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vendredi, 09 septembre 2011

DE FRCI A FANCI: L'ENTOURLOUPE DU POUVOIR OUATTARA


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La valse des changements de dénomination sous l'ère Ouattara continue : après RTI La 1ère et TV 2 commuées en TCI et ensuite relookées RTI 1 et RTI 2, le CNCA (Conseil National de la Communication Audiovisuelle) devenue HACA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle), ce sont les FDS et FAFN, rebaptisées FRCI, qui redeviennent FANCI. A qui le prochain tour ? Désormais en Côte d'ivoire, quand une structure ne marche pas à son goût, on la débaptise. Génial, non ? A cette allure, c'est la Côte d'Ivoire elle-même qu'il va falloir débaptiser. Tant elle est grippée et mal en point. Economiquement, politiquement, démocratiquement, constitutionnellement et juridiquement. Sans omettre le point de vue de la cohésion sociale.

En effet, au terme d'un séminaire de deux jours, les jeudi 1er et vendredi 2 septembre derniers, 50 experts militaires, des officiers et sous-officiers ivoiriens, ont décidé de revenir à la dénomination originelle de l'armée ivoirienne, FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire), remontant à l'époque du Président Félix Houphouët-Boigny et ayant perduré jusqu'à la crise de 2002 qui a vu les troupes loyalistes prendre l'appellation de FDS-CI (Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire), jusqu'au dénouement sanglant de la crise postélectorale ivoirienne, en avril 2011, soldé par le kidnapping du Président Laurent Gbagbo par les forces spéciales françaises.

En attendant que les recommandations de ce séminaire soient entérinées par le Premier ministre Soro Guillaume et le chef de l'Etat Alassane Ouattara, qui en réalité sont les véritables instigateurs de ces assises - il ne faut pas s'en cacher -, des interrogations nous restent en travers de la gorge. Quelle est donc cette manie à toujours vouloir débaptiser ? Quel est l'objectif de ces « rebranding » à répétition quand on sait que ces opérations ne visent, à la vérité, que l'emballage sans véritablement engager la qualité - du reste, fort douteuse - de la « marchandise », ne serait-ce que dans le cas des FRCI ?

Nous pensons, au-delà de toute justification officielle, que le pouvoir Ouattara a honte de sa branche armée, comme le décryptait si bien le brillant analyste politique ivoirien, Théophile Kouamouo. Honte des tueries, massacres, viols, vols, braquages, racket, pillages et autres exactions qui lui collent incurablement à la peau et qui sont régulièrement dénoncés, depuis au moins six mois, et de la façon la plus officielle, par les ONG internationales de défense des droits humains. Au surplus, ces dérives des « Frères Cissé », comme les appellent trivialement la rue abidjanaise, ne se sont pas estompés. C'est quotidiennement que la presse ivoirienne - y compris celle proche du RHDP au pouvoir - rapporte leurs faits et méfaits. « On est certes passé de FRCI à FANCI, mais les éléments qui composent la troupe sont les mêmes », relève avec beaucoup d'à-propos le quotidien ivoirien, L'Inter. Quand on se remémore la scandaleuse et affligeante affaire « des trois français enlevés et dépossédés de 25 millions de francs CFA » par les éléments du Commandant Issiaka Ouattara dit Wattao qui peine à se résoudre malgré la couverture opportuniste du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko à eux accordée, l'on est en droit de douter de la capacité des FRCI à faire leur mue. Et pour cause : ses éléments constituent une armée hybride, composée des forces régulières républicaines que sont la police nationale, la gendarmerie nationale, l'armée, les douaniers et les agents des eaux et forêts, formés dans les meilleures écoles du pays, d'Afrique et du monde et d'une horde de soldats iconoclastes, ex-artisans de l'informel ivoirien, mécaniciens, ferronniers, chauffeurs de minicar « Gbaka » et de taxis intercommunaux « Wôrô-wôrô », apprentis, charbonniers, commerçants à la criée, chasseurs traditionnels venus du Nord de la Côte d'Ivoire appelés « Dozo » et de mercenaires fraîchement débarqués des pays voisins pour combattre le régime Gbagbo, véritables sous-traitants d'une guerre impérialiste meurtrière, antinomique de toutes les valeurs démocratiques et convenances diplomatiques (dont l'Occident donneur de leçons se moque, d'ailleurs, éperdument), cédée par procuration aux rebelles ivoiriens et à leur mentor local, comme nous le voyons, en ce moment, en Libye. Remake gagnant, pourrait-on dire !

