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mardi, 16 octobre 2012

COTE D'IVOIRE: JUSTICE SELECTIVE DU POUVOIR

 ALASSANE OUATTARA - MESSAGE A LA NATION 6 AOUT 2012.JPG

 

Désiré Tagro, Boga Doudou, Colonel Major Ahouma et Babri Gohourou - A quand les poursuites contre les assassins de ces personnalités?


La Côte d’Ivoire vit  l’heure de la vendetta. Le régime l’ayant décidé ainsi. Tous ceux qui sont morts pour avoir défendu la République pendant le règne de Gbagbo et ceux qui sont tués par les Frci dans la crise postélectorale n’ont pas droit à la justice. Cela est d’autant plus vrai que Alassane Ouattara et son gouvernement ne voient les assassins que dans le seul camp de Gbagbo. On l’a vécu tout récemment encore avec le procès du général Dogbo Blé et de ses collaborateurs accusés d’avoir tué le colonel major Dosso Adama dans la guerre postélectorale. Jugés la semaine dernière par le tribunal militaire, l’ancien commandant de la Garde républicaine et ses hommes ont été condamnés à 15 années fermes d’emprisonnement. Pourtant, ils sont nombreux, les civils et militaires qui sont tombés sous les balles assassines, d’abord des soldats des Forces nouvelles et ensuite  des Frci dans la guerre postélectorale.

Les plus connus de ces morts que Ouattara et son régime ont décidé de jeter aux oubliettes sont entre autres, du côté militaire : Le colonel Dagrou Loula, le colonel Dali Oblé, le Colonel Yodé, le colonel major Ahouma Nathanaël et le colonel major Babri Gohourou, ancien porte-parole de l’armée ivoirienne, disons pour les plus connus. Au niveau des ministres de la République, ce sont Emile Boga Doudou et Désiré Assegnini Tagro qui ont été respectivement tués par les Force nouvelles de Guillaume Soro et les Frci. Les trois premiers colonels sont tombés le 19 septembre 2002. Alors que Dali Oblé était paisiblement chez lui, sans arme donc sans défense, il a été extrait de sa résidence à Korhogo où il était en fonction pour être froidement abattu par l’ex-rébellion. Il en est de même pour le colonel Dagrou Loula qui a trouvé la mort dans les mêmes circonstances à Bouaké où il était en service. Quant au colonel Yodé, c’est de sa résidence qu’il a été extrait dans cette nuit macabre pour être froidement abattu par la horde de rebelles qui avait envahi la ville d’Abidjan. S’agissant des deux colonels, ce sont les forces coalisées, Frci, Licorne et l’Onuci qui sont à la base de leur disparition tragique. Le colonel Babri Gohourou a été assassiné par ces trois forces militaires pendant la guerre postélectorale. C’est devant la résidence de Laurent Gbagbo qu’il a été abattu par les snipers de l’armée française postés sur la résidence de Jean Marc Simon, Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire au moment des faits.

Pourtant il n’était pas armé et donc inoffensif. Le colonel major Babri Gohourou sortait d’une réunion au domicile du président Laurent Gbagbo quand les snipers l’ont abattu comme un vulgaire bandit près de sa voiture. Quant à l’assassinat du colonel major Ahouma Nathanaël, il intervient quelques semaines après l’arrestation de Laurent Gbagbo par l’armée française, le 11 avril 2011. Cela, dans des circonstances de vengeance indescriptible. Alors qu’il se reposait à Lozoua, son village natal, en attendant qu’une vraie accalmie revienne à Abidjan pour reprendre sa place au sein de l’armée, le 4 mai 2011, un commando de Frci, parti d’Abidjan et un autre en provenance de Divo encerclent son domicile d’où il est extrait de force. Les heures qui suivent, l’ancien commandant du palais présidentiel est froidement exécuté par ses ravisseurs. Depuis, personne, du côté des nouvelles autorités n’a levé le petit doigt pour réclamer une quelconque enquête sur les circonstances et les auteurs de sa mort comme Ouattara vient de le faire pour le colonel Dosso Adama.

S’agissant des deux ministres, Alassane Ouattara et son régime ne veulent même pas se donner la peine de diligenter une quelconque enquête sur les assassins qui peuvent être de leur camp. Parce que Désiré Tagro et Boga Doudou sont des gens dont les disparitions dans les conditions que l’on sait, ne revêtent pas la même importance que celle du colonel Dosso Adama ou celle du général Robert Guéi. Sinon comment comprendre qu’au moment où le chef de l’Etat décide de tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur tous les crimes commis en Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, il oublie de faire figurer sur sa liste ces personnalités qui ont servi ce pays au plus haut niveau de l’administration ivoirienne ? Est-il en train de dire que seuls ceux des Ivoiriens qui ont choisi de lui faire allégeance ou de militer pour sa cause ont droit à la vie ? Si non, à quand les poursuites contre les assassins de Boga Doudou, Dali Oblé, Désiré Tagro, Yodé, Ahouma Nathanaël et les autres ? Pourquoi cette justice sélective pour des gens qui sont morts dans les mêmes circonstances ? L’Etat de droit dont parle tant Ouattara pour flatter ses parrains occidentaux ne se construit pas avec une justice à double vitesse. Il se construit quand celui qui gère les affaires de l’Etat accorde une importance capitale à l’égalité des citoyens devant les lois du pays. Ce qui n’est pas pour le moment le cas pour ceux qui gouvernent actuellement la Côte d’Ivoire. Ivoiriens Yako !


Nicole Bantchi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" du mardi 16 octobre 2012.

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