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samedi, 24 mars 2012

BERNARD ZADI ZAOUROU, ILLUSTRE HOMME DE CULTURE IVOIRIEN S'EST ETEINT


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Entré dans un état critique à la Polyclinique Sainte Anne-Marie d'Abidjan (PISAM), le Pr Bernard Zadi Zaourou s'est éteint ce mardi 20 mars, à l'âge de 74 ans. Une maladie longue de plusieurs années a eu raison de l'illustre homme de culture encore connu sous le nom de Bottey Zadi Zaourou ou encore celui de Bottey Moum Koussa.

Frère cadet de l'actuel président du Conseil économique et social ivoirien, Marcel Zadi Kessy, Bernard Zadi Zaourou connu également sous le nom de Bottey Zadi Zaourou ou encore celui de Bottey Moum Koussa est un enseignant, homme politique et écrivain ivoirien, né en 1938, à Soubré. Il a occupé le poste de ministre de la Culture et de la Francophonie entre 1993 et 1999.

De retour de Strasbourg où il obtient son doctorat d'Etat, Zadi Zaourou devient, très vite, en tant qu'enseignant à l'Université d'Abidjan, une vraie star. Oui, une star, de par son atypique vision de l'enseignement, de la contestation politique et de la perception des arts et de la culture africains. Au point qu'aujourd'hui, encore, l'on en est à sentir dans son oeuvre comme un goût d'inachevé.

Le concepteur du Didiga moderne a porté l'art dramatique ivoirien moderne sur les fonts baptismaux, par un savant cocktail harmonieux des genres. Ce poète, comme on en trouve rarement encore dans le monde, sait apprécier le mot dans sa polyvalence sémantique pour en faire un allié redoutable. Son écriture irradie tous les arts et son engagement pour la culture est reconnu de tous. Il connut une carrière réussie d'enseignant-chercheur à l'Université de Cocody, précisément à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, et à l'Unité de Formation et de Recherche Langues, Littératures et Civilisations.

Ce quêteur insatiable écrit pour rendre compte de son temps à travers «l'art de l'impensable», ainsi qu'il définit le Didiga. Cependant, l'adéquation entre la théorie qu'il formalisa et son action politique à travers le parti qu'il créa en 1990, l'Union des socio-démocrates (Usd) et limitée dans la pratique, semble l'avoir desservi. Le parti n'est plus que l'ombre de lui-même et la plupart de ses disciples qui l'y avaient rejoints ont déchanté de la politique.

Au point que Zadi ne consacre ses dernières années, sa plume qu'à l'animation de chroniques dans des journaux. Chroniques dont l'hermétisme, pour ne pas dire la valeur ésotérique, n'a d'interlocuteurs que des initiés. Il n'empêche, son dernier recueil, Les quatrains du dégoût, publié en 2008, plonge le lecteur, sans faux-fuyant, dans les 20 dernières années d'une Côte d'Ivoire en perte de repères. Où la violence a pris le pas sur la raison, où le maître n'a plus la révérence de l'élève, où l'idéal démocratique a cédé face à l'idéologie et la démagogie. Musicien, promoteur, dès la fin des années 1970 de l'arc musical, Zadi Zaourou est aussi un critique musical averti. Mais au-delà, il est un farouche défenseur de la tradition orale africaine qui met en dialogue discours historique, musique épique et esthétique littéraire. Oeuvre à laquelle il consacre encore son énergie au Groupe de recherche en tradition orale (Grto) dont il fut le directeur pendant plusieurs années.

A l'occasion d'un colloque-hommage à lui consacré, en novembre 2008, à l'université d'Abidjan-Cocody, Michelle Tanon-Lora, vice-doyenne de l'Ufr Langues, Littératures et Civilisations déclamait dans son discours inaugural: «Après une activité bien remplie, il nous importe aujourd'hui de lui rendre un hommage appuyé pour son engagement permanent à l'épanouissement culturel, intellectuel et artistique africain.

Dans cette perspective, le présent colloque offre aux chercheurs du monde, aux amis et aux exégètes de ZADI Zaourou de proposer une contribution sur un aspect de la production littéraire du poète-essayiste-dramaturge ivoirien à leur convenance». Bernard Zadi Zaourou théorise le Didiga, en une esthétique qui se décline au plan artistique comme le récit des prouesses d'un héros chasseur nommé Djergbeugbeu et au plan philosophique comme l'art de l'impensable.

