topblog Ivoire blogs

jeudi, 19 janvier 2012

GBAGBO, L'HISTORIEN

LAURENT GBAGBO 12.jpg

Le Chef de l'Etat, Alassane Ouattara, lors du traditionnel message présidentiel à la nation le 31 décembre 2011 à 20 h sur la RTI 1, a tenu les propos suivants : « En 2012 la Côte d'ivoire étonnera le monde ». Etait-ce une prophétie ? Sans doute au regard d'un événement quasi-invraisemblable qui s'est produit.

En effet, depuis quelques jours une étonnante nouvelle est relayée par presque toute la presse ivoirienne et certains journaux français. La très tristement célèbre Cour Pénale Internationale s'est vu comme obligée de reconnaître que le Président Gbagbo, le plus médiatisé de tous les prisonniers de son existence, serait indigent. Du moins au stade actuel de ses investigations sur lesquelles on peut parier sa tête sans aucun risque que mêmes les services secrets et autres agences spécialisées de renseignements occidentaux ont collaboré dans la forte espérance de trouver ne serait-ce qu'un compte vide à l'étranger.

La Côte d'ivoire a vraiment étonné le monde. Comment un président accusé de tous les péchés d'Israël, accusé de crimes économiques par la justice de son pays peut-il être indigent ? Comment quelqu'un à qui son opposition prêtait des milliers de milliards, qui s'avèrent imaginaires, dans les banques suisses est-il incapable de financer sa propre défense ? Comment les occidentaux ont pu geler des avoirs qui n'existent pas ? C'est très étonnant ça ! Vous ne voyez pas ? A l'annonce de cette information historique, un ami ouattaraïste convaincu jusqu'à la moelle des os a cru bon de me persuader par un raisonnement digne d'un analphabète du moyen-âge. Pour lui : les Blancs ont déclaré Gbagbo indigent afin de mettre la main sur ses milliers de milliards dans l'objectif de les remettre à ADO pour développer la Côte d'Ivoire.

Fasciné par l'imagination stérile et sans bornes de mon ami, je me suis tout simplement abstenu, par prudence, de croiser le verbe avec ce dernier de peur de le voir appeler les FRCI quand il sera sans doute en difficulté dans le débat contradictoire. La Sagesse, c'est l'Art de vivre plus la prudence, disait les anciens Grecs.

Revenons à cette révélation historique de la part des juges de la CPI qu'on ne peut pas accuser de rouler pour Gbagbo. Tout le monde sait que Gbagbo est historien de formation. Il a enseigné en qualité de professeur d'histoire et géographie au lycée classique, lequel lycée qui l'avait déjà reçu en tant qu'élève. Il a par ailleurs soutenu une thèse de doctorat à l'université la Sorbonne-Paris VII, en 1979, sur les fondements de l'économie ivoirienne. On lui doit plusieurs publications dont deux que j'apprécie personnellement : Réflexions sur la Conférence de Brazzavile, édité par les éditions Clé, en 1978, à Yaoundé et Soundjata, Lion du Mandingue. C'est le premier texte écrit du Président Laurent  GBAGBO, cependant  ce n'est pas son premier livre publié. C'est une pièce de théâtre.

A l'époque il enseignait en tant que jeune professeur d'histoire et de géographie au Lycée classique d'Abidjan. Il est important de préciser qu'il avait 26 ans en ce temps. Cette pièce de théâtre a été écrite en prison, à la lumière d'une lampe électrique, entre 1971 et 1973 à Séguéla. A sa sortie de prison, quand il a présenté le manuscrit, aucun éditeur ne voulait le prendre en Côte d'Ivoire à moins, l'a-t-on conseillé, de le publier sous un faux nom, surtout que le titre initial était : Et le lion rugira. C'est après la publication de son deuxième manuscrit intitulé Réflexions sur la Conférence de Brazzaville, en 1978, aux Editions Clé à Yaoundé que les Editions CEDA ont accepté de publier le texte en 1979 avec son nom mais sous le nouveau titre Soundjata, Lion du Mandingue.