De sorte que cette initiative de « rebaptême » - plutôt que de toilettage de fond -, qui est tout juste à mettre au chapitre des opérations cosmétiques auxquelles nous a désormais habitué le pouvoir Ouattara, ne peut convaincre le moindre des ivoiriens. La Côte d'Ivoire se taille dorénavant la réputation peu enviable de « République des échappatoires et des esquives » : à la place d'une vraie réconciliation, on met des adversaires politiques en prison, on traque leurs partisans et on annonce pieusement sur les médias qu'on œuvre à rapprocher les Ivoiriens ; en lieu et place du jugement des criminels de guerre, on les promeut et les décore de l'épithète flatteuse de « sauveurs » ; à la place de l'emploi des jeunes, de la résorption du chômage et de la lutte contre la pauvreté, on rase les quartiers précaires, les maquis et night-clubs, les étals des rues commerciales, sous le prétexte de faire de la salubrité publique - au demeurant, très sélective - ; à défaut de nous faire venir les pluies de milliards annoncées au cor médiatique, on suspend les salaires des institutions de la République et d'entreprises d'Etat, on décapite leur lignes budgétaires, on licencie à tour de bras, on paye à la caisse (main à main) « les corps habillés », policiers, gendarmes, militaires, douaniers et agents des eaux et forêts ; à la place de la réouverture des universités menacées par une année blanche qui va sacrifier des promotions entières sur l'autel de la politique myope - si elle n'est déjà consommée - on restaure les prisons à coup de milliards. Quand est-ce que ce pouvoir prendra-t-il enfin les taureaux par les cornes et fera-t-il face aux vrais problèmes des Ivoiriens ?

Pour juguler celui de la réputation fortement et durablement écornée des FRCI rebaptisées FANCI, il n'est pas demandé au chef de l'Etat de se risquer à un triple salto périlleux. La solution est simple, de notre avis : expurger l'armée ivoirienne de toutes les brebis galleuses et de tous ceux qui n'y ont pas leur place, en raison de leur manque de formation et de culture militaire - quitte à leur payer des retraites dorées - pour ne retenir que les professionnels formés par l'Etat de Côte d'Ivoire. Tant qu'Alassane Ouattara ne se résoudra pas à cette mesure courageuse et responsable, toute autre disposition ne sera que poudre aux yeux.

Ce qui nous fonde à le dire et à le maintenir mordicus, c'est qu'en Côte d'Ivoire, les FRCI, c'est désormais un profil, une culture, c'est-à-dire une manière d'être, de penser et de faire, un état de fait et d'âme, une idéologie et une philosophie - aussi primaires soient-elles -. Ils ont beau être appelés FANCI, ils resteront donc FRCI. Jusqu'à la moelle. Si du moins l'on refuse la nécessaire et indispensable expurgation des éléments profilés plus haut. De leur côté, certains éléments des FRCI, remontés, n'entendent pas se laisser compter. « Nous pas bouger », disent-ils.

En vérité, ce n'est pas tant le fait que ces soldats atypiques et désormais indésirables du camp Ouattara, venus du Nord combattre Gbagbo, et qui ont été intégrés aux FRCI, par décret présidentiel, puis triés sur le volet et retirés des effectifs officiels, ne veuillent pas débarrasser le plancher qui pose problème mais la façon dont ils sont traités et gérés. En ce moment, ils refusent de quitter les commissariats d'Abobo, l'antre du « Commando invisible », malgré l'ultimatum à eux donné par le Commandant Chérif Ousmane de libérer les lieux dans les meilleurs délais, sous le prétexte - et c'est juste - qu'ils n'ont pas encore été payés pour les services rendus. Ouattara et Soro leur doivent 5 millions de francs CFA par combattant comme promis avant les échauffourées, impayés à ce jour, disent-ils unanimement à travers tout le pays.

Ils se font même plus menaçants, selon des propos rapportés par le site pro-Ouattara ConnectionIvoirienne.Net : « Chérif vient nous désarmer comme ce qu'ils ont fait la semaine dernière à Ndotré. Là-bas, ils en ont profité pour désarmer nos frères d'armes qui voulaient collaborer, sans un rond (sans leur verser le moindre sou). Mais nous, on ne se laissera pas faire tant que nous ne sommes pas payés pour le combat que nous avons mené pour chasser Gbagbo. Qu'ils nous payent d'abord avec les milliards que Soro et eux ont volés, ensuite on quitte (les lieux). Sinon... ! ». Le message est on ne peut plus clair.

En un mot, l'on ne pourra effectuer le toilettage des troupes FRCI que si les combattants supplétifs perçoivent, en bonne et due forme, leur pécule de guerre. Sans cela, l'entreprise est vouée à l'échec. A moins d'être menée de force et de faire à nouveau peser sur la Côte d'Ivoire, le spectre d'un embrasement militaire généralisée, vu leur détermination, leur état d'écœurement actuel et leur nombre impressionnant. Le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko parlait en son temps, de 18 mille supplétifs et de 9 mille FAFN dont seulement 3 mille devraient être retenus, après un test de sélection, pour être recrutés dans l'armée ivoirienne. Cela promet du grabuge !

