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jeudi, 11 octobre 2012

AICHA KONE: «CELA ME DESOLE QU'ON ME DEMANDE D'ALLER FAIRE ALLEGEANCE A OUATTARA»


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En Guinée depuis plus d’une année, la Mama Africa Aïcha Koné poursuit aisément une longue et riche carrière débutée il y a 35 ans. Dans cette interview, elle donne sans faux-fuyants ni langue de bois les raisons de son départ de la Côte d’Ivoire, son regard sur la réconciliation nationale, etc. C’est avec une Aïcha Koné loin du politiquement correct qu’il nous a été donné d’échanger. "Il y a une chose qui me désole tout de même. On me demande d’aller faire allégeance à Alassane Ouattara. Pourquoi ferais-je ça? En tant que citoyenne ivoirienne, je dois pouvoir rentrer dans mon pays tranquillement sans avoir à faire du tapage autour de mon retour au pays", explique-t-elle. Entretien-vérité. 


Comment va  la diva Aïcha Koné ?

Ça va, on ne se plaint pas. Comme tu as eu à le constater depuis que tu es là, on bouge comme on peut.
 
Depuis quand as-tu quitté la Côte d’Ivoire ?
 
Je suis arrivée à Conakry le 1er mai 2011.
 
Pourquoi avoir choisi la Guinée ?
 
Pour la simple raison que mon neveu l’a voulu. Et puis, il fallait que je change d’air. Je t’avoue que c’était assez difficile à supporter. L’environnement pour moi n’était plus propice. C’est vrai que je n’étais pas directement menacée mais je n’étais pas non plus tranquille. La manière dont Gbagbo est parti… (Elle marque une pause). C’était assez difficile à supporter tout ça.
 
Comment avez-vous vécu la guerre ?
 
Je revenais d’une tournée au Cameroun et deux jours après mon retour au pays, tout s’est véritablement enchainé. Comme pour tous les Ivoiriens, ça a été quelque chose de douloureux. Encore une fois, je n’ai pas été personnellement menacée. Il y a même un FRCI qui m’a gentiment rappelé que chaque fois que j’allais dans mon village, je m’arrêtais à leur poste pour leur passer le bonjour. Mais j’ai tout de même décidé de quitter le pays car j’avais commencé à déprimer après l’arrestation de Gbagbo. C’était assez difficile.   
 
On a entendu le ministre de la culture Maurice Bandaman dire lors d’une rencontre avec la presse dire qu’il était en contact avec certains artistes en exil dont vous. A sa demande de rentrer au pays, que lui répondez-vous ?
 
Je lui réponds simplement qu’on ne m’a pas chassée. Je rentrerai quand je l’aurai décidé. Il y a une chose qui me désole tout de même. On me demande d’aller faire allégeance à Alassane Ouattara. Pourquoi ferais-je ça ? En tant que citoyenne ivoirienne, je dois pouvoir rentrer dans mon pays tranquillement sans avoir à faire du tapage autour de mon retour au pays. Et puis, d’ici nous avons les échos du quotidien difficile de ceux qui sont rentrés au pays. J’ai peur d’aller me retrouver dans les mêmes conditions qu’eux. Vous le savez mieux que moi, en Côte d’Ivoire mes vidéos ne passent pas à la RTI. C’est formel, cela m’a été confirmé. Avant de me demander de rentrer, que fait mon ministre pour ça ? Je ne suis pas en exil. Chez nous on dit : «On ne demande pas  à quelqu’un de laisser le feu» car il jettera la braise si elle le brûle ou il la conservera s’il la trouve agréable. On me demande de rentrer, et on me demande d’aller faire allégeance, de demander pardon. J’ai offensé qui ? Je n’ai jamais caché mon soutien à Gbagbo, ça tout le monde le sait. Je suis une citoyenne, j’ai le droit de voter qui je veux et c’est ce que j’ai fait. Je n’ai aucun regret. Ils veulent qu’on rentre, mais ils ne disent rien lorsque nous sommes censurés. Je ne veux pas me retrouver dans une situation pareille à celle d’Adama Dahico. Que veulent-ils ? Nous tuer ? Dites au ministre Maurice Bandama que j’entends ce qu’il dit. Mais on a censuré nos œuvres, que fait-il ? Arrêtons de faire semblant. Et on parle de réconciliation ; personne n’est dupe.   
 