Il peut être considéré comme un auteur féministe. En peignant des femmes l'image de guerrières intrépides, il relance par la bouche de la gent féminine, la question de la fragilité du pouvoir mâle. Cet extrait de La guerre des femmes est à ce sujet, des plus expressifs:
«Mahié: Oui, (...) Quand tu seras seule avec l'homme avec qui tu passeras la première nuit, observe bien sa nudité. A la lisière de sa prairie qui est à tous points semblable à la nôtre, tu découvriras un arbre sans feuillage. Il porte un fruit qui renferme deux fèves. Ne t'acharne pas sur le fruit. Tu tuerais l'homme. Caresse plutôt l'arbre. Il grandira et grossira subitement. A vue d'oeil. Ne t'effraie pas. Couche-toi sur le dos. Amène ton double à s'allonger sur toi, de tout son long. Les tisons que tu portes là, sur ta poitrine, le brûleront d'un feu si doux qu'il roucoulera comme une colombe. Il s'abandonnera à toi. Engage alors son arbre dans ton sentier ; fais en sorte que lui-même lui imprime un rythme : haut-bas ! haut-bas ! haut-bas !

Tu verras. Ses yeux se révulseront et il s'oubliera dans une jouissance indicible. Quand tu le verras ainsi désarmé et à ta merci, ne le tue pas mais retiens que toi seule pourras l'envoûter de la sorte, chaque fois que tu le voudras, toi. Ce pouvoir, c'est l'arme nouvelle que je vous laisse. Dis à toutes mes filles, le moment venu, qu'elles en fassent bon usage et qu'elles n'oublient jamais que nous sommes en guerre et que la paix des hommes ne sera jamais qu'une paix de dupes!». In La guerre des femmes (Nei Abidjan, Neter Paris, 2001).

Quelque peu éloigné de l'arène créative, du fait d'un état de santé délicat et définitivement en divorce d'avec la politique à l'ivoirienne, Zadi n'en demeure pas moins une, sinon la référence de bien d'intellectuels africains.


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BIBLIOGRAPHIE DE ZADI ZAOUROU

 

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Césarienne, Céda, Abidjan. 1984 (1)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), La Tignasse, Céda, 1984 (2)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Fer de Lance, NEI, Abidjan Neter 2002 (3)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Les Sofas (suivi de) L'Oeil, L'Harmattan, 1983 (4)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Il secreto Degli Dei (Le Secret des Dieux), Per L'Italia La Rosa, Editrice 1999(5)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Fer de Lance, in Les Grands auteurs Africains, Editions l'Harmattan, Paris 1976 pp 275-309 (6)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Il Termitaio (La Termitière) in Teatro e poesia Costa d'Avario, Théâtre et poésie en Côte d'Ivoire, l'Harmattan Italia Srl, 2002 (7)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), La Guerre des Femmes (suivi de) La Termitière, Abidjan, NEI, 2001(8)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Destin Des Mots in Francofonia, Olschki Editore Ottobre 2006 pp 213-220 (9) D'Aujourd'hui, Dakar : NEA, 1978, 294p (10)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Césaire Entre Deux Cultures, Problèmes Théoriques de la Littérature Négro-Africaine

 

LES REVUES

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Rites Funéraires et intégration Nationale du Pays Bété Sud, in Ann. Uni. D'Abidjan, série D (Lettres) Tome 7, 1979 pp 69-106. (11)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Expérience Africaine de la Parole : Problème Théorique de la linguistique à la littérature, in Ann. De. Uni. Abidjan, série D (Lettres), tome XVII, pp 29-69. (12)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Notes sur les Mots du Cahier d'Un Retour au Pays Natal d'Aimé Césaire, Ann. Uni. Abidjan, Série D (Lettres), 1974, Tome VII pp 27-28. / Voir aussi SEMINAIRE DE STYLISTIQUE 1970-1971 ; Publication. Depart.Lett. mod. / FLASH (13)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Littérature et Dialectique : une application du Matérialiste dialectique à l'étude de la poésie, Revue En-Quête N° 9 Abidjan, EDICI, 2002 Pp 127- 142 (14)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Le mythe, le Prêtre et le Poète : puissance Unifiante du rythme, in Acte du Colloque sur La littérature Négro Africaine, Abidjan Dakar, NEA, 1979, pp 109-113. (15)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Aventure du mot et quête Universaliste dans L'Oeuvre d'Aimé Césaire, in Oeuvres & Critiques XIX, 2 (1994), ISSN: 0338-1900 (16)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Le Conte Dôgbôwradji in Bissa N°1, (Nouvelle Série), Ed. GRTO, 1988. (17)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Regard sur l'oeuvre poétique de Nahounou, Digbeu (AMEDEE PIERRE), in Bissa (revue, Littéraire Orale) N°6, G.R.T.O, 1977. (18)

