu une signification et une portée si générales, qu'il a occasionné la chute d'un régime et, par contaminations successives, l'ébranlement et l'effondrement d'un monde. Pourquoi ?

Sidi Bouzid[8], le lieu de l'événement, est une charmante cité de 1073 hectares située à 265 kms en dessous de Tunis, au cœur de la Tunisie. La ville, créée par le décret 58-290 du 04 novembre 1958, est enclavée et bâtie dans une cuvette entourée de montagnes. Ville éponyme, elle tire son nom du saint Sidi Ali Ben Bouzid (disciple du grand mystique Abou Median Al Andaloussi) inhumé dans un mausolée blanc. Cette commune est le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Elle compte à présent plus de 42.000 âmes et, outre de nombreuses infrastructures et de grands établissements, dispose d'un beau palais municipal, dont le site internet met en exergue la qualité de la Relation avec le citoyen. L'internaute, qui y navigue, pourrait être séduit par cette publicité, s'il n'était pas averti du geste public de Besbouss qui signale la nature réelle des rapports entre administration locale et administrés.

Sidi Bouzid occupe le 44ème rang dans le classement des 264 municipalités tunisiennes établi par l'Institut national de la statistique[9]. La ville, à vocation régionale, est un grand centre de production et de commercialisation agricoles (arbres fruitiers, céréales, amande, asperges, produits maraîchers), et le premier producteur de légumes du pays. Bassin laitier, elle est réputée pour ses tomates séchées et sa production d'agneau qui bénéficie d'une Appellation d'Origine Contrôlée (AOC). Cette économie, à forte dominante agricole, organise un secteur industriel en essor (textile, habillement, cuir, chaussure, etc.).

Le 30 janvier 1943 eut lieu, dans cet ancien protectorat français, une célèbre bataille opposant les Alliés et les divisons blindées nazies.

Après la localisation et la présentation, l'événement. Sidi Bouzid, 17 novembre 2010. Un jeune vendeur ambulant de produits agricoles, connu, se voit confisquer ses modestes et uniques instruments de travail, une charrette et une balance, par des agents zélés de la police municipale. Motif : absence d'autorisation de commercer. Petite infraction. En réalité, un abus de pouvoir visant à obtenir des compléments de revenus. Brimades et corruption. Une fois de plus. Aucune indulgence. Une fois de trop. C'est la énième fois. La relation avec le citoyen tant vantée par la municipalité ne fonctionne pas. La municipalité est construite et fonctionne sur le modèle de l'État benaliste. Le citoyen n'a de reconnaissance, que lorsqu'il est soumis à l'arbitraire du pouvoir central ou local. Au fond, le pouvoir local, c'est le pouvoir central même. Il n'y a pas de différence, d'espace où l'on respire. La substance publique est la même, à Tunis ou Sidi Bouzid, dans toute la Tunisie. Le régime est « solide » et « dur ». L'identité entre la partie (municipalité) et le tout (l'État), cette identité-là, disons-nous, est complète. Les institutions publiques sont fusionnelles, à tel point qu'elles ont littéralement incorporé les entreprises privées. Toute l'Europe libérale soutient ce grave amalgame (contraire à ses principes économiques) et ce mépris des libertés individuelles, pour deux motifs essentiels, économique et laïque : les performances macro-économiques et la sévérité contre l'islamisme. Tout ce dispositif « technique » (au sens que Heidegger prête à ce mot) autorise de larges connivences européennes et américaines, consolide les compromissions internationales, cautionne et renforce le despotisme local. Les agents territoriaux (de la municipalité) qui saisissent et rançonnent les administrés ne sont pas des irresponsables. Ils agissent pour défendre ce monde-là érigé en système. Leurs petits profits ne sont que la déclinaison, l'atomisation des grands profits qui ont lieu en hauts-lieux. Leur arbitraire n'est que la mise en œuvre, au plan local, de l'absolutisme et des caprices au sommet de l'État. Sur simple décision, ils confisquent, s'emparent. Un clan, une minorité tient le tout. Le droit ne fonde pas le système, c'est l'arbitraire qui le régule. En vérité, c'est contre ce système-là que se dresse « celui qui est à croquer de baisers ». Et, ce 17 décembre 2010, Besbouss parcourt, à pieds, tout le système, en d'incessants va-et-vient entre son domicile, la mairie et le gouvernorat. Comme un tambour, son sang frappe ses tempes. Il avait déjà l'habitude de marcher, pour vendre. À présent, il marche autrement et pour un autre motif : récupérer ses outils de production. C'est l'être social qui détermine la conscience, avait dit un philosophe. Besbouss ne subit déjà plus le système, puisqu'il a décidé d'en faire le tour, de le cerner. Les Grecs anciens ont très tôt compris que « cerner », « critiquer » et « cribler » participent de la même racine lexicale et renvoient à la même réalité. Une anecdote significative. En 1992, invité par Jacques D'Hondt à prononcer une communication sur Hegel et l'Afrique[10] à Tunis, nous avons écouté l'éminent Jean Toussaint Dessanti rappeler aux intellectuels tunisiens le lien intime et étroit entre ces trois mots. L'esprit critique (synthèse), dira-t-il, cerne (parcourt, encercle, pénètre) et crible (vise, sépare et dissout) toute réalité. Mohamed Bouazizi n'est pas philosophe, mais il accomplit mieux que les penseurs l'essence critique de la philosophie. Il arrive en mairie. Nul ne l'entend. Au reste, comment aurait-il pu l'être ? Les oreilles compromises n'écoutent jamais. Il se rend alors au Gouvernorat, à plusieurs reprises. De même, aucun accueil. Il est dans une caverne[11], un prisonnier exceptionnel, pas comme les autres. Il en sort, le soleil frappe de clarté. Le face à face est total. D'un côté, un individu riche d'une forte et juste colère, qui oublie tout, y compris sa famille. Sa subjectivité est à son maximum d'intensité. Il a conscience du face à face. De l'autre, tout l'État, faible de son arbitraire, non-conscient, certain de sa solide objectivité. Rilke dit à dessein : le destin, c'est faire face, toujours faire face, rien d'autre que cela. L'inversion du monde a déjà eu lieu dans ce face à face. La conscience est du côté du sujet, tandis que l'inconscience est du côté des institutions. Ce 17 décembre 2010, Besbouss leur « fait face », comme il a « toujours fait face », pour sa famille en devenant le soutien unique, par les maigres bénéfices tirés de son petit commerce. Nul ne lui connaît de fiancée qui eut pu le pondérer. Il ne fera « rien d'autre que cela », faire face, après l'arbitraire gifle, l'humiliante réponse de Faïda Hamdi, agente territoriale, en réponse à ses petites doléances. Il n'y pas d'échappatoire. Doit-il vivre ainsi ? Et, en définitive, qu'est-ce que ce-vivre-ainsi, quand précarité, arbitraire et humiliation sont les seuls constituants de l'existence ? Si l'humain est dans ce-vivre-ainsi, c'est que l'homme n'est plus « rien », le nihilisme est à son comble, l'État lui-même n'assure plus sa mission première. Un bidon d'essence, une allumette, il se sacrifie par le feu devant le Gouvernorat. Où était Mourad Ben Jalloul, le gouverneur ? Comble de l'ignominie, ce ne sont même pas les représentants de l'État qui tentent d'arrêter son immolation, mais des anonymes, des concitoyens présents sur les lieux[12].

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Jusqu'ici, ni l'infortunée Faïda Hamdi qui porta la gifle fatidique, ni le maire de Sidi Bouzid, Osmane Al-Tifi, et moins encore le président de la République, Zine El-Abidine Ben Ali, n'auront compris le sens et la signification du geste de Mohamed Bouazizi, même s'ils en ont mesuré la gravité. La photo officielle de la visite que le Chef de l'État a rendu au grand brûlé, à l'hôpital de Ben Arous, où lui étaient prodigués les soins, est à cet égard frappante. Le président et le corps médical, qui organise la visite, paraissent être dans un état d'incompréhension, littéralement devant un cas de figure dont ils ne comprennent pas du tout la raison. S'immoler pour une charrette, une balance, trois cageots de légumes et de fruits confisqués ? D'autant, qu'ils semblent, en effet, ne pas avoir présent à l'esprit un exemple antérieur d'immolation susceptible de leur fournir un début d'explication. Leurs visages, stupéfaits et interrogatifs, laissent transparaître une évidente crise de connaissance. La vue du grand brûlé, au corps totalement recouvert de bandes, semblable à une momie, ajoutait à l'effarement. Comment un tel geste est-il possible, semblent-ils tous penser ? Au reste, ni les explications sociologisantes (revendications sociales et catégorielles), ni même les motifs psychologisants (ras le bol) ou les mœurs locales (déshonneur dû à la gifle d'une femme) rapportés par Christophe Ayad[13], qui venaient juste un mois après les éloges économiques faits par Dominique Strauss-Kahn[14], directeur général du FMI, ne suffisent à rendre rationnel ce geste inouï. Comment donc l'expliquer ? L'état d'esprit de Besbouss n'est pas courant. Il n'a pas craqué, au sens où on le dit souvent de personnes excédées par une situation. Son état d'esprit, qui repose sur l'attention volontaire, concentration maximale de la conscience, et qui, de tous les états affectifs complexes, est le plus élevé, est la saisie directe des tensions ultimes des limites d'une époque fixée dans sa phase terminale. L'insupportable ne dépend pas tant de la nature d'un fait ou d'une situation, que de la conscience qui n'en accepte plus le poids. C'est le propre et le trait des époques de transition historique. Pour s'en convaincre, rappelons les paroles engagées d'une Coladeira en vogue en Guinée-Bissau et au Cap Vert, au temps de la lutte armée de libération, qui expose l'insupportable : Si c'est pour ainsi vivre / Mourir tout le temps [à petit feu] / Mourir alors une fois [pour toutes] / Luttant pour la vie, contre la famine et le chômage / L'injustice et la misère / Contre l'exploitation, contre le colonialisme / Oh peuple, [de vivre ainsi] cela n'est pas une vie ![15] Mais, pourquoi l'immolation et non pas la lutte armée ou l'engagement syndical, pour dénoncer les injustices et les exactions du régime benaliste ?  

« Immoler », nous l'avons dit, signifie tuer en sacrifice à une divinité. Les rituels qui accompagnent toute immolation sont connus. Et « s'immoler » veut dire faire le sacrifice de sa vie. Ainsi, dans la mesure même où le fait de « s'immoler » intègre l'« immolation », nous pouvons demander en direction de quel dieu caché ou oublié il opère ? Précisons que, dans l'acte de « s'immoler », le sujet fait de sa propre subjectivité l'objet même du sacrifice. Le sujet devient, ainsi, à soi-même, son propre et unique objet. Le sacrificateur et le sacrifié sont une seule et même chose : le premier est identique au second. Si à présent nous daignons supposer l'existence d'un dieu oublié ou caché en Tunisie, vient au jour la question suivante : le 17 décembre 2010, alors que le soleil est à son maximum, à quel dieu inconnu était destinée l'immolation de Besbouss, par le feu, devant le Gouvernorat de Sidi Bouzid, édifice de l'autorité centrale, du régime benaliste ? Bien évidemment, ce dieu n'est pas celui du Coran ou de quelqu'autre religion monothéiste. Le dieu caché dont il s'agit ici est Moloch, l'une des anciennes divinités de Carthage qui y a été importée par les Phéniciens, au moment où ils fondèrent cette colonie d'Afrique. Les politologues, les journalistes, les sociologues qui ont tenté d'expliquer l'acte de Tarek « Mohamed » Bouazizi, n'ont pas perçu ce trait culturel enfoui dans l'histoire ancienne de la Tunisie et profondément replié dans l'inconscient collectif des Tunisiens. Ils ont oublié cette religion oubliée. Gustave Flaubert est le dernier qui a mentionné ce qu'elle fut, dans son célèbre roman Salammbô[16] sur « la guerre des mercenaires ». L'écrivain français y décrit, en termes poignants, le rituel de sacrifice des enfants au dieu Moloch, par une immolation stupéfiante d'horreur dans une fournaise ardente. Bien mal lui en a pris. En effet, redoutable critique littéraire de son époque, Sainte-Beuve n'a pas ménagé ses critiques à l'adresse de Flaubert qui aurait, selon lui, déformé les faits dans un tableau accablant contre les Carthaginois[17]. C'est que, sur cette question, Flaubert s'inscrivait dans la tradition romaine de dénigrement de Carthage, sa grande rivale. Si l'on en croit les auteurs Romains, soupçonnables de partialité, écrit Serge Jodra, on immolait à ce dieu des enfants vivants, le plus souvent en les faisant brûler sur l'autel[18]. Flaubert accepta donc l'idée du rite de sacrifices d'enfants au dieu Moloch et, avec la force de ses images, décrivit comment les parents offraient, dans un assourdissant vacarme de tambours, leurs enfants à Moloch, jetés vivant dans une fournaise faite dans le ventre de la gigantesque statue du dieu. Son récit est vivant, impressionnant même. Aussi la polémique fut-elle vive entre Sainte-Beuve et lui. Leurs échanges épistolaires sur ce point constituent un chef d'œuvre de critique littéraire. En tous les cas, quel que soit le degré de réalité du culte carthaginois au dieu Moloch, il a bien existé une antique tradition d'immolation par le feu en Tunisie (ainsi qu'en Phénicie et en Israël) que la plupart ont aujourd'hui oubliée. Or, c'est elle que Besbouss a spontanément réactivée. On comprend dès lors mieux pourquoi son immolation n'a eu qu'une portée tunisienne, et que partout ailleurs dans le monde arabe où elle a été répétée, elle n'ait pas produit les résultats escomptés. Car le fait est unique et propre à la Tunisie, et nullement exportable en milieu arabe. Ainsi, en s'immolant par le feu, le jeune Tarek « Mohamed » Bouazizi a-t-il opéré au réveil subit, brutal et mécanique d'une fort vieille « structure endormie », oubliée, et jusque-là profondément enfouie dans l'inconscient collectif tunisien, qui prend racine dans l'antique religion phénicienne dont le culte se répandit à Carthage, colonie phénicienne.

Ce qui a fait la force locale du suicide de Besbouss, c'est précisément que son acte était in-compréhensible à ses compatriotes de toutes les classes sociales. De la stupéfaction des personnes qui se trouvaient devant le Gouvernorat à la visite du président Ben Ali, on peut retracer les étapes de cet étonnement qui perdure encore. Au final, sa dé-cision de s'immoler introduira une diremption (rupture, séparation) qui brisa d'un coup le vieil édifice de l'État post-bourguibien. Le mouvement social politico-syndical qui suivra ne fera qu'en dévoiler et récolter les débris. Ainsi, dans le reste du monde arabe (Algérie, Maroc, etc.), ce n'est pas l'immolation par le feu, non exportable, qui servit de modèle, mais le mouvement social tunisien justement né et dynamisé par le geste de Besbouss. Si l'immolation est non pertinente en dehors de la Tunisie, le modèle d'écroulement auquel il donnera lieu fera école. Pour être clair, ce ne sont pas les événements sociaux de 2008 qui ont déterminé le geste de Tarek « Mohamed » Bouazizi, mais c'est l'immolation par le feu de ce dernier qui a réenclenché et orienté ce mouvement social qui manquait d'orientation et auquel manquait encore l'occasion, jusqu'à la chute du régime et de l'État post-bourguibien.