La réconciliation, parlons-en justement…

J’ai un doute sur cette réconciliation. A aucun moment, je n’ai senti le pardon. Moi je vois plutôt la vengeance. Vous savez, moi, je n’ai pas voté Gbagbo en 2000. J’ai même fait campagne pour Robert Guéï. Mais j’ai été touchée lorsqu’étant à Paris, j’ai appris que le Président Gbagbo allait décorer un certain nombre d’artistes dont je faisais partie parce qu’il estimait qu’ils honoraient la Côte d’Ivoire. Ce geste m’a marqué. Il n’a pas dit : «Celle là, je ne veux pas la décorer parce qu’elle soutenait mon adversaire». Il n’a pas eu cette attitude. Il n’a pas eu l’esprit revanchard. Il a plutôt été rassembleur. Il a agi en Chef de l’Etat, en Président de tous les Ivoiriens.
 
Quand on connait l’amour que vous portez à Myriam Makeba, on ne peut s’empêcher de faire ce parallèle.  Au plus fort de l’apartheid, elle s’était exilée ici en Guinée pour crier au monde la souffrance de son peuple. Au moment où la Côte d’Ivoire est dans la tourmente, vous vous retrouvez également dans ce même pays. Coïncidence de l’Histoire ou volonté réelle de marcher dans ses pas ? 
 
On dira que c’est une coïncidence de l’Histoire. Dans le temps, le Président Sékou Touré avait demandé à Myriam Makeba de me chapeauter. Et quand elle venue en Côte d’Ivoire, Ben Soumahoro, Directeur de la RTI à cette époque,  nous a encore rapprochées. J’ai beaucoup appris d’elle. C’est la raison pour laquelle lors de mes 35 ans de carrière le 31 mars dernier, j’ai été fière que la Guinée l’honore en remettant sa décoration à sa petite fille Myriam Zinzi. La Guinée entière est sortie célébrer cet événement. Le Président Alpha Condé dans son discours disait : «Myriam Makeba appartient à toute l’Afrique». C’est une vérité. Ce fut donc une immense fierté pour moi d’avoir reçu depuis ce 31 mars le nom de "Mama Africa". J’ai été émue au plus haut point. Pour revenir à la situation dans notre pays, je voulais juste ajouter que je ne crois pas que j’aurais pu organiser une pareille fête si j’étais en Côte d’Ivoire. Je ne vois pas qui m’aurait aidé à organiser cela. Il y a trop de rancœurs.  Je suis vraiment convaincue que je n’aurais pas pu faire ça au pays.
 
On a vu depuis Abidjan sur des chaines étrangères la chanson Bahia que vous avez réalisée avec Takana Zion et Sekouba Kandia. De quoi parle cette chanson ?
 
C’est une chanson brésilienne que les esclaves chantaient lorsqu’ils se retrouvaient. Nous avons essayé de l’adapter à la sauce africaine et ça été un succès. Les Brésiliens ont été d’abord intrigués puis ont beaucoup aimé. La chanson fait également écho au jumelage des villes de Boké en Guinée (comptoir d’où partaient les esclaves pour le Brésil) et Bahia au Brésil. 
 
Quels sont vos projets, vos perspectives ?
 
La sortie de mon album chez BMG à Paris avant la fin de l’année. Et là je me prépare pour l’Angola, le Sénégal, la Gambie. 
 
Un mot pour les Ivoiriens à qui vous manquez certainement !
 
J’embrasse tous ceux qui pensent à moi. Je les aime et je leur dis : «A un de ces jours».
 
 
 
Réalisée à Conakry (Guinée) par Guy-Constant Neza.



Commentaires

Même les artistes sont persécuter. Mais Aïcha n'a pas seulement fait des chansons à la gloire de Gbagbo. Je trouve idiot et méchant que tous ses tubes soient censurés par la RTI. Mais où allons nous même au temps de l'URSS il y avait un minimum de paroles pour le peuple soviétique. On ne peut pas gouverner selon la pensée unique. Moi je ne comprends plus rien à ma Côte d'Ivoire.
Mais qu'a-t-il donné aux ivoiriens, pour se laisser voler leurs terres, leurs boulots, leurs vies.

