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lundi, 23 avril 2012

CONSEQUENCES DE LA CRISE IVOIRIENNE: LES PSYCHOLOGUES ONT PEUR D'EN PARLER

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Des actes et scènes d’une extrême violence ont éclaté, dans plusieurs localités de la Côte d’ivoire, au lendemain de la crise post-électorale, débutée le 28 novembre 2010. Les rescapés sont choqués, sans doute pour le restant de leur vie. Ils porteront les traces de ces événements douloureux à plus ou moins long terme. Alors que l’on s’attendait à ce que les psychiatres soient prolixes sur la question, c’est à un mur que nous nous sommes plutôt heurtée dans nos tentatives d’en savoir plus sur la situation réelle en matière des désordres psychiatriques occasionnés par les récentes violences post-électorales, ainsi que les clés pour en sortir.


Un psychiatre rencontré au CHU de Treichville (Abidjan) refuse de répondre à la moindre question concernant les victimes de la récente crise. « La situation est encore sensible. Je ne veux pas voir mon nom dans un quelconque journal », avertit-il. Même son de cloche au service d’Hygiène mentale de l’Institut national de santé publique (INSP) dans la commune d’Adjamé. En revanche, le ton est plus modéré: « Je suis médecin psychiatre, certes, mais avant tout fonctionnaire de l’Etat de Côte d’Ivoire, et à ce titre, je ne peux pas répondre à vos préoccupations (…) sans l’avis de ma hiérarchie ». Hiérarchie? Nous joignons un peu plus tard le directeur du programme de santé mentale… qui "botte" aussitôt en touche: « Je ne peux pas officiellement m’exprimer sur ce sujet ».

C’est que, expliquera plus tard notre contact à l’INSP qui insiste pour garder l’anonymat, il est impossible aujourd’hui pour un psychiatre de rendre publique sa lecture de la situation, sans que ses propos ne soient mal interprétés par les pouvoirs politiques. « Aucun camp n’est prêt actuellement à voir en face les dégâts considérables qu’il a créés, depuis plus d’une décennie, dans la tête de chaque ivoirien ou habitant de la Côte d’Ivoire. Car en réalité, tous les camps ont perpétré des horreurs », martèle-t-il. Avant de déplorer le fait qu’aucune prise en charge psychologique réelle n’est faite en direction des victimes des violences successives. « Ce que nous faisons, depuis tout ce temps, c’est de gérer l’immédiat », avoue le médecin. Car malheureusement, aucune structure, aucune volonté politique ne prend en compte « de façon sincère » les besoins en matière de gestion des traumatismes. En Côte d’ivoire, comme dans tous les pays ayant connu la guerre, la prise en charge psychologique est en elle-même tout un processus auquel doivent participer, non seulement le patient et son médecin, mais aussi toute la société dans toutes ses composantes, indique le spécialiste.

Il est vrai qu’après les dommages considérables occasionnés par la guerre, il importe absolument de reconstruire le pays. Mais la population est à un pays ce qu’est le sang au corps humain. Aussi, est-il plus que nécessaire d’œuvrer d’abord à la reconstruction des cœurs et des esprits. Et le gouvernement l’a bien compris, en créant une Commission Dialogue Vérité et Réconciliation. Or, les psychiatres ivoiriens sont plus d’une fois montés au créneau pour dénoncer leur non-implication dans les différents forums et commissions dits de réconciliation qui se sont succédés, en Côte d’Ivoire.

Mais, réconciliation avec qui? Pourquoi? Pour quoi? Comment? Autant de questions auxquelles ces spécialistes auraient aidé à répondre, si les commissions de réconciliation qui se sont succédées en Côte d’Ivoire avaient prêté attention à leurs interpellations. Pourtant, si les choses demeurent telles qu’elles le sont aujourd’hui, « nous sommes bien partis pour 50 ans » de conséquences psychologiques, a, enfin, regretté le médecin psychiatre rencontré à l’INSP qui voit affluer chaque jour, au service d’hygiène mentale, de plus en plus de victimes venues se décharger de leurs douleurs enfouies tellement profondément…


Ghislaine Atta


In le magazine "LE FILAMENT" N° 21 du 15 avril 2012.


Source: SLATE AFRIQUE

Commentaires

Je comprends la réticence des psychologues,psychiatres et medecins de SANTE MENTALE à parler ouvertement de cette crise ivoirienne.Comment le faire?sous quel angle?comment se positionner lorsqu'eux-memes,en ont été les témoins occulaires et l'ont vécu directement.Si le fait d'en parler aussi doit mettre leurs vies en dangers,ils préfèrent alors se taire que de prendre un quelconque risque.Se protéger n'est pas un acte de lachete mais de bravoure.Dans la vie lorsque vous etes agressée,vous vous défendez.Ca ne fait pas de vous l'AGRESSEUR.C'est un cas de légitime défense.Pour le cas de la Cote d'Ivoire,c'est la meme chose.Je refute le fait de dire qu'il y a eu des ATROCITES dans tous les CAMPS.Je pense que c'est une mauvaise LECTURE des évènements.L'armée régulière avait le devoir de protéger la population civile,les biens et les habitations des habitants contre une HORDES de REBELLES.C'est ce qu'elle a fait pendant 10 ans sans relache,sans moment de répit.C'est une erreur monumentale de vouloir à tout prix mettre tout le monde dans le meme sac.Y a t-il des PRISONNIERS dans le camps OUATTARA.Le fait de relever qu'il a eu plus de MORTS dans le camps GBAGBO est une réalité induscutable.Tant que ce régime actuel ne prendre pas en compte la detresse humaine,toutes les tentatives de retour à la normale ne pourront se faire.Les séquelles sont encore présentes dans l'esprit et le quotidien des IVOIRIENS.Chacun tente de se reconstuire comme il peut avec sa force mentale et ses moyens sans aucune aide de l'Etat.Pour un simple citoyen lambda,c'est l'OMERTA.Personne ne peut dire quoi que ce soit.Ceux qui ont l'audace de le faire par les DIFFERENTS MOYENS de COMMUNICATION(presse écrite,sites et blogs internets,internet)ont un sacré COURAGE qu'il faut évidemment saluer. Un peuple DIGNE humilié,martyrisé et blessé dans sa chair.Comme on dit,tant qu'il y a la vie,il y a l'espoir.Reprendre petit à petit,une vie normale,vaquer à ses occupations et aller au travail si on le peut est le meilleur moyen de se reconstruire après des annéees de crise continue.

Écrit par : RitaFlower | lundi, 23 avril 2012

A défaut d'assistance psychologique et psychiatrique, une bonne assistance spirituelle ferait l'affaire. Les hommes ont démissionné, DIEU ne le fera jamais. Nous comprenons pourquoi de plus en plus d'Ivoiriens trouvent refuge en leur DIEU pour sortir du gouffre et se réarmer mentalement.

En ce moment, il est impossible de compter sur qui que ce soit pour espérer guérir de ses meurtrissures morales et psychiques. Encore moins avec Ouattara qui, bien au contraire, accentue les douleurs du peuple de Côte d'Ivoire plutôt que d’œuvrer à une vraie réconciliation, alors qu'il est au pouvoir et qu'il lui incombe désormais de ressouder le tissu social ivoirien en lambeaux.

Pas étonnant, de toutes les façons: "Les vainqueurs" n'ont pas encore fini de célébrer leur "victoire". Ce n'est pas des Ivoiriens dont ils vont se soucier. Peu importe si le couteau est retourné dans la plaie du peuple.

Vive la "nouvelle Côte d'Ivoire"!

Écrit par : Dindé | lundi, 23 avril 2012

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