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jeudi, 07 février 2013

UNE REVUE ITALIENNE LE RECONNAIT: GBAGBO EST UN PHENOMENE SOCIOLOGIQUE

 

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La revue italienne «RESET» du 30 janvier 2013 révèle: Laurent Gbagbo et le droit à la «différence»

 

Depuis Novembre 2011 Laurent Gbagbo, l’ancien président de la Côte d’Ivoire, a été détenu à la Cour pénale internationale à La Haye, accusé d’être un « co-auteur indirect » de crimes graves contre l’humanité pendant la crise post-électorale dans son pays. Mais beaucoup de gens se demandent pourquoi et doutent de la légitimité de ces accusations. Pour beaucoup, c’est son adversaire politique des élections présidentielles de 2010, Alassane Ouattara, qui devrait être à sa place en détention à La Haye, avec Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale, qui a dirigé la rébellion de 2002 qui a divisé le pays en deux.

 
Pourquoi n’y a-t-il pas de procès pour les crimes graves commis par les rebelles qui ont attaqué la Côte d’Ivoire en 2002 dans les régions centre, Nord et Ouest (connu sous le nom CNO), qui sont restés sous leur contrôle jusqu’au 17 Mars 2011, lorsque Ouattara les a renommer Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI)? Un mouvement de résistance d’envergure internationale est alors né pour réclamer la vérité et la justice dans cette histoire bizarre.

Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur des élections du 2 décembre 2010 par Youssouf Bakayoko, le président de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Selon la Constitution ivoirienne, cette commission est autorisée à déclarer uniquement les résultats provisoires.

La victoire de M. Ouattara a été annoncée dans une chambre à l’Hôtel du Golf – le siège de la campagne électorale de M. Ouattara – en l’absence, et donc sans l’approbation du Conseil constitutionnel, qui est responsable, conformément à la Constitution ivoirienne, pour déclarer les résultats définitifs du scrutin.

Le président de la CEI, M. Bakayoko, était seul, sans la présence de ses collègues de la commission quand il a fait l’annonce de la prétendue victoire de Ouattara à l’Hôtel du Golf. Pendant ce temps, les représentants de la commission l’attendaient au siège de la CEI où ils devaient parvenir à un consensus sur les résultats provisoires.

Ainsi, les résultats provisoires, non approuvées par tous les membres de la CEI et sans la présence des représentants des candidats respectifs, ont été déclaré comme les résultats définitifs du scrutin.

C’est encore un mystère de savoir qui a gagné les élections du 28 Novembre 2010 entre le président sortant, Laurent Gbagbo, un historien, socialiste et le père fondateur du système de multipartisme en Côte d’Ivoire et Alassane Ouattara, qui a été Premier ministre sous le régime dictatorial de Félix Houphouët-Boigny de 1990-1993 et ​​qui a fait une carrière dans la diplomatie internationale à la Banque centrale des Etats de l’Afrique (BECEAO) et au Fonds monétaire international.

Thabo Mbeki, ancien Président d’Afrique du Sud, qui a joué un rôle important en tant que médiateur, dès le début de la crise en 2004, en visitant la Côte d’Ivoire du 5 au 7 Décembre 2010, a conclu dans son rapport de mission que les élections ne pouvaient pas être considérées comme valides. Dans « What the World Got Wrong on Côte d’Ivoire », il rappelle comment l’ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan, Wanda L. Nesbitt, avait déjà mis en garde son gouvernement en 2009, que sans remplir certaines exigences de base – une réunification territoriale et financière du pays, le retour de l’administration nationale au nord, et en particulier le désarmement total de la rébellion, les Forces nouvelles, implantées dans le nord du pays depuis 2002 – des élections démocratiques ne pouvaient pas être organisées.

Ce désarmement (la seule demande faite aux rebelles pro-Ouattara, les forces Forces nouvelles et répétées dans huit accords de paix depuis 2003, n’a jamais été respecté) encore aujourd’hui pas atteint, est à la base du climat d’insécurité que le pays vit actuellement. [1]

Face aux menaces contre la légalité républicaine avec le comportement anticonstitutionnel de la CEI (qui a également été approuvé par le Représentant spécial des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, Choi Young-Jin, bien que cela ne relevait pas de son mandat) et la violence inouïe exercée dans le nord sur les pro-Gbagbo pendant les élections, la coalition Gbagbo, La Majorité Présidentielle a déposé une demande à l’annulation du vote auprès Conseil Constitutionnel. Les observateurs électoraux dans de nombreux départements contrôlées par les rebelles ont signalé des menaces de mort, assassinats, intimidations, violences physiques, les enlèvements de personnel et d’agressions contre des militants et des représentants de la coalition « La Majorité Présidentielle ». Le Conseil constitutionnel a déclaré Laurent Gbagbo comme le vainqueur du second tour de scrutin le 2 Décembre.