Fernand peux tu STP mettre à la disposition des lecteurs du blog un article de la lettre du continent sur la présence d'entreprise Burkinabé en CI.

Écrit par : cheickna | jeudi, 11 octobre 2012

Cher frère CHEICKNA,

Comme tu peux le constater, Ouattara proclame la réconciliation du bout des lèvres et n'y touche AUCUNEMENT. Je ne sais pas si les Ivoiriens RHDP sont lobotomisés pour croire aux inepties et cautionner les dérives, exactions et autres mensonges de cette oligarchie au pouvoir relativement à la réconciliation mais franchement, c'est à fendre le coeur.

Je me demande honnêtement s'il y a encore du sens moral dans ce pays et même simplement du bon sens!!!

Comment peut-on censurer AICHA KONE? Je ne comprends pas très bien. N'a-t-elle jamais chanté de chansons dont nous aurions été tous fiers, dans ce pays? Ainsi donc, avoir voté pour GBAGBO vous interdit les antennes? Et l'argent des contribuables ivoiriens de tous bords (que nous sommes) prélevé sur chacune de nos factures d'électricité? On paye donc et on ne peut pas avoir droit aux oeuvres des artistes ivoiriens que nous aimons? D'où AICHA tire-t-elle son surnom de "DIVA" ivoirienne? N'est-ce pas de sa grande renommée artistique et de ses nombreux tubes? Donc du coup, tout son talent a disparu, aussi bien que toutes ses oeuvres musicales?

Il y a vraiment quelque chose de pourri dans ce pays!!!

Écrit par : Dindé | jeudi, 11 octobre 2012

J'ai lu avec beaucoup d’intérêt cet entretien paru dans le Nouveau Courrier. J'ai été content de trouver une Aïcha koné combattante sur les principes de la république et de la démocratie : 1) chaque Ivoirien a et doit continuer à jouir de sa liberté de voter pour qui il veut ! 2) Aucun chef d'état n'a le droit d'exiger de ses adversaire des excuses pour l'avoir combattu démocratiquement ! Tout gouvernant qui manquerait à ces deux principes est un dictateur !

Écrit par : St-Ralph | jeudi, 11 octobre 2012

Triple motion de soutien, cher frère ST-RALPH!!!

Qu'ils ne viennent surtout pas après ça tenter de nous expliquer quoi que ce soit. La Côte d'Ivoire vit en pleine dictature. Le dire n'est pas de la délation mais la stricte vérité! Les preuves sont là. Par milliers.

Et on essaie de distraire les Ivoiriens sur leurs vrais problèmes avec des mesures dilatoires du genre "interdiction de fumer dans les lieux publics" taxées de 15 à 100 mille francs CFA, au sujet desquelles la soeur NATHALIE YAMB de LIDER a dit, avec beaucoup d'à-propos:

"L'eau et l'électricité sont rares, l'échec scolaire est retentissant, le chômage grandissant, le coût de la vie explose, l'insécurité règne, le désarmement et la réconciliation sont aux calendes grecques, les deniers de l'Etat sont dilapidés dans des marchés opaques, les populations vivent dans la pauvreté et la peur, et c'est ça que le conseil des ministres de Ouattara décide???!"

C'est vous dire les priorités du gouvernement de la "Nouvelle Côte d'Ivoire"!

Écrit par : Dindé | jeudi, 11 octobre 2012

Cher frère CHEICKNA,

Je parlais, dans ma réponse à ton commentaire, d'oligarchie au pouvoir en Côte d'Ivoire. J'enfonçais, en réalité, une porte ouverte: Le journal "Les Afriques" (hebdomadaire international africain) N° 214 du 27 septembre au 3 octobre 2012 vient de barrer à sa Une: "COTE D'IVOIRE: UNE HISTOIRE DE FAMILLE. Le président, sa femme, son frère, sa nièce et son beau-fils tiendraient-ils tout un pays en coupe réglée comme tendent à le dire leurs détracteurs? Focus sur les liaisons dangereuses entre politique, business et famille".

La "Nouvelle Côte d'Ivoire" dans toute sa splendeur, quoi!!!

Que DIEU aie pitié de nous!

Écrit par : Dindé | vendredi, 12 octobre 2012

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