BOTTEY (ZADI ZAOUROU), Ramazalaye, in La Nouvelle revue Française, Editions Gallimard, Juin 2000 pp 199-205 (19)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Introduction à la connaissance de la Poésie Orale de Côte d'Ivoire in Ann. uni. Abidjan Tome V, Abidjan 1990, pp 5-45 (20)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Poétisation de l'espace dans Le Coup de Vieux de Sony Labou Tamsi et Caya Makhélé In En-Quête, PUCI 2001, pp 96- 111. (21)

ZADI (ZAOUROU BERNARD),Traits distinctifs du conte Africain : Thèses in NEA, Abidjan, Serie D, Tome 7, 1979 pp 19-22. (22)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Littérature et Dialectique: Application de la Dialectique matérialiste à l'étude de la prose Littéraire in Revue du C.A.M.E.S (Sciences Sociales et Humaines) Série B, Vol 03, N° 002, 2001, pp 1-15. (23)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), C'est vraiment une forme nationale de théâtre, Le Didiga in Bayreuth African Studies, Séries 8 (Interviews avec des écrivains Africains Francophones), Printed by Justizvollzugsamstadt Bayreuth, 1986, pp 63- 77. (24)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Qu'est ce que le Didiga ? In Ann. Uni. Abidjan (Lettres et Sciences Humaines), Tome XIX 1986 pp 147- 163. (25)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Avec Césaire, Dénombrer les crimes de la mer In Africa, America, Asia, Australia, By Bulzoni Editore 1999 pp 139 - 150. (26)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Expérience africaine de la parole, Ann. Uni Abidjan, série D (Lettres), tome 7, 1974. (27)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Hommage à Roman Jakobson, in Frat. Mat. 05 Oct. 1982 pp19 (28)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Langue et critique littéraire en Afrique Noire, (1), Actes du colloque de Yaoundé, 16- 20 Avr. Ed. Pr. Africaine. (29)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Autour d'une exposition de peinture, Rev. Pr Africaine, 1971. (30)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), De la parole artistique proférée, Revue de Littérature et d'esthétique Negro- Africaine, N°1 (ILENA), Abidjan. (31)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), Entretien sur le Théâtre (A l'école des Des Anciens), Revue, Arts d'Afrique Noire, N°48, 1978. (32)

ZADI (ZAOUROU BERNARD), La parole poétique dans la poésie Africaine : Domaine de l'Afrique de l'Ouest francophone, Thèse de Doctorat d'Etat, Université de Strasbourg II, 1981. (33)


(Infos biographie : Fraternité Matin)


Ghislaine ATTA

 

Source: SLATE AFRIQUE

Commentaires

Pour tout ce que tu as apporté au PATRIMOINE CULTUREL IVOIRIEN,REPOSE en PAIX,cher ZADI ZAOUROU.Ta fille spirituelle WERE WERE LIKING que tu as eu comme ELEVE t'a rendu un bel hommage sur la CHAINE TELESUD sur le plateau de SERGES FATOH,animateur ivoirien qui fait la PROMOTION d'ARTISTES ivoiriens.J'espère que cette NOUVELLE GENERATION s'inspirera de cet immense HERITAGE pour nous offrir de BELLES OEUVRES comme leur MAITRE en la matière.C'est un BEAU PARCOURS pour cet AUTEUR FEMINISTE qui défend la FEMME AFRICAINE sous toutes ses coutures.Une BIBLIOGRAPHIE RICHE et IMPRESSIONNANTE dont chacun pourra s'en référer au moment opportun pour sa CULTURE GENERALE.

Écrit par : RitaFlower | samedi, 24 mars 2012

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