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samedi, 21 janvier 2012

ECHANGES DE VŒUX ENTRE LE CHEF DE L’ETAT ET LA PRESSE: LES GRANDES CONTRADICTIONS DE OUATTARA

 

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Les journalistes nationaux et internationaux ont présenté leurs vœux de nouvel an au chef de l'État, le mercredi 18 janvier dernier. A cette occasion, Ouattara a tenu un discours qui est en nette contradiction avec les actes qu'il pose sur le terrain.

« J'ai une grande estime et de la considération pour les journalistes. Nous avons l'ambition de faire plus et donner à votre métier ses lettres de noblesse pour bâtir une Côte d'Ivoire démocratique, et vous êtes un acteur essentiel pour la démocratie.» C'est la profession de foi faite, le mercredi 18 janvier, par Alassane Dramane Ouattara lors des échanges de vœux avec la presse nationale et internationale accréditée en Côte d'Ivoire. Le nouvel homme fort du pays va même plus loin : «Je vous donne l'assurance que la liberté de presse sera respectée. J'entends renforcer les conditions de libre exercice de votre métier, car il ne peut y avoir de démocratie sans une presse libre.»

Et s'adressant aux journalistes, notamment à ceux des médias d'Etat, Ouattara recommande : «diversifiez vos sources et donner la parole à tout le monde pour favoriser le débat contradictoire. Car c'est la diversité des idées qui renforce la démocratie.»

A entendre un tel discours mielleux, on croirait avoir affaire à un démocrate qui accorde une place de choix à la liberté de la presse. Que non ! En ce sens que le discours flatteur de Ouattara est en réalité en parfaite contradiction avec les actes qu'il pose à la tête de l'Etat de Côte d'Ivoire.

En effet, on ne peut pas avoir de l'estime et de la considération pour les journalistes et les jeter en prison. Non pas parce que ce qu'ils ont écrit est faux, mais simplement parce que le pouvoir a estimé qu'ils ne devraient pas écrire ce qu'ils ont écrit quoique cela reflète la réalité. Ce fut le cas des journalistes de Notre Voie, César Etou, directeur général de la Refondation et directeur de la publication de Notre Voie, Didier Dépry, secrétaire général de rédaction et Boga Sivori, chef du service politique, qui ont été récemment jetés arbitrairement en prison avant d'être déclaré non coupables par le tribunal des flagrants délits. Mais ce qui est plus écœurant dans cette affaire, c'est que ces journalistes ont été jetés en prison malgré l'existence d'une loi interdisant les peines privatives de liberté pour un délit de presse. Une loi qui a été fait votée sous l'impulsion du président Gbagbo en 2004. Pour contourner cette loi, Ouattara et sa justice aux ordres ont de façon fantaisiste requalifiée le chef d'accusation des journalistes de Notre Voie. Accusés au départ «d'offense au chef de l'Etat» et «d'atteinte à l'économie nationale» à la police criminelle où ils ont été internés dans des conditions exécrables pendant six jours, ils se sont vus opposés le délit «d'incitation au vol et au pillage des biens d'autrui» une fois arrivés chez le procureur de la République. Et c'est sur la base ce dernier chef d'accusation qu'ils ont été internés à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) pendant une semaine pour rien.

Mais avant les trois journalistes de Notre Voie, Franck  Kouassi, précédemment président du CNCA, Herman Aboa journaliste à la RTI, Armand Bohui journaliste indépendant, Serges Bogouet et Germain Guézé cadreurs à la RTI, ont été injustement détenus dans diverses prisons du pays sous de fallacieux chefs d'inculpation. Et si certains bénéficient aujourd'hui d'une mesure de liberté provisoire, Gnahoua Zibrabi directeur de la publication de l'œil du Peuple, reste détenu à Boundiali pour des raisons obscures.

En moins d'un an d'exercice du pouvoir d'Etat, Ouattara a à son actif le triste bilan de 9 journalistes emprisonnés. Cela fait une moyenne d'un journaliste emprisonné par mois.

Beaucoup d'autres journalistes sont aussi contraints à l'exil par le régime Ouattara. Mais le régime de Ouattara a surtout sur la conscience l'assassinat d'un journaliste, Sylvain Gagneteaud tué par les combattants pro-Ouattara à Yopougon.

Quand on milite pour la démocratie et la liberté de la presse, on ne met pas en place des mécanismes pour museler la presse de l'opposition. En effet, le Conseil National de la Presse (CNP) version Eugène Kacou, du reste illégalement constitué, est le bras armé du régime Ouattara chargé de mettre la presse au pas. Il s'autorise à dire aux journalistes ce qu'ils doivent écrire et ce qu'ils ne doivent pas écrire. Les récalcitrants sont purement et simplement suspendus pour des périodes allant jusqu'à un mois.

Les journaux comme Notre Voie, Le Temps et Aujourd'hui qui refusent de hurler avec les loups ont fait l'amère expérience.

Par ailleurs, Ouattara déclare qu'il est pour les débats contradictoires et il conseille même aux organes d'Etat de donner la parole à tout le monde. Ça aussi, c'est contraire à ce qui se passe sur le terrain. En effet, on ne peut pas être favorable aux débats contradictoires et empêcher la présentation d'un simple livre. Figurez-vous qu'au même moment où Ouattara faisait son discours flatteur, sur instruction de son ministre de l'intérieur, les FRCI empêchaient la présentation du dernier livre de Charles Blé Goudé au Baron de Yopougon. Les «forces pro-Ouattara» avaient interdit au présentateur du livre de parler des élections présidentielles passées. Et même de faire simplement allusion à ces élections. Et pourtant, le livre de Blé Goudé accorde bien évidemment une place de choix aux élections de novembre 2010.

