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vendredi, 30 décembre 2011

LA COTE D'IVOIRE DU TROMPE-L'ŒIL ET DE LA COM

 
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Depuis l'avènement du pouvoir Ouattara, dans les conditions calamiteuses que l'on sait, nous avions espéré qu'au bout de huit mois d'exercice et de règne sans partage (l'opposition étant totalement absente de la gestion d'Etat), un certain nombre de promesses faites par le nouveau régime et la normalisation de la vie sociale et politique ivoirienne allaient devenir réalité pour permettre aux Ivoiriens de retrouver leur quiétude et se refaire une nouvelle vie. Au décompte final, tout cela n'aura été que leurre et chant de sirène.

Quand un pays vient de connaître la fracture profonde qui a été celle de la Côte d'Ivoire, le souci premier, que commandent la gravité de la situation et l'urgence de faire la paix, devrait être la réconciliation nationale. Par la faute de nos dirigeants actuels, cette réconciliation est au point zéro. Peut-on avoir déporté Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI) et espérer une réconciliation? Et pourtant, le chef de l'Etat Alassane Ouattara l'avait promis: rassembler à nouveau les Ivoiriens, allait être sa priorité. Il les a plutôt à jamais divisés. Et se complait avec son régime dans une jubilation impudique des « vainqueurs ». Seul son camp et lui ont, aujourd'hui, le sourire et semblent revivre. Le reste de la Côte d'Ivoire est dans la douleur et la souffrance morale. Il ne semble guère s'en apercevoir, lui qui clame sur les chaînes internationales que tout va pour le mieux en Côte d'Ivoire et que notre pays passera bientôt à un taux de croissance à deux chiffres, là où, en cette fin d'année 2011, la Côte d'Ivoire enregistre -7% de taux de croissance.

Des centaines d'entreprises ont fait faillite des suites de pillages et des effets de la crise postélectorale, d'autres peinent à retrouver leur rythme normal d'activités, des milliers d'Ivoiriens sont ainsi au chômage et ne peuvent faire la fête avec leurs familles, ni pour Noël ni pour la Saint-Sylvestre. D'autres, plus chanceux, vivent à moitié salaire dans des sociétés sous contrôle budgétaire et sous mesures techniques. Certains autres ne perçoivent leurs émoluments que par à-coup, avec des arriérés de salaire de plusieurs mois. Des familles Ivoiriennes souffrent ainsi atrocement pendant que le régime ivoirien verse dans le jubilatoire et la célébration victorieuse. Les vrais problèmes des ivoiriens sont éludés ou ont peu de place en son cœur.

Prenons l'exemple de l'Ouest de la Côte d'Ivoire. On en parle très peu, mais cette région a un besoin désespéré d'aide. Les massacres y ont laissé des séquelles à vie, les destructions et les pillages des FRCI y ont été innommables. Des milliers de Wè n'ont plus de demeures où vivre ni de plantations où cultiver de quoi survivre. Bien de leurs terres sont occupées par les « vainqueurs » de la crise postélectorale, les laissant orphelins et sans ressources dans leurs propres terroirs. Le chef de l'Etat qui y avait promis une visite d'Etat a remis son voyage sine die. Pire, il a fait déguerpir les camps de réfugiés et de déplacés situés dans les missions catholiques, en prévision de sa tournée dans l'Ouest, jetant une fois de plus des centaines de familles à la rue, sans ressources, sans aucune prise en charge de l'Etat. Comment peut-on annoncer au monde entier que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en Côte d'Ivoire quand des centaines de milliers d'Ivoiriens sont à la ruine et au désespoir? Qu'on nous dise concrètement ce qui a été fait pour l'Ouest de notre pays, si tant est qu'on peut prétendre nous apporter un quelconque démenti.

