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jeudi, 26 juillet 2012

MASSACRE DE DUEKOUE: LE SILENCE DES ENFANTS DE L’OUEST

 

DUEKOUE - CAMP DES REFUGIES 15.jpg

Un infime échantillon des horreurs commises au camp des réfugiés de Duékoué


Dans certaines cultures, semble-t-il, les grandes douleurs sont muettes. Le silence d’une personne affectée par un malheur devient alors tout aussi, sinon plus communicatif pour son entourage que les cris et les pleurs qui servent à d’autres de dissiper la douleur. Les fils et filles de l’ouest - ministres, députés, maires, cadres militaires et administratifs -  sont-ils de ceux-là ? Mais si eux, pour des raisons qui leur sont propres, ne peuvent montrer de signes extérieurs de souffrance, sont-ils de ce fait devenus sourds pour ne pas entendre les cris de détresse, les appels au secours de leurs parents ? Sont-ils devenus aveugles pour ne pas se rendre compte que leurs parents ne possèdent plus de villages, ni de plantations ? Et que, depuis le vendredi 20 juillet, des dizaines d’entre eux qui avaient trouvé refuge dans le camp de Nahibly, à Duékoué, ont été massacrés, que ce camp a été détruit et complètement incendié, jetant dans l’inconnue plusieurs autres milliers aux trousses desquels sont lancés, comme des bêtes enragées, FRCI et dozos ?

A Abidjan, le gouvernement peut multiplier les communiqués sans craindre de se ridiculiser car rien de tout ce qu’il peut dire maintenant ne sera plus condamnable que cette tragédie où sa responsabilité est totalement engagée. Le gouvernement parle de tout sauf de l’action concrète en faveur des survivants de Nahibly que le traumatisme a poussés de nouveau dans la brousse et nulle part.

Cyniquement, sans s’interroger sur leur situation actuelle, le gouvernement, à travers son communiqué du 24 juillet, promet « d’aider à la réinstallation des populations déplacées dans leur village d’origine ». Naturellement, la solidarité gouvernementale aidant, il est à supposer que les ministres ressortissants de la région de l’ouest tels Dagobert Banzio et Anne Ouloto, sont consentants pour ce redéploiement fictif. Sont-ils eux au moins en mesure de nous dire où retrouver la population survivante de Nahibly, dispersée par les menaces de mort ? Ils n’ont pas d’excuse de ne pas apporter assistance aux parents sinistrées de l’ouest que l’on sait abandonnés par l’Etat, moyennement encadrés par les structures d’aides sociales et malmenés par les dozos et les FRCI.

Au village, c’est pourtant une fierté pour tous de savoir qu’une fille ou un fils de la communauté connait une ascension sociale car on en espère toujours une assistance en cas de nécessité. Ce qui explique d’ailleurs généralement les conflits entre partisans des candidats aux élections locales. Les candidats eux-mêmes contribuent souvent à alimenter les querelles par des promesses fallacieuses et démagogiques. Mais les élections législatives de l’ère Ouattara présentent tout un autre aspect.  Cette année, du fait de l’exclusion de l’opposition du jeu politique, tous les élus de l’ouest, comme partout ailleurs, sont du RHDP, groupement politique au pouvoir d’Etat. On imagine dès lors qu’il devrait être plus aisé  pour Deh Paul, député de Taï, Onsio Georges, député de Guiglo, Guiri Aimé et Oulata Gahoudi, députés de Bangolo, Guéi Boniface, député de Kouibly, Oulaï Madeleine, député de Bloléquin et Désiré Gnonkonté, Maire de Taï de se mobiliser tous en faveur de la paix dans leur région d’origine. Ils peuvent utiliser leur double avantage d’être d’abord fils et filles du terroir, et d’appartenir ensuite  au groupement politique dont les sympathisants et les protégés se montrent si souvent d’une extrême violence à l’égard de leurs parents, même s’ils ne mangent pas à la même table idéologique.

Malheureusement, comme des adeptes de la théorie des douleurs muettes, ils se terrent dans un silence tout aussi coupable que les fuites en avant du gouvernement. Quand certains d’entre eux veulent paraitre actifs, c’est de se jouer du drame des pauvres populations en portant des accusations simplistes contre le FPI et des fictifs pro-gbagbo. Il y en a un futur candidat aux municipales de Touleupleu qui, en annonçant sa candidature dans la presse, au lendemain des tueries de Duékoué, a suscité la réaction suivante chez quelqu’un qui, devant la tragédie est encore capable d’humour : «pour être sûr de se faire entendre, a-t-il dit, ce candidat là devra apprendre à parler les nouvelles langues de peuplement de l’Ouest». 

 

Dekaus Badaud, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui » du 26 juillet 2012.

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