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jeudi, 12 juillet 2012

LE MINISTRE LAZARE KOFFI KOFFI: «DES CHEFS D'ETAT, DES DIPLOMATES... SE MOBILISENT POUR GBAGBO»

 

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Une excellente interview du ministre Koffi Koffi Lazare que vous ne pouvez manquer d'apprécier. Bonne lecture!  

 

La situation sociopolitique que vit la Côte d’Ivoire depuis l’installation du régime de «rattrapage» d’Alassane Ouattara intrigue et inquiète. Malgré les apparences du «tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes» que tente de diffuser les hagiographes du Rdr. Dans une entrevue accordée au Nouveau Courrier, Lazare Koffi Koffi, ministre dans le gouvernement Aké N’Gbo, et actuel directeur de cabinet du porte-parole du président Laurent Gbagbo, depuis son exil analyse la Côte d’Ivoire version Ouattara, tout en apostrophant les nouvelles autorités françaises. Et fait des révélations sur les soutiens grandeur nature qui se mobilisent pour le président Laurent Gbagbo. Entretien !

Un exil qui dure aujourd’hui quinze mois. Comment vous sentez-vous?

Cela fait en effet 15 mois que nous sommes, pour la plupart d’entre nous, hors du pays, en exil. Notre état d’esprit d’exilés et de réfugiés politiques est au beau fixe. Il est vrai que le pays nous manque, mais nous n’allons pas rentrer à n’importe quel prix. Un de mes parents, Ehounoud Bilé, qui a vécu la même situation sous Houphouët, avait l’habitude de dire : « La liberté de l’homme ne doit pas être l’objet d’un marchandage pour des intérêts matériels et sordides». Là où nous sommes, malgré les conditions de précarité dans lesquelles nous nous trouvons, malgré toutes les turpitudes de qui-vive au quotidien, nous nous sentons moralement forts parce que en sécurité et libres. Vivre libre, sentir la fraîcheur matinale des fleurs et du vent, se familiariser à tous les mouvements humains, aller et venir selon son vouloir, goûter aux joies du milieu et partager des instantanés avec nos compatriotes et nos hôtes, tout cela nous maintient en vie et entretient notre moral.

Plus d’un an après, Ouattara semble plus déterminé à vous traquer…

Oui, c’est vrai nous sommes poursuivis dans notre exil. En dehors des nombreux mandats d’arrêt internationaux lancés contre nous, il ne se passe pas de jour sans que des éléments de la DST ivoirienne franchissent la frontière pour être à nos trousses. Il ne se passe pas de jour sans que des tueurs à gage à la solde de Ouattara nous filent pour nous abattre en temps voulu. Même des jeunes filles chèrement payées nous sont envoyées pour nous séduire aux fins de nous empoisonner. Nous ne sommes pas démontés pour autant. Chacun fait son travail auquel il est destiné. Si Ouattara a voulu être Chef d’Etat pour utiliser toutes ses énergies et son intelligence pas pour construire le pays mais pour traquer et tuer ses adversaires politiques, nous, avec l’aide de Dieu, nous travaillons pour rester en vie. Soyez donc rassurés, nous reviendrons vivants au pays. Par la grâce de Dieu.

C’est vrai que nous comptons dans nos rangs des morts et non des moindres : le ministre d’Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, les maires Raymond Gnan et Jean-Baptiste Diagou Gomont de regrettés mémoire sans oublier les nombreux anonymes qui meurent abandonnés dans les camps de réfugiés. Avec ces morts, mais aussi avec l’arrestation spectaculaire et stalinienne du ministre Lida Kouassi et celle imaginaire digne d’un conte de fée du ministre Koné Katina, porte-parole du Président Laurent Gbagbo, notre histoire, l’histoire des exilés s’écrit. C’est une histoire douloureuse certes, mais c’est une histoire qui s’écrit en lettres d’or avec nos héros et nos légendes tandis que celle de Ouattara et de ses sbires se noircit chaque jour.

Pourquoi le régime Ouattara ne cesse d’accuser les exilés de planifier des coups?