Coalition de M. Ouattara, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) n’a pas présenté de recours pour irrégularités de procédure après le deuxième tour.

Dans la Constitution ivoirienne, il est précisé que les résultats des élections doivent être annulées si le résultat est sujette à débat. Toutefois, dans le cas de l’élection du 28 Novembre 2010, la Conseil Constitutionnel a annulé le vote frauduleux et a déclaré Laurent Gbagbo vainqueur en pleins sondages contradictoires et pendant les flambées de violence.

En conséquence, les critiques de l’UE et des organisations internationales par rapport au rôle du Conseil Constitutionnel sont devenues trompeuses si l’on considère les actions anticonstitutionnelles menées par la CEI et la menace sur la sécurité alimentée par la rébellion.

Comment ce sont passées ces élections? Il était évident qu’organiser des élections en présence d’une rébellion armée dans le nord du pays qui a soutenu M. Ouattara comme candidat n’était pas un exercice électoral prometteur, comme l’a souligné Arsène Touh dans « Côte d’Ivoire, Leçons du 11 avril 2011« , où il analyse les 10 dernières années de choix politiques faits par le Front Populaire Ivoirien (FPI). Touho croit que, après avoir accepté de tenir des élections, en dépit du refus de la rébellion de désarmer, était l’une des principales erreurs de Gbagbo [3], car il a ainsi rendu vulnérables ses représentants dans les bureaux de vote dans les régions CNO sous contrôle rebelle.

Le rapport final de la mission d’observation de l’Union dit que les observateurs de l’Union Européennes n’ont couverts que 4,7% des bureaux de vote, soit 943 bureaux sur les 20,073 ouverts au plan national – et que, globalement, les élections ont été correctement effectué, sauf « quelques problèmes dans les régions sous le contrôle du président sortant, Laurent Gbagbo. « Il dit aussi que » sur le déroulement des élections, la téléviseur ivoirien a donné la parole à des missions d’observations africaines inconnues»[4]. Violations seulement dans des zones sous le contrôle de Gbagbo? Missions d’observation inconnus? Pourtant, les missions de l’Union africaine (UA), la Coordination des Observateurs de la Mission Internationale de la Société Civile Africaine (COMISCA), l’Observatoire de la société civile africaine pour la démocratie et l’assistance électorale l’(OSCADAE), la Coordination des experts électoraux Africains (CEEA), le Cadre des émissaires pour la Promotion des élections Crédibles en Afrique (CEPECA), la mission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Mission du Comité de l ‘ interparlementaire UEMOA ne sont pas totalement «inconnues».

Plus de la moitié de ces organisations ont dénoncé les graves circonstances dans lesquelles les élections ont eu lieu dans le nord du pays sous contrôle rebelle.

Le rapport fait mention de 16 observateurs de l’UE qui ont dû être évacués pour des raisons de sécurité, un nombre important sachant qu’il y avait 120 observateurs au total. Mais le rapport fait une grave erreur en disant que les évacuations ont eu lieu dans les zones sous le contrôle du président sortant, Laurent Gbagbo.

Ce fait est en contradiction avec un article paru dans France Soir qui a publié les factures de la compagnie aérienne engagé pour transporter les observateurs européens dans un endroit plus sécurisé, dans lequel les zones d’évacuation sont définis: Man et Khorogo, deux villes sous contrôle des rebelles depuis 2002. Frédéric Lafont, propriétaire de la compagnie aérienne, rappelle que ses propres pilotes ont eu peur lors de l’évacuation des observateurs. [5]

