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dimanche, 15 juillet 2012

COTE D'IVOIRE: UNE JUSTICE TOTALEMENT EN PANNE

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Inculpation des pro-Gbagbo. Le grand cafouillage de Ouattara. La justice aux ordres, multiplie les règlements de compte


Ouattara qui veut forcément avoir dans ses prisons tous les pro-Gbagbo infantilise à souhait, la justice ivoirienne avec des chefs d’accusation qui changent tous les jours. C’est un constat implacable. La justice ivoirienne a fait depuis longtemps, le deuil de la Justice. Elle n’obéit plus aux lois de la République, mais plutôt à un pouvoir. Mais bien plus, à un homme qui a fini par l’infantiliser.

Les discours du genre, «la justice est libre en Côte d’Ivoire» servis dans les médias étrangers sonnent désormais faux. La vérité est que les magistrats ivoiriens travaillent aujourd’hui dans la peur quotidienne. Chacun ne voulant pas subir la colère de l’Exécutif. Évidemment, les conséquences sont énormes sur le fonctionnement de cette Institution que Ouattara manipule dans un grand cafouillage qui se traduit même, dans les bureaux des hommes en toge. «C’est déplorable ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Mais je dois dire que j’ai beaucoup de peine en tant que magistrat. C’est déplorable de voir des juges sous les ordres, se compromettre de cette manière», déplore un magistrat aujourd’hui mis à l’écart au palais de la justice au Plateau, parce que taxé de pro-Gbagbo.

Ouattara qui veut par tous les moyens, avoir les partisans du Président Gbagbo dans ses prisons, ne lésine pas sur les moyens pour mettre à genou la justice ivoirienne. Et comme il fallait s’y attendre, les hommes de lois se sont mis à genou devant lui. Il suffit de voir ce qui se passe au temple de thémis pour s’en rendre compte.

Commençons par le plus grand complot du siècle.

Après le 11 avril 2011, Ouattara et Sarkozy ont entonné en choeur, que le Président Gbagbo avait commis des crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire. Le monde s’attendait donc qu’il soit inculpé pour crimes contre l’humanité. Contre toute attente, à l’arrivée, après avoir accompli le coup parfait, le Président Gbagbo a été inculpé pour crimes économiques. C’est pour ça qu’il a été déporté à La Haye. Et là encore, il est un «coauteur indirect». Un remake du 18 février 1992, avec le même Ouattara qui l’avait mis en prison comme «co-auteur» des casses du Plateau. Jusque là, les Ivoiriens attendent l’auteur direct des crimes qu’on reproche au Président Gbagbo.

Mais il n’y a pas que ça. Juste après son arrivée au pouvoir en avril 2011, le Premier ministre Affi Nguessan, président du Fpi a été arrêté après une conférence de presse, pour «rébellion et constitution de bandes armées». Des accusations qui puent de bout en bout, la mise en scène.

A l’analyse, le pouvoir n’a visiblement rien à reprocher aux pro-Gbagbo qu’il a déportés dans ses goulags du nord. C’est donc ce même chef d’accusation qui a été collé aux autres. A savoir, Simone Gbagbo, le Premier ministre Aké Ngbo, le professeur Sangaré Abdoudramane vice président du Fpi, Bro Grgbé, la présidente des femmes Patriotes et bien d’autres.

Mais par enchantement, ces chefs d’accusation changent aujourd’hui. Affi et les autres sont désormais inculpés pour «génocide», comme le veut Ouattara. Car l’argument de «rébellion et constitution de bandes armées», ne tient plus.

Quel génocide ont-ils commis ?

La justice qui prend ses ordres au palais ne l’a pas encore dit. Mais tel qu’on connaît Ouattara, la suite est déjà connue… il mettra dans la balance, un prétendu génocide des populations du nord. C’est sur ce terrain des rivalités ethniques qu’il se sent le plus à l’aise. Il devance d’ailleurs son parrain onusien dans la qualification des génocides. Sûrement que dans la maison de verre de New-York, les responsables des questions des Droits de l’Homme riront aux éclats. Le terme de génocide n’étant pas appliqué n’importe comment.

