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dimanche, 11 mars 2012

24 HEURES APRES SON INTERPELLATION PAR LA DST - LAURENT AKOUN DETERMINE: «COMMENT NOUS ALLONS DEGAGER OUATTARA»

 

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Monsieur le Secrétaire général, vous avez été interpellé par la DST, jeudi dans l'après-midi et libéré tard dans la nuit. Qu'est-ce qu'on vous reprochait exactement ?

Jusqu'à ce jour, je reste toujours sur ma faim quant au pourquoi de mon interpellation. Je n'en sais toujours rien. Toutefois, j'ai été interpellé et gardé dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (Dst) de 16h 20 à 22h 40 minutes. Je ne suis sorti qu'à 22 h 45 mn. Et c'est à cette heure-là que, sans être accompagné, j'ai pu avoir accès à un taxi qui m'a déposé à mon domicile, avec tout ce que cela comporte comme dérives dans un contexte comme celui que nous connaissons. Je suis donc arrivé à mon domicile vers 23h 10 mn. Alors qu'est-ce qu'on me reproche ? Je n'en sais rien. Retenez que j'ai été fouillé de fond en comble, comme ce n'est pas permis. Mes bagages, puisque je revenais de voyage, ont été passés au peigne fin. Alors qu'est-ce qu'on a retrouvé sur moi ? Absolument rien. Ce qu'ils se sont contentés de faire, c'est de confisquer mes deux téléphones portables et mon ordinateur portable. Je les ai même aidés en leur donnant les codes d'accès à mon ordinateur. Mais en retour, lorsque je suis allé récupérer mes effets aujourd'hui aux environs de 15 heures (hier, ndlr), tous les paramètres d'accès de mon ordinateur ont été modifiés.

Avez-vous subi un interrogatoire ?

Oui, j'ai subi un interrogatoire de 19h à 23h. Et les principaux points de cet interrogatoire étaient qu'est-ce que je suis allé faire au Ghana, qui j'ai rencontré là bas... Je leur ai expliqué en résumé que je suis allé voir mes camarades qui sont non seulement des cadres, mais des membres de la direction du Fpi et du comité central. C'est vrai qu'ils ne sont pas ici avec nous, mais pour tout ce que nous devrons faire, nous écoutons, prenons leurs avis, analyses et leurs réflexions critiques. Et cela nous permet bien sûr d'aller dans le sens de trouver les chemins qui vont nous permettre de reconquérir le pouvoir d'Etat, en relevant les défis principaux que sont la libération de nos camarades qui sont emprisonnés, le retour de tous ceux qui sont exilés. C'est bien sûr en relevant ces deux défis principaux là, il y en a d'autres, que nous allons dégager M. Ouattara du pouvoir par les moyens légaux. C'est-à-dire les moyens démocratiques, notamment par les meetings, les marches, les sit-in, conférences de presse publiques, mais aussi par la voie diplomatique, avec les échanges que nous avons avec ceux et celles qui représentent les intérêts de leurs pays en Côte d'Ivoire. Si tout cela peut permettre non seulement de montrer notre position, notre bonne foi, mais aussi de faire les pressions nécessaires pour que M. Ouattara quitte le pouvoir, pour que nous puissions l'exercer. Mais toujours par les voies démocratiques.

Ce n'est pas la première fois que vous effectuez des voyages hors du pays, notamment au Ghana. Pourquoi cette interpellation d'hier?

Je n'en sais rien, puisqu'ils ne m'ont rien dit. C'est à eux de vous le dire. Ce qui m'a fait sourire, c'est qu'ils m'ont dit qu'ils cherchent quelque chose. Je leur ai posé la question de savoir ce qu'ils cherchaient. Ils ne savaient pas eux-mêmes ce qu'ils cherchaient, sinon ils m'auraient demandé. Je ne sais vraiment pas ce qu'ils cherchaient. Ils ont confisqué mon matériel, voilà.

Il ne s'agissait pas pour eux de retrouver des traces d'exilés politiques ?

Mais c'est facile ça. Ils sont tous à Accra. Ils y sont tous et ils sont connus des fichiers des autorités ghanéennes. Ils ne sont pas cachés.

Votre interpellation apparait comme une énième dérive et violation des libertés par le régime Ouattara.

Je crois que la direction du Fpi que j'ai officiellement informé ce matin, se propose de faire connaitre sa position sur l'ensemble de ces graves atteintes aux libertés individuelles et collectives. Mais qui sont devenues une des caractéristiques du pouvoir de M. Ouattara. Le label que le pouvoir a inventé en matière d'exercice des lois et libertés, ce sont ces atteintes.

Ce harcèlement des cadres de l'opposition a-t-il un impact sur votre détermination à poursuivre le combat ?

Nous, nous essayerons de continuer notre travail tel que défini par la Constitution, c'est-à-dire un contre-pouvoir institutionnel qui dit son accord quand il l'est et son désaccord quand il n'est pas d'accord avec ceux qui aujourd'hui sont au pouvoir. Il faut surtout que M. Ouattara comprenne que ce n'est pas une question d'amour. C'est ça les règles de la démocratie et qui exigent le droit à la différence. Etre différent ne veut pas dire qu'on est inutile ou supérieur, non. Chacun fait ce qu'il peut et c'est pour cela qu'on se concerte et qu'on parle du dialogue politique. Nous sommes aujourd'hui pour la transition pas pacifique à la démocratie, mais nous sommes pour la transition pacifique à l'alternance démocratique. Parce que nous avons déjà conquis le pouvoir d'Etat. On est tous d'accord que le pouvoir se conquiert par les urnes, même s'ils savent comment ils sont arrivés là.

Un mot à l'endroit des militants du Fpi et de tous les démocrates ivoiriens émus par votre interpellation ?

Qu'ils demeurent vigilants, mobilisés et qu'ils sachent que le combat pour la refondation de la Côte d'Ivoire continue. Vous savez, il y a des méandres dans l'histoire et c'est une des phases de l'histoire que nous vivons en ce moment et que je peux assimiler à des méandres dans un cours d'eau. Mais dans le cours d'eau, il a un amont et un aval. Ça ne coule jamais de l'aval vers l'amont, c'est toujours dans le même sens. Peu importe les méandres, le cours d'eau coule toujours de l'amont vers l'aval. Le sens de notre lutte demeure, c'est-à-dire une société plus juste, plus démocratique, une société plus solidaire. Ce but là, on ne peut pas le perdre de vue et le combat continue !


Réalisée par Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

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