Aussi, c'est un secret de polichinelle que le Président Gbagbo a toujours affiché sa fierté d'être historien. Il disait à ses proches que c'était pour devenir président de la république qu'il avait changé de spécialité pour étudier l'histoire. Rappelons que la bourse d'étude qu'il avait reçu pour aller poursuivre ses études universitaires en France était pour les langues grecques et latines. Selon lui, quand il a commencé à militer vraiment il s'est rendu compte que la connaissance de l'histoire de l'Afrique lui manquait. Il avait l'habitude de dire qu'il n'avait jamais vu d'ignorant dans les luttes révolutionnaires. La mémoire bien exercée étant l'une des qualités premières d'un historien, Laurent Gbagbo, en « professeur de stratégie politique », selon l'expression de Blaise Pascal Talla, ressassait souvent : « Eux, ses adversaires, ils font de la communication, moi je fais de la politique et de l'histoire. ». De plus, lorsqu'il est élu président et investi ensuite le 26 octobre 2000, selon des témoignages concordants, il a réunit ses enfants et leur a tenu en substance ces propos : « Je vais gouverner ce pays sans voler 5 francs pour ne pas qu'après, on dise en vous voyant : voici les enfants de celui qui a volé les ressources de son pays. »

Par ailleurs, lors de la remise officielle du film-documentaire : « Un Homme, une Vision » réalisé par le cinéaste Abdérhamane N'Diaye, il racontait que lorsqu'il était élève au Classique, lui et plusieurs de ses amis voulaient devenir président de la république. Certains disaient comme il fallait beaucoup d'argent pour faire la politique et devenir président, ils allaient être d'abord homme d'affaires, gagner beaucoup d'argent et chercher à être président. Quant à lui, Gbagbo, sachant depuis longtemps où il allait, il disait qu'il ne ferait pas d'affaires car on ne pouvait pas faire des affaires sans avoir les mains sales. Ainsi, étant pauvre et ayant les mains propres, il allait être président. L'avenir lui a donné raison.

Sima Quian (145-86 av. J.-C.), le premier historien chinois, affirmait avec assurance : « Ceux qui n'oublient pas le passé sont maîtres de l'avenir. » Dans ce même discours, il précisait que le pouvoir a un seul usage : celui de servir le peuple. Pour lui, si quelqu'un fait de la politique et devient très riche, c'est que c'est un voleur. Il y a certains métiers où on ne vient pas pour être riche, disait-il. Il est donc légitime de savoir qu'elle aurait été l'ampleur médiatique de l'affaire si on avait découvert ne serait-ce qu'une brique ou un appartement privé dans un pays occidental ? On imagine les journalistes de France 24 en train de s'égosiller sur cette information. Car Gbagbo disait à chaque fois qu'il était peut-être le seul chef d'Etat africain qui n'avait pas de maison ni de compte à l'étranger. Assurément, Gbagbo ne fait pas seulement de la politique, il fait de l'Histoire. Car cela aurait été une grande humiliation et un déshonneur pour le Digne Peuple Ivoirien et pour les Panafricanistes si on avait découvert le contraire.

Laurent Gbagbo disait à l'occasion de l'ouverture du 2ème Sommet international du Congrès de la Jeunesse Panafricaine (COJEP), le samedi 18 décembre 2004, au Palais des Congrès de l'Hôtel Ivoire à Cocody : « La première chose qu'il faut comprendre, c'est que dans toutes négociations, même si elles sont techniques, c'est la dignité. Oui, nous sommes les combattants de la dignité. L'Afrique veut le respect. Je négocie avec toi un prêt. Si tu veux, tu me le donnes. Si tu ne veux pas, tu le dis. Tu peux me dire : "Je te fais un prêt, voici les conditions". Moi aussi, j'accepte tes conditions ou je ne les accepte pas. Mais l'irrespect ne peut pas être accepté par les générations à venir. L'indignité ne peut pas être acceptée par les générations à venirLa génération que je représente, c'est de donner la dignité, c'est de forcer le respect. ... Nous n'avons absolument rien contre le peuple français. Mais, quiconque, au nom d'intérêts idéologiques ou économiques, veut nous asservir nous trouvera débout ! La mort vaut mieux que le déshonneur. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m'a élu. Jamais ! » Il avait déjà écrit dans Soundjata, lion du Mandingue : « Ecoutez ma parole car elle est pure de tout mensonge./ Elle a la limpidité de l'eau de pluie /Et la violence de l'ouragan. / Le monde est malheureux Parce que les hommes ne se souviennent pas. / Or hier n'est pas encore loin. Et demain est profond, D'une profondeur pleine d'espoir. Ecoutez ma parole : elle ne sait qu'avancer ! / Ecoutez ma parole : l'Histoire est Vérité ! (1) »