L’Union africaine, qui a vu deux de ses observateurs enlevés et libérés avec l’aide de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) écrit: «La mission a découvert avec regret des actes de violence avec une perte grave de la vie, de violations d’intégrité physique, d’enlèvements, intimidations, enlèvements et la tentative de destruction du matériel électoral. De nombreux éléments qui devraient être une préoccupation pour les organes compétents afin de déterminer l’impact global sur le résultat des élections. « CEPECA dit dans son rapport préliminaire que« la crédibilité du scrutin dans la région des Savanes, plus précisément à Korhogo est fortement discrédité. « Le rapport de la mission CEEA dit que dans les régions sous contrôle des rebelles – Korhogo, Bouaké, Séguéla, Toriya et Garaoua – les élections ont été« entaché de graves irrégularités, telles que bulletins volés, les enlèvements de représentants des candidats respectifs, le vote multiple, obstacle à la nécessaire présence d’observateurs internationaux dans certains bureaux de vote lors du dépouillement des votes et la perte de vies humaines. « Dans un communiqué de presse daté du 2 Décembre 2010 la CEDEAO dit que« les incidents qui ont empêché les citoyens d’exprimer leur vote, en particulier dans les certaines régions du nord, doivent être condamnés et punis conformément à la loi ». [6] Le témoignage de Youssouf Fofana, président de La Voix du Nord, qui représente une coalition de M. Gbagbo dans la région de Séguéla, révèle des scènes de violence sans précédent dans lesquels les Forces nouvelles et les représentants de la coalition Ouattara (RHDP) empêchent les représentants de Gbagbo à rester dans les bureaux de vote. Ces derniers ont été chassés, certains, enlevés ou menacés de mort: un véritable Far West électoral. Aujourd’hui Fofana est en exil [7]. Le rapport du général de brigade Kouakouche Nicolas parle de 217 représentants de la coalition de Gbagbo qui ont été expulsés des bureaux de vote et l’ont rejoint pour leur sécurité. [8] Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a révélé qu’il y avait 200.000 réfugiés dans les pays voisins et un million de personnes déplacées internes (PDI) au début de la crise électorale.

Pourtant, dans les brèves mises à jour des agences de presse à travers le monde, nous ne lisons qu’une seule histoire: Gbagbo a perdu les élections en Novembre 2010 et il tente de s’accrocher au pouvoir. Mais Laurent Gbagbo a demandé qu’un simple recomptage des voix par une mission d’enquête internationale soit effectué, une option qui a été rejetée par l’ONU en faveur d’une intervention militaire. Alain Dogou, ancien ministre de la Défense dans le dernier gouvernement de Gbagbo, demande aujourd’hui quels autres organes institutionnels devrait suivre Gbagbo en dehors du serment qu’il a prêté devant le Conseil constitutionnel en 2000. Contrairement à Gbagbo qui a prêté serment conformément à la constitution ivoirienne, Ouattara, le 4 Décembre 2010, a prêté serment en envoyant une lettre au Conseil constitutionnel. Ce qui a suivi, ce sont quatre mois de crise qui ont vu deux présidents et deux gouvernements pendant lesquels l’ONU et l’Union européenne, en violation de leurs mandats d’impartialité politique, ont décidé de soutenir Ouattara.

Entre Décembre 2010 et Mars 2011, l’ONU, l’UE, la France et les États-Unis a mené une politique d’asphyxie financière et diplomatique contre le gouvernement Gbagbo – qui comprenait un embargo sur les fournitures de médicaments, de cacao, de mandats internationaux, le gel des fonds privés et de biens et la fermeture des succursales locales de banques françaises et américaines – suivi en Avril 2011 par ce que le politologue Michel Galy a appelé le coup d’État français-ONU.

En Mars 2011, l’Union africaine était toujours en train de tenter de trouver une issue pacifique à la crise, lorsque les Forces Nouvelles sont descendues du nord et ont envahi la capitale économique, Abidjan, mais elles sont restées sans action en Avril, quand les Français ont commencé à bombarder le palais présidentiel et d’autres sites stratégique, en contournant, selon certains, un mandat inscrit dans la Résolution 1975 de l’ONU qui limite l’intervention militaire à la protection des civils.

Le fait que l’UA n’a pas réussi à imposer sa vision qui a émergé du panel de cinq chefs d’Etat nommés à la fin de Janvier 2011 lors de la 16e sommet de l’UA, montre la fragilité et la marginalisation de cette institution dans le domaine de politique internationale.