Les ONG Care, Oxfam et le Conseil Danois pour les Réfugiés sont formelles: l'Ouest de la Côte d'Ivoire est un creuset de misère et de désolation. Les informations recueillies par leurs soins auprès des «personnes déplacées et retournées chez elles pendant les mois de juillet et août (2011) révèlent que les conditions pour des solutions durables aux déplacements ne sont pas remplies. De trop nombreux retournés continuent de faire l'objet d'attaques, de harcèlement et d'intimidations dans leur zone d'origine, et beaucoup ont un accès limité voir pas d'accès du tout aux services de base et aux mécanismes de protection. Une large proportion a perdu ses documents officiels et n'a pas accès à des mécanismes de restitution de la propriété ou de compensation pour les pertes encourues, tandis que beaucoup n'ont pas encore été en mesure de réunifier tous les membres de leur famille. Un nombre significatif de personnes déplacées n'est toujours pas prêt à retourner en raison de la peur d'attaques, du manque d'accès à leur terre ou du manque de moyens de subsistance», ont révélé ces ONG. La situation n'est pas plus reluisante, quatre mois après. Bien au contraire !

Il ne s'agit guère d'y faire une ou deux virées hyper-médiatisées, qui ne résolvent rien, avec quelques denrées, du reste largement insuffisantes. Il faut un plan national d'urgence et de salut public pour cette région du pays. Une sorte de plan Marshall pour l'Ouest. A-t-il eu un début de commencement? Trois fois, non ! Et pendant ce temps, à quoi a-t-on droit ? L'achat de 40 berlines Mercedes acquises à plus d'un milliard de nos francs pour notre gouvernement, qui n'était pas précisément le moins nanti au monde de ce point de vue, aux slogans du genre « on a fait plus que Gbagbo en quelques mois », à des opérations de salubrité boiteuses et sélectives (Adjamé et Abobo, fiefs du RDR d'Alassane Ouattara restent encore intouchées et désespérément intactes) qui tardent à s'étendre à l'intérieur du pays et des séances d'illumination d'Abidjan qui s'apparentent plus à un culte maçonnique de l'obédience Memphis-Misraï, avec tous les symboles mystiques de l'Egypte ancienne (le serpent, le compas, le triangle flamboyant, l'œil d'Osiris, l'équerre maçonnique, la règle graduée, l'étoile flamboyante), qu'à une opération d'embellissement festif de la ville d'Abidjan.

Les campagnes de communication politique que sont les cérémonies de lancement de travaux et d'inauguration d'œuvres et d'ouvrages déjà programmés et budgétisés sous la gouvernance Gbagbo sont également à relever, à ce titre (Pont Riviera-Marcory, Pont de la 7ème tranche d'Angré, restauration de la voirie, traitement des eaux, travaux d'assainissement, etc). Toutes ces opérations ne visent qu'à donner le sentiment que le nouveau régime ivoirien est au travail, sous le génie d'Alassane Ouattara. Il n'en est rien. Ce n'est qu'un trompe-l'œil, au même titre que toutes les acrobaties médiatiques auquel se livre le nouveau pouvoir à l'étranger pour se targuer d'un retour de la Côte d'Ivoire sur l'échiquier international. La pluie de milliards annoncée a fait long feu. Pendant que prospère une justice des « vainqueurs » qui demande des comptes aux seuls pro-Gbagbo, en prison ou en exil (lui-même étant déporté à la CPI), que des milliers d'Ivoiriens demeurent encore au comble du désastre et de la pauvreté et que les FRCI continuent de semer mort et désolation dans le pays, sans être inquiétés, malgré un ultimatum plus médiatique que réel du chef de l'Etat, qui n'a vu le jour que parce que des malinké pro-Ouattara ont été tués à Vavoua par des soldats tout aussi pro-Ouattara, qui se sont rendus coupables de massacres à Duékoué et de crimes dans tout le pays sans jamais en répondre, ni en Côte d'Ivoire ni devant la CPI. Voici les vrais problèmes de la Côte d'Ivoire. Et c'est là que les Ivoiriens l'attendent. Mais Alassane Ouattara n'y touche pas. La réconciliation est au point mort. L'opposition, réduite au silence. Les universités publiques fermées. Il n'en a cure. Il préfère gouverner la Côte d'Ivoire en trompe-l'œil et par coups médiatiques. Plus soucieux de son image personnelle que des priorités des Ivoiriens, qui lui ont envoyé un signal fort aux législatives, avec un taux d'abstention record que même la presse internationale a qualifié de «désert électoral».