Hegel n'eut pas tort de rappeler, comme le dit J. D'Hondt dans notre épigramme, que les grands bouleversements sont toujours préparés par des transformations lentes et secrètes. Tarek « Mohamed » Bouazizi, petit vendeur ambulant de produits agricoles, a été le levain de la pâte, celle du changement. Personne ne l'avait vu la pétrir, ni Faïda Hamdi, ni Osmane Al-Tifi ou Mourad Ben Jalloul. Et jusque-là, pas même Leïla Trabelsi ou Zine El-Abidine Ben Ali. Quand, comme dans le rituel au dieu des Phéniciens, il mit son corps au four, son immolation subite - qui ne pouvait pas être anodine - ébranla tout un monde.  

Manoubia, non pas Lalla Manoubia[19], mais bien Manoubia Bouazizi, disons-nous, apprenez à connaître, comme Marie, la nostalgie, le nostos-algos. Et, par la Sodade ou le Souvenir, surmontez la douleur. Mais à toute mère dont le fils améliore le sort du monde par le sacrifice de soi, un sens est donné à sa maternité.

Manoubia, cette lettre est ma brève méditation sur Besbouss. Car, entre Carthage et les Hespérides, il existe un chemin de héros.  

 

Dr Pierre Franklin Tavares

Mobile : +33 (0) 6-87-34-21-22

Courriel : tavarespf@hotmail.com



[1] Jacques D'Hondt, Hegel secret, Recherches sur les sources cachées de la pensée de Hegel, PUF, Paris, 1968, p. 198.

[2] Le Coran, et spécialement la Sunnah (vie de Mahomet), interdit et condamne le suicide, comme infraction à la vie définie don et prêt provisoire de Dieu.   

[3] Jean-Louis Beaucarnot, Les prénoms et leurs secrets, éditions Denoël, Paris 1990.

[4] Wikipédia, Mohamed Bouazizi.

[5] Hegel, Platon, in Leçons sur l'histoire de la philosophie, tome 3, La philosophie grecque, Vrin, Paris, p. 456.

[6] Gabriel Bonnet de Mably, Des droits et des devoirs du citoyen, librairie Marcel Didier, Paris, 1972, p. 36.

[7] J. D'Hondt, Les voleurs de Marseille, in Op. Cit., p. 185 - 191. 

[8] Sidi Bouzid, site de la ville : http://www.commune-sidibouzid.gov.tn/fr/index.htm

[9] Les données sont celles du recensement de 2004.

[10] P. F. Tavares, La conception de l'Afrique de Hegel comme critique, 23ème Congrès International des Sociétés de Philosophie de Langue Française, Tunis, septembre 1991. Communication publiée dans Économie en crise, Chemins critiques, revue haïtiano-caribéenne, Vol. 2, n° 2, septembre 1991, p. p. 153 - 161.

[11] Allusion est faite ici au mythe de la caverne dont parle Platon.

[12] Christophe Ayad, Sidi Bouzid, l'étincelle, Libération, 5 février 2011.

[13] C. Ayad, Ibid.  

[14] D. Strauss-Kahn, 18 novembre2010, à Carthage : « La Tunisie est un bon exemple à suivre ».  « L'économie tunisienne va bien, malgré la crise ».  http://www.agoravox.tv/actualites/economie/article/quand-dsk-faisait-l-eloge-de-ben-28969

[15] Nhô Balta, Chant de lutte, Bissau, 1974.

[16] Gustave Flaubert, Salammbô, Gallimard, Paris, 1970.

[17] C.- A. Sainte-Beuve, Salammbô, Nouveaux Lundis, Calman Lévy, t. IV, Lundi 8 décembre 1862, p. p. 31 - 51 ; suite de l'analyse, Lundi 15 décembre 1862, p. p. 52 - 72 ; suite et fin, Lundi 22 décembre 1862, p. p. 73 - 95, Paris, 1885.

[18] Serge Jodra, Moloch, http://www.cosmovisions.com/$Moloch.htm

[19] Horizons, Musulmanes célèbres - Lalla Manoubia : La sainte de Tunis, fin du XIIème - 1257, mis en ligne le 29 août 2010, http://www.horizons-dz.com/culte/13266.html  

19:41 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Cap-Vert, Informations diverses | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, tunisie, le visage de la révolution en tunisie, mohamed bouazizi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 29 mars 2011

PRAO YAO SERAPHIN - LA POLEMIQUE AUTOUR DE LA DEVALUATION DU FRANC CFA: MA PART DE VERITE

 

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 « L'Afrique est la clé du problème noir »

(Malcolm X)

 

Le thème de la dévaluation du franc CFA revient régulièrement sur le devant de l'actualité africaine. Depuis quelques années, l'appréciation de l'euro vis-à-vis du dollar américain et les appels répétés de certains intellectuels africains en faveur d'une monnaie plus flexible et/ou compétitive, ont régulièrement entretenu les rumeurs de dévaluation du franc CFA.  Cette question de la dévaluation du franc CFA est persistante lorsqu'on sait que la Côte d'Ivoire est une base de développement de grande importance en Afrique de l'ouest francophone. Sa prospérité ou sa déchéance aura certainement des conséquences palpables dans les pays de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Si la libéralisation croissante des échanges et la déferlante des produits asiatiques rendent un ajustement du franc CFA inéluctable, il importe de cerner les contours d'une dévaluation.  Face donc à la présence très prégnante de la question de la dévaluation du franc CFA, il semble nécessaire de se pencher sincèrement sur le sujet.  Lorsqu'on pose la question de savoir si le franc CFA sera dévalué ou pas, une série de difficulté, corollaire apparaît dès lors, concernant les conditions de réussite d'une dévaluation. Evoquer toutes ces questions nous autorise à rejeter toutes les idées préconçues sur les retombés de la dévaluation afin d'aborder sérieusement  cette question d'ajustement monétaire.  C'est ici donc l'ambition  de notre présent article : celle de relativiser les retombés d'une éventuelle dévaluation du franc CFA en l'état actuel des structures économiques des pays africains de la zone franc (PAZF).

L'impulsion inaugurale de notre réflexion  se trouve dans une bonne présentation de la dévaluation. C'est la raison pour laquelle, en premier lieu, nous répondrons à la question : qu'est ce qu'une dévaluation ?

Une fois, la définition acquise, nous pourrons, en deuxième lieu, faire un retour sur le bilan de la dévaluation de 1994. Nous verrons que le succès de cette dévaluation est mitigé.

Enfin, en troisième lieu, nous allons voir comme il est désormais solidement établi que le succès de la dévaluation est conditionné par certains aspects structurels de l'économie.

I. QU'EST-CE QU'UNE DÉVALUATION ?

 On s'intéressera principalement dans cette partie à une présentation de la dévaluation. Cela exige de donner la définition de la dévaluation et ses fondements théoriques.

I.1. LA DÉFINITION D'UNE DÉVALUATION

Il n'est pas rare d'entendre, çà et là, de la bouche de certains, une confusion totale entre une dévaluation et une dépréciation. Pourtant, il  ne faut pas confondre une dévaluation avec une dépréciation. La différence est très nette.

La dévaluation consiste à modifier le taux de change officiel d'une monnaie (parité) par rapport à une monnaie internationale de référence : or, dollar, euro, par exemple. Dans un sens extensif, elle désigne l'altération de l'objectif de change que les autorités monétaires d'un pays s'assignent dans le cadre de leur politique économique globale, qu'elles soient ou non liées par des engagements internationaux en la matière. La dévaluation doit donc être bien distinguée de la  dépréciation - même si, très souvent, elle ne fait que la consacrer. Cette dernière est, en effet, un mouvement du taux de change déterminé spontanément par le  marché qui constate une perte continue de valeur de la monnaie domestique par rapport aux monnaies étrangères.

Techniquement, l'ajustement de la balance des paiements[1] peut-être assuré par les variations du taux de change. Celles-ci provoquent les modifications de prix nécessaires à l'ajustement des importations et des exportations et au rétablissement de l'équilibre. Le taux de change peut faire l'objet d'une dévaluation qui traduit une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou d'une réévaluation, qui s'exprime comme une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l'euro surévaluant de facto cette dernière et décourageant les exportations.

I.2. LE FONDEMENT THÉORIQUE DE LA DÉVALUATION

En cas de déficit de la balance des paiements, diverses actions peuvent être mises en œuvre. On peut en citer quatre.

La première et la plus importante est celle qui tend à réduire la demande globale par une politique budgétaire et par une politique monétaire restrictive. Il est en effet indispensable de résorber l'excès de la demande intérieure sur la production, c'est-à-dire de diminuer « l'absorption » du produit intérieur par la consommation et par l'investissement. Une telle politique a pour effet de limiter les importations et de dégager en faveur de l'exportation une part de la production intérieure.

La deuxième consiste à élever les taux d'intérêt par rapport aux taux pratiqués à l'étranger, ce qui permet d'améliorer la balance des opérations en capital, notamment en freinant la sortie  des capitaux nationaux et en attirant les capitaux étrangers.

Troisièmement, on peut recourir à des contrôles directs. Les restrictions quantitatives aux échanges (contingentement des importations) sont soumises à des limitations très sévères par des accords internationaux et ne peuvent être que des mesures de crise très graves.

Quatrièmement, lorsque les mesures qui viennent d'être indiquées ne peuvent aboutir à restaurer l'équilibre à moins d'une récession marquée de l'activité économique et du chômage, l'économie se trouve dans un état de « déséquilibre fondamental ». La disparité entre les coûts et les prix intérieurs et extérieurs ne peut être dans ce cas corrigée que par un changement de la parité monétaire, c'est-à-dire par une dévaluation.

Le fondement théorique de la dévaluation étant connu, reste à présenter quelques conséquences d'une dévaluation.

Une dévaluation a de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l'ensemble moins rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d'aucune concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent qu'avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation. Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone franc, leur dépendance plus ou moins grande à l'égard des importations va les obliger à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées. L'accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une perte de substance pour l'économie nationale.

Or, à la suite d'une dévaluation, l'accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera d'autant plus important que l'élasticité de la demande étrangère sera forte. Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique, accompagnée d'une concurrence des pays asiatiques, il s'ensuit que les bénéfices de la dévaluation sont théoriquement maigres.

De l'avis de ceux qui sacralisent la dévaluation, la surévaluation du franc CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette « école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la pression des importations. Il est vrai qu'à l'exportation, les productions locales deviennent moins compétitives que celles de nos concurrents  des pays hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise, du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît, subventionnés. En conséquence, le revenu des exportations de matières premières africaines facturées en dollars, diminue conséquemment.

A contrario, une catégorie d'économistes prudents, se méfie des dévaluations à tout va. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n'a rien d'entonnant quand on sait que la croissance que connaît l'Afrique est tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner l'illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA.

Mais pour combien de temps, la manne pétrolière contrebalancera les effets pervers d'un déficit structurel de balance des paiements ? La dévaluation peut être bénéfique pour un pays donné,  que si  ses exportations explosent mais à condition que les autres monnaies ne se déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de gouvernement entre 1930 et 1940. L'exemple le plus éloquent fut la concurrence faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup l'effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu'à l'étranger, le gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement considérable. Une surévaluation de la monnaie peut aggraver les difficultés d'exportation. Une croissance inflationniste ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la confiance dans la monnaie.

II. LE BILAN MITIGÉ DE LA DÉVALUATION DE 1994

Le 11 janvier 1994, après 46 années de stabilité monétaire, les 14 pays de la zone franc, sous la pression des institutions internationales et la France, s'accordent pour modifier la parité du franc CFA à compter du 12 janvier 1994 à 0 heure. Au-delà des traumatismes engendrés par cette mesure et plus de dix sept ans après, un consensus se dégage : les effets de la dévaluation sont encore difficiles à évaluer dans leur ensemble car ils possèdent un échelonnement différent dans le temps. Le bilan de la dévaluation de 1994 est donc mitigé.

 Selon l'étude de Bernard Conte (1998)[2], Trois ans après le changement de parité, l'IED[3] de la sous-zone UEMOA s'élève à 38,1, supérieur de 8,1 points à la limite inférieure de l'intervalle de succès fixé par S. Edwards. Malgré l'incertitude pesant sur la fiabilité des données statistiques, il semble bien que la dévaluation soit une réussite, au moins sur le plan de la compétitivité-prix externe. Ces résultats «en moyenne» cachent une hétérogénéité croissante des performances nationales.  Malgré le changement de parité, les soldes des balances des paiements courants hors transferts unilatéraux publics de l'ensemble des pays de l'UEMOA restent négatifs. Selon la Banque de France, en 1995, «la croissance des exportations a résulté d'une reprise des achats de biens d'équipement et de biens intermédiaires, en relation avec la progression des investissements»[4].

Toujours selon l'auteur cité ci-dessus, en termes d'IED, les performances de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) sont inférieures à celles de l'UEMOA au cours des trois années après  la dévaluation. Trois années après le changement de parité, l'IED moyen de la sous-zone se fixe à hauteur de 34,1, soit 4,1 points au-dessus de la limite inférieure de l'intervalle de succès.

Dans le cas ivoirien, la dégradation générale des termes de l'échange de près de 50% entre 1985 et 1993, suite à l'effondrement des cours des principaux produits d'exportation (chute d'environ 50% pour le cacao et le café, 20% pour le coton entre 1984 et 1992). Du coup, la baisse des recettes d'exportation entraîne alors dans son sillage, celle des recettes publiques largement tributaires des taxes sur le commerce extérieur.

Il ne faut pas également oublier l'appréciation nominale du franc français (FF) vis-à-vis du dollar américain décidée en septembre 1985 lors de l'accord de Plaza, provoquant une appréciation automatique du franc CFA, étroitement liée au franc français par une parité fixe. Le cours de matières premières étant fixé en devises, principalement en dollar américain sur le marché mondial, la Côte d'Ivoire reçoit moins de franc CFA par unité de volume, ce qui amplifie l'effet récessif de la dégradation des termes de l'échange sur les recettes d'exportation.

A cela, s'ajoute, la politique de baisse des taux de change menée dans des pays africains tels le Ghana, le Nigeria et l'émergence d'économies compétitives en Asie du Sud-Est (Malaisie et Indonésie).

