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mardi, 14 août 2012

COMMISSION OUATTARA: UN RAPPORT SCANDALEUX ET REVISIONNISTE!

 

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Mme Paulette Badjo, Présidente de la Commission nationale d'enquête (CNE) 


Finalement, ils se sont résolus à le rendre public… Après un certain nombre d’atermoiements, les «stratèges» du régime Ouattara, d’abord réticents à la diffusion du rapport que «leurs» Commissaires ont mis plus d’une année à produire, ont lâché du lest et l’ont mis à la disposition du grand public. A sa lecture, les observateurs comprendront rétrospectivement pourquoi les commanditaires de ce texte voulaient le garder secret. En effet, le rapport de ce qu’il est convenu d’appeler la Commission nationale d’enquête (CNE) sur les violations des droits de l’Homme durant la guerre post-électorale se présente comme un document à la fois inutile, scientifiquement indéfendable et moralement révisionniste, voire insultant pour la mémoire d’un certain nombre de victimes.

Pourquoi «le rapport Ouattara» est inutile

Evoquant le rapport de la CNE, Le Nouveau Courrier choisit délibérément de parler du «rapport Ouattara». Nous avons également choisi d’appeler cette commission «la commission Ouattara». Pour une raison très simple. Cette Commission est composée de seize membres. Parmi elles, six (37,5%) sont des représentants de ministres nommés par Alassane Ouattara. L’un d’entre ses membres (6,25%) est issu du Conseil supérieur de la magistrature, dont le président est… Alassane Ouattara.

Dans son rapport, la CNE prétend avoir en son sein cinq représentants de l’Assemblée nationale dans sa neuvième législature (2000-2010), à raison d’un par groupe parlementaire. Interrogé à ce sujet par Le Nouveau Courrier, Laurent Akoun, conteste catégoriquement cette assertion. «Aucun représentant du FPI n’a siégé dans cette Commission», martèle-t-il. Plus profondément, comment le régime a-t-il pu collaborer avec une Assemblée nationale qu’il ne reconnaissait pas ? Dans quel cadre, quand et comment les groupes parlementaires ont-ils bien pu se réunir pour désigner leurs représentants ?

Comment ont-ils pu le faire en l’absence de tout communiqué ? Assez étrangement, le rapport ne publie pas la liste de ses membres. Une chose est sûre, c’est le régime qui a choisi de manière discrétionnaire les cinq (31,25%) «parlementaires» de sa Commission. C’est également lui qui a désigné les deux représentants des «victimes» (12,5%) puisqu’aucune fédération de toutes les associations de victimes n’en a mandaté. Au final, il n’y a guère que les représentants des ordres des avocats et des médecins, naturellement confinés à des rôles «techniques» – deux sur seize (12,5%) qui échappent théoriquement au contrôle direct de l’exécutif. Théoriquement, parce que la Commission le dit elle-même en préambule, tous ses membres ont été nommés par le chef de l’Etat par décret. Cette Commission est donc bel et bien un instrument de l’exécutif, piloté par l’exécutif, et qui vise à orienter le pouvoir judiciaire, à lui fixer un cadre et des limites, et en définitive, à le caporaliser. C’est une inacceptable «feuille de route» !

Le rapport Ouattara est inutile parce qu’il ne permet pas à la vérité d’avancer. Entre les mains d’enquêteurs ayant consulté les rapports des organisations des droits de l’Homme et les nombreux documents visuels disponibles y compris sur Internet, il n’a aucune valeur ajoutée. En dehors des beaux tableaux et diagrammes qu’il publie, et qui se fondent sur des données fondamentalement discutables, il ne nous apprend rien de nouveau. On attendait qu’il évoque – y compris dans une annexe secrète – les noms des commanditaires et des exécutants des crimes commis par les FRCI. On imaginait que certains responsables politiques et militaires seraient au moins suspendus de leurs fonctions ou mutés pour permettre le bon déroulement de l’enquête et libérer psychologiquement leurs victimes. On pensait lire des révélations sur les différentes chaînes de commandement impliquées. Rien de tout cela. En réalité, cette Commission avait deux objectifs. Premièrement, donner l’illusion du mouvement et permettre au régime de gagner du temps. Deuxièmement, affirmer que les «pro-Gbagbo» ont tué plus que les «pro-Ouattara», dans le cadre d’on ne sait quelle logique d’auto-absolution. Au final, Ouattara a remis ce rapport sans le moindre «scoop» à son Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio qui le transmettra notamment au procureur de la République Simplice Koffi Kouadio, qui se scandalisait que l’on puisse imaginer une seconde juger les «sauveurs» des FRCI. Le serpent se mord la queue. C’est bien ça que l’on appelle perdre du temps.

