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jeudi, 05 avril 2012

EXPLOITATION ILLICITE DES FORETS: UNE NOUVELLE GUERRE MENACE L'OUEST IVOIRIEN


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Jeudi 22 mars 2012. Sous-préfecture centrale de Blolequin, dans la région du Moyen-Cavally. Trois jeunes autochtones trouvés sur place sont venus déposer une plainte contre Jean-Pierre, chef des Burkinabè de Tinhou et Ahmed, le boutiquier du village. Ils leur reprochent de vendre le patrimoine forestier de Tinhou après avoir démarché certains de leurs compatriotes qui deviennent par l'acte d'achat propriétaires de parcelles. Le bureau du sous-préfet central de Blolequin, Koffi Yao Kan-Claude, ne désemplit pas. A chaque jour correspond ses nombreuses plaintes relatives aux litiges fonciers dans le département.

A CIB, gros village de la sous-préfecture de Blolequin qui doit son nom à une compagnie d'exploitation de bois, les conflits fonciers font rage. Serge Alain Téha et sa mère Madeleine Vouho sont dans le viseur de Robert Kaya. Il y a plus de 50 ans, Pierre Téha, père de Serge Alain, offre une parcelle de forêt de 4 hectares à son cousin pour exploitation sur deux ans. Le délai acquis, celui-ci cède la propriété de son parent. Pierre Téha, à son tour, décède en 1995 et ses enfants, au nombre de 10, héritent du patrimoine forestier de la famille. A la faveur de la guerre qui secoue l'ouest, huit de ces enfants sont tués et il n'en reste que deux (un homme et une femme). Après le conflit, Robert Kaya pointe son nez dans la famille Téha et s'arroge le droit de disposer de ses biens. Il prend langue avec des allogènes burkinabè en quête de forêt pour exploitation. Moyennant 75 000 FCFA l'hectare, il vend la parcelle qui lui avait été offerte provisoirement dans le passé sous prétexte qu'elle lui revient de droit. Serge Alain Téha, qui n'est pas de cet avis, lui oppose un refus catégorique.

A l'allogène burkinabé, K. Zouani, qui n'a pas mis de temps à défricher sa parcelle, il exige l'arrêt des travaux et son retrait immédiat du patrimoine forestier de la famille. C'est la pomme de discorde entre la famille Téha et Robert Kaya qui encourage son "client" à poursuivre ses travaux. Mieux, face à l'intransigeance du fils de son cousin, il conseille au Burkinabè de lui faire payer son «manque de respect». Serge Téha dit s'en remettre aux autorités compétentes du département pour trancher cette affaire qui fait planer sur lui une menace de mort. En attendant le règlement de ce conflit foncier, Alain Serge Téha et sa mère, qui le soutient dans ce combat, ont élu résidence à Blolequin-ville, au quartier Gama.

Médibly, Diboké, Oulaïtahibly, Zilébly... : les Burkinabè s'installent

Sawadogo Moussa dit Saga, chef de la communauté burkinabè, installé à Zilébly (dernier village ivoirien à la frontière avec le Liberia) depuis plusieurs années se dit lui-même surpris par le nombre qui va crescendo de ses compatriotes dans le village et surtout par leur comportement qui consiste à acheter la forêt à des jeunes alors que leurs parents sont encore réfugiés au Liberia. «Je n'ai aucun pouvoir d'empêcher qui que ce soit de venir faire fortune. Quand j'ai tenté de raisonner certains de mes frères, ils m'ont répondu que c'est parce que je veux les empêcher de faire fortune», se dédouane-t-il. Aujourd'hui, le constat est frappant à Zilébly : seulement 15 autochtones contre plus de deux cents hommes d'origine burkinabé, selon le décompte de Sawadogo Saga, exploitent la forêt des propriétaires terriens eux-mêmes encore réfugiés au Liberia. Tout comme à Médibly, Diboké et Oulaïtahibly où l'on note leur forte présence, ils disposent de gros quartiers dans lesquels des cases ont poussé comme des champignons.