Les experts du panel ont commencé à mener leurs enquêtes et certains ont commencé à remettre en question la victoire de Ouattara au second tour. Mais les membres de l’UA auraient été malléable face aux promesses d’annulation de la dette ou d’autres avantages dans des accords bilatéraux en coulisses.

La deuxième réunion du groupe de haut niveau qui aurait joué un rôle crucial dans la résolution de la crise, a proposé la formation d’un gouvernement d’unité nationale et de nouvelles élections comme un moyen de sortir de la crise, et avaient exclu l’option militaire. Il a eu lieu en Mauritanie le 5 Mars et a commencé avec deux heures de retard parce que le président tanzanien a fait une escale à Paris. La dernière réunion, qui devait avoir lieu à Abidjan le même jour, a été reportée sine die, tandis que les deux avions présidentiels du Togo et le bateau et l’avion du Président de l’Afrique du Sud, présents sur le sol ivoirien, ont quitté la Côte d’Ivoire .

Gbagbo comme un phénomène sociologique

Qui est Laurent Gbagbo? En 2008, lorsque je travaillais sur un documentaire sur des dessinateurs africains en première ligne dans la défense de la liberté d’expression, Résistants du 9ème Art, j’ai aussi eu quelques images de la Côte d’Ivoire du magazine satirique Gbich!. Le rédacteur en chef adjoint Mendozza Y Caramba, m’a raconté une anecdote: un jour, il a reçu un appel téléphonique qui a annoncé l’arrivée du président. Mendozza, dont la bande dessinée a été très critique contre Gbagbo, «habits neufs du Président» se mit à rire, en pensant d’abord que c’était une blague. Au lieu de cela, Laurent Gbagbo est arrivé au bout de 10 minutes à son bureau, a salué leur travail, les a félicité, en dépit de leur satire mordante contre lui. J’ai été frappé. J’avais déjà rencontré une anecdote similaire sur un autre célèbre président africain, Nelson Mandela, que j’ai décidé d’utiliser dans le film. Mandela avait appelé Jonathan Zapiro, qui avait été un dessinateur à la pointe de la lutte anti-apartheid et lui a dit: « excellent travail, vous faites votre travail», même si Zapiro, au moment où le parti de Nelson Mandela, le Congrès national africain (ANC ), était au pouvoir, il l’a attaqué férocement avec ses dessins animés. Mais je n’ai pas oublié que Gbagbo avait eu le même esprit que Mandela.

Laurent Gbagbo a été né le 31 mai 1945 dans une famille modeste à Mama près de Gagnoa dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Son père, Paul Koudou Gbagbo avait participé à la Seconde Guerre mondiale comme sergent dans un bataillon commandé par un certain Laurent dont Gbagbo porte le nom. Il a été blessé et emprisonné par l’armée allemande. Plus tard, il est devenu un policier. En 1964, il a été accusé de l’un des ombreux faux complots pendant le régime dictatorial de Félix Houphouët-Boigny et emprisonnés. La mère de Laurent Gbagbo, en dépit de la perte du soutien de son mari, ne voulait pas que son fils abandonne ses études. Gbagbo se spécialise d’abord dans les classiques, puis dans l’histoire contemporaine. En tant qu’étudiant, il a lutté pour l’existence d’un syndicat étudiant qui n’est pas inféodé au parti unique, le Mouvement des Elèves et Etudiants de Côte d’Ivoire (MEECI). En 1969, il a été arrêté pour la première fois pendant 15 jours, avec 400 autres étudiants qui appelaient à la pluralité des voix au sein du syndicat étudiant.

Le droit à la différence – que ce soit dans le domaine de syndicats, de partis politiques, de modèles économiques ou de la presse – est à la base de la lutte non-violente développée par Gbagbo depuis 1969. Quand en 1980, Félix Houphouët-Boigny a autorisé le vote au sein du parti unique Gbagbo a protesté: avoir la liberté de voter que dans un parti unique était pour lui une «déclaration dangereuse parce qu’elle réprime le droit d’être différent, un droit essentiel pour l’évolution d’un pays ». Il est devenu un professeur d’histoire dans un lycée à Abidjan et il a de nouveau été arrêté pour son activisme politique de Mars 1971 to Janvier 1973.

