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mardi, 20 mars 2012

UN KIVU-BIS A L'OUEST DE LA COTE D'IVOIRE?

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Et si les Africains cessaient de regarder les situations politiques de leurs pays comme des phénomènes isolés les uns des autres, uniquement explicables par les passions localisées agitant leurs peuples ? S'ils cessaient de se gaver sans discernement des récits médiatiques superficiels et du storytelling ? S'ils se rendaient compte qu'au-delà des émotions et des réflexes pavloviens, il est impossible de saisir la quintessence de la politique internationale contemporaine sans faire appel aux invariants de la géopolitique, du jeu des intérêts, de l'évolution des tendances et des principes régissant la diplomatie ?

Une nouvelle fois, le Mali est soumis à une rébellion partie du Nord touareg. Mais cette insurrection est bien plus grave et plus dangereuse pour l'intégrité de son territoire que les précédentes. La rébellion accuse le pouvoir central d'exclure une partie de la population, privée de tout. Le pouvoir et plus globalement les Maliens sudistes crient à la malhonnêteté et au chantage permanents. Des représentants de la force publique sont cruellement assassinés par les rebelles. Des débordements malheureux et des manifestations de dépit dans le Sud font craindre des pogroms de Nordistes. Ancienne puissance colonisatrice, la France est sur le banc des accusés en raison de son jeu trouble. Les atrocités des insurgés ne suscitent pas l'indignation internationale qu'on aurait pu imaginer et la communauté internationale appelle tout le monde à la table des négociations, mettant sur le même pied d'égalité la République et ceux qui la défient.

Comment ne pas avoir l'impression diffuse de revivre le début de la rébellion ivoirienne, il y a presque exactement dix ans ? A l'époque, le gouvernement du Mali et une bonne partie de l'opinion publique de ce pays ont soutenu le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), lui servant plus ou moins de base-arrière sans pour autant aller jusqu'aux outrances du Burkina Faso de Blaise Compaoré. Ceux qui ont justifié hier le lancement d'une rébellion sur des bases régionalistes et les complaisances de l'ancien maître commun chez leur voisin du Sud peuvent-ils aujourd'hui, en toute logique, se plaindre du même type de traitement ? Iront-ils jusqu'à tenter de théoriser sur les «bonnes» et les «mauvaises» rébellions ? Il n'y a pour l'instant pas de procédé scientifiquement accepté permettant de distinguer les unes des autres. Les Etats africains gagneraient donc à se déterminer au sujet de ce qui passe chez leurs voisins sur la base des principes et non sur le fondement d'émotions passagères souvent trompeuses voire manipulées par les maîtres du storytelling. Il est par exemple évident que la création de l'Etat du Sud-Soudan et son admission au sein de l'Union africaine - quoi que l'on puisse penser des acteurs locaux - est un «beau» précédent sur lequel se fonderont demain les sécessionnistes «azawadiens» et les autres aventuriers de la nouvelle balkanisation de l'Afrique.

Il faut bien admettre que dès lors qu'une expérience de «gouvernance» d'un certain type s'impose dans un pays africain, elle devient un précédent facile à dupliquer dans d'autres contrées, surtout si elle peut profiter à ceux que la journaliste belge Colette Braeckman a appelé «les nouveaux prédateurs». Ainsi, il devient de plus en plus évident que l'Ouest de la Côte d'Ivoire s'apparente irrésistiblement à un nouveau Kivu (région de l'est de la République démocratique du Congo en conflit structurel depuis une quinzaine d'années).

Les parallèles sont frappants. La RDC et la Côte d'Ivoire sont des Etats au fort potentiel de prospérité, clients du camp occidental pendant la guerre froide, qui se sont progressivement affaiblis en raison d'une mauvaise gestion de la question du renouvellement de leur leadership (Mobutu, Houphouët). Les deux pays ont été soumis à des rébellions parties de voisins moins nantis mais dotés de pouvoirs forts, militarisés et alliés aux puissances occidentales (Etats-Unis pour le Rwanda, France pour le Burkina Faso) dans le cadre de leur stratégie d'influence géopolitique. Le Burkina Faso et le Rwanda sont soumis à des pressions démographiques les poussant à rechercher des «déversoirs» pour leur trop-plein de population, et peuvent compter, dans les pays où ils se projettent, sur des migrants de plus ou moins longue date, mal intégrés et armés, qui jouent un rôle de cheval de Troie, dans un contexte où la thématique de la nationalité est explosive. Ce sont eux qui affrontent et très souvent mettent en déroute des milices autochtones qui se sont créées en réaction comme les Maï-Maï ou le Front de libération du Grand Ouest (FLGO).