Sur le dossier de la restauration de la voirie, un brillant article du blogueur Fabien d'Almeida, sur le site « Pensées Noires », nous révèle qu'au premier trimestre 2009, Monsieur Bouaké Fofana, alors Directeur Général de l'AGEROUTE (Agence de Gestion des Routes), avait accordé un entretien à un mensuel économique ivoirien, « Tycoon », s'inscrivant dans un dossier de six pages intitulé «Où va la route ivoirienne?». Il relève un détail croustillant : le directeur de publication dudit magazine est un certain Fabrice Sawégnon. Pour rappel, cet homme est l'artisan de la campagne de communication d'Alassane Ouattara aux élections présidentielles de 2010. L'on le dit très proche d'Hamed Bakoyoko et on ne pourrait pas le soupçonner d'être un pro-Gbagbo. C'est pourtant son magazine qui, affirme Fabien d'Almeida, sous la plume du journaliste Francis Yédan, a publié cet excellent travail d'investigation qui annonçait, alors, le projet de réhabilitation du réseau routier actuellement en cours et dont se targue abusivement le camp Ouattara:

« Avec la période post-crise qui s'annonce, le financement des bailleurs de fonds dans ce secteur [routier] a repris. La réhabilitation d'infrastructures routières à Abidjan et à Bouaké, d'un coût total de 28 millions de dollars E.U [14 milliards de francs CFA, Ndlr] est effective. Ce, dans le cadre du Projet d'Urgence d'Infrastructures Urbaines (PUIUR) financé par la Banque Mondiale. La composante 4 de ce projet est réservée aux infrastructures routières. Les routes exploitées par les services de transport public, les travaux d'amélioration, la fourniture et l'installation de panneaux routiers verticaux sont les principaux axes de cette composante. Egalement au nombre de cette composante, le marquage horizontal sur le plus de routes possibles et la réhabilitation de 7,2 km de voirie revêtue à Bouaké. Huit axes routiers (12,4 km de voirie revêtus) empruntés par la SOTRA seront réhabilités à Abidjan. Ajoutée à cela, la construction d'une passerelle à piétons, d'un pont de 120 mètres [à la Riviera 2, Ndlr] et d'une route à la Riviera Palmeraie [celle réalisée depuis 2009-2010 qui relie la Riviera Attoban à la Riviera Palmeraie, Ndlr]. La composante 3 du PUIUR financée à hauteur de 12 millions de dollars E.U est consacrée à l'élimination des principaux dépôts sauvages dans l'agglomération urbaine d'Abidjan. Quand on sait que les ordures jonchant les routes déversent un liquide corrosif. L'assainissement urbain (eaux usées) constitue la composante 2 du PUIUR. 15,2 millions de dollars E.U [7,6 milliards de francs CFA, Ndlr] sont déjà mobilisés. La réhabilitation des principales stations de pré-pompage, de pompage, des égouts secondaires, constituera une bouffée d'oxygène pour le réseau routier abidjanais. Vu le nombre de canalisations bouchées et autres problèmes d'assainissement. La phase active du PUIUR [composante 1] est prévue, dans quelques semaines, pour une durée allant de quatre (4) mois à quatre (4) années [...] ».

Cet article a non seulement le mérite de dévoiler le mensonge odieux qui a prospéré jusqu'à ce jour sur « l'arrêt total du financement des bailleurs de fonds à la Côte d'Ivoire avant le 11 avril 2011 », sur « le manque de volonté ainsi que l'inaptitude de l'ancien pouvoir à faire face au problème de l'insalubrité publique », mais aussi et surtout, « l'opportunisme trompeur » qui attribue ce résultat au génie d'Alassane Ouattara. Pour Fabien d'Almeida, « c'est tout simplement faux. L'équipe gouvernementale actuelle ne fait que poursuivre un projet qui était déjà amorcé avant que la crise postélectorale ne le mette en veilleuse, temporairement ». « Là, pourtant, n'est pas le plus important, selon lui. L'article du magazine Tycoon rappelle surtout que la restauration des routes ivoiriennes est le résultat d'un processus qui s'est étendu sur plusieurs années et qui a rassemblé diverses compétences nationales, en matière de finances, d'ingénierie technique, etc ».