Gbagbo a lutté contre le régime du parti unique de Félix Houphouët-Boigny pour un système de multipartismes sur plusieurs fronts: d’une part, en analysant les mécanismes du régime répressif à travers ses livres et par des débats publics, et d’autre part en travaillant clandestinement à mettre en place un parti d’opposition, le Front populaire ivoirien (FPI), parti qui a opté pour une transition non-violente à la démocratie. En 1980, il devient directeur de l’Institut d’histoire, d’art africain et d’archéologie de l’Université d’Abidjan. Accusé d’être l’instigateur d’un complot contre Houphouët-Boigny, « un espion libyen » et pire le « séparatiste militant du groupe ethnique Bété » Gbagbo en 1982, désireux de nier ces accusations, se protéger et de sensibiliser sur le dossier ivoirien il va en exil à Paris où il est resté jusqu’en 1988. Avant son exil, il avait déjà visité les trois quarts des villages de Côte d’Ivoire, mais le travail de «conscientisation» a poursuivi en exil, avec la création d’un réseau de structures du parti en Europe et la publication d’un programme politique, « Côte d’Ivoire, pour une alternative démocratique ». Pendant son exil, son épouse Simone Evihet, qui, selon Gbagbo lui-même a « , réalisé 60% de l’œuvre» et d’autres membres du FPI ont travaillé dans la clandestinité afin d’élargir la base du parti.

Quand Gbagbo est devenu président en 2000, il avait 30 ans de lutte non-violente derrière lui et avait été témoin de la réalisation en 1990 du premier point de son programme, un système multipartite.

L’année où il est arrivé au pouvoir, le courant de gauche du FPI a prévalu lors de leur congrès. Son gouvernement a institué immédiatement l’Assurance Maladie Universelle (AMU), l’assurance maladie universelle, une première en Afrique, critiquée par de nombreux ambassadeurs et des experts qui l’ont considéré trop coûteux pour un pays africain.

Il a introduit l’école gratuite et obligatoire pour tous, avec la possibilité d’accéder à des livres de texte. Il a initié une politique de décentralisation en donnant plus de pouvoir aux régions et a présenté une vision pour un développement régional ouest-africain.

Mais son gouvernement a duré moins de deux ans. En 2001, il y a eu le premier coup d’Etat connu sous le nom du coup d’Etat de « la Mercedes noire », suivi par le coup d’état du 19 Septembre 2002 qui a divisé le pays en deux.

Avec l’accord de Linas Marcoussis négocié par la France, Gbagbo a dû accepter que les rebelles, souvent illettrés, rejoingnent son gouvernement. La manifestation qui a suivi à Abidjan dans les jours qui ont suivi l’accord de paix de Marcoussis, souvent décrit comme un simple mouvement de jeunes patriotes, ressemblait plus à la protestation d’une nation entière, comme en témoignent des images prises par Sidiki Bakaba en Côte d’Ivoire et consignées dans un documentaire intitulé « La Victoire aux-nues »; deux millions de personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur indignation face à l’accord. Gbagbo est également considéré comme un phénomène sociologique car il représente la naissance d’un État-nation et une classe moyenne intellectuelle qui a comme point de référence Abidjan, et non Paris.

Décolonisation tardive de la France

Michel Galy, politologue, écrit dans « Guerre à l’Afrique?, « La France en retard d’une décolonisation » que deux ministres français de la coopération et du développement, Jean-Pierre Cot sous François Mitterrand en 1982 et 25 ans plus tard, Jean-Marie Bockel sous Nicolas Sarkozy en 2008, ont tous deux été licenciés parce qu’ils avaient osé prononcer de la Françafrique, l’ingérence ombragé de la France en Afrique francophone. Dans l’ère post-soviétique, la politique française envers l’Afrique est devenue « une politique d’endiguement de la volonté de l’Afrique de l’autonomie et de sa migration hors du continent africain ».

De 1954 à ce jour, il y a eu au moins 122 interventions militaires françaises en Afrique sub-saharienne.

« L’état symbolique» de la France qui a besoin de légitimer son hégémonie utilise les médias français, qui, depuis l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en 2000 se comportent comme le bras droit du Quai d’Orsay, initiant une politique de désinformation et de diabolisation de Laurent Gbagbo et son gouvernement.

