topblog Ivoire blogs

samedi, 24 septembre 2011

LEGITIMITE D'ALASSANE OUATTARA - EUGENE KACOU ET LE CNP VEULENT FALSIFIER L'HISTOIRE DE LA COTE D'IVOIRE

 

EUGENE KACOU.gif

Dans sa volonté d'asseoir un régime de fer en Côte d'Ivoire, le chef de l'Etat peut être assuré du soutien à la limite de la folie du patron du Conseil national de la presse, engagé dans une course à l'embrigadement de l'esprit et de la liberté.


Le président du Conseil national de la presse (CNP), certainement pour nous montrer qu'il est au travail, conformément à la promesse d'Alassane Ouattara de remettre ce pays au travail, (comme si tout s'était arrêté avant sa prise de pouvoir), a distribué, hier, à la presse, ses petits biscuits préférés de rappel à l'ordre sur des manquements qu'il aurait noté sur la pratique journalistique. Pour bien faire et pour ne pas être pris à revers sur la partialité légendaire qui transparait généralement de ses courriers, Eugène Dié Kacou a élargi la missive à l'ensemble de la presse nationale. Mais en réalité celle-ci vise les journaux, tels que le quotidien Aujourd'hui, qui refusent jusque-là d'obéir au doigt et à l'œil, à Alassane Ouattara. Pour construire son argumentaire, et prenant appui, selon des indiscrétions sur notre « numéro spécial 19 septembre 2002 », le président du CNP part du constat selon lequel :

« Depuis la fin de la crise postélectorale, des journalistes s'évertuent, dans leurs écrits, à faire admettre à l'opinion que les autorités politiques en place seraient issues d'un coup d'Etat opéré contre leurs prédécesseurs. A cet effet, les concepteurs de ces idées présentent le chef de l'Etat Ivoirien comme un « président installé par coup d'Etat » et son « régime installé par la France », tandis que l'ancien chef de l'Etat est vu comme « renversé par l'Armée française » voire « prisonnier du chef de l'Etat français ». Ce procédé utilisé à foison dans certains journaux traduit, loin du souci d'informer les lecteurs, une tendance inacceptable à la manipulation des faits et de la réalité. Le Président de la République de Côte d'Ivoire exerce son mandat actuel des suites d'élections démocratiques reconnues par la communauté nationale et internationale et, pour lequel, il a été officiellement investi dans ses charges. »

C'est vrai qu'Eugène Kacou est bien dans son élément ; celui de brandir le grand sabre du chef pour trancher la tête à tous les récalcitrants de la cité. Pour mériter son salaire certainement. C'est de bonne guerre, mais de grâce qu'il ne falsifie pas l'histoire, surtout quand celle-ci est aussi récente que la crise postélectorale ivoirienne. Dans sa croisade, le président du CNP nous accuse de vouloir faire passer Alassane Ouattara comme un président installé par coup d'Etat et Laurent Gbagbo comme un président renversé par la France. Peut-être que nous ne maîtrisons pas assez la langue française et n'avons pas fait une école de sciences politiques pour  décrire exactement ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire entre le 9 et le 11 avril derniers, mais nous voulons simplement demander comment appelle-t-on une situation politique où un chef d'Etat accède au pouvoir après que son  prédécesseur, encore en exercice selon les lois du pays, soit arrêté suite à plusieurs jours de bombardements intensifs de sa résidence  par une force étrangère, en l'occurrence la France puis remis à son ennemi ? Nous sommes bien curieux de le savoir, car jusqu'à preuve du contraire, cela n'est rien d'autre, à nos yeux,  qu'un coup d'Etat. Autrement, l'on n'aurait pas eu besoin de larguer quelques 800 tonnes de bombes sur la résidence du président Laurent Gbagbo, pour un simple contentieux électoral. Car en démocratie,et Eugène Kacou devrait le savoir,  ce genre de conflit est réglé par le Droit et non la force. On l'a vu en 2000, aux Etats-Unis et récemment encore en Haïti, où l'on a eu recours au recomptage des voix pour départager les différents protagonistes. Chez nous, malgré les appels incessants de l'ex-chef de l'Etat à recompter les voix, rien n'y fit. Parce que justement, fort du soutien de l'armée française, Ouattara a préféré passer en force. Alors de quoi parle Eugène Kacou ? De quelles « élections démocratiques » parle le président du CNP quand il sait lui-même les conditions scandaleuses dans lesquelles le scrutin s'est déroulé en zones CNO ? Les faits sont encore vivaces dans l'esprit de tous.

Et l'histoire est têtue. Vouloir nier cette réalité, comme le fait Dié Kacou c'est se moquer par exemple, du martyr de toutes ces mères de famille qui ont été malmenées et/ou violées  lors du scrutin présidentiel, au Nord, par les  bandes armées de Guillaume Soro. A défaut d'avoir pour ces dames et toutes les autres victimes, des mots de réconfort, il faut au moins respecter leur douleur et leur dignité. En la bouclant tout simplement. Car il est des moments où le silence est vraiment d'or.  Poursuivant, et comme il fallait s'y attendre, le patron du CNP brandit des menaces : « Le CNP met en garde les auteurs de tous écrits de presse qui travestissent les faits et leur rappelle que pareilles dérives les exposent, eux et leurs organes de presse, à la rigueur de la loi. » Si Eugène Kacou pense ainsi nous amener à nous renier, il a tout faux car jamais le quotidien Aujourd'hui n'acceptera de se faire complice de la dictature qui se met en place sous nos yeux.  C'est pourquoi il continuera à dénoncer avec la dernière énergie, la forfaiture et l'imposture où qu'elles se trouvent, fussent-elles au palais présidentiel. Candidat à la suspension à vie, pour préserver notre liberté d'esprit, le quotidien Aujourd'hui attend donc les petites notes arbitraires du président du CNP.

 

Géraldine Diomandé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 70 du jeudi 22 septembre 2011.

Les commentaires sont fermés.