Pourquoi le rapport Ouattara est scientifiquement indéfendable

On a beau chercher, on ne devine pas la méthodologie qui a présidé à la rédaction de ce texte. Par exemple, l’on s’interroge sur le choix des exactions dont il a choisi de parler et de celles sur lesquelles il a choisi de se taire. Ainsi, au chapitre des violations des droits relatifs à l’information, le rapport parle de l’enlèvement d’un chauffeur de Nord-Sud, de l’agression d’une équipe du Mandat, du saccage du quotidien Notre Voie… mais se tait sur l’assassinat du journaliste de Radio Yopougon, ancien du Temps, Sylvain Gagnétaud ou d’agents de la RTI en fonction. Pourquoi la Commission Ouattara évoque-t-elle de manière précise ce qu’elle considère comme des «crimes de guerre» (tuerie lors de la «marche des femmes» d’Abobo, attaque meurtrière du village d’Anonkoua Kouté par le Commando invisible…) et truffe son chapitre «crimes contre l’humanité» de fades propos d’ordre général ? Difficile d’empêcher certains de croire que c’est parce que le fait qui est le plus représentatif des crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire est le massacre du quartier Carrefour… que la «commission Ouattara» se refuse à évoquer dans le chapelet de faits qu’elle énumère. On dira qu’elle a choisi de ne pas être exhaustive. Mais au nom de quelle logique a-t-elle sélectionné les faits qu’elle avance ? 

Un fait est marquant, et scandaleux : la quasi-totalité de ces faits précis énumérés sont attribués aux «pro-Gbagbo» (enlèvement du Novotel, porte-parole du RDR (J.N.) arrêté à un barrage, interdiction de voyage d’Ibrahim Sy Savané, tuerie de la marche d’Abobo, bombardement du quartier Siaka Koné à Abobo, attaque de «Malinké» à Locodjro). Le carnage d’Anonkoua Kouté est le seul crime de sang imputable aux «pro-Ouattara» cité – et pour cause, on l’attribuera facilement à Ibrahim Coulibaly dit «IB», opportunément assassiné et qui ne pourra pas se défendre. On remarquera que l’assassinat d’IB n’est d’ailleurs pas cité… Le seul fait attribué clairement aux FRCI est le saccage et l’occupation des bureaux de Notre Voie… C’est bien peu, et c’est scandaleux !

Les «catégories» utilisées par les rapporteurs pour désigner la «responsabilité proportionnelle» des deux camps sont également le signe d’un désir de protection du régime et de ses nervis armés. Ainsi, les rapporteurs nous expliquent qu’ils mettent dans la catégorie des pro-Gbagbo, «les miliciens pro-Gbagbo, les FDS, les Mercenaires, la Garde républicaine, la FESCI», c’est-à-dire des forces conventionnelles et non conventionnelles. En revanche, les FRCI et le Commando invisible sont considérés comme «les forces FRCI». Les Dozos, supplétifs armés du régime, sont exclus de la catégorie des «forces FRCI», ce qui permet de ne pas comptabiliser leurs crimes (200 meurtres, nous dit-on) dans la balance biaisée du régime. Pourquoi la catégorie «divers auteurs» n’est-elle pas explicitée, dans la mesure où les auteurs sont connus – ils se retrouveraient, sinon, dans la catégorie «personnes non identifiées» ? Imposture et malhonnêteté intellectuelle !

Dans ce contexte, l’on ne s’étonnera pas que la Commission attribue les pillages qui ont lieu d’une part à une politique – «la politique de la terre brûlée prônée par le camp du président sortant» – et d’autre part à des actes isolés – «la volonté de certains éléments des FRCI de se constituer «leur butin de guerre». Bien entendu. Le fait que l’hôtel du Golf se soit transformé des semaines durant en lieu de maquillage des voitures volées n’a certainement aucune forme de signification ni d’implication.

La mémoire des suppliciés de l’Ouest est insultée !

Au-delà de tout, le rapport de la Commission Ouattara est une insulte insupportable à la mémoire des suppliciés de l’Ouest. En effet, les rapporteurs osent écrire que seulement 385 personnes ont perdu la vie pendant les quatre mois de la guerre post-électorale dans le département de Guémon, c’est-à-dire de Duékoué. Et pourtant… Les estimations les plus basses, faites par la Division des Droits de l’Homme de l’ONUCI quasiment dans le feu de l’action, évoquaient 330 décès en trois jours – entre le 28 et le 30 mars – dans la seule ville de Duékoué ! Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont la crédibilité et la discrétion habituelle est connue de tous, est quant à lui sorti de son silence contrairement à son habitude pour dire qu’il y avait eu au moins 800 morts seulement le 29 mars dans la ville de Duékoué. Quand l’on sait que les villages environnants, comme Dahoua, Bahé Bé, Pinhou, Delobly, Guéhiébly, etc… ont connu de véritables orgies de sang des jours durant… l’on se rend compte du caractère proprement négationniste d’un texte qui participe, une fois de plus, à une immorale campagne de relations publiques au service d’Alassane Ouattara… et de l’impunité des vainqueurs du moment !


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

Commentaires

Sincèrement, je regret d'avoir voter alasane ouattara... Comment il peut nous prendre encore 5000 cfa pour les preinscriptions? Pourtant nous avions payer 2000 cfa pour les inscriptions à l'université et grande école. C'est quelle histoire ça! Et l'imbecile fait appeler ça preinscription phase 2, ça n'a même pas de différence avec la première... Je suis découragé pas les mesures qu'il prend. Nous vivons avec des voleurs.

Écrit par : André moroua | mardi, 14 août 2012

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