En ce qui concerne l'effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994, les tests empiriques restent peu enthousiastes. L'assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de la dette (neuf PAZF ont pu obtenir une réduction de leur dette envers le Club de Paris, la Côte d'Ivoire a obtenu des accords avec le Club de Londres et le Club de Paris) ont permis une nette amélioration des ratios d'endettement. Le programme d'ajustement structurel, couvrant la période 1994-1997, a permis à la Côte d'Ivoire de bénéficier d'un concours financier du FMI de 281 milliards de franc CFA, la banque mondiale ajoutant 435 millions de dollars. La Caisse Française de Développement (CFD) apporte au pays un concours qui s'élève à 1,451 milliard de franc français.  L'inflation a été maîtrisée. En effet, après la dévaluation, l'inflation a été bien contrôlé, dans la mesure où son niveau (32.5%) qui est inférieur à ce qui a été prévu par le FMI (35%) a considérablement chuté les années suivant la dévaluation : 7.7% en 1995 ; 5% en 1996 et en 1997. A prix courants, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 40,3% en 1994, grâce en particulier, à la hausse du prix des produits exportés. Il atteint le montant de 5441,7 milliards de franc CFA en 1996.  La dévaluation n'a pas profondément changé la géographie des échanges du pays avec ses partenaires. La communauté européenne et la sous-région africaine, demeurent les zones avec lesquelles la Côte d'Ivoire entretient la majeure partie de ses échanges.

Reprenant à son compte les conclusions de l'étude de Goreux (1995)[5], Sylvie COSTE (1999)[6] indique qu'en Côte d'Ivoire, 9% de l'augmentation de la valeur des exportations est imputable à l'effet quantité ; 20% à l'effet cours mondiaux  et 71% à l'effet mécanique de la dévaluation. Les effets quantité et cours mondiaux sont deux fois plus importants en 1995 qu'en 1994, avec une croissance plus rapide de l'effet cours mondiaux.  Cela signifie que le succès relatif de la dévaluation serait le fait d'éléments externes, tels les cours mondiaux et non d'éléments internes au pays. Après dix ans de crise, l'économie ivoirienne connaît depuis 1994, une phase d'expansion. Celle-ci s'est traduite par une hausse de 2% en termes réels du Produit intérieur brut (PIB) en 1994 contre une baisse moyenne de 1% entre 1987 et 1993 (-0.4% en 1993). La croissance économique amorcée en 1994 s'est poursuivie et a été supérieure à celle de la population dont le taux de croissance est de 3.8% par an en moyenne.

L'éligibilité de plusieurs PAZF à l'initiative PPTE (« Pays pauvres très endettés ») devrait conforter cette évolution. Dans le même temps, de profondes réformes structurelles visant à créer un cadre favorable à la croissance ont été mises en œuvre, portant principalement sur l'assainissement des finances publiques, la restructuration du secteur bancaire et la privatisation des entreprises publiques. Par ailleurs, avec l'appui de la France et le plus souvent du FMI, les pays à l'exception de la Guinée équatoriale et des Comores, ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel, ce qui a permis aux PAZF d'accompagner la dévaluation de 1994 par un effort soutenu de stabilisation et d'assainissement de leur économie. Pour autant, au détour de cette rapide revue du succès macroéconomique de la dévaluation, il convient de souligner trois échecs patents (mais qui ne sont pas spécifiques à la Zone franc):


- l'échec en matière de croissance de la consommation par tête ;
- l'échec (relatif) en matière de diminution de l'endettement ;
- l'échec (relatif et limité aux pays côtiers) de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.


En définitive, la dévaluation a  touché de plein fouet les principales variables macroéconomiques et les fondements de la société à tel enseigne que, selon G. Semodo et Villieu (1997)[7], « la majorité de la population n'a pas eu les moyens de se prémunir contre la taxe inflationniste immédiate, et la confiance dans la monnaie s'en est trouvée amoindrie ». Cependant, la période post-dévaluation est marquée par la mise en place de nouvelles politiques d'ajustement et de réformes économiques visant à stabiliser les principales variables macroéconomiques, à une gestion rigoureuse des finances publiques et une suppression des politiques nationales protectionnistes susceptibles d'entraver les échanges commerciaux.

III. LA REUSSITE CONDITIONNELLE DE LA DEVALUATION

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lundi, 28 mars 2011

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DINDE Fernand AGBO

LES IMAGES QUE SARKOZY CACHE A LA FRANCE

Mobilisation pour la paix en Côte d'Ivoire


Les Ivoiriens veillent dans la commune du Plateau

pour soutenir les institutions et le Président de leur pays.

 

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PROJET DE CREATION D'UNE MONNAIE IVOIRIENNE: VOICI LE RAPPORT DES EXPERTS

MONNAIE IVOIRIENNE 3.jpg

Liste des membres du GRIEF-CI, par ordre alphabétique:


Nom et prénoms, Fonctions, Mails, Contacts téléphoniques

BONY Kacou Nathanaël

Expert monétaire, philosophe, politologue
05 32 87 90 07 47 32 43

DAGBO Godé Pierre
Politologue, Spécialiste des sciences politiques, ex-Directeur du CEPICI
pjgode@yahoo.com
01 35 34 65

DAKOURY Djahi Maurice

Economiste, expert en monnaie, finances et banques.
Moris_galey@yahoo.fr
05 51 22 51

DEDY Séri Faustin

Sociologue
seridedy@yahoo.fr
07 24 15 97

DEROU Jean

Historien
jeanderou@yahoo.fr
08 48 83 63

ECHIMANE Mozou Vincent

Economiste, expert en monnaie
07 86 97 30 05 99 55 02

ESSO Loesse Jacques

Statisticien, Economiste
07 90 54 57

GBAKA J. Noël

Juriste
jngbaka@yhoo.fr
05 87 96 97

GBAKA Kouadio G.

Economiste
07 26 50 47

KIGBAFORY Silué

Economiste, Politologue
08 37 42 36

KORE Gboyéré Adèle

Doctorant, Spécialiste en micro-finance
Koreadele2002@yahoo.fr
03 59 96 58

KOUAME Kouassi Franck Désiré

Economiste, expert en monnaie, finances et banques.
kfdrecherche@yahoo.fr
44 20 98 76 02 86 78 98

LOHOURIGNON Maurice

Economiste, expert en monnaie, finances et banques. Directeur de l'aménagement du territoire (Primature)
mauloko@yahoo.fr lohourignon@yahoo.fr
07 88 86 26

SEHI Bi Tra Jamal

Doctorant, Spécialiste en Développement économique et social
bijamal@yahoo.fr
07 72 18 22

SOBIA Assiata

Economiste
ishasobia@yahoo.fr
07 00 72 91

WAUTTABOUNA Ouattara

Professeur agrégé, Economiste, CAPEC
02 18 47 71

ZAKO Lobé

Expert en finances et banques.
christzako@yahoo.fr
09 54 36 71


Introduction

Le Groupe de Réflexion pour l'Indépendance Economique et Financière de la Côte d'Ivoire (GRIEFCI), composé d'universitaires et de professionnels spécialistes des questions économiques, monétaires, financières et bancaires, s'engage, par ce travail, à mener une réflexion sur la souveraineté monétaire de la Côte d'Ivoire. Par cette contribution, il exhorte les plus hautes autorités politiques incarnant la souveraineté de notre pays à prendre la décision de la création d'une monnaie ivoirienne. Les circonstances actuelles militent en faveur de l'acquisition par la Côte d'Ivoire de sa souveraineté monétaire.

De même qu'un pays souverain se dote d'un droit positif, d'une armée et de divers symboles d'Etat (un drapeau, un hymne national et autres emblèmes), de même ce pays, sur la base de sa souveraineté est fondé de battre sa monnaie.

La Côte d'Ivoire indépendante depuis 1960 partage avec sept (7) autres pays de l'Afrique de l'Ouest, trois (3) institutions :

- Une monnaie, le Franc de la Communauté Financière Africain (FCFA);

- Une Banque Centrale, la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(BCEAO) ;

- Et une Union Monétaire, l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), devenue depuis 1994, l'Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA)1. (1 Les pays membres de l'UEMOA sont aujourd'hui au nombre de huit (8) : le Sénégal, la Guinée Bisau, la Côte d'Ivoire, le Togo, le Benin, le Niger, le Mali et le Burkina Faso). Cette coopération faite sur la base de l'auto-limitation de sa souveraineté, génère des externalités négatives empêchant la Côte d'Ivoire d'utiliser pleinement l'outil monétaire pour promouvoir son développement économique et social.

Dans la perspective pour la Côte d'Ivoire de prendre en main son destin monétaire, il apparaît approprié de s'interroger sur le concept de monnaie.

A- Du concept de la monnaie.

On ne peut envisager la création d'une monnaie sans connaître sa nature, sans s'initier à sa logique conceptuelle, sans en maîtriser ses contours.

La définition de la monnaie à travers ses fonctions ne dévoile pas sa véritable nature. C'est dans la nature de la monnaie, dans les conceptions que l'on en a, qu'on peut comprendre les diverses mouvances de l'ordre monétaire. La quête de la « science » de la monnaie est un impératif. Appréhendée conceptuellement la monnaie, c'est s'avancer sûrement dans la mise en œuvre de la création d'une nouvelle monnaie. La monnaie dans son essence est valeur. La monnaie ne joue pas le rôle de mesure de valeur, elle est cette mesure, elle est même valeur vécue. C'est autour de son essence valeur que viennent se greffer l'ensemble de ses fonctions et leurs articulations pour une structure économique et sociale donnée. En somme, la monnaie donne corps à la valeur, elle apparaît essentiellement comme l'incarnation, la matérialisation de la valeur.

␣ La monnaie bien collectif, réalité sociale fondée sur la foi (fiduciaire)


La monnaie, du fait qu'elle soit à la disposition d'un grand nombre d'usagers et non réservée à un seul individu, est un bien collectif. Bien collectif particulier que le marché n peut pourvoir, d'où l'intervention nécessaire de l'Etat pour le fournir. La monnaie est donc par essence un bien « socio-politique ». La monnaie dépend d'une sorte de plébiscite continuel auquel prend part toute la communauté. Le fait monétaire est une représentation collective et que la monnaie est fiduciaire, c'est-à-dire fondée sur la foi.

En réalité, cette fonction sociale ne fonde pas sa valeur mais la confirme. Car après tout c'est la société qui accepte la monnaie ou la rejette.
En somme, la monnaie est l'expression de l'unité et de la cohésion nationales juridiquement, politiquement et militairement protégées.

␣ De la définition de la monnaie.


S'il nous faut donner une définition de la monnaie, nous dirons que la monnaie est une créance de la société sur le système bancaire. Elle donne droit à celui qui la détient, le droit de pendre part au produit social. La monnaie objective la créance de la société sur le système bancaire.

␣ La monnaie, attribut de la souveraineté.

Au-delà de son essence d'être valeur, la monnaie est un pouvoir. C'est un attribut de la souveraineté. Une souveraineté politique et juridique ne peut être forte et sans une souveraineté monétaire. Car la monnaie constitue un véritable outil politique économique, capable d'orienter et d'impulser le développement économique.

Le contexte politico-économique


Le Conseil des ministres de l'économie et des finances de l'UEMOA, réuni à Bissau, le 23 décembre 2010, refuse d'accepter en son sein des personnalités non nommées par M. Alassane Ouattara, "le Président reconnu par la communauté internationale". A son tour, la Conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'UEMOA du 22 janvier 2011 à Bamako (Mali), entérine la décision de Bissau et pousse le Gouverneur de la BECEAO, l'ivoirien Philippe Henry DAKOUY-TABLEY à la démission. Comme conséquence immédiate, la Côte d'Ivoire se trouverait privée de toutes ses ressources financières gérées par la BCEAO, et par la même occasion verrait ses avoirs extérieurs en devises du compte d'opération logé au trésor français bloqué. Comme si cela ne suffisait pas, deux banques commerciales, filiales de banques françaises de droit ivoirien, la Banque Internationale pour le Commerce et l'Industrie de Côte d'Ivoire (BICICI) et la Société Générale de Banque de Côte d'Ivoire (SGBCI) ferment les portes le 16 et 17 février 2011, sans préavis sur injonction du gouvernement français ; du coup, les déposants ivoiriens de ces banques sont privés de leur épargne créant ainsi d'énormes préjudices.

Devant une telle adversité sans nom, tendant à asphyxier économiquement, monétairement et financièrement la Côte d'Ivoire, celle-ci se voit dans l'obligation de réagir.

Elle ne peut accepter que l'outil monétaire et l'organisation monétaire commune, l'UEMOA dont elle est le membre le plus important, car représentant 40% du PIB de L'union, soient utilisés pour désorganiser son économie, contrairement aux accords qui les régissent. Elle est consciente que cette situation n'a pu être possible que par l'abandon de son outil monétaire aux mains de la France, l'ex-puissance coloniale. Ceci nous renvoie à la problématique suivante : la Côte d'Ivoire est-elle légitimement fondée de reprendre son pouvoir régalien de battre monnaie ?

Le présent document de travail se propose alors d'analyser les principaux fondements du droit à la souveraineté monétaire ivoirienne en allant des choix stratégiques (I) aux dispositions techniques (III) en passant par les mesures institutionnelles (II).

CHOIX STRATEGIQUES

A- De la dénomination de la monnaie ivoirienne.


De l'Antiquité à nos jours, divers objets ont joué le rôle de monnaie parmi les quels le poids à peser l'or. Il ne s'agit pas du poids effectif de la monnaie, mais du symbole représentant le lingot d'or ou d'argent.

La plupart des civilisations ivoiriennes (Krou, Mandé, Akan et Gur) ont en commun des pratiques monétaires traditionnelles basées sur l'or et l'argent.

Le choix du nom de la monnaie ivoirienne peut en outre pouvoir évoquer l'identité nationale et l'or symbole universel de la richesse. Les propositions ci-après de dénomination obéissent à l'une ou l'autre des axes d'exploration :

a) le DASIKA, composé de DASI (argent) bien connu chez les Gur, les Mandé et les Krou d'une part, et de SIKA bien connu des peuples Akan pour désigner l'or, l'argent et la richesse. L'avantage d'une telle proposition, c'est de valoriser les usages culturels de notre pays en matière monétaire.

b) l'Ivor, composé du préfixe Iv en relation avec l'identité ivoirienne (Côte d'Ivoire) et du suffixe Or représentant universel de la richesse qui destine la Côte d'Ivoire à la prospérité.

c) l'Africor, un nom très évocateur dans une perspective d'intégration africaine.

B- Du régime de change

Les échanges internationaux de biens et services ou de capitaux nécessitent l'échange de monnaie ou de devises. Le régime de change, ensemble de règles qui organisent les échanges de monnaies entre elles, constitue un facteur important dans le choix stratégique.
La plupart des pays du monde font l'objet du régime de change flottant ou flexible au détriment du régime de change fixe devenu inopérant depuis la fin du système de Bretton Woods en 1971 et officiellement disparu en 1976 à la Conférence de Kingston en Jamaïque.
Le choix de la Côte d'Ivoire pourrait se porter sur le régime de change flottant ou flexible. L'avantage d'un tel régime c'est de dispenser théoriquement la Banque Centrale de Côte d'Ivoire d'intervenir sur le marché pour soutenir sa monnaie. L'équilibre extérieur se réalisant automatiquement par la rencontre de l'offre et de la demande des devises. Par ailleurs, le trésor public serait à l'abri des influences négatives consécutives aux déficits budgétaires d'une nation de référence dans le cadre des changes fixes.

C- De la réglementation de changes.