(1) GBAGBO Laurent, Soundjata, Lion du Mandingue, Abidjan, CEDA, 2006, p.  102


Imhotep MAÂT

imhotep_ouhem.mesout@yahoo.fr

Commentaires

Très beau texte plein de sagesse.

Je reviens sur un passage qui me conforte dans ma position adoptée vis à vis des admirateurs de ouattara. Il ne faut jamais engager des débats d'idées avec ces partisans et symphatisans de ouattara car il est difficile de faire changer quelqu'un qui n'a aucune formation accadémique. Son monde et son environnement sociologique sont ses seules reférences alors que vous voulez qu'il accepte comme autre vérité? Au delà de tout ils pratiquent tous du fanatisme alors pouvez vous changé des fanatiques, il vous faudrait une cure de désintoxication de haut niveau.
J'ai commencé à rire quand j'ai parcouru les échanges sur ce blog entre mon frère et ami El Haj Bah et un certain waraba. J'ai juste souhaité courage à El Haj Bah qui a tout tenté hélas.
Que Dieu veille sur ce digne fils de Côte d'Ivoire et tous ces ivoiriens dignes qui vivent le martyre actuellement.

Écrit par : Intelligenciahomme | jeudi, 19 janvier 2012

Notre président est un homme admirable et cultivé,conscient,rigoureux ayant l'amour pour son pays ,sa terre d'Afrique qui malheureusement a eu sur son chemin deux charognards(ADO et BEDIE) sans scrupules,irréfléchis qui se sont alliés à des vampires misérables pilleurs d'Afrique,malgré l'insuccès de leurs magouilles,avec tout ce que ces occidentaux nous volent,leur voracité depuis l'esclavage a aujourd'hui les entraîne de crise en crise,a la destruction du beau monde crée par notre créateur.Que Dieu protège et,sauve notre président et tous ceux qui sont pourchassé par ces vautours.

Écrit par : marie21 | jeudi, 19 janvier 2012

L'Occident de tout temps est négatif et ne promeut que la MÉDIOCRITÉ pour mieux mener les médiocres là où il veut. Ceux ci n'ont aucune dignité et traînent toujours des casseroles. Un exemple. Si la Dignité faisait partie des valeurs cardinales selon leur échelle d'appréciation,comment pouvait il faire la promotion jusqu'à vouloir en faire un chef d'Etat par tous les moyens quelqu'un qui n'a aucune gêne à VOLER et renier sa nationalité au point de tricher et d'inventer des pass ports flambant neufs pour des grands parents et parents datant d'une époque où on ne parlait pas encore de pass-port. Tenez vous au format des pass-port actuel. Un président tricheur,faussaire et quoi encore? Quel modèle peut être celui qui devait être"le premier des ivoiriens" Cela seulement me coupe l'appétit. Heureusement que NOUS AUTRES IVOIRIENS ne sommes nous pas cela. Merci Bon DIEU de ne m'avoir pas fait comme ce type d'homme. L'HONNEUR la DIGNITÉ c'est ça l'HOMME et non des titres à tous les prix surtout au plus vil!

Écrit par : FORTUNATO | vendredi, 20 janvier 2012

Les commentaires sont fermés.