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dimanche, 12 août 2012

YOPOUGON, COMMUNE MARTYRE

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Les FRCI investissent les résidences et commerces - Yopougon: les enlèvements battent leur plein

 

Il ne fait pas bon vivre dans certains quartiers de Yopougon depuis les attaques du 17ème arrondissement et les camps d’Akouédo en fin de semaine dernière. Si le calme semble revenir à Akouai-Santé et Akandjé où la chefferie villageoise a fait mains et pieds pour que ces villages connaissent une paix relative, ce n’est pas le cas à Yopougon. Il est 16h45 ce jeudi, un jeune homme de teint foncé, la trentaine environ, venu se restaurer sous un hangar non loin de la nouvelle cité de la Brigade anti-émeute (Bae) de Yopougon, est hélé par des éléments des Forces républicaine de Côte d’Ivoire (Frci) dans les environs. Ils le palpent, mettent la main sur un téléphone portable, découvrent qu’il est éteint. Ils l’ouvrent, retirent la batterie et se rendent compte qu’il n’y a aucune puce à l’intérieur. Commence une véritable séance d’interrogatoires. Alexandre Kouadio, c’est de lui qu’il s’agit puisqu’il déclinera son identité plus tard aux hommes de Soumaïla Bakayoko, justifie l’absence de puce par le fait qu’il vient d’acquérir son portable en deuxième main il y a seulement quelques instants. Son explication ne convainc pas les éléments des Frci qui le rudoient de violents coups, le traînent par terre et le conduisent automatiquement dans leur cité. Selon les éléments des Frci, au nombre de trois, l’attitude du jeune Alexandre Kouadio, dont le portable éteint ne contenait pas de puce, est plus que suspecte. 

Du côté de Yopougon Sideci et Coprim, ce sont des visites inopinées des éléments FRCI, armes aux poings, dans les différentes cours à la recherche, disent-ils, d’armes dissimulées, selon les renseignements généraux de l’état-major, dans lesdits quartiers. A défaut de trouver des armes, ce sont des jeunes qu’ils embarquent dans leurs cargos sans sommation. «Lorsqu’ils sont arrivés, ils ont demandé mon fils Patrice G., âgé de 27 ans. Il serait impliqué dans l’attaque du 17ème arrondissement. Bien avant, un des éléments scotché à son téléphone semble demander des renseignements sur l’aspect physique de celui qu’ils sont en train de rechercher. C’est à ce moment que mes enfants au nombre de trois, d’abord au salon, sont sortis. Dès qu’ils ont pointé le nez dehors, ils ont tous été embarqués pour une destination que les FRCI ont refusé de nous révéler», témoigne D.G, chef de famille qui a reçu la visite, tôt le matin de ce vendredi à la cité Coprim, d’hommes en armes portant des bérets rouges. «A la cité Bae où nous nous sommes rendus, les Frci que nous y avons trouvé nous ont conseillé de nous rendre à l’état-major. Nous nous attelons à nous y rendre. Nous espérons avoir les nouvelles de nos enfants avant la tombée de la nuit», espère D.G.

Des militants Rdr à la manœuvre

Pour cette opération de ratissage, les militants du Rassemblement des républicains (Rdr), selon des témoignages concordants, ont été mis à contribution dans certains quartiers, notamment à Yopougon.

Ce sont eux les contacts et les indics qui dénoncent les militants Lmp comme étant des miliciens. «Une voisine avec laquelle je vivais sans heurt ici dans l’immeuble, lorsqu’elle a constaté que j’hébergeais mon frère venu en congés, a osé me dire un matin que j’héberge un milicien. Quelques jours après, les Frci ont débarqué dans la cour pour me dire que j’ai accordé gîte et couvert à un milicien pro-Gbagbo.

J’ai réalisé que c’est ma voisine qui est à la base de cette calomnie. Heureusement pour mon frère qu’il est retourné chez nos parents. Les jours qui ont suivi, j’ai dû déménager du quartier avec mon époux», raconte Ange D. qui résidait au quartier Sideci. 

Depuis lundi, les habitants des quartiers Sideci, Niangon, Coprim… subissent une pression indescriptible des d’éléments Frci qui n’hésitent pas à passer au peigne fin certains domiciles. Les plus chanceux se résignent face à certains hommes armés qui ne se lassent pas de piller portables, argents, bijoux… Les autres, notamment les jeunes valides, sont embarqués, torse nu, pour une destination inconnue.

«Lorsque les Frci au nombre de quatorze sont venues nous prendre au quartier, ils nous ont conduit directement au camp Bae. Aussitôt arrivés, ils nous ont ensuite regroupé. Nous étions au nombre de huit jeunes. Nous avons trouvé d’autres jeunes dans le camp qui subissaient un interrogatoire d’éléments Frci qui n’hésitaient pas de leur passer la chicotte et menaçant de les exécuter s’ils ne montraient pas leurs caches d’armes où ne dénonçaient pas les gens qu’ils cachent dans leur quartier.

Moi j’ai eu plus de chance parce que des instructions ont été données de je ne sais où pour me libérer. C’est quelques heures plus tard que j’ai su qu’une connaissance de mon père a joint un ami, gradé des Frci, qui a appelé partout pour me localiser», révèle Julien K., à Yopougon-Niangon.  

Le plan sécuritaire du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, si c’est vraiment de celui-là qu’il s’agit, fonctionne à merveille. Pour le malheur de certaines populations de Yopougon.


Gilles Naismon


Source: LE NOUVEAU COURRIER

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