Avant la mise en circulation de la nouvelle monnaie, il est indispensable de se doter d'un dispositif juridique d'encadrement. La législation et la réglementation devraient :

a) donner cours légal et pouvoir libératoire à la nouvelle monnaie sur toute l'étendue du territoire ;

b) habiliterlaBanqueCentraleàémettrelanouvellemonnaie;

c) fixer les conditions dans lesquelles la nouvelle monnaie sera mise en circulation en remplacement de l'ancienne en précisant notamment le début de conversion et la fin ; en somme, déterminer la période de conversion ;

d) définirlerégimejuridiquedesopérationsendevises,habiliterlaBanqueCentraleàen éditer les règles d'application ;

e) préciser le traitement applicable aux différentes catégories d'avoirs, d'engagements et de contrats financiers pendant et après la mise en circulation de la nouvelle monnaie.

D- De la convertibilité et de la garantie de la monnaie ivoirienne.

Pour assurer à la nouvelle monnaie la confiance interne et externe dont elle a besoin pour prospérer, il faut soigneusement mettre en place tout le dispositif opérationnel du marché des changes. La transition a plus de chance de se faire dans de meilleures conditions si :

a) les taux de change sont préalablement unifiés sur tout l'étendu du territoire ivoirien ;

b) le système des changes confère à la monnaie nationale la convertibilité maximale à partir d'un règlement minimal ;

c) le dispositif institutionnel est renforcé par l'installation ou l'implantation d'un marché des changes compétitifs ;

d) l'on organise rationnellement au sein de la Banque un service des changes chargé de faire les opérations en devises pour le compte des Administrations publiques et surtout de surveiller les activités des cambistes et autres intermédiaires financiers.

Le processus de crédibilisation de la nouvelle monnaie devra en outre comporter des ressources en or gérés par la Banque Centrale qui pourrait être sollicité en dernier ressort. Ceci constituant le socle de la garantie.

E- Des reformes macroéconomiques

L'économie ivoirienne doit être repensée à la lumière du concept de l'économie politique de la souveraineté. Une économie capable de se propulser par sa propre dynamique. L'objet étant de faire de la Côte d'Ivoire une économie émergente relativement forte dans l'espace d'une décennie, dans la sous-région et dans le monde, pourquoi pas ? il faut introvertir l'économie ; cela signifie :

- que son fonctionnement doit être principalement axé sur ses ressources internes, l'extérieur n'étant qu'un appoint ;

- que les décisions prises, les activités et le système productif lui-même doivent répondre en priorité aux besoins internes de la Côte d'Ivoire.

Les reformes macroéconomiques doivent concerner d'une part, les grands agrégats économiques et d'autre part, la restructuration des secteurs économiques.

  • Les grands agrégats

L'ensemble des interventions de l'Etat doit concourir à la réalisation du fameux carré magique ; c'est-à-dire assurer :

la croissance du PIB ;

la croissance de l'emploi, donc à réduire le chômage ;

la stabilité des prix, donc à lutter contre l'inflation ;

et enfin, l'équilibre extérieur par des excédents de la balance commerciale.

Les moyens pouvant permettre la réalisation de et objectif (carré magique) sont les suivant :

- la politique monétaire, en agissant sur les taux d'intérêts ;

- la politique fiscal (hausse ou baisse des impôts, assiette, etc.) ;

- la politique budgétaire du gouvernement ;

- la politique de revenus.

• Les reformes structurelles

Restructurer l'économie ivoirienne c'est réorganiser dans une démarche déstructuration-restructuration, l'ensemble des secteurs économiques à savoir : l'agriculture, l'industrie et le secteur tertiaire.

␣ Restructuration du secteur agricole

L'impératif de la restructuration du secteur agricole s'impose pour lutter contre la faim, la pauvreté et atteindre l'autosuffisance alimentaire ; l'objectif concret étant la réduction de l'importation massive des produits alimentaires.

La modernisation de l'agriculture comprend outre sa mécanisation, l'utilisation d'intrants (engrais, pesticides, etc.), de semences améliorées ou de hauts rendements produits de nos laboratoires. Ceci nous fait penser à l'industrialisation en amont de l'agriculture. Quant à l'industrialisation en aval, elle va concerner toutes les industries de transformation des produits agricoles, débouchés logiques de l'agriculture. L'industrialisation de l'agriculture va être enfin couronnée par l'industrie mécanique et chimique qui fournirait à cette agriculture tout ce dont elle a besoin pour se moderniser (machines, outils, produits chimiques, etc.). L'agriculture peut alors être utilisée comme secteur d'accumulation du capital. Restructurer l'agriculture, c'est créer l'articulation et la cohérence entre l'agriculture et l'ensemble des secteurs économiques, c'est-à-dire, primaire, tertiaire et secondaire.

␣ Restructuration du secteur industriel

Il faut dans l'immédiat asseoir et/ou renforcer les industries de transformation de nos produits agricoles vivriers et d'exportation (fruits et légumes, café, cacao, caoutchouc, etc.). L'articulation agro-industrie doit guider l'orientation industrielle, les deux se servant mutuellement de débouchés. Dans le secteur tertiaire, nous mettons l'accent à dessein sur la restructuration du système bancaire et financier.

␣ Restructuration du secteur bancaire et financier


Les circonstances actuelles de tentative d'étouffement bancaire et financier de notre économie, nous donne la chance par les mesures prises par le gouvernement pour la sécurisation, de s'engager dans la voie espérée. En s'appropriant les locaux de la BECEAO d'une part, et les banques étrangères fautives, d'autre part, il appartient donc à l'Etat d'orienter le système monétaire et financier dans le sens du développement de notre pays. Il faut populariser la guerre que nous mène la France en intégrant les micro-finances dans la réformes du système bancaire et financier. En d'autres termes, il faut utiliser le système bancaire et financier pour le financement de l'économie ivoirienne.


F- Du mode de financement de l'économie

MONNAIE IVOIRIENNE 2.jpg

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LES IVOIRIENS REPONDENT A BARACK OBAMA

PATRIOTES. PLACE DE LA REPUBLIQUE.jpg

In Le Nouveau Courrier N°237 du 28 Mars 2011 Sékou Asségoué GodPeace

 

Comme nous l'indiquions dans notre parution du samedi, après deux jours de travaux consacrés à la 39ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), tenue les 23 et 24 mars 2011 à Abuja, cette organisation sous-régionale a produit un long communiqué en 37 points. Il a fallu pour cela 2.577 mots, soit 16.462 caractères (espaces compris). Un communiqué dont la longueur n'est certainement pas proportionnelle à la pertinence des résolutions. Outre la litanie des félicitations d'autosatisfaction distribuées aux membres influents du club des chefs d'Etat de la Cedeao pour leur docile allégeance à la tutelle, on en retiendra que l'Afrique de l'Ouest a étalé, à travers ce communiqué, son immaturité, sa politique de la facilité par le suivisme et le silence en vue de s'adonner à ce qu'elle sait faire le mieux : la mendicité.


Les questions abordées pour ne pas dire évoquées par le communiqué vont des performances économiques de l'Afrique de l'Ouest (points 6 à 9) aux questions institutionnelles (points 29 à 36), en passant par l'Accord de Partenariat Economique (APE) (points 10 et 11), la paix et la sécurité régionale (points 12 à 26), la consolidation de la démocratie (point 27) et la situation en Libye (point 28).

Comme il fallait s'y attendre, la Côte d'Ivoire, devenue un guichet de récompenses de la tutelle occidentale à ses bons élèves, a figuré au menu de ce sommet. Ainsi, "Fortement préoccupés par les cycles de violence et la détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire en Côte d'Ivoire, et considérant que cette situation constitue une menace majeure à la paix et à la sécurité régionale, les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont décidé d'adopter des mesures urgentes visant à assurer la protection des vies humaines et le transfert immédiat du pouvoir du Président sortant, M. Laurent Gbagbo, et au Président élu, S. E. M. Alassane Ouattara, et à pacifier l'environnement sécuritaire. A cet effet, le Sommet a adopté une résolution spéciale A/RES.1/03/11". La Cedeao demande à l'ONU de prendre des mesures plus contraignantes contre la Côte d'Ivoire.

Au lendemain de la réunion de la Cedeao, le président américain s'est, le vendredi 25 mars dernier, directement adressé au peuple ivoirien. Cette adresse se situait à la veille d'une grande manifestation populaire en faveur du président Laurent Gbagbo. En guise de réponse à ce message de Barack Obama au peuple ivoirien, la place de la République, lieu mythique de la résistance ivoirienne a refusé du monde, rappelant la Tunisie et l'Egypte. Cette Tunisie et cette Egypte que veut copier, sans succès le camp du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), dont la révolution orange s'est transformée en de multiples "commandos invisibles" qui tuent et égorgent à l'aveuglette.

Si comme l'a dit le président Barack Obama, le "monde a les yeux braqués sur la Côte d'Ivoire", le monde aura-t-il le courage de tirer les leçons de ce qu'il a vu du samedi au dimanche, en face du palais de la présidence de la république, au quartier du Plateau, centre administratif et des affaires? Au volet habituellement politique de ses rassemblements, la galaxie patriotique ivoirienne, conduite par sa jeunesse, a ajouté un volet spirituel en intercédant en faveur de la paix en Côte d'Ivoire et en invoquant la protection divine sur Laurent Gbagbo. Un rassemblement qui aura duré au bas mot 20 heures, soit de 12h à 8h du matin. Pendant toute cette période, la densité populaire n'a guère baissé. Inédit dans le pays.

Selon Obama, le fait pour le peuple ivoirien de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir ne pourra que conduire la Côte d'Ivoire à " plus de violence, à plus de civils innocents blessés et tués et à un plus grand isolement diplomatique et économique". A l'inverse, si Laurent Gbagbo décide de quitter le pouvoir, les Ivoiriens reprendront leur destin et leur pays en main afin de bâtir une économie florissante. En direction des Ivoiriens, le président Barack Obama, dira : "Vous méritez des chefs comme le président Ouattara, capables de rétablir votre pays à la place qui lui est due dans le monde". Il justifie sa position par le fait que "l'élection, l'an dernier, a été libre et honnête, et le président Alassane Ouattara est le chef démocratiquement élu de la nation".

C'est malheureusement à ce niveau que commence la souffrance morale des Ivoiriens qui ont véritablement "mal au cœur", quand on tente de leur faire croire que la dernière élection présidentielle a été libre et honnête. En effet, cette élection a été seulement "ouverte", en autorisant des candidatures ne répondant pas aux critères constitutionnels. Mais en zones CNO, elle n'a été ni juste, ni transparente encore moins libre. Les armes aux mains des rebelles ont empêché l'organisation d'un scrutin libre et équitable. La Commission Electorale Indépendante (CEI), contrôlée à plus de 80% par le RHDP et ses alliés rebelles, a aussi contribué à vicier la véracité des résultats. C'est ce qui explique l'intervention du Conseil Constitutionnel de Côte d'Ivoire pour empêcher le triomphe de la force des armes sur celle du droit. M. Choi, de l'Onuci, a beau dire le contraire, les Ivoiriens qui ont vécu les faits ne peuvent le suivre. Le président Obama a l'excuse d'avoir été trompé par Choi et peut donc s'abriter derrière le bénéfice de la bonne foi pour soutenir le discours qui est le sien. Encore qu'il pouvait, s'il le voulait, se donner les moyens d'une expertise contradictoire. Mais il trouve "injuste le recomptage des voix".

En félicitant Alassane Ouattara de "son offre d'un avenir pacifique à tous les Ivoiriens: un gouvernement participatif, la réunification et la réconciliation", Obama dit aux Ivoiriens ce qu'ils savent déjà, à savoir que Ouattara est le parrain de la rébellion, qu'il est le seul capable de désarmer. C'est donc conscient de cette réalité que Laurent Gbagbo l'invite à la table de la négociation.

Au vu du succès de la manifestation de samedi en faveur de Laurent Gbagbo, il faut croire qu'en matière de choix, les Ivoiriens, sinon la grande partie des Ivoiriens a définitivement fait le sien. Partageant avec Obama la conviction qu'ils "méritent un avenir fait d'espoir, pas de peur", les Ivoiriens sont sortis massivement, pour braver la peur et redire que l'espoir ne saurait se trouver dans l'imposition d'un président porté au bout des baïonnettes de rebelles armés par la communauté internationale. Alassane Ouattara fait justement peur aux Ivoiriens par les méthodes de son système et par celles de ses alliés. A commencer par l'usage abusif du mensonge, la manipulation et la désinformation. Quatre mois après le 28 novembre 2010, les Ivoiriens redoutent en l'équipe d'Alassane Ouattara les prémices d'une dictature. Les "griffes sorties" avant même d'exercer le pouvoir et les souvenirs de la parenthèse 1990-1993 à la Primature, font simplement peur à bon nombre d'Ivoiriens, ceux-ci ayant été plus terrifiés que rassurés en 4 mois.

Le silence sur les atrocités commises à l'Ouest par les rebelles, alliés d'Alassane Dramane Ouattara, fait peur aux Ivoiriens qui redoutent le pire avec une éventuelle arrivée d'Alassane Ouattara au pouvoir. Le système du mensonge et de la dénégation de toute valeur à la vie humaine, bâtis par les partisans d'Alassane Ouattara, fait très peur et fait craindre le pire. Peuple de paix, les Ivoiriens découvrent l'horreur de civils innocents égorgés ou brûlés. Ce qui, à Guitrozon, en 2005, était perçu comme un grave accident de parcours veut être imposé à notre quotidien. Chaque fois que les médias et de prétendues organisations des droits de l'homme imputent ces assassinats à Laurent Gbagbo, la révolte populaire le dispute à l'indignation. Témoins des faits, les Ivoiriens ne peuvent accepter pareille manipulation.

La crainte du président Condé de la Guinée de voir "Alassane paraître comme le président des Occidentaux" a dépassé le stade de la simple crainte pour devenir une réalité en Côte d'Ivoire.

Convaincus, comme Obama, de "mériter la chance de déterminer (leur) destin", les Ivoiriens ne veulent justement pas se voir imposer un chef par la communauté internationale. Par leur résistance, les Ivoiriens veulent "le triomphe de la démocratie en Côte d'Ivoire", contrairement à ceux qui croient que l'exercice de la démocratie se trouvera dans le choix de celui qui incarne les intérêts occidentaux. Si c'est la condition pour "trouver un ami et un partenaire dans les Etats-Unis d'Amérique", il est temps pour les dirigeants américains de sortir de la tromperie de Choi, afin de manifester leur amitié au peuple ivoirien qui leur tend les bras, sans préjugés ni rancune, ni rancœur.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

APRES LE BOMBARDEMENT DE LA LIBYE: OBAMA ESSUIE DES CRITIQUES AU CONGRES AMERICAIN


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In Le Nouveau Courrier N°234 du 24 Mars 2011, © afreekelection.com


Barack Obama aurait-il fait cavalier seul dans son choix de soutenir l'expédition militaire des forces occidentales contre Kadhafi ? Les membres du Congrès s'interrogent, d'autant qu'ils ne savent pas à quelle logique répond cette initiative prise au nom de leur pays.


