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lundi, 02 avril 2012

AMINATA TRAORE: POUR UNE AUTRE ANALYSE DE LA QUESTION MALIENNE

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Nous attendions l'analyse des patriotes maliens pour plus d'éclairage sur la situation au Mali et aller plus loin que les simples repères géostratégiques nécessaires afin de comprendre les enjeux en général et pour chaque acteur en particulier. Mais bien insuffisants pour percevoir les nuances qui ouvrent les portes du possible devant nos peuples.

Par bonheur, une première analyse nous est venue d'Aminata Traoré, militante altermondialiste et ancienne ministre de la Culture, auteure de deux livres majeurs pour le Mali et pour toute l'Afrique, « L'Afrique humiliée » et « Le Viol des imaginaires », et organisatrice du Forum pour un autre Mali.

Le «journaldumali.com» nous fait une relation de la conférence de presse de Madame Traoré et ses camarades. Elle rappelle que la clé de l'analyse du coup d'Etat se trouve dans le rapport à la réalité et non dans le respect abstrait de l'idée de démocratie et assène qu' « ATT était déjà tombé bien avant le 22 mars ; humilié par Nicolas Sarkozy depuis son refus de signer les accords sur l'immigration et de faire le jeu de la France dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique. «Il y avait déjà un vide dans la gouvernance du pays», déclare-t-elle ».

Le putsch des capitaines maliens ne doit pas nous cacher le coup d'Etat permanent perpétré par la Françafrique, malgré son art de la dissimilation. Aminata enfonce le clou en rappelant que cette démocratie formelle n'avait rien amené au Mali ni réalisé aucune des promesses faites par ses promoteurs, sauf qu'elle a mis les dirigeants sous la coupe continuelle de puissances extérieures qui ont continué - comme la France - à peser sur la vie du pays d'une manière insupportable. C'est quand même drôle que dans tous nos pays cette démocratie formelle aboutisse toujours à donner caution et légitimité pour exercer non la souveraineté de nos peuples mais celle de puissances étrangères. Aminata nous invite à chercher ce côté vertueux introuvable de la démocratie représentative que les pervers de la CEDEAO veulent rétablir, mais avec cet «acquis» que le Mali serait déjà dans un «après- ATT» qui se résume pour l'instant à un «après refus» des demandes de Sarkozy et qu'en toute bonne dialectique les solutions de la CEDEAO transforment en un «oui à Sarkozy» comme base de la solution.

Aminata dénie, à juste titre, aux dirigeants de la CEDEAO de parler au nom de la démocratie alors qu'ils ont de sérieux comptes à rendre à leurs propres peuples. Elle dénonce, au passage, la responsabilité écrasante de Sarkozy dans le risque en cours de démembrement du Mali en attendant l'extension des prétentions Azawad au Niger, à la Mauritanie et au Sud-Est algérien.

Alors peut-être que la France a poussé l'exaspération des militaires - notamment après l'humiliation publique d'ATT par Juppé l'instruisant en public de négocier avec les rebelles - et que ces soldats ne voulaient plus subir les conséquences du rabaissement de l'Etat malien.

En lisant Aminata Traoré, on comprend que ces soldats peuvent aussi ouvrir la voie à un redressement national au Mali et à la répudiation de toutes ces politiques libérales qui ont saigné le pays, miné l'Etat et attisé les facteurs centrifuges. On note d'abord que dans, ces tempêtes qui menacent le Mali ces anticolonialistes ne perdent pas de vue les véritables enjeux de l'indépendance, ni le colonialisme ennemi aux mille visages, ni l'espérance de rendre le Mali au peuple malien.


Mohamed Bouhamidi

Commentaires

J'apprécie la position de Mme Aminata Traore. A travers le peu que j’ai pu lire d’elle, cette dame reste constante dans son approche des problèmes de l’Afrique. Elle est probablement dans le vrai lorsqu’elle dit qu’ATT n’était plus dans le coup. ATT est certainement un homme tiraillé par des « courants » difficiles à concilier. C’est un homme intelligent : Il a bien compris a l’époque, qu’il était bon pour lui de se retirer après la transition militaire qu’il avait dirigée car la situation politique qui prévalait a l’époque ne lui aurait pas permis de prolonger sa présence au sommet de l’Etat, encore moins de gagner les élections. Entretemps, encensé par tous, y compris cette « communauté internationale » aux contours indéfinis, il a pu en profiter pendant un certain temps et a été en plus adoubé comme faiseur de paix (facilitateur dans la crise militaire en Centrafrique entre autres). Son retour au pouvoir par la grande porte, retour qui a été semble-t-il, encouragé par le Président Konaré lui-même, aux dépens de ses propres camarades, aurait pu soulever des questions quant aux alliances qu’il aurait conclues dans l’intervalle. Je pense personnellement qu’il est un patriote africain. Malheureusement devant les enjeux en cours et les puissances coloniales qui ne prennent plus de gants il est difficile d’avoir, comme dirait l’autre, un pied dedans et un pied dehors. Probablement empêtré dans les liens familiaux et « les solidarités fraternelles » et d'autres engagements, il a accepté la déstabilisation de la Cote d’Ivoire, en gardant il est vrai un profil bas et en faisant preuve d’une grande discrétion. Ce faisant il n’avait probablement pas imaginé qu’il pouvait se trouver rapidement dans des situations ou il devra choisir entre les intérêts de son pays (et de l’Afrique) et ceux de la Françafrique et de la communauté dite internationale. Apres coup on peut se demander : avait-il le choix ? En tant que Président, Il n’avait pas beaucoup de marge de manœuvre, devant les parties en présence et les risques de balkanisation de son pays, et ce coup d’Etat peut être pour lui un moyen de sortir de cette situation embarrassante, même s’il ne l’a pas lui-même suscité.

Écrit par : Gnikoli | lundi, 02 avril 2012

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