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jeudi, 12 juillet 2012

LES FORMIDABLES AVEUX DU REGIME OUATTARA

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S’agit-il d’un signe de frilosité ou d’une manifestation d’une forme d’ivresse de la puissance sans limites apparentes ? En tout cas, des personnalités emblématiques du régime Ouattara se sont permises, ces derniers temps, un certain nombre de déclarations qui constituent de formidables aveux sur l’état d’esprit véritable des actuels maîtres d’Abidjan. Un état d’esprit profondément préoccupant, et qui augure de lendemains sombres pour le pays des Eléphants. Dans une tribune publiée il y a une semaine par Slate Afrique, Venance Konan, patron du quotidien gouvernemental Fraternité-Matin, justifiait de manière assez surprenante la «justice des vainqueurs» qui a cours à Abidjan, et qui est critiquée – juste pour «faire joli» ? – par la «communauté internationale» et les organisations de défense des droits de l’homme.

En effet, son argumentaire trahit une réalité : celle de la faiblesse d’un pouvoir pris en otage par des criminels de guerre supposés, dont il est d’autant plus dépendant qu’il a choisi de régner par une stratégie permanente de la tension, la persécution de son opposition et l’humiliation des forces armées conventionnelles du pays. «Aujourd’hui, une pression est exercée par certaines chancelleries et Ong ainsi qu’une partie de la presse internationale sur les autorités ivoiriennes pour qu’elles jugent les membres des Frci (Forces républicaines de Côte d'Ivoire) soupçonnés d’avoir commis des massacres à l’ouest de la Côte d’Ivoire (…) Au nom de la justice égale pour tous. (…) La justice est toujours rendue dans tous les pays au nom de la société. Mais lorsque son application a pour conséquence la déstabilisation et la mise en danger de la société, lui a-t-on rendu service? (…) Ne faut-il pas être dupe pour ne pas comprendre que les seules forces sur lesquelles repose la stabilité actuelle de la Côte d’Ivoire sont constituées de ces hommes mis à l’index?» Faut-il en déduire que les FRCI sont les véritables chefs d’une Côte d’Ivoire en réalité dirigée par une junte civilo-militaire ? N’est-ce pas le prix d’une instabilité structurelle que la Côte d’Ivoire est en train de payer pour avoir cette prétendue «stabilité» faite de rackets, d’impunité généralisée sur le fond d’ethnicisation de la violence d’Etat… donc de rancœurs et d’angoissantes hypothèques sur l’avenir ?

 
Ouattara violera-t-il une fois de plus ses engagements ?

«Pourquoi donc insiste-t-on tant ici pour que M. Ouattara juge aujourd’hui ceux sur qui repose la stabilité de son pays? Peut-être parce qu’il a prononcé le mot «réconciliation.» […] Personne n’a demandé des comptes aux Alliés qui ont largué des milliers de bombes sur l’Allemagne, tuant des centaines de milliers d’innocents. Personne n’a demandé des comptes aux États-Unis qui ont lancé deux bombes atomiques sur le Japon, tuant des centaines de milliers d’innocents. Qui a parlé de justice de vainqueurs?», s’indigne Venance Konan. Au-delà du caractère ambigu du propos – s’agit-il de menaces voilées contre ce qui reste de l’opposition ivoirienne, qui pourrait se voir traitée comme les Nazis ou les Japonais défaits à la fin de la Deuxième Guerre mondiale ? – et de l’absurdité de la comparaison – peut-on comparer un conflit interne, malgré les implications étrangères, à une guerre mondiale ? –, Venance Konan oublie un fait fondamental. C’est Alassane Ouattara lui-même qui a promis, sur tous les tons, et sur tous les toits, qu’il n’y aurait pas de justice à sens unique.«J'entends dire qu'il y a une «justice des vainqueurs». Ce n'est pas du tout mon approche. J'ai mis en place une commission nationale d'enquête qui va terminer ses travaux d'ici à la fin de l'année. Nous prendrons alors les mesures nécessaires. Ceux qui doivent être jugés le seront, de quelque bord qu'ils soient. Il n'y aura pas de volonté de punir les uns et de créer l'impunité pour les autres», promettait-il le 12 septembre 2011 dans une interview au Figaro. Si Ouattara ne livre pas à la justice les nervis armés qui lui ont permis de prendre le pouvoir, cela sera donc d’abord et avant tout une énième violation de ses engagements. Ne pas travestir le débat, s’il vous plaît !
 
Soro peut compter sur les contradictions de la «communauté internationale»

Au-delà de Venance Konan, la semaine qui vient de s’écouler a été riche en dérapages révélateurs. Ainsi de ceux de Félicien Sékongo, conseiller de Guillaume Soro, accusant avec ignominie Jacqueline Chamois, la mère de Michel Gbagbo, d’avoir «abandonné» son fils et de n’avoir «aucune notion» de la bonne éducation pour finir par accuser le prisonnier de Bouna d’être «congénitalement criminel». Criminel héréditairement, autrement dit. Ce qui au final accrédite paradoxalement la thèse qu’il était question de démonter : celle d’un Michel Koudou Gbagbo «arrêté parce qu’il était avec son père».

De son côté, Guillaume Soro a lui-même révélé sa ligne de défense en cas de poursuites judiciaires internationales. Les FRCI, qui ont commis des crimes contre l’humanité selon les organisations de défense des droits de l’Homme, ont agi «de concert avec la communauté internationale, je dis bien la communauté internationale», a-t-il martelé sur France 24. Et il peut compter sur les contradictions de cette fameuse communauté internationale. Sur celles de la Cour pénale internationale (CPI) qui prétend enquêter sur lui tout en l’invitant à ses agapes et en l’informant en exclusivité – si ce qu’il a dit à RFI est vrai – de ce qu’elle prépare contre Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé et Bruno Dogbo Blé.

Sur celles de l’ONU qui organise à l’Ouest des opérations militaires conjointes avec un Losséni Fofana qui se trouve sur la «short-list» des responsables présumés de crimes contre l’humanité. Et sur celles des organisations de défense des droits de l’Homme qui ont accusé «Loss», et se taisent désormais sur le fait qu’il dirige l’opération de «pacification» de l’Ouest qui ne va pas, selon de nombreux témoignages, sans de nouvelles violations des droits de l’Homme se structurant sur une base fondamentalement tribale.
 
 
 
Théophile Kouamouo


Commentaires

Merci pour l'info et pour le lien, INDIGNEZ-VOUS! Je vais y jeter un oeil. Mais t'inquiète, leurs paroles et leurs actes les rattraperont, un de ces quatre.

La roue de l'Histoire tourne et ne s'arrête pas. On verra bien, dans quelques années, si elle les mettra sur un piédestal ou les confinera dans ses dépotoirs les plus sordides. Qui vivra, verra!

La lutte continue!

Écrit par : Dindé | vendredi, 13 juillet 2012

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