On voit donc de façon limpide, et très objectivement, que le changement de dénomination des FRCI est à mille lieues de pouvoir résorber le problème que constitue la nouvelle armée ivoirienne. Parce qu'il n'en est pas le fond. Plutôt que de passer son temps à éluder les vraies questions, le pouvoir Ouattara gagnerait à les aborder frontalement et à épargner aux Ivoiriens d'autres lendemains douloureux.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 311 du jeudi 8 septembre 2011.

Commentaires

il ne faut pas s'y méprendre, c'est le viol de notre conscience. Les FDS ont toujours été appelé FANCI, à plusieurs reprises il m'est arrivé de croiser Mangou ou d'autre soldats de rang avec leurs ténues sur lesquelles on pouvait lire FANCI inscrits dans les motifs.

Aujourd'hui, si on met tout le monde dans le même panier, le troupeau galeux (FRCI) et les bonnes brebis comment séparer le bon grain de l'ivraie?

Écrit par : yao patrice | vendredi, 09 septembre 2011

En 2003, à la veille d'Accra 3, au moment où l'esxcitation était à son comble en vue de faire du Président Gbagbo, la "reine d'Angleterre" comme ils disaient, j'ai reçu cette parole de connaissance: "je le remettrai au coeur du système, et lui et Moi, déplanterons "tous les germes " qu'ils ont planté dans ton pays !". Le dimanche suivant , à la fin de la réunion d'accra,, sur le plateau de la RTI, au journal de 20h, Tévodjéré, sous les coups de boutoir de la journaliste (savoir ce qu'il en était du projet) lâcha , agacé "vous ne voyez pas qu'on l'a maintenu au coeur du système ?"
Alléluia ! J'attends l'accomplissement de la fin du projet de l'Eternel qui seul s'accomplit!
Alors patience !

Écrit par : De Débora | vendredi, 09 septembre 2011

VOICI L'article 24 de la constitution ivoirienne qui emploie l'expression FDS. elle ne date donc pas de 2002 et n'a pas été créé par GBAGBO comme veulent nous le faire croire certains. c'est une appellation qui regroupe gendarmes, policiers, militaires (FANCI)...comme le note YAO P. c'est l'autre là qui a voulu supprimer tout cela mais il a compris qu'il s'embrouille.
article 24: La défense de la Nation et de l'intégrité du territoire est un devoir pour tout Ivoirien. Elle est assurée
exclusivement par des forces de défense et de sécurité nationales dans les conditions déterminées par la loi.

Écrit par : koigny | vendredi, 09 septembre 2011

En règle générale,je partage les ANALYSES de l'article ci-dessu.Je PENSE que c'est le MOT"ARMEE"que le GOUVERNEMENT OUATTARA aurait du CHANGER.Comme chacun de nous le sait,ces REBELLES-TERRORISTES sont TOUT sauf une ARMEE.Sur quels bases sont faites ces RECRUTEMENTS?ces HOMMES ARMES ne REPRESENTENT pas la REPUBLIQUE de COTE d'IVOIRE mais leur CHEF DE GUERRE,OUATTARA.La SELECTION d'une ARMEE est DRACONNIENE.Des APTITUDES PHYSIQUES et INTELLECTUELLES sont NECCESSAIES.Ces REBELLES PARLENT A PEINE le FRANCAIS.Des TENUES REGLEMENTAIRES sont EXIGES:des UNIFORMES FAITS sur MESURES.Les REBELLES sont SOUVENT FAGOTES n'importe COMMENT.La PREMIERE MISSION de BASE d'une ARMEE est d'ASSURER la SECURITE en PROTEGEANT la POPULATION du PAYS sans AUCUNE DISTINCTION.Or ces CRIMINELs de GUERRE MASSACRENT le petit peuple et les TERRORISENT avec des ARMES.La COTE d'IVOIRE MERITE UNE ARMEE DIGNE de ce NOM COMPOSEE DE MILITAIRES EXPERIMENTES et PROFESSIONNELS.Pas des AMATEURS.Et ce n'est pas une DOMINIQUE OUATTARA qui a ETE SOLDAT dans l'ARMEE ISRAELIENNE QUI NOUS DIRA LE CONTRAIRE.Que ce NOUVEAu POUVOIR ARRETE d'iNFANTILISER les IVOIRIENS.Ils SAVENT MIEUX que QUICONQUE qui sont ces REBELLES

Écrit par : RitaFlower | vendredi, 09 septembre 2011

Merci, chers frères et sœurs pour vos points de vue assez pertinents. Pour ma part, rebelles ils sont, rebelles ils demeureront. Toutes ces acrobaties ne changent rien du tout. Ils restent FRCI!

Écrit par : Dindé | dimanche, 11 septembre 2011

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