Comment peut-on demander à des Ivoiriens de ne pas parler des élections qui ont marqué de façon indélébile la vie de la Nation ? Les élections de novembre 2010 qui ont opposé Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara se sont soldées par la guerre qui a vu une force militaire étrangère en l'occurrence l'armée française, intervenir en Côte d'Ivoire. De sorte que le contentieux électoral créé par la proclamation de deux vainqueurs, l'un, Alassane Ouattara par le président de la Commission électorale indépendante (CEI), et l'autre Laurent Gbagbo, par le Conseil Constitutionnel, n'a toujours pas été vidé. En lieu et place du recomptage des voix que sollicitait le président Gbagbo pour départager les deux candidats, la communauté internationale avec en prime la France a préféré la guerre pour imposer Ouattara. Et la guerre qui a été faite à la suite de ces élections a fait selon les chiffres des nouveaux tenants du pouvoir au bas mot 3000 morts. Cela n'était jamais arrivé à notre pays. C'est une hécatombe qui aura marqué l'esprit des Ivoiriens. Interdire aux populations de parler de ces élections est un signe de la naissance d'une dictature pernicieuse et dangereuse.

On ne peut pas non plus dire qu'on est favorable au débat contradictoire et réprimer les manifestations des partis politiques et interdire aux médias d'Etat, la couverture de leurs activités. Qui ne se souvient pas, en effet, de la répression qui s'est abattue de façon violente et sauvage sur les meetings du FPI à Koumassi et à Yopougon ? Et depuis que Ouattara a été installé au pouvoir par la France, les activités du FPI n'ont jamais été couvertes par les organes de presse de l'Etat. Aujourd'hui, les médias d'Etat sont pris en otage par ceux-là mêmes qui criaient hier à l'exclusion et à la marginalisation de leur mouvement.

Ouattara n'a pas changé

Mais il y a plus grave. Il nous est revenu que Mme Mariama Da Chagas, directrice marketing et commerciale de la RTI a refusé la diffusion du spot du FPI relative au meeting prévu pour se tenir demain samedi 21 janvier à la place Ficgayo. «Nous ne diffusons pas les spots à caractère politique. Et d'ailleurs la subversion ne passera pas par la télévision. Et de toutes les façons, le FPi c'est fini. Plus rien de ce parti ne passera ici» aurait-elle indiqué. Jointe au téléphone, hier, la concernée dit avoir simplement expliqué à l'émissaire du FPI que jusqu'à nouvel ordre, la diffusion de spots à caractère politique est suspendue». Et pourtant il n'y a pas si longtemps, que les spots du RDR et du PDCI ont été diffusés.

En plus, le maire de Yopougon à qui une demande a été adressée en bonne et due forme par le Michel Amani, président du comité d'organisation du meeting pour l'obtention de la place Ficgayo n'a toujours pas répondu. Pire, il évite soigneusement les organisateurs. Aux dernières nouvelles, il a loué la place à des prestataires de service. Et donc sur instruction du pouvoir Ouattara, le maire intérimaire de Yopougon est en voie de refuser la place Ficgayo au FPI pendant que les forces du nouvel homme fort du pays, les Frci, occupent de force la place de la liberté qui est un patrimoine du parti du président Laurent Gbagbo.

Mais les Ivoiriens qui connaissent bien Ouattara ne sont pas surpris. Eux qui l'ont vu gouverner en tant que tout puissant Premier ministre d'un Houphouët très fortement affaibli par la maladie de 1991 à 1993.

On se souvient que c'est Ouattara qui est l'auteur la loi liberticide sur la presse, dite loi Auguste Miremont du nom de son ministre de communication d'alors, votée en 1991. Cette loi qui exposait les journalistes à la prison et tous les dangers était une copie presque conforme de la loi française de 1881 dont le but était de limiter la liberté de la presse. C'est cette loi reconnue comme dangereuse pour la liberté de la presse et abrogée depuis longtemps que Ouattara avait transposée en Côte d'Ivoire 110 ans après.

C'est le même Ouattara qui est également l'auteur du complot du 18 février 1992 qui a vu des opposants dont Laurent Gbagbo, son épouse et son fils jetés en prison. Un tel homme ne peut pas avoir changé. Comme par enchantement.

Au total, les propos de Ouattara sont un discours flatteur destiné à tromper l'opinion internationale à laquelle il a fait croire qu'il est un démocrate. Et pourtant les actes qu'il pose ressemblent à tout sauf à ceux d'un démocrate.


Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr


Source: NOTRE VOIE

Commentaires

La PRESSE de l'OPPOSITION se s'est pas pour autant reniée.Elle continue à ce jour sa ligne de défense sans pour autant répondre aux sirènes du NOUVEAU REGIME.C'est risqué mais COURAGEUX de DENONCER les nombreuses INCOHERENCES de ce POUVOIR ABSOLU.Tous les ACTES POSES par OUATTARA montre qu'il n'a aucune intention réelle de JOUER le jeu de la DEMOCRATIE.Contrairement à ce qu'il veut faire croire à l'opinion nationale et surtout internationale.Quelqu'un qui n'accepte pas la MOINDRE CONTRADICTION,CONTESTATION et OPPOSION peut-il etre DEMOCRATE?tous les signes sont là pour le démontrer aux plus sceptiques d'entre eux que c'est encore un DISCOURS POMPEUX qui n'engage que celui qui le fait.MEETINGS INTERDITS,PRESSE MUSELEE et la NON PRESENTATION du livre de BLE GOUDE en sont les preuves.

Écrit par : RitaFlower | samedi, 21 janvier 2012

En effet, Ouattara est plein de contradictions. Je suivrais avec attention le déroulement des événements.

Écrit par : courtier | lundi, 23 janvier 2012

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