Pourtant, la Cour d’appel de Paris a condamné le journal Le Monde en 2006 pour diffamation, pour avoir publié que M. Gbagbo et son épouse, Simone Evihet, font utilisés les «escadrons de la mort. »

Auparavant, en 1986, l’hebdomadaire français Jeune Afrique a également été condamné deux fois par la Cour d’appel de Paris lorsque Laurent Gbagbo l’a poursuivi pour diffamation. Gbagbo a remportant les deux cas. Un jeune journaliste, franco-camerounaise, Theophile Kouamouo, a démissionné de Le Monde en 2002 parce qu’il ne pouvait pas accepter les modifications rédactionnelles malhonnêtes que le journal parisien a fait dans la conclusion de son article.

En 2004, le journaliste David Schneidermann analyse la presse française, qu’il accuse d’ethnocentrisme qui ressemble à la propagande de guerre et la tient coupable de détourner les lecteurs des faits: neuf soldats français ont été tués dans une frappe aérienne à Bouaké (un incident encore aujourd’hui investigué), mais la France, en représailles, détruit l’armée de l’air ivoirienne entière. En réaction, les Ivoiriens sont descendus dans les rues pour protester. Dans les jours qui ont suivi l’incident, l’armée française aurait ouvert le feu sur des manifestants désarmés, tuant 67 personnes et blessant plus de 2.000 ivoiriens, dont 500 ont subi des blessures permanentes.

En plus de la presse internationale, l’ONU a-t-elle aussi légitimé cette politique hégémonique? Deux exemples tirés de la crise post-électorale le montrent: le 27 Février 2011, le Secrétaire général Ban Ki-moon accuse la Biélorussie de violer l’embargo international qui empêche les ventes d’armes à la Côte d’Ivoire depuis 2004, indiquant que le Bélarus a fournir du matériels militaires au gouvernement de Laurent Gbagbo. Le lendemain, l’ONU a rectifié sa déclaration et le chef de maintien de la paix des Nations Unies, Alain Le Roy, a fait ses excuses à la Biélorussie, étant donné que l’accusation était sans fondement.

En Mars 2011, l’ONUCI a dû refuser une autre accusation grave qu’il avait affiché sur son site Web – L’ONUCI a allégué que des fosses communes avaient été trouvés et les a attribués à Gbagbo, en disant que l’ONU avait été interdit de visiter les zones. Toutefois, un député norvégien, Lars Riise, est allé à la Côte d’Ivoire et après avoir découvert qu’il pouvait facilement visiter les zones et ne trouvant aucune trace de fosses communes, a organisé une conférence de presse dans laquelle il a dénoncé les «faux massacres » et la « manipulation des médias de la part de l’ONUCI qu’il trouvé irresponsable. « Le film La Francia dans Nero (France Noir) par le cinéaste d’investigation, Silvestro Montanaro, diffusé sur la télévision italienne Rai, le 3 Septembre 2012, dénonce le rôle de l’ONU dans la crise post-électorale.

En expliquant la crise de 2002 en Côte d’Ivoire comme la conséquence d’un état en décomposition, de la corruption, des élites égocentriques, des travailleurs étrangers, ou des groupes ethniques et / ou religieux, on « semble oublier une question cruciale: est-ce que l’élite post-coloniale de la Côte d’Ivoire pouvait se permettre de rompre brutalement avec la France? La privatisation apportée par les programmes d’ajustement structurel dans les années 1980 ivoirien a renforcé la dépendance et fait accroitre l’influence du capital étranger dans les secteurs clés de l’économie.

« A l’aube du 21ème siècle, France Télécom a acquis 51% de Citelcom et Orange était le plus grand fournisseur de téléphonie mobile en Côte d’Ivoire, le Groupe Bolloré détient 67% des actions de Sitrail qui opère le chemin de fer entre Abidjan et Ouagadougou, et a une position de quasi-monopole dans le secteur des transports (Saga) et de tabac (SITAB). Air France détient 51% des actions d’Air Ivoire, Bouygues, à travers sa filiale Saur a acquis la concession de la compagnie d’électricité Ciprel et 25% de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité et contrôle la compagnie nationale de l’eau, la Sodeci. Total et ELF ont 25% des actions de la SIR (Société ivoirienne de raffinage du pétrole), le secteur bancaire a été divisé entre la BNP, le Crédit Lyonnais et la Société Générale ».