La guerre structurelle de l'est du Congo est une aubaine pour l'oligarchie mondiale. Elle justifie la présence pérenne des troupes et de l'administration onusiennes. Le désordre organisé rend possible une exploitation maximale des innombrables ressources minières de la région. Et si les médias internationaux sont prompts à dénoncer les viols et les violences des différentes milices, leurs liens avec les multinationales qui profitent de leur barbarie sont bien peu documentés. Si l'ouest de la Côte d'Ivoire ne fait pour l'instant pas l'objet d'une exploitation minière conséquente - quoique son sous-sol soit riche lui aussi -, il est le cœur du pays cacaoyer. Et l'afflux concerté de miliciens burkinabé (comme le tristement célèbre Amadé Ouérémi, qui fait irrésistiblement penser à Laurent Nkunda) et de travailleurs agricoles qui se jettent sans trop réfléchir sur les plantations des autochtones exilés après les massacres massifs des forces pro-Ouattara mais aussi sur les forêts classées (où sont passées les grandes consciences écologiques ?) suscite des inquiétudes légitimes. Il est vrai que la disparition de la propriété villageoise traditionnelle et son remplacement par une sorte de politique du fait accompli pourrait ouvrir la voie à une appropriation des terres âprement disputées par des grands groupes transnationaux ayant les moyens de se faire «respecter» par les uns et par les autres. Dans un contexte où la course aux terres arables devient un des principaux enjeux du capitalisme mondial.

Face à ces défis qui interpellent la conscience nationale ivoirienne, dont la mauvaise gestion pourrait ouvrir la voie à des conflits structurels comme en Colombie où la guérilla est devenue un sport national, face au risque réel de dépossession, où sont les voix courageuses qui peuvent tirer la sonnette d'alarme ? Que fait l'opposition ? Que dit la société civile ? Où sont les ecclésiastiques ? Et Charles Konan Banny, n'a-t-il pas mieux à faire que se transformer devant nos yeux médusés en une sorte de navrant exorciste laïc, adepte de la politique de l'autruche ? Pour éviter le pire à la Côte d'Ivoire, il faut du courage. Encore du courage. Toujours du courage.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

Commentaires

Non, je ne suis nullement partisan de cette éventualité et je ne ferai point de démagogie pour la considérer comme salutaire. D’ailleurs elle pourrait être sans lendemain, hasardeuse et dramatique. Mais, le regard que je fais du quotidien me condamne à tirer la sonnette d’alarme et m’autorise à évoquer cette éventualité comme probable. Dans ce cas, on ne pourra pas me taxer d’oiseau de mauvais augure d’autant plus que ce que je décris n’apparait comme une fatalité.

Le talon d’Achille de notre pays c’est bien l’illumination, le négationnisme et la haine viscérale développés par nos entités politiques, qui de plus ne peuvent s’accommoder entre elles.

Les ¾ de la population Frustrés

Le président Ouattara vient de reprendre la main à son poulain Soro et a frustré les ¾ de la population (et moi le non nordiste qui l’ai voté avec) lors de l’évocation du rattrapage ethnique, pour justifier l’outrancière présence des nordistes nommés à tous les postes de responsabilité. Conséquence, une partie des ivoiriens a désormais le sentiment que leurs enfants sont condamnés à ne plus pouvoir entrer dans l’administration publique et ont un sentiment de rejet instinct des nordistes, considérés comme les privilégiés de cette mesure. Leur rend-on vraiment service? Ouattara, qui aux yeux de l’ivoirien lambda se moque sinon se gausse de son opposition politique, ne semble faire aucun effort pour les remettre dans le jeu politique, sinon les taxer de radicaux pour leurs revendications et préalables jugés farfelus. Ouattara, qui fait des appels aux exilés puis en arrête certains, et pour les autres, des mandats d’arrêt sont lancés. En un mot, revenez, pour qu’on vous mette en prison.