Mais avec Ouattara, on continue d’aller d’étonnement en étonnement. Me Dadjé, l’avocat de Simone Gbagbo a été pris à l’aéroport alors qu’il venait en Côte d’Ivoire pour s’occuper du dossier de son client. Directement transféré à la Dst, il a été inculpé pour trafic d’armes. Cet homme de lois qui tombait des nues a été à son tour, transféré à la Maca. Il y a passé plusieurs mois, avant d’être libéré par manque de preuves. Mais bien avant qu’il ne recouvre la liberté, que de gymnastiques. Le juge d’instruction en charge de son dossier avait depuis longtemps, ordonné sa libération, parce que son dossier est vide. Malheureusement pour lui, il s’est retrouvé face au refus du Procureur de la République qui trouve que l’instruction venait juste de commencer. Me Dadjé ne pouvait donc pas être mis en liberté, même si son dossier est vide. Le procureur se pliait ainsi, à la pression du palais qui ne voulait pas voir pour le moment, Me Dadjé libre. «C’est le ministère de l’Intérieur qui décide de tout. C’est là-bas que toutes les décisions se prennent. C’est lui qui décide de qui on doit libérer », explique un magistrat.

Certes il y a cette affaire de Me Dadjé, mais il y a aussi le ministre Lida Kouassi qui se trouve aujourd’hui dans l’enfer de Bouna. Il a été pris au Togo par Ouattara qui l’a brandi comme un trophée de guerre, comme la plus grande menace de son pouvoir. Lors du one man show télévisé du ministre Ahmed Bakayoko, le régime qui excelle bien dans les tortures lui a arraché des «aveux». Toute la Côte d’Ivoire a vu un Lida complètement affaibli, mal en point. Les Ivoiriens s’attendaient donc qu’il soit inculpé comme le plus déstabilisateur du pouvoir Ouattara. Mais que non. Lida est dans le goulag du régime pour «détournement de fonds». Que s’est-il passé pour qu’on arrive à ce chef d’inculpation ? Et le coup d’Etat qu’il préparait depuis la capitale togolaise? Qu’a-t-il volé pour qu’il soit maintenant inculpé pour détournement de fonds ?

Autant de questions que toute la Côte d’Ivoire continue de se poser. Il y a certes le ministre Lida. Mais il y a aussi le cas du jeune Martial Yavo, président par intérim du Cojep. Il a été pris par les hommes de Koné Zakaria au sortir d’une interview avec le confrère «Notre voie». Cela, dans le cadre du congrès que ce mouvement prépare dans le mois d’août prochain. Yavo avait même pour l’occasion, entrepris des tournées dans plusieurs villes de la Côte d’Ivoire, rien que pour remobiliser les militants du Cojep. Le pouvoir lui a alors reproché ses va-et-vient dans la ville de Dabou où il travaille pourtant. Sans la moindre enquête, Koné Zakaria l’a accusé d’entretenir des milices dans cette ville. Yavo a alors passé plusieurs jours entre les mains de Koné Zakaria au camp militaire d’Adjamé, coupé de tout, de sa famille et d’une assistance judiciaire. Là-bas, près de 500 mille Fcfa ont été réclamés à ses amis avant qu’il ne soit libéré. En fait, comme dans un régime mafieux. Le pouvoir n’ayant pas eu ce qu’il voulait, Martial Yavo a été déféré à la Maca, pour «trouble à l’ordre public». Ouattara veut forcement Blé Goudé dans ses prisons. A défaut du leader des jeunes Patriotes, il se contente de son bras droit le plus direct. Car en quoi l’organisation d’un congrès peut-elle constituer des troubles à l’ordre public? Surtout que le ministère de l’Intérieur a donné son accord pour la tenue de cette manifestation. Mais bien plus, toutes les tournées organisées par le Cojep pour les préparatifs de cette rencontre, se sont faites avec l’autorisation des préfets des localités visitées. Ça été le cas dans le département d’Adzopé et bien d’autres régions où le Cojep est passé.

On n’omettra pas le cas du général Guiai Bi Point, anciennement commandant de l’Ecole de la gendarmerie. Il a été dans le temps, mis aux arrêts parce qu’un charnier aurait été découvert dans cette école. Pendant que la Côte d’Ivoire attendait que les corps soient exhumés, l’homme a été mis aux arrêts puis transféré à la Maca. Les Ivoiriens n’ont plus vu les corps de ces victimes. La justice a aussi abandonné cette piste. Mais comme Ouattara voulait forcément avoir sa tête, Guiai Bi Point a été inculpé pour «détournement de fonds» avant qu’il ne soit libéré.

Ainsi va aujourd’hui la justice ivoirienne, qui depuis longtemps, a fait sa messe de requiem… au palais. A la grande joie du pouvoir qui n’est nullement gêné de la voir s’affaisser.


Guehi Brence, in le quotidien ivoirien "Le Temps" 

gbrence02063193@yahoo.fr


SourceIVORIAN.NET

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