Décidée dans l'urgence, l'intervention des forces occidentales pour détruire le dispositif militaire de Kadhafi est de plus en plus contestée en Europe et aux Etats-Unis. Dès le départ, l'Allemagne n'était pas convaincue de la justesse de l'opération et avait émis des doutes quant à son opportunité et son efficacité. L'Italie timidement engagée dès l'initiative prise par Nicolas Sarkozy, fait maintenant marche arrière et ne veut plus exposée ses troupes, dans une aventure à l'issue incertaine.

Le Congrès américain ne ménage non plus, depuis hier Barack Obama qui à ses yeux, a unilatéralement « autorisé des frappes sur la Libye ». Même dans son propre, la décision d'Obama est incomprise et Michael Honda, un démocrate, pointe le caractère « profondément dysfonctionnel » de ces frappes. D'ailleurs seul le Congrès est habilité à faire le choix de la déclaration de guerre au nom des Etats-Unis. La républicaine Candice Miller, elle, a jugé « inacceptable » la décision d'Obama sans un accord préalable du Congrès. Mais l'opinion américaine surprise, voudrait à son tour comprendre le bien-fondé d'une telle initiative et se pose deux questions fondamentales à l'instar du sénateur républicain John Barrasso sur une chaîne américaine : « nous demandons à Obama quel est le but de ce choix et quel est notre rôle ? ». L'opinion américaine redoute, qu'en voulant jouer encore une fois les gendarmes du monde, les Etats-Unis s'enlisent dans un conflit dont ils pourraient faire l'économie.

Dans un courrier adressé hier lundi à John Boehner et Daniel Inouye, respectivement président républicain de la Chambre des Représentants et au président par intérim du Sénat, Barack Obama a pourtant bien expliqué que son initiative libyenne « est dans l'intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis. Puis il poursuit : « sans une intervention, l'instabilité croissante en Libye pourrait conduire à une instabilité plus grande au Moyen-Orient avec des conséquences dangereuses pour les intérêts de sécurité nationale. » Mais ce que ne dit pas le président américain, c'est que la Libye est le 7ème pays producteur de pétrole au monde et reste, une réserve non négligeable pour les besoins énergétiques pour les USA. Mais Obama ne rassure toujours pas son opinion quand bien même il promet que les frappes sur les cibles libyennes « seront limitées dans leur nature, durée et étendue ».

Les américains qui redoutent les représailles du Guide libyen n'ont pas oublié l'explosion d'un avion de la PanAm sur Lockerbie (en Ecosse) qui a coûté la vie à 270 passagers dont une majorité d'Américains. Mouammar Kadhafi serait derrière cet attentat.


NB : La titraille est de la rédaction


Source: LE NOUVEAU COURRIER

LIBYE: UNE AGRESSION IMPERIALISTE !

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Par Demba Moussa Dembélé, Economiste, Dakar, jeudi 24 mars 2011


Depuis samedi 19 mars 2011, la Libye est soumise à un bombardement intensif de la part des Etats-Unis, de la France et de leurs alliés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Si l'on en croit les dirigeants de cette organisation, véritable bras armé de l'impérialisme occidental, ces attaques visent à imposer une zone d'exclusion aérienne pour « protéger » les populations libyennes contre les armées de Kadhafi ! En vérité, la prétendue protection des civils n'est qu'un prétexte pour envahir la Libye.

 

Le rôle des membres africains du Conseil de Sécurité

Et pour légitimer cette invasion, les Etats-Unis et leurs alliés subalternes ont cherché l'aval du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. La Résolution 1973 votée le jeudi 17 mars 2011 donnait ainsi les mains libres aux pays occidentaux pour mettre en application leur plan qui n'a rien à voir avec le mandat conféré par cette Résolution. Les critiques de la Chine, de la Russie et même de certains membres de la Ligue Arabe, comme son Secrétaire Général, l'Egyptien Amr Moussa, montrent bien que les Etats-Unis et leurs alliés ne cherchaient qu'une couverture légale à leur plan préparé de longue date.

En légitimant une telle expédition impérialiste, les Nations-Unies ont montré une fois de plus qu'elles ne sont qu'un jouet entre les mains des grandes puissances. Elles ne peuvent être d'aucun secours pour les peuples, comme le prouvent leurs échecs partout, en Afghanistan, Côte d'Ivoire, Haïti et République démocratique du Congo.

Ce qui est encore plus choquant et même honteux dans cette Résolution c'est le soutien apporté aux pays occidentaux par trois pays africains, l'Afrique du Sud, le Gabon et le Nigeria, contre la Libye ! Ceci est d'autant plus choquant que même l'Allemagne s'est abstenue et que ce sont les pays africains qui ont donné les voix nécessaires qui valident la Résolution ! Si deux d'entre eux seulement s'abstenaient, la Résolution ne passerait pas ! Même si l'extravagant Colonel libyen suscite peu de sympathie de la part de nombre de ses pairs du continent, il est tout de même inadmissible et révoltant de voir des pays africains soutenir les plans de destruction d'un autre pays africain par les pays occidentaux. Si les deux pays africains les plus susceptibles d'avoir des positions plus indépendantes vis-à-vis des puissances occidentales peuvent capituler aussi facilement sur une question aussi cruciale, c'est vraiment à désespérer du leadership africain !

Il est vrai que depuis son arrivée au pouvoir, le président actuel du Nigeria, Goodluck Jonathan, a cherché à être dans les bonnes grâces de Washington. Mais l'attitude de l'Afrique du Sud est d'autant plus étonnante et incompréhensible qu'elle a raté l'occasion de montrer aux pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), qui se sont tous abstenus, qu'elle est digne de faire partie de leur groupe. En effet, elle a été invitée par la Chine à devenir membre à part entière de ce groupe lors de la réunion prévue à Beijing le mois prochain.

En tout cas, ce vote augure mal du rôle que pourrait jouer l'Afrique du Sud ou le Nigeria si l'une ou l'autre arrivait à disposer d'un siège permanent au Conseil de Sécurité. Ce vote de deux pays africains-clés constitue une gifle à l'égard de l'Union africaine et fragilise davantage celle-ci. En effet, il est affligeant de voir deux de ses membres, et non des moindres, ignorer l'appel lancé par l'UA pour la résolution pacifique de la crise libyenne pour aller soutenir les pays occidentaux contre un autre pays africain ! Pauvre Afrique ! Mais au moins, l'Union africaine a maintenu son honneur sauf en condamnant les attaques occidentales, en appelant à un cessez-le-feu immédiat et en refusant d'assister à la réunion convoquée par la France le samedi 19 mars. Cette attitude sonne à la fois comme un désaveu de la position des pays africains au Conseil de Sécurité, surtout de l'Afrique du Sud et du Nigeria, et comme un appel pressant à l'union sacrée autour de la question libyenne.

Les vraies raisons de l'intervention : le contrôle des ressources libyennes

Les déclarations d'Obama, Sarkozy et autres ne sont qu'un tissu de mensonges destinés à masquer les vrais desseins de cette croisade impérialiste, dont le véritable et unique objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi et de mettre la main sur les immenses ressources de ce pays, notamment sur son pétrole.

En effet, depuis quand Sarkozy et ses semblables se soucient-ils du sort des peuples africains, surtout ceux d'origine arabe ? Depuis quand le président des Etats-Unis se soucie-t-il du sort des peuples ? Mais alors, si ces Messieurs ont une seule petite fibre « humanitaire », que faisaient-ils quand le peuple palestinien était écrasé par les bombes à fragmentations de l'Etat sioniste ? Qu'ont-ils fait face au blocus illégal et inhumain imposé par Israël contre Gaza ? Face à ces crimes contre l'Humanité perpétrés par l'Etat sioniste, que font Obama, Sarkozy et les autres qui prétendent aujourd'hui voler au secours du peuple libyen ?

En vérité, ce sont des dirigeants cyniques et dont la seule préoccupation est de maintenir l'hégémonie de leur système économique et politique : l'impérialisme. C'est un système qui est l'ennemi juré de la liberté, de l'indépendance et de la souveraineté des peuples et nations, partout dans le monde. Il est le principal obstacle à l'émancipation des peuples. C'est un système despotique, tyrannique, totalitaire et sanguinaire, qui a des millions de victimes sur la conscience. Comment les tenants d'un tel système peuvent-ils prétendre « protéger » les populations libyennes ? Les seuls droits qui importent au système impérialiste sont les droits de propriété d'une minorité d'exploiteurs et de criminels sans foi ni loi. La rhétorique sur les droits humains n'est qu'un vernis destiné à masquer les desseins d'une entreprise de conquête, de rapine et de pillage contre les peuples.

La vérité est que cette guerre, tout comme celle de l'Irak, est une guerre pour le contrôle des ressources de la Libye. Les pays occidentaux, les Etats-Unis en particulier, étranglés par une crise sans précédent qui confine à une crise de civilisation, voient leur hégémonie sur les affaires du monde s'effriter face à la montée de pays du Sud, comme la Chine, le Brésil et l'Inde. Et tous les moyens sont bons pour arrêter, ou du moins, ralentir le processus de leur déclin inéluctable et la redistribution des cartes en cours à l'échelle mondiale. D'où le projet de militarisation de la planète, au nom de « l'ingérence humanitaire » ou de « la lutte contre le terrorisme » pour occuper des pays riches en ressources naturelles, notamment en pétrole.

C'est cela qui explique cette guerre impérialiste contre la Libye dont les immense ressources pétrolières ont fini de faire perdre toute décence et retenue aux dirigeants occidentaux. Et la prétendue « protection » de son peuple n'est que le prétexte servant de couverture à une expédition purement impérialiste et destructrice. Leur objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi pour le remplacer par un régime plus accommodant pour les intérêts occidentaux.

La manière dont leur campagne se déroule le montre clairement : destructions de toutes les infrastructures du pays (ponts ; routes ; usines ; etc.), bombardement de la résidence de Kadhafi, destruction de tout ce qui peut s'apparenter à une « cible militaire ». Et cette entreprise de destruction sauvage sera inévitablement accompagnée de massacres de populations civiles -bavures collatérales, dira-t-on- celles-là même qu'Obama, Sarkozy et toute la meute de chiens impérialistes étaient censés « protéger » !

Soutien à une authentique révolution populaire en Libye

La dénonciation de l'expédition impérialiste doit aller de pair avec le soutien à une authentique révolution populaire contre le régime de Kadhafi. Les aspirations du peuple libyen à la liberté et à la démocratie et son désir de mettre fin à plus de 40 ans de règne sont légitimes et dignes d'être soutenus. C'est pourquoi quand la révolte en Libye a commencé, nous l'avions considérée comme la suite logique de ce qui s'était passé dans la Tunisie voisine. C'est-à-dire une révolution populaire visant à mettre fin au régime de Kadhafi - un dirigeant mégalomane, extravagant et imprévisible- et à ses plans de dévolution monarchique du pouvoir pour instaurer à sa place un régime démocratique. C'est pourquoi nous avions souhaité de tout cœur la réussite de cette révolte.

Mais notre enthousiasme fut refroidi quand nous avons vu des rebelles brandir des drapeaux de la monarchie qui avait été balayée par le coup d'état de Kadhafi. Cela montrait bien que des forces réactionnaires avaient essayé d'utiliser les revendications légitimes du peuple libyen à d'autres fins. Cela a été renforcé quand ceux qui se présentent comme les dirigeants de cette révolte ont demandé aux pays occidentaux d'intervenir !

Un message que les dirigeants des monarchies arabes et des pays occidentaux ont vite décrypté. En effet, Sarkozy a vite fait de reconnaître « le Conseil National » créé par les opposants au régime de Kadhafi et de demander une intervention militaire contre lui. Et la Ligue Arabe, sous la houlette de l'Arabie Saoudite et d'autres monarchies du Golfe, se pressa de convoquer une session extraordinaire pour appuyer une telle demande.

Cela montre bien que la révolte populaire en Libye est en train d'être instrumentalisée par des forces et des pays dont les objectifs sont très éloignés des aspirations fondamentales du peuple libyen. En effet, qui peut réellement croire un seul instant que les monarchies moyenâgeuses d'Arabie Saoudite et des pays du Golfe vont soutenir une révolte réellement populaire et l'instauration de la démocratie en Libye ? Le régime saoudien n'a-t-il pas accueilli le dictateur sanguinaire Ben Ali ? N'a-t-il pas envoyé des troupes au Bahreïn pour protéger une monarchie en butte à une révolte populaire ?

Ces faits montrent bien que les pays occidentaux et leurs alliés arabes ne sont pas entrés en Libye pour soutenir les aspirations véritables du peuple libyen à la liberté et à la démocratie. Au contraire, ils cherchent à canaliser ces aspirations à leur seul et unique profit.

Tout en soutenant le combat légitime des véritables forces démocratiques en Libye, l'Afrique doit dénoncer avec la dernière énergie la furie sauvage des hordes impérialistes lancées contre ce pays dont le seul et unique but est de contrôler ses ressources au détriment du peuple que l'on prétend « protéger ».

samedi, 26 mars 2011

Me CHEIKH KHOURESSY BA, AVOCAT SENEGALAIS: «OUATTARA S'ACCROCHE A UN POUVOIR VIRTUEL»


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Dans cette deuxième partie de l'interview qu'il a accordé à l'hebdomadaire sénégalais le témoin, Me Cheick Khouressy Bâ dénonce les égarements de la communauté internationale dans le dossier ivoirien.


Le Témoin : Malheureusement, tout cela a fait naître une confusion, puis une profonde crise politico-judiciaire paralysant toute la Côte d'Ivoire, n'est-ce pas ?

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Me Cheikh Kohouressy Bâ: Justement, la confusion à laquelle vous faites allusion a principalement pour explication l'attitude de la majorité écrasante des Ivoiriens, et il semble que les puissants auteurs du coup d'Etat électoral planifié de longue date au détriment de Laurent Gbagbo n'avaient pas su intégrer cette donne dans leurs calculs. Ouattara, appelé à juste titre le «candidat de l'Etranger», de même que ses souteneurs, ont mésestimé la réaction des Ivoiriens, pensant avec une touchante naïveté que ces derniers accepteraient docilement, lâchement le détournement de leur volonté telle qu'exprimée dans les urnes. Pourtant le souvenir d'octobre 2000 n'était pas vieux ! C'est le même peuple qui était pourtant descendu dans la rue pour défendre son choix porté sur Laurent Gbagbo, les mains nues et le torse offert aux blindés de l'éphémère et si cruelle junte dont le chef ne voulait pas tenir compte du verdict des urnes.

En payant au prix fort leur droit à l'autodétermination, ces fiers Africains avaient imprimé un message qu'il n'était tout de même pas sorcier de décrypter : la souveraineté du peuple ivoirien ne se négocierait plus jamais et toute personne ou groupe de personnes tentés de la remettre en cause trouverait à qui parler. Sinon il n'y a pas de confusion pour ces Ivoiriens qui ont fini de voter majoritairement le candidat de leur cœur et qui se sont remis au travail. La confusion, tout à fait virtuelle, est entretenue par ceux qui ont conscience que le sol s'est dérobé sous leurs pieds et qui n'ont donc plus pour stratégie que de jaspiner, relayés par les médias de leurs tout-puissants parrains, lesquels média sont en passe de révéler enfin leur vrai visage à la face d'un monde qui les a toujours tenus en haute estime et considération alors que ce qu'ils font est aux antipodes du journalisme.

