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jeudi, 29 novembre 2012

NATURALISATION TOUS AZIMUTS DES BURKINABE - LE COUP QUE OUATTARA PREPARE - MENACE SUR LA NATIONALITE

 

 

ALASSANE OUATTARA ET BLAISE COMPAORE.jpg


«On ne sait plus où on va», a dit, il n’y a pas longtemps, un officier pro-Bédié qui fait aujourd’hui partie des hommes de mains de Ouattara. Il avouait presque son impuissance, en voyant la manière dont la Côte d’Ivoire est dirigée. On dira que c’est peut-être lui qui ne sait pas «où on va». Sinon du côté du palais, la question ne se pose sûrement pas. Après avoir pris le pouvoir dans les conditions que tout le monde sait, Ouattara se propose de consolider son pouvoir en s’appuyant sur des personnes étrangères qui ne sont pas forcément demandeurs de la nationalité ivoirienne. L’homme voudrait naturaliser, de façon systématique et sans aucune forme de procès, 4 millions de Burkinabè. Un chiffre qui donne forcément froid dans le dos. 

Il va même au-delà de la grande mascarade de Linas-Marcoussis qui avait, par le passé, demandé au Président Gbagbo de naturaliser «3 millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire depuis longtemps». Un arrangement au forceps, qui on se le rappelle bien, n’a pas manqué de choquer la bonne opinion ivoirienne. «C’est donc pour ça qu’ils ont pris les armes alors», se sont demandé les Ivoiriens, stupéfaits. Le Président Gbagbo n’est plus là. C’est Ouattara qui a désormais les leviers du pouvoir. Malgré tout le folklore ahurissant qui l’a fait passer pour le choix des Ivoiriens, Ouattara est bien convaincu de la réalité. Il sait que la Côte d’Ivoire regarde de loin son pouvoir avec beaucoup d’indifférence. 

C’est pourquoi en prévision de l’élection de 2015, il veut s’offrir un bétail électoral sur mesure. Un électorat qu’il ne va disputer avec aucun parti politique de Côte d’Ivoire. Surtout que selon le plan prévu dans les officines du Rdr, cette naturalisation massive sera accompagnée du droit de vote qui leur sera automatiquement accordé. Avec le régime actuel, tout est permis. Pourvu que cela soit fait à la gloire de Ouattara. L’homme a chassé de la Primature Ahoussou Jeannot qui est farouchement opposé à ce projet. Pour faire plier le Pdci à l’assemblée nationale. La loi sur le mariage n’était, dit-on, qu’un ballon d’essai avant la grande manœuvre. Ouattara veut bien donner un vernis démocratique à cette mascarade qui va sûrement heurter la conscience des Ivoiriens. Le projet sera donc déposé sur la table des députés. 

C’est vrai que le Rdr s’est taillé la part du lion à l’Assemblée nationale. Ouattara n’a donc pas de craintes à avoir à ce niveau. Tous les textes qui y atterriront seront rapidement applaudis et adoptés sans le moindre débat. Le Rdr n’est ni le Pdci, ni le Fpi. Ce parti dont le secrétaire générale propose qu’on envoie tous ceux qui s’attaquent à Ouattara au cimetière, n’a pas la culture du débat démocratique. Avec eux, c’est la loi des biceps. Le pouvoir est donc convaincu que le Pdci qu’on sait intraitable sur la question de la nationalité rejettera son texte, a mis en place un «stratagème anti blocage» pour lever le verrou de Bédié en cas de besoin. Car pour le régime actuel, la naturalisation massive des 4 millions de Burkinabè à qui le régime va proposer son projet est une question de survie. En fait, le Rdr craint que le Pdci qui a déjà refusé une simple loi sur le mariage, ne s’oppose avec la même hargne au projet de naturalisation massive des d’étrangers résidant en Côte d’Ivoire. On soupçonne que le Pdci ne va pas voter les yeux fermés. 