Je ne sais pas. C’est à lui peut-être qu’il faut demander. Cependant, je puis dire que cette frénésie de Ouattara à voir des coups d’Etat partout est une projection de la conscience de l’homme dans celle d’autrui. Mais cette propension à voir des ennemis partout rappelle fort curieusement celle d’Houphouët au début de son règne en Côte d’Ivoire. On se souvient en effet, qu’après la proclamation de la République de Côte d’Ivoire le 4 décembre 1958, Houphouët-Boigny, alors ministre dans le gouvernement de De Gaulle puis de Michel Debré, sera imposé à notre pays par la France comme Premier Ministre en 1959. L’année suivante, après la proclamation de l’indépendance le 7 août, Houphouët sera, sans élection, proclamé Président de la Côte d’Ivoire en dehors de toute règle démocratique. Conscient de cette irrégularité dans son ascension au sommet de l’Etat, dans un environnement où le pays comptait de nombreux intellectuels de valeur pouvant lui apporter la contradiction comme J.B. Mockey, Germain Coffi Gadeau, Kacou Aoulou, Me Kouamé Binzème, Joachim Bony, Jean Konan Banny, Ernest Boka, Charles Donwahi, etc. Houphouët voyant en eux de réels concurrents qui pouvaient lui disputer le pouvoir, trama avec Philippe Yacé toute une série de complots qui ont endeuillé notre pays entre 1959 et 1963 et traumatisés à jamais des familles entières.

C’était donc l’époque des faux complots?

Effectivement ! C’étaient des complots juste pour asseoir, affermir son pouvoir. Quand cet objectif a été atteint, un jour, Houphouët est venu dire au peuple, sans vergogne et sans repentir qu’il n’y a jamais eu de complots en Côte d’Ivoire. C’est cette voie d’Houphouët que, de toute évidence, emprunte Ouattara qui a eu, lui aussi, le pouvoir presque dans les mêmes conditions. Et les cadres du Fpi et leurs alliés qui peuvent s’opposer à lui, il leur colle ce délit de putschistes. Un jour viendra, lorsqu’il se sera assis confortement dans son fauteuil présidentiel, où il annoncera qu’il n’y a jamais eu de coups d’Etat. Pour le moment il fait le vide autour de lui par la terreur. Mais il se trompe d’époque. Nous ne sommes plus dans les années 60.

Mais, n’a-t-il pas réussi à écarter le président Gbagbo et bon nombre d’entre vous?

Oui, mais c’est en apparence. Cela fait 15 mois que le Président Gbagbo n’est plus au pouvoir. Mais pendant ces 15 mois, il occupe la Une des journaux, y compris et surtout ceux proches de Ouattara. Gbagbo se vend bien, en même temps que par ces journaux on mesure le niveau de sa popularité et la place qu’il occupe dans le cœur des Ivoiriens. En le déportant à la Cpi, Ouattara espérait sans doute que les Ivoiriens allaient se décourager et se lasser d’attendre son retour. Mais que non ! Il se rend bien compte que cette déportation a été une erreur. Et pourtant il en avait été déconseillé. Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire que tant que le Président Gbagbo sera à la Haye, Ouattara n’aura pas la sérénité nécessaire pour diriger ce pays. Parce que, un homme comme Gbagbo, on ne peut pas se débarrasser de lui comme un vulgaire malfrat. Il est et demeure le choix des Ivoiriens. Plus il restera donc à la Haye, plus sa popularité ira croissante, devenu désormais pour les Ivoiriens mais aussi pour les Africains du continent et de la diaspora l’icône de l’Afrique libre, indépendante et souveraine, et plus l’espace de manœuvre de ceux qui nous gouvernent par le fusil se réduira. Et plus, la réconciliation attendue sera incertaine.

