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vendredi, 07 octobre 2011

APPLE: STEVE JOBS MORT, LA MARQUE PEUT-ELLE ENCORE INNOVER?

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La question est maintenant de savoir si Apple peut survivre sans son génie (SIPA)


L'entreprise est mise au défi de faire ses preuves sans le génie de son cofondateur. Une identité forte et une bourse confiante pourraient ne pas suffire. Par Claude Soula


C'est l'histoire d'un homme aux doigts d'or, qui a réussi tout ce qu'il a touché, ou presque : Steve Jobs a même fait de l'argent avec Next, la société qu'il avait créé en quittant Apple, sans grand succès, mais qu'il a revendu malgré tout à la marque à la pomme. Il est ainsi devenu richissime (plus de 8 milliards de dollars de fortune), tout en faisant d'Apple une des sociétés les plus riches de l'univers (elle possède plus de 75 milliards de dollars en cash disponible !) et une des plus valorisées en bourse (350 milliards de dollars). Sans oublier, au passage, qu'il a été l'un des créateurs de Pixar. Une entreprise qu'il a revendue à Disney, devenant ainsi un des principaux actionnaires de Mickey !

La question est maintenant de savoir si Apple peut survivre sans son génie. Impossible de répondre, bien sûr, de façon certaine. La bourse, elle, le croit, puisque ni les annonces de sa maladie - mortelle, on le savait -, ni de son départ, ni sa mort, n'ont ébranlé sa valorisation : les analystes financiers pensent donc qu'Apple a pris assez d'avance sur ses concurrents pour pouvoir survivre et prospérer. Estimer que la société a la même valeur sans Jobs : un pari paradoxal, voire très optimiste.

Tim Cook, un expert en fabrication et en industrie

Certes, il y a du vrai dans ce jugement : la société ne va pas s'effondrer et son style va se perpétuer. Elle continuera à proposer des Mac, des téléphones mobiles et des tablettes d'une qualité supérieure à celle de la concurrence. Et étant donné qu'elle a des projets dans ses cartons pour un bon moment, les ventes devraient continuer à grimper.

L'inconnue, c'est pour après : comment va-t-elle innover ? De façon surprenante, Steve Jobs s'est choisi un successeur : Tim Cook, un expert en fabrication et en industrie. Il sait "délivrer", faire fabriquer par les usines chinoises et comment alimenter les magasins en bons produits de qualité. Saura-t-il décider ? Saura-t-il dénicher et porter la perle techno parmi les projets que vont lui amener ses ingénieurs ? Saura-t-il pousser ses équipes à bout pour les obliger à concevoir un produit parfait et facile d'utilisation ?

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Exploiter sa renommée

Non, il n'aura pas les qualités de Steve, mais peut être Apple n'en a-t-elle plus - ou moins - besoin aujourd'hui. Le seul défi non relevé de la société, c'est la télévision : elle a tenté de le relever avec son Apple TV, un boitier qui n'a pas convaincu. Des rumeurs faisaient état, au printemps, du fait que le lancement d'un téléviseur était proche. Mais comment être révolutionnaire dans un domaine aussi ancien et grand public ? L'avenir dira si la marque profitera du départ de Steve pour lancer un appareil qui ne serait pas au niveau de rupture technologique habituel...

Car peut être qu'Apple va désormais simplement exploiter sa formidable renommée, son image de marque fabuleuse, pour vendre des objets "normaux", sur le modèle des industriels du luxe qui commercialisent leur renommée et leur talent sous forme de parfums et de lunettes produits en série, mais à prix d'or.

«C'est fini, Steve est fatigué»

Il y a quelques années, j'avais eu la chance de rencontrer Steve Jobs pour une interview avec quelques journalistes européens. La seule chose qui m'avait frappé, c'était la folie qui régnait autour de lui. J'avais alors réalisé qu'il était un gourou antipathique, qu'Apple était une secte, et que ceux qui l'entouraient étaient absolument terrorisés par sa seule présence. L'équipe européenne d'Apple ne savait rien de ce que voulaient ou pensaient faire leurs homologues américains, qui décidaient secrètement de tout. Les Américains voulaient tout contrôler, tout savoir de ce que nous voulions faire, nous les journalistes.

On nous avait donc demandé à l'avance de n'aborder que certains points et de laisser ce qui fâchait potentiellement Steve de côté. Quand la discussion avait débuté, il n'avait pas fallu longtemps pour que l'un d'entre nous pose, malgré tout, une de ces questions qui fâchent un peu. Steve l'avait bien pris, mais le staff autour de lui était décomposé de peur. Et cinq minutes plus tard, une matrone était intervenue pour tout arrêter, nous disant : "C'est fini, Steve est fatigué".

Des courtisans apeurés

C'était avant son cancer. La discussion, prévue pour durer 45 minutes, s'était arrêtée au bout de 15 minutes et Steve lui-même semblait surpris par l'intervention de la matrone. Surpris, mais soulagé quand même. J'avais eu l'impression que tout ce cirque ne montrait qu'une chose : Steve était entouré d'une bande de courtisans apeurés, tachant de lui faire plaisir, de répondre à ses désirs avant que ceux-ci ne se manifestent. Des gens qui seraient incapables de vivre sans lui, de respirer sans lui, de décider sans lui. C'est le  propre des génies irritables : ils ne supportent pas la contradiction et s'entourent de personnes médiocres : les seules qui peuvent se plier à leurs désirs.

Un talent va-t-il émerger et prendre les choses en main malgré tout ? C'est tout le mal qu'on souhaite à Apple : que Steve ait su engendrer et former quelqu'un, que malgré ses apparences de tyran, il ait su transmettre. La société est assez riche et puissante pour s'égarer et faire quelques erreurs, mais si elle veut survivre longtemps, elle ne pourra s'accorder le luxe de décevoir ses fans et adorateurs... Faire vivre le mythe va bien être une gageure.

Claude Soula


Source : LE NOUVEL OBSERVATEUR

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