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lundi, 17 décembre 2012

INJUSTICE ET IMPUNITE DANS LE PLAN DE DEVELOPPEMENT DU DR OUATTARA


 

Ce ne sont pas seulement les chiffres, les promesses et l’approche qui sont hautement critiquables dans le PADO2, le nouveau plan de développement du président Ouattara. Ce qui est encore plus grave, c’est l’immense place qui y est accordée à l’injustice et l’impunité, qui en sont les piliers fondateurs, comme le démontre ici le Pr. Mamadou Koulibaly, président de LIDER, principal opposant au régime en place.

 

Par Mamadou Koulibaly - Soir Info - 17 décembre 2012

 

DANS SON approche du développement économique de la Côte d’Ivoire, le président Ouattara propose une théorie que nous avons convenue d’appeler PADO2. Cette démarche théorique de la planification du développement, au-delà de ses incohérences et de ses illusions, révèle le sens profond de l’injustice et de l’impunité qui anime le Dr Ouattara.

Son plan arrive au moment où une vérité s’impose en évidence aux observateurs de toujours : La pauvreté s’est accrue en Côte d’Ivoire au cours des années 2000 à 2012. Alors qu’en 2002, au moment où la rébellion éclatait dans notre pays et était animée par le Mpci, le Mpigo, le Mjp et toutes les autres formes de Forces Nouvelles, le taux de pauvreté était de 38%. En 2008, au moment de la préparation des élections, l’indice global de la pauvreté était à 49% et aujourd’hui, dans la première année du programme de Ouattara, le taux de pauvreté oscille entre 50 et 51%. La rébellion armée de 2002 aura donc été criminelle à plusieurs niveaux pour la Côte d’Ivoire.

Il est évident que monter une rébellion contre la Côte d’Ivoire a conduit à "mélanger" le pays, à rendre l’Etat ingouvernable et à approfondir l’appauvrissement des populations entre 2002 et aujourd’hui.

Une manifestation non moins évidente est que le taux de croissance de l’économie nationale s’est aussi dégradé naturellement, comme une conséquence de la rébellion armée qui aura coupé le pays en plusieurs morceaux. Cette évolution se mesure par la diminution de la valeur de la production nationale, toutes catégories confondues. Avec la rébellion, les Ivoiriens ont moins produit, c’est pour cela qu’ils se sont appauvris. La production nationale a tellement baissé que, d’année en année, les efforts arrivaient à peine à dépasser les niveaux de production précédemment atteints. Par exemple, en 2008, notre niveau de production interne brut était de 10.485 milliards de Fcfa. Entre 2008 et 2009, en pleine accalmie de la mascarade de paix que l’on a appelé à l’époque le dialogue direct, la valeur de l’ensemble de notre production nationale n’était que de 10.880 milliards de francs cfa. A l’époque, on a célébré le retour de la paix, la fin de la guerre, l’urgence d’aller aux élections «vite, vite, vite», sans désarmement et en violation complète de ce qui était devenu notre loi fondamentale, l’Accord politique de Ouagadougou.

Dans cette ambiance de paix retrouvée, nous n’avons pu faire qu’un supplément de 395 milliards entre 2008 et 2009. De la même façon, nous n’avons amélioré notre résultat précédent que de 478 milliards de Fcfa entre 2009 et 2010. Et en 2011, du fait de la guerre postélectorale, notre effort d’amélioration de nos performances a été carrément négatif de 202 milliards ! Nous venions de perdre plus de 200 milliards par rapport à l’année précédente. La croissance aura été négative. La pauvreté s’est accrue. Ouattara, lui, dit que de ce niveau de -202 milliards, il va porter la croissance de notre production à 1.250 milliards en 2012, puis y ajouter 1.000 milliards entre 2012 et 2013, et encore 1.100 milliards entre 2013 et 2014 et enfin plus de 1450 milliards de Fcfa entre 2014 2015. Il faut lui souhaiter beaucoup de succès, car de sa réussite dépend, en principe, le bien-être des populations. Mais peut-être aussi que ces accroissements de richesses ne peuvent survenir que si la population adhère, se rassure, reprend confiance en elle-même et en Ouattara. Toute la population et non une partie d’elle. Sans cela, peut-il y avoir croissance autre que celle qui occasionne une pauvreté supplémentaire ? Peut-on éviter au plan de Ouattara une dynamique de croissance appauvrissante ?