Tout semble fonctionner en Côte d’Ivoire, selon le régime Ouattara…

En vérité, tout est bloqué. Au plan intérieur, le pouvoir d’achat s’est considérablement réduit. Le panier de la ménagère s’est profondément aminci depuis ces 15 derniers mois. L’insécurité est vécue par tous au quotidien. Les droits humains n’ont plus de sens en Côte d’Ivoire. On tue impunément. La peur a gagné tout le monde y compris les pro-Ouattara. Les hôpitaux ne désemplissent pas. L’aide sociale est restée un vœu pieu. Que dire de l’emploi promis ! Rien ne se dessine à l’horizon. L’assainissement de la société et la lutte contre la corruption qui ont été brandis lors de leur campagne sont loin des préoccupations des tenants actuels du pouvoir devenus pour la plupart des grilleurs d’arachides. Au plan extérieur, Ouattara court en vain après des investisseurs qui tardent à venir à cause du climat incertain dans lequel se trouve le pays qui court chaque jour le risque d’un isolement. On annonce des milliards dont on ne voit pas les effets sociaux. Comme vous voyez, Ouattara s’est précipité pour prendre le pouvoir avec l’aide des Blancs, et 15 mois après, tout le monde se rend bien compte de son incapacité à le gérer et à proposer de véritables solutions pour la reconstruction économique et sociale du pays, mais aussi des solutions humaines pour rassembler et soigner les cœurs meurtris des Ivoiriens. C’est pour cacher cela qu’il y a cette fuite en avant, celle de traquer les cadres du Fpi, d’entretenir un climat de terreur dans le pays en faisant courir des bruits de coup d’Etat et en planifiant un génocide à l’ouest. Pour tout dire, tout est en panne en Côte d’Ivoire sous Ouattara et, croyez-moi, ce n’est pas le Ppte qui va arranger les choses.

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Dans un mois Gbagbo comparait à la Cpi. Comment envisagez-vous son avenir?

Le Président Gbagbo nous reviendra contrairement à ce que pensent nos gouvernants actuels. Devenu un os dans la gorge de ceux qui voulaient l’avaler, ces derniers sont obligés de le cracher s’ils veulent vivre. Son ombre plane sur la Côte d’Ivoire. Ouattara lui-même ne manque jamais de parler de lui à chacune de ses sorties médiatiques. Gbagbo est devenu son cauchemar. Tout restera bloqué sans lui dans ce pays. Je crois que même ses plus irréductibles adversaires et ses ennemis en sont convaincus qui donnent de la voix pour qu’il revienne au plus vite au pays. On a entendu récemment Amoikon Edjampan ; à l’Onu, en France, aux Etats-Unis, et en Afrique, des diplomates, des leaders d’opinion, des Chefs religieux et des Chefs d’Etat se mobilisent en sa faveur et vous verrez, les jours prochains, ils se feront entendre. La question qui revient souvent, c’est comment vider définitivement le contentieux électoral qui fait de notre pays un no man’s land.

Selon vous, comment peut-on vider justement ce contentieux électoral?

Je ne vois qu’une et une seule solution : à défaut du recomptage des voix proposé en son temps par le Président Gbagbo et refusé par ses adversaires,- ce qui nous aurait évité tous les blocages actuels -, il faut courageusement mais humblement reprendre les élections présidentielles.

Pensez-vous que Ouattara et ses hommes peuvent accepter une telle proposition?

Mais, c’est la seule voie s’ils veulent diriger ce pays sereinement. Mais ils ne devraient pas en avoir peur, surtout qu’ils clament partout qu’ils sont majoritaires dans ce pays. Ma position est fondée sur le fait suivant : comme c’est le Conseil Constitutionnel version Paul Yao Ndré qui a proclamé deux vainqueurs des élections de 2010 en l’espace de quelques mois, la sagesse commande qu’on reprenne ces élections qui seront arbitrées par le Conseil Constitutionnel version Francis Wodié sous la supervision active mais désintéressée et sans parti pris de la France, les Etats-Unis, l’Onu, l’Union Africaine et toute organisation non gouvernementale qui le désire. Il faut scruter cette voie, la seule à mon sens pour sortir notre pays du bourbier actuel.

Vous parliez tantôt de la France qu’on sait un acteur clé de cette crise. Que peut-elle faire actuellement?

Elle peut faire beaucoup. La France de François Hollande s’entend. Le nouveau président français dont je salue au passage la brillante victoire aux dernières élections, a tout pour redorer l’image de la France trop ternie par son prédécesseur en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. La France de Sarkozy est vue par tous les Africains épris de justice et de liberté comme une France génocidaire, une France arrogante, une France inutilement interventionniste qui s’ingère dans les affaires intérieures des Etats indépendants et souverains, une France des coteries et des affaires mafieuses. Hollande doit faire oublier tout cela et il le peut.

Et qu’est-ce qui vous fait penser qu’il le peut?