Faites un tour en Côte d'Ivoire et vous verrez si j'exagère. Je dis bien un tour, professionnel celui-là, comme les journalistes dignes de ce nom ; pas une randonnée touristique tous frais payés dans une républiquette hôtelière où des rêveurs au bord de la folie échafaudent à voix haute les plans d'une guerre par procuration que des idiots devraient pouvoir mener en leur nom et pour leur compte.

A votre avis, pourquoi M. Gbagbo s'accroche-t-il au pouvoir alors que la communauté internationale est convaincue que les premiers résultats donnant Ouattara vainqueur sont les seuls valables ?

Intéressante question. M. Gbagbo, comme vous dites, n'a jamais vu, et vous et moi non plus, je suppose, une communauté autre que la communauté nationale donner le vainqueur d'une élection nationale. Que serait notre planète si le reste du monde (parce que c'est ce que signifie le groupe de mots «Communauté internationale», dont vous et moi, s'agissant de tout autre pays autre que le nôtre, le Sénégal, faisons entièrement partie) s'arrogeait le droit de désigner le président des autres pays ? Savez-vous qu'au nombre des principes les plus sacrés qui gouvernent la marche du monde, il y en a deux précisément que la SDN, l'ancêtre de l'ONU, et ce «machin» lui-même dirigé par Ban Ki Moon, ont inscrit dans leur Charte, aux articles 1er et 2, à savoir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, d'une part, et le devoir de non-ingérence dans les affaires des peuples, d'autre part ? Ces deux dispositions essentielles figurent dans le corpus de règles de tous les Etats membres de l'ONU, lesquels les ont inscrites dans le préambule de leur loi fondamentale. Les enfreindre revient à commettre un abominable crime d'Etat, c'est dire que l'Etat qui les viole a violé sa propre loi, et en plus il démontre qu'il est en vacances de sa propre légalité.

On peut donc dire de cet Etat qu'il est un Etat voyou. En l'occurrence c'est un groupe d'Etats voyous, aidés par une ribambelle d'apprentis voyous assurés de l'impunité qui a décidé, avec l'aval de l'ONU, elle sert à ça, ne l'oublions pas, de violer les principes les plus sacrés de notre temps dans un petit pays. On ne trouverait pas à redire, et encore !, si c'était un grand pays qui avait fait les frais de tels actes de banditisme. Mais qui ose imaginer une telle ingérence dans une élection, fut-ce un scrutin local, en France, aux USA, en Allemagne, au Canada ou que sais-je ? Pour la Côte d'Ivoire, l'ONU et ses maîtres ont agi comme si le duel Gbagbo-Ouattara ne différait en rien de l'élection d'un adjoint de délégué de classe dans une école primaire de banlieue parisienne ou texane ou de Séoul. Et c'est ce mépris qui est inacceptable.

M. Gbagbo ne s'accroche pas au pouvoir. C'est son adversaire, M. Ouattara, qui s'accroche au pouvoir. Un pouvoir virtuel confectionné de toutes pièces par cette même communauté internationale ! Il y a une nuance. M. Gbagbo a le droit et le devoir de défendre vaille que vaille sa victoire, et il est, fort heureusement, en phase avec le peuple et l'armée.

Vous croyez donc que M. Gbagbo a été élu malgré la certification de la victoire de M. Ouattara ?

Pour votre gouverne, sachez que l'ONU n'a pas la capacité de valider une élection dans un Etat membre de la communauté des nations, qui a accédé à la souveraineté internationale et qui n'est pas sous tutelle. Elle ne l'a jamais fait, au demeurant. Ce n'est pas en Côte d'Ivoire qu'elle commencera à le faire. Je vous le répète, sa Charte l'interdit formellement. Entendons nous bien, l'ONU ne peut, encore moins, proclamer les résultats d'une élection dans un Etat membre ou installer des élus dans leurs fonctions.

Nous sommes des nègres, certes, mais on nous a donné au moins l'assurance, en entrant dans cette association amicale des nations, que l'on ne nous considèrerait plus comme la banlieue de l'Humanité. Soit dit en passant, le nègre tient une belle revanche dans la célérité et la précipitation suspectes avec lesquelles MM. Choï et Ban, à l'instigation de M. Nicolas Sarkozy, ont voulu mettre tout le monde devant le fait accompli, comme quoi l'émotion peut être hellène et la raison nègre.


NB : Le chapeau est de la rédaction de Notre Voie

Source : NOTRE VOIE

AFRIQUE - FRANCE: CALIXTHE BEYALA ECRIT A JEAN PING, PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L'UNION AFRICAINE


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A Monsieur Jean Ping, Président de la Commission de l'union Africaine: rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France


A Monsieur Jean Ping

Président de la Commission de l'union Africaine


Objet : Demande d'une rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France

Pantin, le 20 mars 2011


Monsieur le Président,

Nous venons par ces mots vous demander qu'il soit mis immédiatement fin aux relations diplomatiques qu'entretiennent les pays membres de l'Union Africaine que vous présidez avec la France.

En effet, depuis deux jours les Africains sont victimes des massacres des populations civiles perpétrés en Libye par la France, pour des raisons fallacieuses et ce, malgré la désapprobation de l'Organisation que vous présidez.

Il est inadmissible, impensable qu'un pays comme la France bombarde, tue les populations Libyennes alors même que le mandat soit disant donné par l'ONU ne comportait pas cette clause.

Il s'agit là pour le peuple Africain, d'une humiliation sans nom, d'une blessure profonde qui n'est pas sans rappeler les agissements de ce pays lorsqu'il s'agissait pour lui de mettre l'Afrique sous sa domination.

L'Afrique est aujourd'hui un continent indépendant. La souveraineté des Etats doit être respectée ; l'on ne saurait rester impassible face à une telle sauvagerie.

D'ores et déjà des soulèvements populaires sont prévus dans toute l'Afrique si jamais l'Union se refusait de prendre ses responsabilités face à cette horrible agression. Une grève de la faim de nos élites est également à prévoir.

Nous comptons sur l'Organisation que vous présidez afin que soit mis fin, dans les plus brefs délais, à ces assassinats de femmes et d'enfants innocents, à ce génocide moderne où les pays dits civilisés s'octroient le droit de tuer en toute impunité sous la couverture d'une ingérence humanitaire.

Dans l'espoir que vous mettrez tout en œuvre pour que cessent ces horribles événements, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments respectueux.


Calixthe Beyala, Ecrivain

© Le Républicain (ml) : Calixthe Beyala


Source: CAMER.BE

ADAME BA KONARE: «NOUS SOMMES DANS UNE LOGIQUE DE RECOLONISATION DU CONTINENT»


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L'historienne et ex-Première dame du Mali, Adame Ba Konaré, a qualifié de « carnaval macabre » l'opération militaire menée en Libye par la coalition internationale. Elle appelle les Africains à se mobiliser pour défendre leur « continent meurtri et bafoué ». Elle répond aux questions de RFI.


RFI : Dans une lettre ouverte, intitulée « Cris aux Africains », vous faites part de votre inquiétude. Vous dénoncez le « carnaval macabre des Occidentaux » en Libye. Qu'est-ce qui vous choque le plus, dans cette opération militaire ?

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Adame Ba Konare : C'est le principe même de l'intervention des puissances étrangères sur le sol africain. On a l'impression que nous avons en face de nous des pays et des chefs d'Etat vertueux, alors que ne sont-ils intervenus en Tunisie, en Egypte, où le peuple était effectivement dans la rue, sans armes ? Et pourquoi n'interviennent-ils pas en Palestine, où le peuple est dans la rue ? Sans oublier que toutes ces puissances coalisées ont un lourd passif colonial.

Vous savez, c'est avec de tels discours que l'aventure coloniale a commencé. Ne l'oublions pas. Les « vertueuses et généreuses nations » avaient pour mission de voler au secours des pauvres Africains, pour les débarrasser de leurs méchants dirigeants. Tout ça, ça sent un peu l'invasion coloniale.

RFI : Ce que disent les Occidentaux, mais aussi un certain nombre d'hommes politiques africains, c'est que sans les frappes aériennes de samedi dernier, la ville de Benghazi aurait été reconquise par l'armée libyenne et il y aurait eu un bain de sang.

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A.B.K : Oui, mais il ne faut être suffisamment naïf pour faire croire qu'une intervention des armées étrangères ne fera pas de dégâts non plus parmi la population civile. Et puis, moi je crois qu'il n'y a pas de transparence dans cette affaire-là. Qui dirige la mission ? Qui ordonne ? Qui contrôle ? Il y a un dépassement des mandats. Il va falloir que quelqu'un réponde de ces actes.

Et puis je dis qu'à ce rythme-là, partout il y aura des contestations, partout où il y aura des mouvements, on verra « toutes ces nations généreuses » voler au secours des populations africaines. Il ne faut pas confondre le peuple avec des mouvements de contestation. Et à ce rythme-là, moi je dis : nous assisterons au dépècement progressif de l'Afrique, à sa balkanisation, donc à sa fragilisation. Nous sommes dans une dynamique de recolonisation du continent, à mon avis.

RFI : Dans plusieurs discours, la semaine dernière Mouammar Kadhafi a lancé des menaces très claires aux insurgés de Benghazi : « Nous irons vous chercher dans chaque maison, dans chaque pièce, dans chaque placard ! ». Concrètement, Adame Ba Konare, qu'est-ce qu'il fallait faire pour épargner aux habitants de Benghazi le glaive vengeur de Mouammar Kadhafi ?

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A.B.K : Honnêtement, je ne partage pas du tout, évidemment, ces propos tenus qui sont effectivement insupportables, il faut le reconnaître. Mais moi je dis qu'il faut recentrer le débat. Je ne suis pas du tout sûr que l'intervention menée par cette puissance occidentale soit beaucoup moins mortelle que les bombardements de Kadhafi. Je pense qu'il y a beaucoup de fanfaronnades dans les déclarations de Mouammar Kadhafi. Je ne suis pas sur le terrain, mais ces forces coalisées, comment voulez-vous qu'elles puissent bombarder avec discernement ? Ce sont des histoires !

RFI : Alors vous parlez des « fanfaronnades » du colonel Kadhafi, mais n'y a-t-il pas eu les attentats de Lockerbie et du DC10, et puis la répression d'une mutinerie en 1996, qui a fait plus de 1 200 morts ?

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A.B.K : Oui... Je ne dédouane pas du tout le colonel Kadhafi pour ses actes dans le passé, et puis même pour une certaine violence qu'on a notée récemment. Mais je dis que cette intervention, elle se fait uniquement dans le but de servir les intérêts, à la fois économiques, et de politique intérieure, de ces chefs de guerre. Je pense qu'il y a évidemment le pétrole et le gaz libyen, qui sont forts, mais il y a aussi des besoins de politique intérieure.

Tous ces chefs de file sont en situation pré-électorale. N'oublions pas le président français, qui est en baisse dans les sondages. Donc, ce n'est pas aux Africains qu'on va faire croire qu'on est là pour libérer des peuples. On n'a qu'à aller libérer d'autres. On a qu'à aller libérer les Palestiniens par exemple.

RFI : Si l'opération avait été lancée par des Africains, est-ce que vous l'approuveriez ?

A.B.K : Vous savez, ce que je reproche à l'Afrique et aux chefs, notamment aux chefs africains, c'est leur pusillanimité. L'Afrique est timorée. On est encore engoncé dans ces peurs coloniales et nous n'arrivons pas à les dépasser. C'est sûr qu'il y a une faillite des nos élites politiques, notamment au niveau du leadership, et même une incapacité de l'Union africaine à anticiper. Le silence des continents a été lourdement préjudiciable dans cette affaire.

Je crois que s'ils s'étaient exprimés très tôt, ces chefs-là, ils auraient pu anticiper sur le cours des événements. Et puis désamorcer même la bombe des Nations unies. Les Africains doivent exiger l'arrêt immédiat des bombardements, exiger tout de suite qu'on ouvre les négociations.

RFI : Cheikh Tidiane Gadio, l'ancien ministre sénégalais, a dit cette phrase : « Il n'est pas normal que la responsabilité de protéger les populations civiles soit l'apanage des pays occidentaux ».

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A.B.K : Oui, mais c'est clair ! On ne voit pas du tout ce que les pays occidentaux viennent faire dans cette affaire. Il y a une institution continentale. Pourquoi on ne leur demanderait pas d'intervenir dans ce conflit ? Il faut une mobilisation continentale pour dire « ça suffit ! ». Moi, j'ai donné, sans prétention, le tempo, et j'aimerais vraiment que tout le continent se mette debout pour s'occuper des problèmes qui le concernent.

RFI : Vous souhaitez une solution politique en Libye, mais les insurgés de Benghazi ne croient pas une seconde dans la bonne foi du colonel Kadhafi. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

A.B.K : Moi, je respecte la légitimité des opposants de Benghazi. Je reconnais la légitimité de leurs droits, plus de liberté d'expression... Mais avec cette intervention « des Croisés », je me demande même s'ils ont la victoire, quel va être le goût de cette victoire pour eux. Est-ce que ce sera honorable pour les opposants libyens, de voir le drapeau français flotter sur le fronton de leurs édifices, et d'entendre le nom de Sarkozy scandé dans les rues de Benghazi ? Donc il y a là, des interrogations.


In Le Républicain


Source: TELEDIASPORA.NET

LA GUINEE FAIT SON ENTREE OFFICIELLE DANS LA FRANÇAFRIQUE


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Guinée, Bolloré, Sarkozy: l'embarrassante affaire du port de Conakry

Par Sylvain Courage


Officiellement, le sujet sensible n'est pas à l'ordre du jour du premier rendez-vous entre Alpha Condé et Nicolas Sarkozy ce mardi. Mais la prise de contrôle par le groupe Bolloré de la principale infrastructure de ce pays très riche en minerais soulève bien des questions et nous replonge dans les arcanes de la "Françafrique".


Port de Conakry, extérieur nuit. Le 8 mars, aux alentours de 21 heures, une escouade de policiers et de militaires guinéens, kalachnikovs en bandoulière, investissent les docks où sommeillent grues et conteneurs. Le commando saute sur les bureaux de Getma International, la société française qui exploite la zone portuaire depuis 2008. Les salariés sont expulsés manu militari. Les locaux, bouclés à double tour. "Réquisition?" L'ordre est tombé du palais présidentiel: un décret signé Alpha Condé, le chef de l'Etat guinéen. L'un des innombrables autocrates du continent? Non, Alpha Condé est le premier président de la République de Guinée démocratiquement élu le 3 décembre 2010. Après avoir passé quarante ans dans l'opposition aux despotes corrompus qui ont ruiné son pays, il se définit lui-même comme le "Mandela guinéen". Un nationaliste, un progressiste, naguère professeur de droit public à la Sorbonne.

