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samedi, 24 septembre 2011

SCENARIO DU PIRE A ABIDJAN

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Le gouvernement mise sur des législatives fin décembre à Abidjan pour clore la série mortelle dans le pays. Rien n'est pourtant prêt : pas d'argent, pas de sécurité et pas le minimum pour la transparence du scrutin. Le Front populaire ivoirien, l'ex-parti au pouvoir, demande toujours la libération de Gbagbo comme le préalable à une réconciliation dans le pays. Il se plaint aussi du déséquilibre dans la commission électorale. Youssouf Bakayoko, lui, est toujours à la tête de la CEI... Bref, en Côte d'Ivoire, c'est le scénario du pire qui se met irrémédiablement en place.


A moins de quatre mois des législatives prévues officiellement pour la fin de l'année, les forces républicaines de Côte d'Ivoire ont à nouveau fait parler d'elles. A Ziriglo dans la sous-préfecture de Taï d'abord et à Tiébissou ensuite. Pour desserrer la pression autour de lui, le gouvernement maquille ces attaques en des actions de sicaires gagés par l'ancien régime pour le déstabiliser. Les massacres de Ziriglo que tous les témoignages sur place à Taï présentent pourtant comme le résumé mortel de la vengeance des FRCI du coin, ont fait l'objet d'une communication politique. Aussi bien le commandement des FRCI sur place que le gouvernement, ont ainsi accusé les miliciens pro-Gbagbo qui seraient venus du Libéria voisin pour commettre leur forfait avant de s'en aller par la piste dans cette zone extraordinairement militarisée où l'ONUCI a installé ses premières bases militaires.

Les hommes politiques, eux, l'ont compris depuis le début. Leur slogan semble celui-ci : qui veut gagner sans coup férir ménage les forces républicaines de Côte d'Ivoire. C'est ce que dénoncent d'ailleurs les populations de Saïoua qui reprochent à Alphonse Djédjé Mady, qui a des velléités de candidature à la présidence de l'Assemblée nationale, de vouloir profiter de la terreur instaurée par ces forces pour se faire élire député de la circonscription avant de viser la tête de l'hémicycle. Le parti démocratique de Côte d'Ivoire qui a fait l'impasse sur ses ambitions présidentielles pour ne pas gêner Alassane Dramane Ouattara rêve de contrôler l'Assemblée Nationale pour tenir en laisse le Chef de l'Etat.

Or le chef politique des FRCI lui-même Guillaume Soro a décidé de briguer ces législatives pour ne pas mettre entre parenthèses ses ambitions présidentielles. Son duel avec Ouattara dans le nord fait partie des inconnues de cette bataille des législatives qui s'annoncent palpitantes et particulièrement dangereuses. Car pour gagner, la coalition du rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix s'est emparée de tous les postes des commissaires centraux de la commission électorale indépendante (CEI) à l'exclusion de deux,   revenant au Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo toujours en résidence surveillée dans le nord, après avoir été arrêté par les soldats français. Le FPI demande un rééquilibrage des postes parce que ceux détenus par les Forces nouvelles ne se justifient plus dès lors qu'elles affirment avoir intégré l'armée régulière. Sous la présidence Gbagbo, l'opposition détenait la majorité à la CEI avec 16 postes de commissaires centraux. Elle dominait aussi les commissions régionales en raison d'une démultiplication autorisée par Marcoussis et dont le but évident était de faire contrôler le processus électoral par l'opposition.

Tétanisée par la terreur des premiers mois, rythmée par les pillages de domiciles, les vols et les tueries, la base du FPI ne veut plus se laisser conter. La jeunesse du parti lance à partir du 15 octobre prochain un meeting dit de libération. La direction de la JFPI multiplie d'ailleurs à cet égard, des réunions de mobilisation et la peur semble vaincue.

La méfiance voire la haine est perceptible alors que la réconciliation nationale a du mal à se mettre en place. La plupart des ivoiriens n'y voient qu'une foire aux empoignes qui ne fera pas bien mieux que le forum de réconciliation nationale pour lequel l'ancien président avait fait rentrer au pays tous les exilés de l'époque, à commencer par Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Piégé par ses premières déclarations, le président de la commission de réconciliation Charles Konan Banny a réussi à enrôler le footballeur Didier Drogba pour faire partie de la direction de la commission. A quelques mois d'une élection pour laquelle le RHDP se montre particulièrement fébrile, les efforts de réconciliation risquent de ne pas être suffisants. Et puis que faire du cas Gbagbo ? Le régime en place a jusque-là choisi de vouloir le conduire à la Cour pénale internationale (CPI), feignant d'ignorer son impact sur la vie des ivoiriens. L'armée ivoirienne continue de rester une des nombreuses inconnues de la vie publique nationale. En dépit de la défaite militaire de Laurent Gbagbo et de l'allégeance de la plupart des chefs de corps, les FANCI et les FRCI ne semblent pas tout à fait prêtes à vivre ensemble. Et même si les altercations ont sensiblement diminué depuis plusieurs semaines, la cohésion au sein des deux forces est encore problématique.  De plus, il faut craindre que les populations de l'ouest, excédées par les exactions des FRCI se révoltent pour croiser le fer avec les nouveaux seigneurs des lieux. Il faudrait, donc,  peut-être, négocier une paix des braves au sein de l'armée mais aussi dans tout le pays. A commencer par la libération des prisonniers politiques, y compris le Président Laurent Gbagbo avec qui le pouvoir doit négocier la paix, si tant est que c'est ce qu'il recherche.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 70 du jeudi 22 septembre 2011.

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