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lundi, 21 janvier 2013

TINGUENTOURINE ET LES MYTHOLOGUES

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Jusqu'à plus informé, le groupe armé, qui s'est attaqué à la base de Tinguentourine, ne vient pas du Mali et n'est pas une projection du Mujao ou de Ançar Eddine, pour autant que ces deux formations soient capables de se déployer de la sorte. Ce groupe venu de Libye, selon les autorités algériennes, est composite dans la nationalité de ses membres, comme il est d'usage depuis l'internationalisation de la guérilla islamiste. L'attaque en elle-même n'est pas la première du genre et l'Algérie, elle, était probable et faisait partie des risques encourus par toutes les installations vitales ou stratégique du pays, encore en butte à une guérilla islamiste qui conserve un niveau de nuisance assez important. Il n'y a donc aucune raison particulière de conclure à une extension de la crise malienne, même si le commando a fait référence au survol du territoire algérien par l'armée de l'air française, certainement pour se poser en justicier. Mais, dans les médias français, beaucoup de couplets déclamés sur le sujet se félicitent de voir le pays rejoindre le champ de bataille.  

Pierre Vermeren, professeur d'histoire du Maghreb contemporain à La Sorbonne, du haut de ses connaissances et de son autorité intellectuelle, se risque à dire que «la prise d'otages d'In Amenas est un échec majeur pour Alger, qui voit la guerre au Mali s'implanter sur son territoire, et sa prudente politique avec les groupes armés du Sahel remise en question». Il résume de façon magistrale tout ce qu'on peut lire sur ce qui est appelé, sans hésitation, la «fin de l'isolement» de la France. «Maintenant qu'elle a du sang sur les mains, l'Algérie ne pourra plus jouer double jeu comme avant», écrit le Républicain lorrain.

L'Algérie va envoyer son armée rejoindre celles de la Françafrique à chasser les rebelles maliens. Quel retournement de l'histoire, ce serait ! Mais attention, il faut du temps pour cela, nous dit-on. En écho des voix bien de chez nous, dans des journaux connus pour leur cordiales relations avec la «communauté internationale», elles aussi convaincues que l'Algérie doit obéir à l'appel des «Grands», pensent que notre armée à besoin de se préparer à la «projection» de ses troupes hors du territoire. La chose étant entendue par ailleurs que le pays s'insère désormais dans le Sahel, cet ensemble chaotique qui a besoin d'une prise en main, en termes de sécurité, d'ordre et d'administration. Le seul problème reste que les faits sont loin d'être conformes à la mythologie que l'on  tente d'implémenter, fut-elle accréditée par le formidable arsenal médiatique. On sait que le pouvoir algérien a fait un certain nombre de concessions, mais il n'en est pas arrivé à se soumettre à ce qui correspondrait à l'abandon pur et simple du principe même d'indépendance nationale. Il faut retenir, quand même, qu'il y a une volonté affichée de lier la prise d'otages de Tinguentourine à la guerre menée par la France au Mali, l'objectif étant de convaincre les Algériens de sortir de la réserve qu'ils observent jusqu'ici et de les amener à inscrire le pays dans la liste normalisée des Etats africains et nord-africains, afin de finaliser la mise en coupe réglée de la région.


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

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