Ce 8 mars, le professeur Alpha a-t-il décidé une nationalisation musclée de la principale infrastructure de ce pays riche en minerais, mais qui figure parmi les plus pauvres du monde? Pas vraiment. Dès le 10 mars, deux jours après l'expulsion, Alpha Condé accorde une nouvelle concession de vingt-cinq ans... au groupe Bolloré. Cette multinationale tricolore s'est taillé un colossal empire en Afrique: ports, transports, plantations. Presque tout ce qui circule sur le continent passe entre ses mains. Son patron, Vincent Bolloré, aussi puissant qu'énigmatique, est à tu et à toi avec tous les potentats d'Afrique de l'Ouest. Il est aussi le grand ami de Nicolas Sarkozy - c'est sur son yacht que le président français fraîchement élu était allé se reposer après la victoire de 2007.

Pas de hasard

Coïncidence? Nicolas Sarkozy accueille le 22 mars Alpha Condé pour sa première visite officielle à Paris. Quelques jours après la reprise en main du port au profit de Bolloré. Pour les habitués du vol Conakry-Paris, il n'y a pas de hasard : cette réception en grande pompe avec tapis rouge et garde républicaine serait la contrepartie de la faveur accordée à Bolloré l'Africain...

L'affaire en tout cas est emblématique: même la "transition démocratique" n'empêche pas les vieilles habitudes, les jeux des influences, les conflits d'intérêts. Autour de ce dossier sensible s'activent en effet beaucoup de "sorciers blancs": hommes de réseau, de communication ou conseillers de l'ombre. Parmi eux, l'ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. "C'est mon frère jumeau", dit de lui Alpha Condé: les deux hommes se sont connus au lycée Turgot dans les années 1960 et ne se sont jamais perdus de vue. Quand il dirigeait le ministère des Affaires étrangères, Kouchner n'a pas ménagé ses efforts pour l'organisation d'un scrutin libre en Guinée. Depuis qu'il n'est plus au gouvernement, il multiplie les visites à Conakry et dispense ses "conseils" à "Alpha". Il y était encore la semaine dernière. "La Guinée peut devenir le phare de l'Afrique", s'enthousiasme l'ex-ministre. L'ex-French doctor, qu'on dit proche de Bolloré, a-t-il aussi fourni ses "conseils" pour la gestion du port? Et joué les entremetteurs pour faciliter la visite de Condé à Paris? Le petit milieu de la Françafrique, qui se souvient de son rôle de consultant auprès de feu Omar Bongo, est en ébullition. Il est vrai que l'"opération nettoyage" sur le port de Conakry a de quoi stupéfier même les plus cyniques et les plus endurcis des businessmen.

Une plainte pour corruption internationale

A peine Getma a-t-il été éjecté du port que les cadres de Bolloré, escortés par les forces de l'ordre, se sont en effet installés dans ses locaux, récupérant les ordinateurs, les archives, les grues... "Nous avions déjà investi 30 millions d'euros pour moderniser les installations, acheter des engins de manutention. Le comportement des autorités guinéennes qui nous ont expulsés manu militari et celui de Bolloré qui utilise nos actifs sont injustifiables", s'étrangle Richard Talbot, le fondateur de Necotrans, la maison mère de Getma, un groupe de 3.000 salariés qui prospère dans l'import-export en Afrique.

Talbot s'estime lésé et lance une procédure qui rompt avec tous les "codes" en vigueur dans le monde opaque du négoce africain, où les concurrents lavent généralement leur linge sale en famille. Il porte plainte auprès du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, pour "corruption internationale". Son avocat, Pierre-Olivier Sur, n'y va pas de main morte: "Nous souhaitons que la justice enquête sur le fait que Bolloré a soutenu la campagne électorale d'Alpha Condé par le biais de l'agence de communication Euro RSCG, qu'il contrôle, et a obtenu la concession du port de Conakry".

Chez Bolloré, on rejette toutes ces accusations en bloc?: "Les autorités guinéennes ont retiré la concession à Necotrans car cet opérateur ne tenait pas ses promesses d'investissement. Bolloré, qui était arrivé en deuxième position de l'appel d'offres de 2008, est apparu comme un partenaire plus professionnel, réellement en mesure de développer une infrastructure vitale pour le pays". Et Me Olivier Baratelli s'indigne: "Nous engagerons des plaintes contre tous les propos inqualifiables et scandaleux de Necotrans, qui organise une campagne pour salir une entreprise du CAC 40 et obtenir de l'argent. Il est inadmissible de faire croire qu'un groupe comme Bolloré ait pu corrompre un chef d'Etat étranger".

Le parcours sinueux de Bolloré

Aujourd'hui, en tout cas, Vincent Bolloré tient sa revanche. En 2008, il a très mal vécu d'avoir été écarté de la gestion du port de Conakry par plus petit que lui. A l'époque, son groupe tente d'abord de négocier de "gré à gré" avec l'autocrate Lansana Conté, encore au pouvoir à l'époque. "Bolloré proposait un 'ticket d'entrée' dérisoire de 1 million d'euros", assure l'avocat de Necotrans. Les protestations des concurrents obligent les autorités à lancer un appel d'offres.

A ce jeu, le groupe Necotrans, implanté en Guinée depuis vingt-cinq ans, est le mieux-­disant. Son "ticket d'entrée" atteint 15 millions d'euros. Il propose aussi un loyer de 10 euros annuels par mètre carré et une redevance de 10 euros par conteneur. "Cela devait rapporter 22 millions d'euros par an à l'Etat guinéen contre 9,7 millions pour l'offre de Bolloré", affirme Necotrans. Noté 86,77 sur 100, la proposition du groupe de Richard Talbot décroche la timbale devant Bolloré (76,72) et le géant danois du fret maritime Maersk (72,98).

Mais, en septembre 2008, juste après la signature de la concession, la donne politique change. Lansana Conté, diminué depuis des années, meurt. Une junte militaire dominée par l'inquiétant capitaine Dadis Camara prend le pouvoir et conteste la gestion du port: "Le gouvernement sortant s'est entêté à brader notre port. Pour servir quels intérêts?" Camara joue les vertueux... ou réclame sa part. Chez Necotrans, on fait observer que ce retournement "intervient après une visite, remarquée en ville, d'une équipe de Bolloré..." Paranoïa de ceux qui voient la main de Bolloré partout? Toujours est-il qu'en 2009 la concession de Necotrans est suspendue pendant quatre mois. Puis le groupe français se "rabiboche" avec le pouvoir militaire. Pour peu de temps. Car la bataille féroce pour le contrôle du port est soumise aux convulsions d'une guerre civile qui ne dit pas son nom.

Le despote Dadis Camara tombe après un an de pouvoir émaillé de violences et de crimes, notamment l'assassinat de 157 opposants lors d'une manifestation au stade de Conakry, une tuerie condamnée par l'ONU. Les diplomaties occidentales finissent par s'émouvoir. Camara, qui échappe de peu à un attentat, est "exfiltré"vers le Burkina Faso. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et le Département d'Etat américain s'activent en coulisses - comme l'ont récemment confirmé les télégrammes publiés par le site WikiLeaks - pour lui trouver un successeur: le vieux général Sékouba Konaté, qui accepte de ressusciter un pouvoir civil issu d'élections libres. Les cartes politiques - et donc commerciales - sont rebattues. Le groupe Bolloré, qui n'a pas renoncé, voit revenir au premier plan un homme sur lequel il peut fonder quelques espérances: Alpha Condé.

Un plan com' bien conçu

L'éternel opposant a de solides appuis en France. En 2001, le président Jacques Chirac s'est ému de sa condamnation pour "haute trahison" et de son emprisonnement. Détenu pendant vingt-huit mois à la prison de Conakry, il finira par être libéré grâce à l'action d'un efficace comité de soutien présidé par Albert Bourgi - frère de Robert, lui-même héritier des réseaux gaullistes en Afrique. Déjà candidat à deux reprises à la présidence lors des élections bidonnées de 1993 et 1998, l'ancien militant tiers-mondiste de la Fédération des Etudiants d'Afrique noire en France (FEANF) et membre de l'Internationale socialiste peut évidemment compter sur Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Mais aussi sur Pierre-André Wiltzer, camarade de fac et ministre de la Coopération du gouvernement Raffarin, de 2002 à 2004. Enfin, et peut-être surtout, il jouit du soutien de Vincent Bolloré.

Aux dires des connaisseurs, le rapprochement entre l'entrepreneur breton et le panafricaniste remonte aux années 1990. Pierre Aïm, businessman condamné pour une fraude douanière au Sénégal et poisson-pilote de Bolloré auprès de Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et d'Idriss Déby (Tchad), en aurait été l'artisan. A la tête de son parti d'opposition le Rassemblement du Peuple de Guinée, Alpha Condé voit sa campagne électorale prise en charge par Euro RSCG Worldwide, l'agence de communication contrôlée par la holding familiale de Vincent Bolloré et présidée par Stéphane Fouks. Africaine en diable, l'agence "animera" aussi la campagne du président sortant Laurent Gbagbo, en Côte d'Ivoire, où le port est passé sous pavillon Bolloré depuis belle lurette...

En juin 2010, "Un Africain engagé", livre d'entretiens conçu pour mettre en valeur le profil d'homme d'Etat d'Alpha Condé, paraît aux Editions Jean Picollec. Il est signé Jean Bothorel, ancien éditorialiste du "Figaro"... qui fut, en 2007, chez le même Jean Picollec, le biographe de Vincent Bolloré. Le plan com est bien conçu: "Je me souviens d'avoir enregistré une interview chez Euro RSCG pour promouvoir le livre et le parcours d'Alpha Condé", dit Bothorel.

Au premier tour de l'élection, Alpha Condé ne recueille que 18% des voix mais croit en son étoile. "C'est le score qu'a fait Wade quand il a battu Diouf au Sénégal", répète-t-il à ses visiteurs. A Paris, en revanche, Sarkozy doute des chances de ce "professeur" de 73 ans qui prétend restaurer la démocratie et mettre fin au pillage des ressources et à la corruption. L'arithmétique des désistements et des reports des voix devait profiter à son adversaire Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre de Lansana Conté. Issu de l'ethnie dominante des Peuls, il passe pour favori face au Malinké Alpha Condé. Sarkozy en fait son champion...

En conseil des ministres, il lance à Kouchner: "Vous auriez besoin d'une calculette, Bernard..." Pourtant Condé l'emporte avec 52% des suffrages. Election validée par la commission électorale malgré une contestation des partisans de Diallo violemment réprimée à Conakry. Le 21 décembre, sa cérémonie d'investiture est l'occasion de grandes retrouvailles: Bernard Kouchner et Pierre-André Wiltzer sont de la partie... "Nous étions déjà au courant de son intention d'annuler la concession et d'exaucer Bolloré. J'ai essayé de le prendre à part et d'argumenter, mais il m'a renvoyé vers un fonctionnaire du ministère guinéen des Transports qui m'a reçu le lendemain et ne m'a plus jamais reparlé", raconte Wiltzer, recruté tout exprès par Necotrans pour assurer son "lobbying".

Le film s'accélère le 3 février 2011. Ce jour-là, Vincent Bolloré lui-même fait le voyage de Conakry. Il est hébergé à la résidence personnelle d'Alpha Condé et visite avec lui les installations portuaires, escorté par les motards de la garde présidentielle. La rumeur d'une remise en question de la concession court dans toute la ville. Mais Necotrans, dont les nerfs sont mis à rude épreuve, ne fait officiellement l'objet d'aucun grief avant d'être expulsé du port par un commando d'hommes en armes. "Nous n'avons jamais reçu de réclamations, ni de mise en demeure. Alpha Condé a préféré utiliser la force, car la voie légale lui interdisait de nous expulser comme il l'a fait et de confier le port à Bolloré sans même procéder à un nouvel appel d'offres", souligne l'avocat Cédric Fischer.

Evidemment, les partisans de Condé font une autre lecture de cette expulsion: le président guinéen voudrait nettoyer le passé, mettre au pas les sociétés étrangères qui ont "exploité" la Guinée sans vergogne, faire appel à de nouveaux investisseurs qui ne se sont pas compromis avec ses sanglants prédécesseurs. N'a-t-il pas, par exemple, confié la construction du chemin de fer Conakry-Kankan à l'opérateur brésilien Vale, introduit par son ami l'ex-président brésilien Lula?

Bernard Kouchner, lui, relativise les mésaventures de Necotrans: "Cette petite entreprise n'était sans doute pas à la hauteur. Alpha a pris une sage décision. Et ce qui devrait faire du bruit, c'est que pour la première fois, un pays d'Afrique accède à la démocratie..." Problème, l'ancien ministre de la Santé, qui œuvre à la construction d'une "maison de la mère et de l'enfant?», financée par "de grandes entreprises françaises"- ceci afin que "les Guinéennes n'accouchent plus par terre" - est logé dans les locaux de la filiale locale du groupe Bolloré...

Des requins dans les ports

Quelle sera l'issue de la guérilla juridique qui s'engage? "C'est le pot de fer contre le pot de terre", reconnaît-on chez Necotrans, dont l'existence est menacée, à terme, par la perte de la concession de Conakry. Une chose est sûre: reçus par André Parant, le Monsieur Afrique de l'Elysée, les avocats du groupe ont été écoutés d'une oreille polie, mais distraite. Du côté du ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, on veut croire à une forme de compromis entre deux spécialistes de la manutention portuaire qui collaborent déjà à Abidjan, à Cotonou et à Pointe-Noire...

"Nos concurrents internationaux rigolent bien de ce genre de pugilat", dit un initié de la Françafrique. Pris d'assaut par les businessmen du monde entier, le Novotel de Conakry ne désemplit pas. Et les vols d'Air France sont complets. "Trop de gens veulent profiter de l'ouverture après des années de junte militaire pour mettre la main sur les mines de bauxite, de fer, de diamants ou réaliser l'électrification de la ville", raconte le journaliste Amara Moro Camara, de l'hebdomadaire "le Démocrate". Les Guinéens ont compris que les requins des affaires n'ont pas fini d'écumer les eaux du port...


Sylvain Courage

© Copyright Le Nouvel Observateur


Source: TELEDIASPORA.NET

19:31 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Guinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, guinée, france, bolloré en guinée, l'embarrassante affaire du port de conakry | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

BAROUD D'HONNEUR DE LA COALITION REBELLE - TOUT SUR L'OPERATION «COTIERE»


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La poignée de jours qui nous sépare d'avril sera déterminante dans l'issue de la crise. La coalition rebelle qui peine à installer Ouattara au pouvoir va lancer dans les heures ou jours qui viennent une opération baptisée « Opération côtière ».


La coalition rebelle avait prévu l'apocalypse sur Abidjan, le jeudi dernier. En tout et pour tout, il y a eu une infiltration massive d'insurgés dans les quartiers d'Angré et de Mahou que les Fds ont vite fait de débusquer. Convaincus que le chrono tourne en faveur de Laurent Gbagbo, Ouattara et ses partisans veulent donner l'assaut final. Non pas à Abidjan, où ils subissent de sérieux revers, mais sur la côtière du pays.