Ceux qui leur permettent de s'arroger les biens qu'ils exploitent sont pour la plupart des jeunes wê. Profitant de l'absence de leurs parents qui sont les véritables propriétaires terriens, ces jeunes prennent langue avec des démarcheurs. A Blolequin-ville, sont basés S. Abdoulaye, D. Gilbert. Ce sont eux qui sont en contact avec les allogènes qui recherchent un eldorado forestier pour faire fortune. Ils connaissent également la plupart des vendeurs qui se comptent parmi les jeunes des villages de Blolequin. «Notre rôle consiste à faciliter le contact entre le vendeur et l'acheteur moyennant une commission une fois l'affaire conclue. Le reste n'est pas de notre ressort», explique S. Abdoulaye. C'est lui qui a été à l'origine de la transaction portant sur la vente du patrimoine forestier du patriarche Manhan Douhou et de bien d'autres propriétaires terriens de Zilébly alors que ceux-ci sont encore réfugiés au Libéria pour certains et en activité dans les différentes villes du pays pour d'autres. A Zilébly ses contacts sont Dandé Anselme (dit Hobou), Bangny Zoba Raphaël, Bangny Serge Omer (dit Omer) et Gnahé Sylvain. L'objectif de ces démarcheurs au commerce douteux ? S'acheter de grosses motos pour frimer, ou monter leurs propres affaires. Le patrimoine forestier, long de 2 Km, du patriarche Manhan Douhou, encore en exil au Liberia, fera l'objet de transaction entre ces jeunes et les nommés Seydou Sawadogo, Kontougni Desiré, Zoungrana Yacouba, Ouédraogo Karim, Nikiema, Emmanuel, Sawadogo Adama, Beda Robert, Pate Jeremy... A peine ont-ils fini d'''acheter'' cette forêt qu'ils se sont lancés dans les travaux de défrichage sans même prendre soin de remplir les conditions de propriété. Face au fils du patriarche, Pascal Douhou, Clerc d'huissier à Abidjan, qui leur a exigé des documents attestant qu'ils sont devenus propriétaires du bien de leur père, ils font planer des menaces.

La stratégie des vendeurs illégitimes pour se sortir d'affaire

Lorsque les sexagénaires Bah Jeannot et Kpazaï Victor se sont rendus dans leur village à Zilébly pour vérifier que leur forêt n'avaient pas encore fait l'objet de transaction entre des autochtones, pour la plupart des militants Rhdp, restés au village, et des allogènes en quête de parcelle à cultiver, ils sont tombés des nues. Non seulement leur forêt a été bradée, mais ils ont été dénoncés aux éléments Frci du village comme étant des militants pro-Gbagbo qui ont soutenu les miliciens lors des événements post-électoraux. La stratégie des vendeurs des forêts (qui se comptent tant parmi les Wê que les allogènes) dans le département de Blolequin pour se sortir d'affaire est toute simple. Créer une peur permanente chez les propriétaires terriens réfugiés au Liberia en leur rapportant que s'ils tentent un quelconque retour, ils seront traqués et liquidés par les Frci qui ont pris pied dans leur région depuis la crise post-électorale et ceux qui exploitent leur patrimoine. C'est un argument parmi tant d'autres qui maintient les réfugiés ivoiriens au Liberia loin de leurs terres au profit des allogènes dont la présence à Médibly, Diboké, Oulaïtahibly et Zilébly où nous avons séjourné durant quatre jours est frappante. Dans ces localités, ce sont des quartiers entiers, quelquefois d'une plus grande taille que ceux des autochtones, qui sont construits. Des fois, des nouveaux arrivants nettoient, sans autorisation, des lopins de terre dans le village et s'y installent, quand ils ne prennent pas possession des maisons d'autochtones qui ont fui le village. La maison de Bahi Gervais, Secrétaire général  de section du Front populaire ivoirien (Fpi) de Zilébly, Oulaïtahibly, est à ce jour occupée par des allogènes burkinabè.

L'administration préfectorale prêche dans le désert

Le préfet de Blolequin Dembélé Lassana, pour anticiper sur le danger qui plane à l'horizon dans cette partie de la Côte d'Ivoire où la moindre étincelle se transforme en volcan, a pris une réquisition pour faire sortir les nouveaux migrants des forêts qu'ils «occupent de façon illicite». Mais cette action est entravée par des croque-en-jambes politiques dans le département. Certains cadres locaux du Rhdp qui bénéficieraient de l'appui du Lieutenant Zouoti Eloi alias commandant Zoulou couvriraient les manœuvres de dépossession des terres des personnes identifiées comme des militants Lmp en exil. «Ils se sont calmés parce que nous avons menacé de saisir la hiérarchie s'ils continuent d'entraver l'action de l'administration préfectorale», a indiqué une indiscrétion à la préfecture de Blolequin. Toutefois, le processus de retrait forcé des allogènes des forêts qu'ils occupent illégalement tarde à se mettre en place. Et les nouveaux migrants, dans les villages, accélèrent le défrichage des parcelles qu'ils ont acquis après la fuite des vrais propriétaires.


Saint-Claver Oula


Source: LE NOUVEAU COURRIER

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