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lundi, 14 mai 2012

LES COMPTES D'OPERATIONS DU FCFA: UNE ESCROQUERIE MONETAIRE A LA FRANÇAISE

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De tous les traités, accords, conventions ou contrats existant entre la France et ses anciennes colonies, il en est un que je souhaiterais vous exposer aujourd'hui. Pendant longtemps caché derrières des relations qui ne « prennent pas leur temps », dissimulé par un silence imposé et accepté, la Côte d'Ivoire et d'autres nations amies subissent depuis une trentaine d'années le joug d'une servitude financière qui, à l'aune d'une Afrique qui ne veut plus tout accorder, est de plus en plus contestée. Je nomme les comptes d'opérations et le franc CFA.

Les principes de coopération monétaire entre le France et les pays de la zone CFA ont été énoncés dans l'accord de coopération entre la république française et les pays membres de l'Union monétaire Ouest Africaine à la fin de l'anné 1973. Cette accord prévoit, comme le définit elle même la Banque de France:

La convertibilité garantie par le Trésor français: pour résumer, toute personne détentrice du franc CFA doit être en mesure de l'échanger librement contre d'autres devises.
La fixité des parités: Les monnaies de la Zone CFA sont convertibles entre elles, à des parités fixes, sans limitations.

La libre transférabilité: transferts libres à l'intérieur de la zone CFA (transactions courantes ou mouvements de capitaux).

Pour l'instant, rien de particulièrement dérangeant. Là où tout commence à changer c'est avec le quatrième et dernier principe fort de cet accord.

La centralisation des réserves de change: en contre partie de la convertibilité illimitée garantie par la France, les banques centrales africaines s'engagent à déposer au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur des comptes portant le doux nom de de « Comptes d'opérations ».

Imaginez-vous! 65% des avoirs extérieurs de nos pays déposés chaque année dans un compte logé à l'étranger... Notons que le pourcentage initial était de 100%, il a été revu à la baisse...les 35% restant étant prévus pour le remboursement de la dette.

A la fin des années 80, alors que le cours des matières premières connait sa « descente aux enfers », la zone CFA continue à verser avec discipline 65% de ses avoirs au Trésor français. Résultat: les africains s'appauvrissent et demandent de l'aide. Une aide que leur prête volontiers la France qui puise dans...les comptes d'opérations. Le comble de l'Afrique mendiante et riche en milliards.

L'accord prévoit en outre que la France peut décider un ajustement de la valeur du franc, lorsque les avoirs extérieurs ne suffisent pas à alimenter les comptes d'opérations. C'est ce que nous, jeune génération, avons connu dans les années 90, sous le fameux nom de « dévaluation ». Du simple au double: 1 franc qui valait 50 francs en valait désormais 100. Rappelez vous le début de cette note, nous parlions de « coopération monétaire ». Belle forme de coopération. La France achète pour deux fois moins cher, la Côte d'Ivoire elle doit s'arranger pour exporter deux fois plus pour garantir le même chiffre d'affaire. N'oublions pas que les salaires eux n'ont pas doublé en 1994, avec pour conséquence une chute du pouvoir d'achat.

Une autre effet pervers de cette monnaie est que le franc CFA n'a pas autant de valeur en réalité. Il est surévalué, notamment par rapport aux autres devises d'Afrique. Dès lors -et nous assistons à une situation similaire aujourd'hui avec la zone Euro, après la chute du dollar- nos produits sont peu compétitifs (entendez trop coûteux) pour ces pays. Nous n'exportons donc rien en Afrique! Notre principal marché est l'Europe. Belle coopération en effet...

Nous pourrions passer des heures à mettre en cause la nature des comptes d'opérations et à critiquer les mécanismes de spoliation cacique mais « légale » d'une Afrique qui porte encore les cyniques falbalas d'un accord signant d'entrée de jeu son asservissement financier. Nous ne pouvons pas construire d'écoles, d'autoroutes, d'hôpitaux, mais nous pouvons déposer 65% d'un argent gagné à la sueur de notre front dans un compte de la rue Croix des petits Champs, dans le 1er arrondissement de Paris.