Dans le programme de Ouattara, le PADO2, et non son programme de campagne, l’on reconnait ces faits. Mais si la pauvreté s’est accrue au niveau national, elle n’a pas été homogène. Les zones rurales ont été plus frappées que les zones urbaines. Au moment où le taux moyen de pauvreté était à 49% ou 50%, les régions du nord atteignaient un taux de 77%, les régions du centre présentaient un taux 63% et celles de l’ouest montagneux avaient 64%. Les zones dites à l’époque Cno ont donc été plus appauvries que les autres zones de Côte d’Ivoire. La rébellion a apporté la pauvreté dans les zones qu’elle a eues sous son contrôle pendant dix ans. Les rebelles ont pillé, volé, violé et tué abondamment. Il s’agit d’activités criminelles punissables aussi bien par le droit national que par le droit international.

Les crimes commis sont des crimes économiques. Ils concernent la création de caisses parallèles à celles de l’Etat, le détournement systématique de recettes fiscales, le braquage de banques et de plusieurs agences de la Bceao, le pillage d’entreprises industrielles et commerciales, l’exploitation illégale d’or, de diamants, de bois et autres ressources naturelles, l’encaissement et la conservation illégale de recettes douanières et parafiscales… Mais l’on compte également les séquestrations de citoyens, les exécutions extrajudiciaires, les crimes de sang, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre etc.

Naturellement, la justice aurait voulu que tous les criminels des zones Cno soient poursuivis comme ceux des zones du sud l’ont été. Les mêmes principes qui ont conduit, après la guerre, à l’arrestation et à l’emprisonnement de nombreuses personnes pour crimes contre l’humanité et crimes économiques, devraient aussi être valables pour poursuivre, arrêter et juger ici et à la Cour pénale internationale, tous les autres criminels. Mais dans le PADO2, il n’y a de criminels que les vaincus de la guerre post électorale. S’il est vrai que l’on peut accepter qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, comme l’a affirmé récemment Alassane Dramane Ouattara, il est impossible de ne pas voir que nos prisons sont pleines de prisonniers de guerre. Or les criminels de guerre, on les retrouve dans tous les camps, et Ouattara veut faire le développement sans justice. Il veut faire le développement en imposant l’impunité comme système de gouvernement. Cette attitude d’injustice est d’autant plus inacceptable que le PADO2 fait payer à ensemble des Ivoiriens les efforts de reconstruction des zones Cno, sans que l’on demande à ceux qui ont géré ces zones pendant dix ans et qui les ont appauvries en s’enrichissant eux-mêmes, de rendre des comptes à la Nation. Où sont passées les sommes faramineuses des casses des agences des banques centrales ? Va-t-on faire, dans le cadre du plan de développement de Ouattara, l’audit de la Centrale des Forces armées des forces nouvelles (Fafn) ? Fera-t-on le procès de ceux qui ont enfermé des populations dans des conteneurs à Korhogo et qui les ont, de sang-froid, tué en les laissant mourir d’étouffement ?

Allons-nous faire l’audit de la gestion des zones Cno? Une commission d’enquête nationale ira-t-elle faire des investigations pour nous situer sur ces crimes économiques et politiques ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que dans le PADO2, les investissements prennent en compte la plus forte pauvreté dans les zones Cno et promet de leur affecter 60% des dépenses, contre 40% pour le reste du pays. Peut-on reconstruire la Côte d’Ivoire sans la réconcilier avec elle-même et dans la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ? Peut-on reconstruire la confiance sans justice ? Peut-on bâtir un avenir prometteur au Triomphe de l’éléphant dans l’impunité totale?

Hélas ! Toutes ces questions institutionnelles, juridiques et politiques sont évacuées par le PADO2. Pour son auteur, tout est d’abord une question d’argent, une question de milliards à rechercher et non un problème d’organisation cohérente de la production. Ouattara pense que s’il investit des milliards de francs, il nous fera oublier toutes les injustices, toutes les impunités qui fondent sa politique. Il a peut-être raison. Attendons de voir. Mais nous sommes sûrs d’une chose : Aucun pays ne s’est développé dans la culture de l’injustice et de l’impunité. Ouattara innovera peut-être en la matière, comme hier d’autres ont pensé innover avec l’Apo, avec le succès que l’on sait.

L’avenir nous le dira.

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER


Source: LIDER-CI.ORG

Commentaires

Qu'il la ferme et épaule son frère libéral. Quand on là indirectement soutenu ce n'est pas la peine de venir faire comme si on ne savait où ce mossi, nous enverrais. Lui qui dit qu'il sait toujours tout et qu'il n'a jamais été compris, n'est-ce pas lui qui demandait aux ivoiriens à l'époque que la venue de l"onu serait une solution comme au Libéria et en Sierra-Léone ? on sait ce que ça donné comme résultat ? Que monsieur je"connais tout" garde son savoir pour sa famille.

Écrit par : paul83 | mardi, 18 décembre 2012

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