Le plan pour faire plier Bédié 

Mais si le régime Ouattara a déjà joué une carte, avec la dernière dissolution du gouvernement, que va-t-il faire alors pour faire plier Bédié et le Pdci? Dans les bureaux douillets du palais, on ne s’est pas posé de question. Surtout que Nzuéba est censé traîner «de vieilles casseroles qui continuent d’ailleurs de faire du bruits», a confié un cadre du Rdr. Cependant, «ce n’est pas en Côte d’Ivoire que ce passé sera exhumé», indiquent nos sources. Mais en Europe. Et le schéma est le suivant. Une ONG déjà bien connue et qui a pignon sur rue dans le domaine de la bonne gouvernance, se verra confier la mission de remettre au goût du jour, comme un cheveu sur la soupe, la question des prétendus «biens mal acquis (Bma)» de Bédié lors de son passage à la tête de la Côte d’Ivoire. Ainsi, Bédié, s’il venait à prendre le risque de contrarier le projet d’Ouattara pourrait contracter une BMA. 

Une «maladie mortelle» pour les présidents françafricains dont les biens sont soigneusement dissimulés en Europe. Feus Bokassa, Mobuto et Omar Bongo en ont su quelque chose. L’organisation ira même jusqu’à le classer dans la catégorie des dictateurs dont les avoirs doivent être simplement gelés en Occident. Si on ne le juge pas digne d’atterrir à la Cpi pour des crimes passés. En fait, un remake du scénario d’avant la présidentielle passée de 2010. Pour forcer un soutien du président du Pdci à Ouattara, la France avait vite fait de le classer dans le lot des dictateurs dont les avoirs devaient être gelés. C’est ce qui lui a été brandi comme un chiffon rouge. Nzuéba qui ne voulait pas perdre ses biens a été obligé de jouer la carte de Ouattara en se retrouvant au Golf Hôtel contre son gré. 

L’ambassadeur de France le dit d’ailleurs en des termes très clairs. «Je remercie le président Bédié qui a décidé de ne pas aller au deuxième tour de l’élection présidentielle», a-t-il confié à la sortie d’une audience avec Bédié en 2011. Le diplomate s’est laissé trahir par un lapsus. On connaît la suite. Ce même schéma sera remis au goût du jour en Europe, rien que pour faire plier Bédié à nouveau. Puis Ouattara sentirait toujours à l’aise les scénarios, sera dans un nouveau beau rôle. Il proposera, en effet, d’aider le prince de Daoukro à conserver ses biens, mais à condition qu’en retour le Pdci accepte de voter le projet de loi sur la naturalisation proposé aux 4 millions de burkinabè résidant en Côte d’Ivoire depuis longtemps. 

De sorte que ce projet de loi ne porte pas la seule marque du Rdr. Plus clairement, il aura un caractère national, parce qu’il portera aussi la marque du Pdci, un parti qui a une grande couverture nationale. «C’est difficile à croire, mais c’est ce qu’ils veulent faire. On ne sait pas ce qu’ils veulent faire de la Côte d’Ivoire. Pour le moment, ce projet de loi n’est pas encore arrivé sur nos bureaux, donc nous attendons de voir. On verra la conduite à tenir quand il va arriver. Mais je crois que l’honorable Ouassenan, le président de notre groupe parlementaire a déjà été très clair sur la question. Il leur a dit que nous ne seront pas des députés béni-oui-oui», explique un député Pdci proche de Bédié.

Le Sphinx de Daoukro est-il au fait de ce qui se trame contre lui? «Allez-y lui poser la question. Je ne saurai répondre à cette question. Mais je crois qu’il a été chef d’Etat dans ce pays non! Je pense qu’on se comprend», répond-t-il sèchement. Les mois à venir s’annoncent difficiles pour la Côte d’Ivoire. Et le Pdci aura à choisir entre l’avenir de ce pays et celui du Rhdp, une alliance de dupes, sans avenir. Ainsi se résume toute la question. 


Guehi Brence, in le quotidien ivoirien "Le Temps" du 28 novembre 2012.

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