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jeudi, 01 mars 2012

ELLE ETAIT AVEC LUI A KORHOGO DEUX JOURS AVANT SON TRANSFEREMENT – LES CONFIDENCES D’UNE AVOCATE DE GBAGBO

 

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Lucie Bourthoumieux est l'une des avocates du président Laurent Gbagbo. Elle est dans son sillage depuis une dizaine d'années. De passage à Yaoundé, cette femme de droit exerçant en France mais d'origine camerounaise nous a accordé un entretien où elle s'exprime sans détours sur de nombreux sujets. Notamment les derniers jours de Gbagbo à Korhogo et les intrigues liées à son transfèrement à La Haye. Un transfèrement qui nous ramène, selon elle, "à notre histoire parfois récente ou à chaque fois qu'un fils d'Afrique a voulu revendiquer la dignité de son pays ou de notre continent, il s'est vu déporté loin des terres qui l'ont vu naître."

Comment êtes-vous devenue une des avocates du président Laurent Gbagbo ?

J'ai eu l'extrême honneur de conseiller le président Laurent Gbagbo depuis 2001 à travers un domaine qui est le mien à savoir le droit international des affaires. A l'époque j'avais été approchée par un de ses conseillers car le président, de retour d'une visite de Chine  où il avait visité la zone franche de nouvelles technologies de Fsé,  avait jugé utile d'en créer une pour la Côte d'Ivoire et pour la sous région ouest-africaine. Voilà comment est née la zone franche des nouvelles technologies et de la biotechnologie de Grand-Bassam. Je voulais dire sans m'en vanter que c'est moi qui ai ajouté le thème «biotechnologie» dans le projet. J'ai été honorée d'avoir collaboré avec le président Laurent Gbagbo sur ce projet qui est d'ailleurs l'une de mes satisfactions professionnelles d'autant plus que ce projet a fait l'objet d'une loi qui a été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. J'ai donc contribué à la mise en place du VITIB, un projet cher au président Laurent Gbagbo.  J'ai apprécié au cours de l'élaboration de ce projet la dimension humaine du président qui voulait, à travers ce projet, rassembler tous les Ivoiriens. Et j'ai fortement apprécié ses paroles rassembleuses et d'homme de paix.

Vous êtes allés plusieurs fois à Korhogo, lorsqu'il y était détenu, faites-nous un bref résumé de vos rencontres.

Vous savez que je suis avocate donc tenue par le secret professionnel, vous comprenez que très humblement je ne peux m'étendre sur la nature et le contenu de nos échanges. Mais j'ai été impressionnée de voir un mois après les bombardements sur sa résidence, bombardements multiples et répétitifs subis avec sa famille dont un enfant de deux ans ainsi que ses collaborateurs, j'ai été surprise de voir un Laurent Gbagbo sans rancune et qui parlait de faire en sorte de créer des conditions d'une paix définitive en Côte d'Ivoire.

Pour vous, qu'est ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire ?

En Côte d'Ivoire, la charte des Nations Unies qui érige comme principe fondamental et inviolable la non-ingérence a été méprisée. Les Nations Unies ne sont pas formées de partis politiques mais d'Etats. Il y a eu donc ingérence en Côte d'Ivoire car la France et les Nations Unies se sont impliquées militairement dans le règlement d'une crise électorale, sapant par là la souveraineté de la Côte d'Ivoire. C'est le principe de non-ingérence qui a été enfreint par le représentant de l'ONU qui s'est arrogé le droit de se prononcer sur le résultat des  élections en Côte d'Ivoire avant le Conseil constitutionnel alors que ces élections ont été financées à plusieurs centaines de milliards par la Côte d'Ivoire elle-même. Pour en revenir au Conseil Constitutionnel dont la décision a été bafouée par la France, je rappelle qu'il est à quelques légères différences près le clone de son homologue français. On a donc piétiné la loi fondamentale ivoirienne en rejetant la décision du  Conseil constitutionnel, en faisant la guerre et en tuant 10 000 Ivoiriens là où le président Gbagbo demandait le recomptage des voix. La communauté internationale s'agrippe à des chiffres et non à des résultats car il n'y a pas eu de PV, ni de décomptes définitifs. Bakayoko Youssouf, de manière solitaire, a proclamé des résultats qui ne reflétaient pas la réalité : voilà ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire.

Abordons l'un des tournants de la crise ivoirienne à savoir la fameuse affaire des «femmes tuées à Abobo» qui fait toujours couler de l'encre, plusieurs mois après. Avez-vous des éléments là-dessus ?

Ces évènements resteront très importants dans la crise en Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens, les Africains et le monde entier ont besoin de savoir ce qui s'est réellement passé à Abobo. C'est pourquoi le Président Laurent Gbagbo a demandé une enquête internationale pour situer les responsabilités et la nature des crimes d'Abobo. C'est d'une extrême importance car figurez vous que ces crimes d'Abobo sont à l'origine de la résolution 1975 qui a permis aux Nations unies et surtout à la France de déclencher la guerre contre l'Etat ivoirien. Donc il est très important de savoir ce qui s'est réellement passé. Le président, par l'entremise de son porte-parole, le ministre Koné Katinan, a écrit au secrétaire général des Nations Unies un courrier dans ce sens. Nous savons qu'il en a accusé réception. Donc nous attendons la suite.

On vous sait observatrice avertie de la situation en Côte d'Ivoire, quelles sont selon vous les solutions pour une sortie de crise définitive ?