D’abord c’est le slogan de sa campagne «le changement c’est maintenant ». C’est tout un programme dont le monde attend beaucoup. Mais nous les Africains, ce changement ne doit pas se réduire à un simple ménage de meubles dans la maison. Ce que l’Afrique attend, c’est une véritable rupture d’avec une vision du monde coupé en deux, l’un détenteur de la force nucléaire qui veut imposer sa volonté à l’autre qui ploie sous le poids de la misère et à qui on refuse le droit minimum de disposer de lui-même. Ce que l’Afrique attend c’est une rupture radicale avec une certaine politique étrangère outrancière, outrageante et arrogante, une rupture avec l’interventionnisme militaire tous azimuts, rupture avec une coopération financière stressante, avilissante, oppressante et appauvrissante. Hollande doit savoir que le monde aujourd’hui et surtout l’Afrique appelle au changement comme en France.

Ensuite, Hollande doit lui-même tirer les leçons de la chute de Sarkozy et savoir avoir une oreille pour les Africains qui voient dans la date du 6 mai 2012 qui a marqué son élection comme une date porteuse de grands bouleversements comme celle de 1789 de la Révolution Française qui a proclamé la République, 1917 de la Révolution russe qui a sanctionné la fin du régime des Tsar, 1948 qui a vu la naissance de l’Onu et 1989 qui a mis fin à la guerre froide après la chute du mur de Berlin. Les Africains ont soif de changement comme ils l’ont eu après la Deuxième Guerre Mondiale, soif qui a enclenché la décolonisation. Nous sommes dans les mêmes dispositions d’esprit aujourd’hui. L’Afrique appelle au respect de l’indépendance et de la souveraineté de ses Etats. Et Hollande devrait être attentif à cela et ne doit pas se laisser devancer et dominer par les événements comme ses prédécesseurs dans les années 50 «pour ensuite céder aux revendications lorsqu’elles s’expriment sous une forme violente. Il importe de prendre en temps utile les dispositions qui permettent d’éviter les conflits graves» ainsi que le recommandait le projet du préambule de la Loi-Cadre.

Pour vous donc, dans quel sens les choses peuvent-elle évoluer?

D’abord la France officielle ne doit pas avoir peur des Africains, surtout ceux de l’espace qu’elle contrôle et auxquels elle est historiquement liée. Elle ne doit pas un seul instant présumer que ces Africains de culture française, de sentiments français, placés depuis longtemps dans un système économique français, ayant pour référence le modèle français, peuvent se détourner d’elle. Ensuite, elle doit, par une conférence internationale du type de celle qui a eu lieu à Brazzaville en 1944, avec tous ses diplomates mais aussi tous les Africanistes pour faire le point de sa présence en Afrique, mais aussi de la vérité sur les réalités africaines colportées, pour bâtir une nouvelle politique de coopération avec les Etats africains. Au-delà de tout çà, Hollande doit rompre courageusement avec la Françafrique ainsi que les sommets anachroniques France-Afrique. Et plus que cela, le gaullisme qui engageait vers la fin des années 50, la France à voir chez les nouveaux Etats africains, des partenaires privilégiés parce que, «si leur administration novice, leur économie naissante, leurs finances désorganisées, leur diplomatie tâtonnante, leur défense à ses débuts, recouraient à elle pour s’établir, il faudrait s’y prêter». La France doit cesser de voir les Etats africains comme des Etats naissants. Elle doit voir autrement nos Etats devenus matures car à vouloir les maintenir sous une quelconque domination «peut devenir une gageure, où la France, pour ne rien gagner peut tout perdre ».

Pour en revenir à vos vies d’exilés. Comment arrivez-vous à survivre quand on sait que vous avez vos avoirs gelés?

(Rires). Ça, c’est une grâce de Dieu qui veille sur chacun d’entre nous. J’ai souvent entendu dire que nous avons fui du pays avec des caisses d’argent et que nous vivons un exil doré. On a même dit que le gouvernement ghanéen nous soutient financièrement. Je voudrais d’ailleurs profiter de cet espace pour remercier vivement et très sincèrement tous nos compatriotes qui, depuis le pays, ne cessent de nous soutenir aussi bien moralement que financièrement. Cela est très encourageant et cela montre aussi que nous sommes dans la vérité. Fait surprenant, il y a parmi ceux qui nous aident de nombreux pro-Ouattara découragés sans doute de l’orientation nouvelle de l’action politique dans notre pays. Je n’oublie pas dans mes remerciements les associations et les groupements religieux qui, au-delà des soutiens matériels, prient pour nous et pour la Côte d’Ivoire. Je voudrais leur dire ici de ne pas désespérer et de rester toujours mobilisés pour la Côte d’Ivoire éternelle. La nuit est longue, il est vrai, mais le jour finira par se lever.

 

Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

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