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mercredi, 03 août 2011

LIDER SERA LE CONTRE-POUVOIR A OUATTARA: UNE INTERVIEW DE MAMADOU KOULIBALY AU MAROC

 

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LE MATIN: Quelle est la situation actuellement en Côte d'Ivoire ?

MAMADOU KOULIBALY: La situation en Côte d'Ivoire est en train d'avancer lentement. Nous avons eu des élections qui se sont terminées par une guerre et qui ont vu la victoire de Alassane Ouattara soutenu par le concert international. Monsieur Laurent Gbagbo est en prison. Le président Alassane Ouattara gouverne. Il dissout l'Assemblé nationale alors qu'en réalité il n'en a pas le droit. Il dissout le Conseil constitutionnel et le remplace, alors que la législation en vigueur ne l'y autorise pas. Il suspend les salaires des députés, gouverne par des décrets et des ordonnances… Malheureusement l'insécurité continue, même si les tensions ont baissé, même si on n'entend plus tirer des coups de feu dans les grandes villes, il y a des poches d'insécurité. Parce que les soldats que le président Alassane Ouattara a rassemblé pour venir faire la guerre sont indisciplinés. Donc en attendant que l'on trouve une solution à cela, il reste encore des poches d'insécurité. Les entreprises attendent donc que ces poches d'insécurité disparaissent pour revenir s'installer. En attendant, le chômage continue, la crise continue, même si elle n'est plus militaire…

Quel rôle doit jouer votre Assemblée nationale dans ce contexte ?

MK : L'Assemblée aurait bien voulu être là pour autoriser le Président Alassane Ouattara à la prise d'ordonnances, mais elle n'a pas été consultée. Le président a considéré qu'avec son élection, l'Assemblée nationale était dissoute. C'est une nouveauté parce que la Constitution ivoirienne ne le dit pas. Du coup, l'Assemblée nationale ne fait rien et n'existe pas, elle n'est pas payée, ni son personnel… Elle attend les prochaines élections.

Comment voyez-vous alors l'avenir en Côte d'Ivoire ?

MK : Les perspectives sont bonnes à mon avis. Il y a un gouvernement qui gouverne. Les partisans de Gbagbo ont refusé d'entrer au gouvernement pour qu'il y ait un gouvernement qui gagne les élections et dirige et puis une opposition qui s'organise. Malheureusement, les partisans de Gbagbo ne souhaitent même pas s'organiser en opposition tant que ce dernier n'est pas libéré. Cependant, plusieurs personnes, dont moi, ont décidé de créer un nouveau parti qui fera une formation d'opposition face à Monsieur Ouattara pour qu'il y ait un contre-pouvoir en Côte d'Ivoire. Ce nouveau parti s'appelle «Liberté et Démocratie pour la République», c'est un parti qui est en phase d'organisation.

Où en sont les relations maroco-ivoiriennes ?

MK : Les relations entre le Maroc et la Côte d'Ivoire sont très anciennes et au cours des dernières années elles ont pris un coup d'accélération, parce que de gros investissements marocains se sont réalisés en Côte d'Ivoire surtout en matière bancaire. Un grand groupe bancaire ivoirien, la Société ivoirienne de banque, qui était déjà dans l'escarcelle du Crédit Lyonnais et du Crédit Agricole français, a fini par être racheté par une banque marocaine, Attijari Wafabank. Ces relations se sont développées. C'est vrai que dans l'autre sens, les opérations ivoiriennes au Maroc sont plus rares. Or maintenant cela s'amplifie. Je pense que les perspectives sont bonnes après la crise. Quand le milieu d'affaires ivoirien sera un peu plus libéré, je pense qu'on devra s'attendre à une amélioration.

Justement, dans le cadre de ces échanges, il y avait la mise en place d'une commission mixte de coopération maroco-ivoirienne. Que fait-elle ?

MK : Cette commission existe. Sauf que, avec la crise ivoirienne et l'instabilité politique, c'est un peu difficile de travailler. Mais je présume que, compte tenu de l'intensité des relations et du nombre de commerçants et d'hommes d'affaires installés en Côte d'Ivoire, cette coopération va reprendre rapidement ses activités. Mais à condition que la stabilité et la sécurité reviennent.

Quelles sont, selon vous, les priorités de cette commission ?

MK : La priorité à mon avis, ou ce qui était défini à l'époque, c'était le commerce fondé sur l'agriculture, dans le sens Côte d'Ivoire-Maroc et sur un certain nombre de transferts de services dans le sens Maroc-Côte d'Ivoire. Ces perspectives vont s'améliorer et même se modifier, d'autant plus que l'industrie et les services marocains se sont fortement améliorés ces dernières années et se sont restructurés. L'industrie et le commerce en Côte d'Ivoire sont en attente d'investissement. Je pense donc que le volet industriel va reprendre de la place, à côté du volet commercial. Le volet agricole et agro-industriel va aussi évoluer. Puis certains hommes d'affaires souhaiteraient profiter de l'expérience marocaine en matière de tourisme. Notamment pour l'amélioration de sites en bord des lagunes et de la mer. Est-ce que tout cela ira loin, est-ce que cela va se concrétiser ? C'est aux hommes d'affaires d'en discuter.

Le Maroc vient d'adopter une nouvelle Constitution qui met en avant la séparation des pouvoirs, les droits de l'opposition, le contrôle par le Parlement du gouvernement… Cela peut-il participer à l'accélération du développement ?

MK : C'est une bonne tendance si l'opposition représente l'alter ego du gouvernement. Car c'est très important que l'opposition, bien que minoritaire, puisse avoir un droit et contrôler le gouvernement en temps réel. Par exemple, au moment où le ministre du Commerce travaille, son alter ego au Parlement a accès aux dossiers, les suit et voit en temps réel comment les choses évoluent… cela va marcher. À condition, aussi, que le scrutin soit à un tour et non pas à deux tours. Je suis convaincu qu'avec le Roi au-dessus qui symbolise l'unité nationale, les partisans et les opposants vont travailler dans l'intérêt du Maroc. Cela peut impulser une plus grande dynamique.

 

Par Brahim Mohkliss in Le Matin (Maroc), le 02 août 2011

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