Cinq (5) villes sont dans leur viseur. «Opération côtière», c'est le nom de code de ladite opération. La coalition rebelle veut frapper simultanément Grand-Lahou, Fresco, Sassandra, San Pedro et Tabou. Le but, c'est d'empêcher le gouvernement Aké N'Gbo de s'emparer des stocks de cacao. A défaut, de les faire sortir du pays. Le délai du gouvernement aux opérateurs expirant le 31 mars 2011, prendre le port de San Pedro, port par lequel transite 80% du cacao ivoirien, s'avère pour la coalition rebelle, un objectif majeur. Les moyens et les hommes sont en train d'être mobilisés.

S'agissant des hommes, le gros de la troupe sera constitué de ressortissants de la Cedeao. Du reste, ceux qui sont de mèche avec les rebelles. Pour ce coup, ils ont décidé de mettre en veilleuse leurs activités champêtres pour servir la cause de Ouattara. Un certain Zongo Bouréima, trafiquant d'armes, basé à Grabo, après son séjour à Ouaga, est très actif sur le terrain. Il est aidé dans sa sordide tâche par Ouédraogo Béhima. Ce dernier, ayant fait du faux sur les documents administratifs se fait appeler aujourd'hui, Michel Kouadio. Les moyens, apprend notre source, proviennent des circuits mafieux habituels. Mais pour ce coup-ci, les opérateurs incriminés ont décidé pour certains, de délier les cordons de la bourse.

Espérant que la réussite de ce coup donnera un coup de frein à la décision gouvernementale. Il se murmure que les locaux de Cargill à San Pedro sont le théâtre de mouvements suspects. Est-ce à dire qu'on fait le lit à une insurrection dans la cité balnéaire ? Il y a un pas qu'il ne faut pas franchir. En tout état de cause, les Fds qui restent déterminées sauront prendre des dispositions pour faire échec à ce funeste dessein. Notons que depuis l'éclatement de la crise militaro-politique, en septembre 2002, la rébellion armée a toujours fait de la 2e ville portuaire, une des priorités. Histoire d'avoir une fenêtre sur la mer. Malheureusement pour elle, les Forces régulières se sont toujours montrées intraitables.


Tché Bi Tché, le 26 mars 2011.


Source: LE TEMPS

ANYAMA: DES PRETRES OTAGES DES REBELLES DE OUATTARA

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FDS (Forces de Défense et de Sécurité) de Côte d'Ivoire

 

La ville d'Anyama, à la lisière de la commune d'Abobo, a été hier le théâtre d'affrontements entre Fds et rebelles de Ouattara. Très tôt hier (vendredi 25 mars 2011, ndlr), les rebelles ont lancé une offensive sur le 3ème bataillon militaire. Avec pour objectif d'occuper ce camp, d'où ils lanceront certainement des attaques sur d'autres localités de la région. Les combats ont fait rage, a-t-on appris. Les rebelles, en grand nombre et avec un armement conséquent arrivent à prendre le dessus aux environs de midi. Ils pensent avoir définitivement le contrôle de la ville.

Un groupe de rebelles se dirigent vers le séminaire d'Anyama et prennent en otage, selon les témoignages recueillis, les prêtres qui se trouvaient sur les lieux. Selon ces rebelles, ces hommes de Dieu cacheraient des soldats de Laurent Gbagbo. Durant plusieurs heures, les rebelles de Ouattara vont faire voir des vertes et des pas mures aux religieux à qui ils reprochent plus tard d'être des pro-Gbagbo.

C'est plus tard, en milieu d'après midi, que les Fds qui s'étaient repliés de manière stratégique vont mener une contre-offensive fatale aux rebelles de Ouattara pour libérer le 3ème bataillon militaire d'Anyama. Et libérer par la même occasion les hommes de Dieu qui étaient depuis quelques heures, prisonniers des rebelles de Ouattara. Selon une source militaire, la contre-offensive des Fds a été fatale aux rebelles qui ont subi d'énormes pertes dans leur rang. Les hommes de Mangou en ont profité pour contrôler hier plusieurs endroits stratégiques, notamment le carrefour N'Dotré précédemment aux mains des rebelles de Ouattara.


Franck Toti


Source LE NOUVEAU COURRIER

LIBYE: SELON LA PRESSE ITALIENNE, LA «REVOLUTION» A ETE TELEGUIDEE PAR LES SERVICES SECRETS FRANÇAIS



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De Franco Bechis, Directeur adjoint du quotidien italien "Libero"


Traduction de l'article du quotidien de Berlusconi "Libero" du 23 mars 2011.

Première étape du voyage, 20 octobre 2010, Tunis. C'est là qu'est descendu avec toute sa famille d'un avion de Libyan Airlines, Nouri Mesmari, chef du protocole de la cour du colonel Muhamar Kadhafi. C'est un des grands perroquets du régime libyen, depuis toujours aux côtés du colonel.

Le seul -comprenons-nous- qui avec le ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa avait un accès direct à la résidence du raïs sans avoir à frapper (avant d'entrer, NdT).

Le seul à pouvoir franchir le seuil de la suite 204 du vieux cercle officiel de Benghazi où le colonel libyen a accueilli avec tous les honneurs le Premier ministre italien Silvio Berlusconi pendant la visite officielle en Libye. Cette visite de Mesmari à Tunis ne dure que quelques heures. On ne sait pas qui il rencontre dans la capitale où la révolte contre Ben Ali couve sous la cendre. Mais il est désormais certain que dans ces heures-là et dans celles qui ont immédiatement suivi, Mesmari jette les ponts de ce qui, à la mi-février, allait devenir la rébellion de la Cyrénaïque. Et prépare l'estocade contre Kadhafi en cherchant et obtenant l'alliance sur deux fronts : le premier est celui de la dissidence tunisienne. Le second est celui de la France de Nicolas Sarkozy. Et les deux alliances lui réussissent.

C'est ce dont témoignent des documents de la DGSE, le service secret français, et une série de nouvelles fracassantes qui ont circulé dans les milieux diplomatiques français à partir de la lettre confidentielle, Maghreb Confidential (dont il existe une version synthétique et accessible payante).

Mesmari arrive à Paris le lendemain, 21 octobre. Et il n'en bougera plus. En Libye il n'a pas caché son voyage en France, puisqu'il a emmené avec lui toute sa famille. La version est qu'à Paris il doit subir un traitement médical et probablement une opération. Mais il ne verra pas l'ombre d'un médecin. Ce qu'il verra seront par contre, tous les jours, des fonctionnaires des services secrets français.

La réunion

On a vu de façon certaine au début du mois de novembre, entrer à l'Hôtel Concorde Lafayette de Paris, où Mesmari réside, d'étroits collaborateurs du président français. Le 16 novembre, une file de voitures bleues est devant l'hôtel. Dense et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense et étrange délégation française part pour Benghazi. Avec des fonctionnaires du ministère de l'Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill et Conagra.

Expédition commerciale, sur le papier, pour essayer d'obtenir à Benghazi justement de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires français, déguisés en hommes d'affaire.

À Bengazi ils vont rencontrer un colonel de l'aéronautique libyenne indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l'ex-chef du protocole de Kadhafi a révélé qu'il était prêt à déserter et qu'il a aussi de bons contacts avec la dissidence tunisienne.

L'opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu'aux hommes les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose. Le 28 novembre, il signe un mandat d'arrêt international à l'encontre de Mesmari. L'ordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires. Les Français s'alarment et décident de suivre l'arrêt de façon formelle.

Quatre jours plus tard, le 2 décembre, la nouvelle filtre justement depuis Paris. On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi. La Libye, au premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité aux arrêts domiciliaires dans la suite du Concorde Lafayette. Et le raïs commence à s'agiter.

La colère du raïs

Quand arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement l'asile politique à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari. Il essaie ensuite d'envoyer ses hommes à Paris avec des messages pour le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre, c'est Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui essaie. Les Français l'arrêtent à l'entrée de l'hôtel. Le 23 décembre d'autres Libyens arrivent à Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri.

Nous les connaîtrons davantage après le 17 février : parce que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de Benghazi contre les miliciens du colonel.

Les trois sont autorisés par les Français à sortir dîner avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée. Il y a aussi là des fonctionnaires de l'Élysée et quelques dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de l'an paraît dans Maghreb Confidential, la nouvelle que Benghazi est en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore), et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration.

Mesmari est nommé « Libyan Wikileak », parce qu'il révèle un après l'autre les secrets de la défense militaire du colonel et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières du régime, en décrivant même la carte du désaccord et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier, la France a dans les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il y a une fuite. Le 22 janvier, le chef des services secrets de Cyrénaïque, un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête le colonel d'aviation Gehani, référant secret des Français depuis le 18 novembre.

Le 24 janvier, il est transféré dans une prison de Tripoli, accusé d'avoir créé un réseau social en Cyrénaïque, qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais c'est trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte de Benghazi, avec les Français.


Traduction Marie-Ange Patrizio


http://affaritaliani.libero.it/politica/sarko_rivolta_lib...

http://bellaciao.org/it/spip.php?article28705

http://it.peacereporter.net/articolo/27597/Libia%2C+rivol...

http://www.pane-rose.it/files/index.php?c3%3Ao26038%3Ae1

http://www.italiah24.it/dal-mondo/africa/6575-guerra-libi...

http://www.blitzquotidiano.it/politica-mondiale/libia-fra...

LETTRE OUVERTE AUX PARLEMENTAIRES FRANÇAIS: NON A LA RECOLONISATION DE MADAGASCAR

 

LOGO GTT INTERNATIONAL GENEVE.png

Peuple Malagasy Gagnant. Madagasikara Libre

 

Vous n'êtes pas sans savoir que Madagascar s'enlise dans une crise politique sans précédent depuis plus de deux ans.

La communauté internationale a mandaté un groupe de médiation, le GIC (Groupe International de Contact) pour conduire le processus de sortie de crise. Il se trouve que le travail de ce groupe a été à plusieurs reprises saboté par la France qui veut à tout prix garder le putschiste Rajoelina au pouvoir.

Nous tenons à dénoncer un cas flagrant de mépris de la démocratie dont le peuple Malagasy est victime depuis deux ans. Dernièrement, le jeune putschiste Rajoelina tente avec l'aide de pays complaisants, notamment la France,  de faire le forcing pour la signature d'une  « feuille de route »  dont le contenu est scandaleux au plus haut point.


En effet, deux dispositions sont inacceptables pour nous légalistes: d'une part, la consécration du putschiste et criminel Rajoelina, désigné à l'ONU comme "sans qualité", en tant que chef d'Etat et Président de la Transition et ce, avec les pleins pouvoirs.


Et d'autre part, le flou concernant le retour du Président élu démocratiquement Ravalomanana nous laisse croire à une volonté de l'empêcher d'exercer ses droits civiques et de l'éliminer politiquement.


De plus, la libération des prisonniers politiques ainsi que les atteintes à la liberté d'expression de la population sont  totalement ignorées.


Or, nous considérons que les points cités ci-dessus constituent un préalable à toute négociation. Ils sont également le gage d'apaisement tant recherché par le peuple Malagasy.


En outre, nous dénonçons les manœuvres de la HAT avec la complicité des émissaires du GIC et de certains pays de minimiser les trois grands partis de Madagascar au profit de minuscules partis politiques créés pour l'occasion par la HAT. L'objectif est de vouloir tromper la Communauté Internationale avec un semblant de "majorité présidentielle".


Nous nous élevons aussi contre l'attitude de la France qui consiste, de manière détournée, à imposer sa feuille de route qui, rappelons-le a déjà été rejetée à maintes reprises par les grandes mouvances politiques en 2010.


Nous demandons que:

  • la souveraineté de Madagascar soit respectée,
  • cette feuille de route scandaleusement imposée aux Malagasy soit retirée,
  • la France cesse de se comporter en colonialiste, bafouant ainsi toutes les règles démocratiques,
  • les autorités françaises reconnaissent la légitimité incontestable du Président élu Marc Ravalomanana,
  • des solutions durables de sortie de crise soient étudiées avec toutes les mouvances politiques.



GTT INTERNATIONAL Genève - Collectif de la Diaspora

15, rue des Savoises

Genève - SUISSE


Président: Gilbert Darsot Rasolofoniaina
Vice-Président - Chargé des Relations avec Madagascar: Raharimbahoaka Andriahobijaona

http://gtt-international.blogspot.com/

http://gasytiatanindrazana.com/

vendredi, 25 mars 2011

COTE D'IVOIRE: L'ONUCI VA MAL

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Les « départs annoncés la semaine dernière en cascade » de 3 hauts responsables de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) suscitent, selon une source proche de l'institution, un malaise au sein de la mission.


« Les mensonges de Choï sur le charnier imaginaire et sur les supposés avions biélorusses ainsi que la présence de mercenaires au sein des forces » seraient à la base de cette situation. Une source militaire note par ailleurs « un mécontentement de plus en plus récurrent chez les contingents ghanéen, marocain, béninois et bangladais ».

Le contingent Ghanéen avait déjà menacé de se retirer si sa mission initiale de paix était transformée. « Depuis, ils sont mis à l'écart des manœuvres de l'ONUCI contre les FDS », assure notre source.

Quant aux autres contingents, la grogne semble s'être manifestée ses derniers jours suite au débarquement du Tchadien Abou Moussa (n°2 de l'ONUCI) et des Généraux Affiz et Amouzou du commandement militaire de l'ONUCI. Officiellement, ils seraient en fin de mission.

Une version que conteste notre source au sein de l'organisation qui révèle qu' « il leur était reproché d'être les taupes qui ont livré à la maison de production  O. Cétaril,  les informations troublantes sur la collusion entre l'ONUCI et la rébellion ».

L'ONUCI a déjà été accusée par le gouvernement ivoirien de prêter main forte aux rebelles pro-Ouattara. « L'ONUCI précède toutes les attaques de nos positions », ont révélé plusieurs sources militaires. Lors de l'attaque du centre émetteur, un hélicoptère de l'ONUCI a été aperçu survolant les positions des forces de défense et de sécurité (FDS).

Certains témoins font état de la participation de chars onusiens aux attaques des positions des FDS à Zouan-Hounien. Le jeudi 16 décembre, des images des télévisions françaises révélaient la collusion entre les casques bleus et les rebelles pro-Ouattara lors de la marche insurrectionnelle  organisée par le RHDP, coalition politico-armée, proche d'Alassane Ouattara.

Les heurts se sont multipliés depuis entre l'ONUCI et les populations qui les récusent. Le Chef de l'Etat ivoirien a réclamé depuis décembre 2010 le départ de l'ONUCI et de Licorne, qui tentent d'imposer par diverses manœuvres Alassane Ouattara, candidat malheureux au scrutin de novembre.

Le représentant spécial du Secrétaire Général de l'Onu, Choï Young-Jin, par une « certification » controversée, a créé la confusion sur les résultats de l'élection présidentielle et replongé le pays dans une grave crise. Le Conseil Constitutionnel, plus haute juridiction chargée de donner les résultats définitifs, a proclamé et investi Laurent Gbagbo, Président de la république.


Source : DIRECT SCOOP