Pour combien de temps encore? C'est à nous de faire le choix. Évidemment nous courrons le risque d'une monnaie moins stable, mais forts de cette liberté nous saurons faire face à l'épreuve. La contrainte est créatrice.

Source: http://poukoi.ivoire-blog.com/

PS: Le président équato-guinéen Theodoro Obiang Nguema s'est récemment prononcé contre l'existence de ces fameux comptes d'opération http://t.co/Ag4enPlO

 

Source: Le blog de Benoît Boéhi


Commentaires

Merci de votre brillante contribution. There is a time, a time ... dit une chanson. Elle s'inspire, cette chanson, de textes Bibliques faut-il le rappeler? Il arrive dans la vie des nations des périodes où il n'est plus possible de retourner en arrière quoi qu'on fasse ou qu'on décide. Si cela est difficile pour vous les intellectuels d'avoir foi en la Parole de DIEU, que la dynamique qui régit la marche des peuples vous instruise au moins. Est-il possible que tout ce que vous savez reste sans effet sur la conscience de notre peuple ? Tout est en marche, les déclencheurs ont enclenché le réveil. Il s'agit de vous mettre en esprit qu'aujourd'hui plus qu'hier, les enfants de cette partie du monde sont formés et informés. Aujourd'hui plus qu'hier cette explication que vous donnez peut-être comprise par plus d'un, même n'ayant pas fait des études d'économie. Nous sommes prêts et ce sont ceux (nos pères) que vous sembler accuser en filigrane (ce n'est pas grave) qui nous ont donné cette formation. Il avaient compris le sens de l'école dans la lutte présente. Hier il a fallu des leader pour conduire notre peuple ils se sont acquittés de leur devoir. Aujourd'hui une autre bataille se lève. Qui DIEU a-t-Il suscité pour nous conduire pour la victoire de notre peuple ? Répondons et nous vaincrons. Que DIEU vous bénisse. LGSEIGNEUR.blog4ever.com

Écrit par : lyé | lundi, 14 mai 2012

Pour être complet et juste, il faut dire que le taux de 65% a été ramené à 50% dans les années 95 et souligner que ce système existe depuis 50 ans (depuis 12 mai 1962 exactement). Toutefois, il faut savoir que c'est comme si votre banquier vous contraignait à conserver la moitié de vos revenus sur votre compte courant, sans aucune possibilité d'y toucher, quelque soit le problème que vous avez. Ainsi, le Niger peut avoir tous les déficits céréaliers, avec comme conséquence la famine pour une bonne frange de la population de ce pays, nos tuteurs préfèrent faire débarquer des avions dits humanitaires, plutôt que de faire un décaissement sur ce compte pour acquérir de quoi soulager les populations, l'un des principes de fonctionnement du compte étant la solidarité entre états membres de l'uemoa .

Pourtant, comme l'indiquait le Ministre Katina dans une récente intervention, c'est par des décaissements sur ledit compte que la BCEAO a aidé la rébellion à acheter des armes et corrompre à tour de bras pour nous précipiter au 11 avril...

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : avant cette date, les avoirs de la CI au compte d'opérations s'élevaient à quelques 4 882 milliards de FCFA. A la fin de la crise hypocritement dite électorale, le montant des avoirs est descendu autour de 3 700 milliards.

Écrit par : Nichiren | lundi, 14 mai 2012

Merci, NICHIREN!

Les précisions que tu apportes à cet article sont essentielles. Ainsi que l'info sur le financement de la crise ivoirienne.

Les Africains de la zone CFA devront un jour aller à la confrontation ouverte avec la France pour réclamer leur dû. Nous ne pourrons en faire l'économie si nous espérons une vraie indépendance et une véritable affirmation de notre souveraineté.

Écrit par : Dindé | lundi, 14 mai 2012

Bien analysé mon frère,
Il est temps que l'AFRIQUE se réveille car pas d'indépendance sans indépendance monétaire.
Africains debout comme un seul homme pour notre indépendance totale.
La France n'a qu'a se développer comme l'Allemagne en développant son secteur économique et non par le vol des africains

Écrit par : Djibril | dimanche, 08 mars 2015

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