Cette performance remarquable de la gouvernance Gbagbo a été récupérée à son compte par le pouvoir Ouattara, sans aucune humilité ni honnêteté mais pire, il a fait passer le président Gbagbo pour un incapable et un pilleur, lui qui a réussi l'exploit de boucler tous ces projets et à financer, dans le même temps, les élections les plus chères du monde ainsi que la sortie de crise la plus budgétivore d'Afrique, au moins.

Vivement que le nouveau régime ivoirien attaque enfin les vrais problèmes des ivoiriens plutôt que de faire de la com' et que l'année nouvelle 2012 apporte joie et paix au peuple mien.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 403 du jeudi 29 décembre 2011.

Commentaires

Merci Fernand,

Cet article vient mettre à nu les tromperies du nouveau régime; des contrats qui ont déjà eu un début d'exécution et ne font que suivre leur cours normal, sont présentés comme des cadeaux du nouveau régime. Gouverner, c'est pas mentir au peuple, les vrais problèmes sont là, où sont passées ces ONG qui ne faisaient que compter les morts?

Les événements de Vavoua, Duékoué, Grand-Lahou, Sikensi sont passés sous silence. Ces ONG sont toutes fausses, elles sont financées par la soi-disant communauté internationale et n'ont en réalité aucune autonomie tant financière qu'en matière de communication; tout leur est dicté.

Loin de rassembler les ivoiriens, ce gouvernement les divisent. Et l'Ouest paye plus dans cette crise et rien n'est fait. Que peut-on espérer de ce régime ? A mon avis, rien et c'est bien dommage; combien de temps ces souffrances dureront-elles ? Que Dieu nous bénisse !

Écrit par : A. Léopold | vendredi, 30 décembre 2011

psaume 127:1/ Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent, travaillent en vain.
Nous sommes en train d'expérimenter cette parole du Dieu tout puissant.
Sur quelles fondations ont ils bâti leur conquête du pouvoir?
L’éternel est l'Alpha et l’Oméga. le début et la fin
que son Nom soit glorifié car le mensonge ne peut prospérer longtemps ainsi que le mal.

Écrit par : NINA | vendredi, 30 décembre 2011

Ah! merci ma soeur! Eux-mêmes, ces individus programmés à gouverner par la france reconnaissent qui'ils sont dans le faux. De ^même qu'On ne peut bâtir une maison sur une fondation de sable, de même on ne peut bâtir un pays sur le mensonge teinté d'évènements mystiques. C'est pourquoi ma soeur, je parie que Dieu va frapper ce régime fantoche à coloration néo-coloniale.
Wait and see! Time is the Other Name of our Almighty God, whose Son is Jesus....

Écrit par : Amani | vendredi, 30 décembre 2011

C'est un BILAN CATASTROPHIQUE après 8 MOIS d'exercice au pouvoir!cet article me prends aux TRIPPES!c'est encore PIRE que tout ce que je peux m'imaginer.Les IVOIRIENS souffrent tellement dans leurs chair.OUATTARA doit sa survie médiatique à sa COMMUNICATION sur le plan INTERNATIONAL.Il a besoin d'exister par ce CANAL VISUEL.La situation dans l'ouest du pays est plus qu'inquiétante.Les problèmes cumulés non réglés sont tellement nombreux,je ne vois pas comment ce pouvoir pourra les gérer efficacement les uns après les autres.Avec aussi la COMPOSITION d'un gouvernement de MINISTRES aux ordres.INSTALLER au moins un ETAT de DROIT pour la sécurité de tous!

Écrit par : RitaFlower | samedi, 31 décembre 2011

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