Il y a Soro Guillaume, l’énigmatique, qui aime à être seul chef et qui ne s’encombre jamais d’entités qui peuvent lui faire de l’ombre et lui faire perdre son aura. Mis hors jeu avec le récent remaniement, il se targue néanmoins d’être la deuxième personnalité du pays. Certains pensent que la menace réelle de son éventuel transfèrement à la CPI pourrait lui faire renouer des contacts avec Blé Goudé pour qu’en cas de déflagration, il puisse s’appuyer sur une base solide, un peu à l’image de ce qu’a semblé faire IB qui, non rétribué pour les efforts faits dans la chute de Laurent Gbagbo, et acculé par le camp Ouattara avait semble t-il donné gîte et couvert à certains miliciens pro-Gbagbo. Certaines personnes voient en Soro et ses comzones, à juste titre ou non, une menace. Cet excès de susceptibilité et de méfiance du camp présidentiel vis à vis de Soro a pour conséquence d’en rajouter à l’atmosphère délétère qui prévaut déjà.

Il y a aussi les récents exilés dont certains sont des militaires, qui estiment qu’ils n’auront leur salut qu’à un retour triomphal. Certains d’entre eux sont tellement démunis que la tentation contre espèces sonnantes et trébuchantes de participer à un assaut sur Abidjan peut, être forte et décisive.
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Et il y a enfin et le plus important, la communauté internationale, euphémisme, dans le cas du conflit ivoirien pour désigner la France. Disons le tout net, la France de Sarkozy est en perte de vitesse. Et il est presque certain qu’il ne sera pas reconduit. La conséquence immédiate est qu’à la tête de la France il y aura un président non pas anti Ouattara mais neutre vis à vis du conflit ivoirien. Les rapports sont différents quand c’est un ami qui dirige ou quand c’est un être neutre. Un nouveau président français pourra t-il s’accommoder des exactions commises ici et là par les FRCI, s’accommoder d’une condamnation de Gbagbo à La Haye sans contrepartie dans le camp adverse, s’accommoder d’une démocratie proche du parti unique? Cette arrivée de Hollande plus que probable a ragaillardi militants, dirigeants et extrémistes de l’opposition ivoirienne.

Conséquences des différents conflits

Mais le drame ivoirien viendra surtout du fait qu’on n’a nullement tiré les conséquences des différents conflits tant les antagonismes sont présents entre les différentes parties et le clivage pro et anti Ouattara prend des proportions abyssales. Les douleurs sont vivaces et les rancœurs tenaces. À écouter une partie des ivoiriens, la stabilité ne viendra qu’avec la chute du régime actuel. L’autre partie estime qu’elle ne fera jamais autant de mal que Gbagbo leur en a fait, à partir de ce moment tout leur est permis. Mais tout est-il utile? Tous ces mini conflits entre FRCI et populations ne sont que les aspects visibles de deux entités qui malheureusement ne peuvent et ne veulent plus vivre ensemble. Faut-il passer sous silence la frustration des corps habillés délestés d’une partie de leurs émoluments et aux ordres de leurs ennemis d’hier?, le désir de vengeance des pro-IB?, la frustration d’une partie de la population qui estime que justice ne leur a pas été faite?, l’accaparement et l’expropriation des terres à l’ouest par des inconnus au détriment des autochtones ? Faut-il vraiment passer sous silence ces signes évidents que des camps d’entraînement de miliciens et mercenaires pro-Gbagbo semblent selon la presse foisonner. Je suis d’avis avec ceux qui estiment que le fait d’empêcher le FPI de faire de la politique est une faute lourde qui met en péril nos vies en fragilisant de ce fait la cohésion. S’est-on posé la question de savoir: dans l’après Sarkozy quelle sera l’attitude des soldats français postés en Côte d’Ivoire vis à vis du conflit ivoirien eux qui restent tributaires des décisions de leur président, à venir Hollande?

Et malheureusement à voir les FRCI se mettre en état d’alerte, montre bien qu’une partie des ivoiriens est arrivée malheureusement à la conclusion que le conflit armé est la panacée, aventure que je ne partage nullement à cause de son corollaire mortuaire.

Dan roy Manleu depuis Kansas City le 19 mars 2012
roidan.manleu@yahoo.fr

Écrit par : bakase | jeudi, 22 mars 2012

ne vous y trompez pas ce qu'homme aura semé il le moissonnera disent les ecritures saintes

Écrit par : zokou danglan | vendredi, 23 mars 2012

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