J'ai une lecture juridique de la situation qui n'épouse malheureusement pas la réalité du terrain. Il s'agit ici de savoir qu'une élection a eu lieu, il y a eu un vainqueur, le Président Laurent Gbagbo. Cela a été confirmé par le Conseil constitutionnel devant qui il a prêté serment et l'a investi. Ce même Conseil constitutionnel a rejeté la prétendue prestation de serment d'Alassane Ouattara qui lui a été signifiée par voie d'huissier. Par la suite le président Laurent Gbagbo a été renversé par une armée étrangère. On ne peut pas faire, comme le dit Laurent Gbagbo, l'économie de la vérité. Il faut qu'on sache pourquoi la communauté internationale a  falsifié  à ce point la réalité à la fois juridique et politique de la Côte d'Ivoire ! On doit le savoir par respect pour ces nombreux morts. Tant que cette vérité n'est pas sue, il n'y aura aucune solution juridique véritable. Maintenant, comme nous savons tous que cette crise est éminemment politique, son règlement doit donc se faire de cette manière. Il est donc évident que dans ce cas, il faut libérer le président Laurent Gbagbo et s'asseoir avec lui autour d'une table de négociation en vue de répondre au besoin légitime de vérité du peuple ivoirien.

Laurent Gbagbo est à La Haye. Vous étiez à Korhogo à la période de son transfèrement, dites nous comment cela s'est véritablement passé ?

J'ai vu le Président Laurent Gbagbo à Korhogo deux jours avant son transfèrement qui, en ce moment-là n'était pas d'actualité. Nous avons fait le point des missions qu'il m'a confiées et je suis repartie. Lorsque le 27 novembre, j'ai été alertée  qu'une chose de ce genre se préparait, j'ai joint la Commission des droits de l'homme de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire qui m'a rassurée que ce n'était pas d'actualité car si cela était le cas, ses cadres auraient été les premiers à en être informés.  Le responsable de cette commission avec qui j'ai discuté m'a rassurée en me disant que c'était impossible et que ce serait une violation flagrante des règles si d'aventure la Commission n'était pas prévenue du transfèrement. Grande fut ma surprise quand j'ai été informée, vers 13 heures, qu'un mandat venait d'être émis pour le transfert du Président.

J'ai tout de suite pensé à l'information que j'avais eue quelques jours plus tôt, selon laquelle Dominique Ouattara et son époux Alassane Ouattara s'impliquaient  personnellement à fond dans le transfèrement du président. Au mépris des avis de plusieurs chefs d'Etat africains, d'anciens chefs d'Etat africains, d'autorités politiques et religieuses que nous avons rencontrées personnellement et qui  privilégiaient la voie du dialogue politique et s'opposaient fermement au transfèrement du Président Laurent Gbagbo. Ce transfert qui est plutôt pour moi une déportation est, comme le dit l'ancien président ghanéen Jerry Rawlings, une humiliation pour l'Afrique. Cela nous ramène à notre histoire parfois récente ou à chaque fois qu'un fils d'Afrique a voulu revendiquer la dignité de son pays ou de notre continent, il s'est vu déporté loin des terres qui l'ont vu naître.

Quelle est la ligne de défense de Laurent Gbagbo aujourd'hui ?

Le président Laurent Gbagbo a déjà donné le ton lors de sa comparution devant la Cour le 5 Décembre 2011. Souvenez-vous de la dernière interview qu'il a accordée le 8 avril 2011 sous les bombes. Alors qu'on tentait de faire  croire qu'il avait abdiqué et reconnu la victoire d'Alassane Ouattra, il a dit en substance : «Je vous dis que j'ai gagné les élections. Le Conseil  Constitutionnel de mon pays l'a attesté. Mon adversaire et ses soutiens internationaux contestent cela, ce qui est absurde car les décisions du Conseil Constitutionnel sont irrévocables. Je demande qu'on recompte les voix.». Voilà la ligne de défense du Président, on y ajoutera qu'au lieu de recompter les voix, on a préféré compter les morts en envoyant  une armée étrangère, à savoir celle de la France faire la guerre à la Côte d'Ivoire. Sans déclaration de guerre officielle. A ce sujet je suis certaine que les vaillants officiers de l'armée française sont aujourd'hui dans leurs petits souliers, eux qui ont enfreint le code de l'honneur militaire en tirant dans le dos de la Côte d'Ivoire sans sommation ni déclaration. On s'est abrité derrière la résolution 1975 pour faire la guerre à un Etat alors que cette même résolution exigeait et exige toujours la neutralité des forces dites impartiales et la protection des civiles. Or il y a eu 10 000 morts qui sont la conséquence du mépris de Nicolas Sarkozy pour le peuple ivoirien.

Aujourd'hui que faites-vous exactement pour contribuer à sa libération, étant donné que ce n'est pas vous qui plaidez à La Haye ?

Ce dossier ivoirien a tellement de ramifications qu'il ne peut se contenter justes des codes de procédures conventionnelles. Il y a plusieurs aspects qui entrent en ligne de compte et souffrez que je n'en dise pas plus. Nous travaillons et nous avons l'entière confiance du président.

L'Union Européenne vient de dégeler les avoirs de plusieurs pro-Gbagbo, bonne nouvelle ?

Oui c'est une très bonne nouvelle. D'ailleurs j'avais reçu à mon cabinet la notification des conseils de l'Union Européenne et je me suis empressée d'annoncer la bonne nouvelle aux intéressés. C'est une décision administrative. Reste donc à savoir sur quels critères ces personnes ont été choisies car nous avons envoyé plusieurs requêtes et nous voulons savoir pourquoi un tri a été opéré.  Cela crédibiliserait l'Union Européenne de prendre en compte tous les prisonniers du régime Ouattara.


Propos recueillis par Marc Blanchard K. au Cameroun.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

Commentaires

Que Dieu vous éclaire et vous protège tous qui travaillés à la libération de notre Président et de la vérité surtout.Merci, pour ces nouvelles fraîches

Écrit par : Marie21 | jeudi, 01 mars 2012

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