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jeudi, 26 juillet 2012

EN VISITE OFFICIELLE DEPUIS 48 HEURES, OUATTARA ACCUEILLI SANS HONNEUR EN FRANCE

 

ALASSANE OUATTARA - ARRIVEE SANS OFFICIEL FRANçAIS.jpg

 

Attendu hier matin par le ministre français des Affaires étrangères pour une séance de travail, Alassane Ouattara est arrivé un jour plus tôt  à l’aéroport de Paris où aucun officiel français ne l’attendait. Pour un homme à qui Nicolas Sarkozy a habitué aux flons flons et aux ors français, la descente aux enfers est pour le moins  terrible.

 

 Le chef de l’Etat ivoirien est arrivé deux jours avant son rendez-vous à l’Elysée où il doit rencontrer aujourd’hui François Hollande pour un premier tête-tête depuis l’arrivée de celui-ci au pouvoir. Sans doute pour cela, les apparences étaient donc d’une importance capitale parce qu’elles peuvent  permettre en outre de décrypter la suite des relations personnelles entre les deux hommes mais surtout aider à comprendre  si oui ou non les appuis forcenés de l’ivoirien à l’ex président ont été oubliés par le socialiste. Premiers frissons, l’arrivée à l’aéroport parisien, à quelques heures du tête-à-tête des ministres de l’Economie et des finances des deux pays pour une séance protocolaire d’annulation d’une partie de la dette ivoirienne obtenue, il faut bien le préciser,  dans le cadre du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvre très endetté (PPTE). Mais on est aussi  à la veille de la rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de François Hollande qui est une rencontre éminemment politique.

Un jour plutôt, Bernard Valero le porte-parole avait copieusement flingué le chef de l’Etat ivoirien en pointant du doigt l’instabilité et l’insécurité chroniques  en Côte d’Ivoire où la réconciliation est bloquée. « La sécurité en Côte d’Ivoire est étroitement liée au processus de réconciliation » que Ouattara a jeté aux orties. Retour sur terre. A l’aéroport  de Paris, justement. Pas une seule tête blanche à des centaines de mètres à la ronde. Aucun officiel et pas même un conseiller n’a daigné venir recevoir le chef de l’Etat ivoirien qui doit rencontrer le président français, ce matin à l’Elysée. La file de personnalités qui sacrifient au protocole sont plutôt les membres du gouvernement Ouattara. Ils étaient dans le même avion que lui. Cette visite en France est pourtant officielle et les thuriféraires du chef de l’Etat avaient été soulagés par son annonce. Mais visiblement, il est désormais périlleux d’y trouver quelques enjeux de communication interne, comme en Chine même si le résultat est le même.

En janvier dernier, Ouattara était sur le même aéroport qui avait affiché tous les ors de la République française en son honneur. Tapis rouge depuis la descente de l’échelle de coupée, garde républicaine en tenue d’apparat, Ouattara s’était offert une revue de troupes en compagnie de Claude Guéant, ami personnel de Sarkozy et ministre de l’Intérieur… Ce 23 juillet, seul le personnel de l’aéroport dévoile quelques têtes blanches sur le parcours de Ouattara qui entre dans le pavillon où il est attendu par les mêmes qui l’ont accueilli et une poignée d’Ivoiriens arborant de menus drapeaux tricolores aux couleurs ivoiriennes.

La déculottée diplomatique est terrible, surtout que la journée d’aujourd’hui réserve son lot d’hostilités à Ouattara sur le perron de l’Elysée. Les résistants ivoiriens composés de ceux de la diaspora française ont multiplié les appels sur les réseaux sociaux pour réserver un accueil inamical au chef de l’Etat ivoirien, fragilisé un peu plus par la tragédie des Wê de Duékoué. Selon la Croix Rouge qui table sur des bilans encore provisoires, 211 personnes ont été massacrées dans le camp de Nahibly et des milliers d’autres refugiés sont portés disparus. Mais alors que le monde entier condamne et appelle le gouvernement  à plus de responsabilité, celui-ci a fait une déclaration sur les antennes de la télévision nationale dans la soirée du 24 juillet pour menacer les journalistes de l’opposition qui auraient traité d’une façon politicienne l’actualité de ses massacres. Le gouvernement promet aussi de se rendre à Duékoué où aucun ministre n’a toujours pas mis les pieds. Même les cadres de cette région membres du RHDP ou du gouvernement n’ont pas daigné apporter la compassion fraternelle aux rescapés que le régime refuse par ailleurs de reloger sur un autre site.

Le jour de la tragédie, les premiers témoignages avaient indiqué que le gouvernement avait ciblé ce camp comme un repère de bandits. Ses pensionnaires qui se sont retrouvés là pour avoir tout perdu et en raison des menaces dont ils sont l’objet, avaient déjà subi une diminution de la ration alimentaire. Et le gouvernement maintient toujours son refus de les réinstaller alors qu’ils ont tout perdu et ne savent plus où aller.

Mais ces crimes risquent de laisser des traces profondes. Même les associations jusque-là tolérantes comme la Commission des droits de l’homme dirigée par l’épouse du président du Conseil constitutionnel, Françis Wodié, rallié à Ouattara pendant le deuxième tour de la présidentielle, s’est élevée publiquement contre la torture en Côte d’Ivoire « devenue une chose banale ». Mais ces FRCI qui sont au centre de toutes les condamnations, et notamment  françaises ont continué de faire parler d’elles les jours qui suivirent. Elles se sont affrontées entre elles dans la commune d’Abobo. Bilan : trois tués. Le lendemain, elles remettaient ça mais cette fois-ci en poignardant un chauffeur de gbaka ; ce qui a provoqué la grève de ces mini cars dans toute la commune.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui » du 26 juillet 2012.

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