Le gouvernement de Gbagbo, afin de ne pas suivre la voie de la privatisation qui avait conduit à une augmentation de 16% de la pauvreté de 1985 à 1988, a proposé la restructuration des entreprises publiques, au lieu de la privatisation comme un modèle pour un développement économique endogène.

Ahoua Don Mello, ancien Directeur Général de l’Office National d’Etudes et du Développement Technologique, explique comment ils ont pu sauver de nombreuses entreprises publiques et les ont rendu viables. Il explique également les difficultés rencontrées pour embrasser cette politique: par exemple dans le secteur de l’énergie, Bouygues avait stipulé un contrat en vertu duquel le gaz utilisé était acheté sur le marché international, plutôt que localement dans le pays. Ceci a causé l’augmentation du prix qui est passé de 8 à 45 Francs CFA le kilowatt en cinq ans. Le gouvernement de Gbagbo était en train de modifier cet aspect du contrat avec Bouygues quand les bombes ont commencé à tomber sur le pays. Aujourd’hui, sous Ouattara, le prix de l’électricité a augmenté pour le consommateur.

Gbagbo a décidé de commencer son histoire sur la Côte d’Ivoire dans sa thèse universitaire, « La Côte d’Ivoire, les économies et société à la veille de l’Indépendance en 1940« . Après la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy a eu des répercussions dans le colonies, révélant le vrai visage de la colonisation. Cela a provoqué une rupture hégémonique qui a poussé les intellectuels à faire un pas en avant vers une forme d’indépendance, même si elle est incomplète. Mais Gbagbo a qualifié cette intelligentsia comme «pauvres», car elle ne traite pas de ce qu’il définit comme les questions cruciales du moment: le problème de la nation, l’Etat, l’impérialisme et la relation avec la puissance colonisatrice. Son «gouvernement des professeurs » a mis ces questions au cœur de leur agenda politique, bien que son gouvernement a été compromise. Par exemple, en Juillet 2008, un accord a été conclu avec la France qui a aboli sa présence militaire en Côte d’Ivoire: la base militaire du 43e Bataillon d’infanterie de marine (BIMA) a été intégré momentanément dans la force Licorne, et après la fin de la mission cette base militaire française partirait pour de bon, après des siècles de présence sur le sol ivoirien.

Des voix multiples

Bien qu’il est embarrassant de savoir vers quelles sources se tourner quand on est confronté à des preuves de la falsification de l’information, de la Côte d’Ivoire commence à raconter son histoire, déclinant des détails riches en événements pour reconstruire son histoire récente.

Les sources se multiplient, exposant les voix et des genres différents – des brochures, des récits historiques, des enquêtes, des témoignages, des romans, des journaux et des blogs, ainsi que des paroles de musique – qui soulignent la transformation d’un débat contradictoire dans une transformation plus profonde, une transformation de l’hégémonie culturelle.

Un court roman, « La Côte d’Ivoire, le pays déchiré de mon grand-père » de Sylvie Bocquet-N’Guessan est le point de vue d’un jeune étudiant d’origine ivoirienne vivant dans le nord de la France. Nous apprenons dans le roman que la RTI, la télévision nationale ivoirienne, a été censuré en France pendant la crise, mais les Ivoiriens de France et dans le reste du monde n’ont jamais été coupés de nouvelles fraîches de leur pays. Ils étaient en contact quotidien avec leurs parents et amis. Un écart évident entre ce qui a été dit à la radio, à la télévision et dans les journaux français et internationaux et ce que leur grand-père leur a dit via Skype. Cette dissonance a donné lieu dans un premier temps à l’indignation et à la naissance d’une variété de réponses qui est encore aujourd’hui en cours par le biais des blogs et des sites Web de « ivoirien, belge, canadien, du Camerounais, du Togolais, du Burkinabe et du Gabonais d’origines. » Dans l’histoire de la fille, sa mère se plaint qu’un musicien a été invité sur une chaîne de télévision française pour donner son avis sur le marché financier en Côte d’Ivoire. Elle réfléchit: «C’est comme si une télévision ivoirienne a invité le chanteur Johnny Halliday pour parler de la crise financière en France. Ne pensez-vous pas que le ministre du Budget serait plus approprié », la mère se lamente: « Ce qui est scandaleux, c’est que la France attaque. Vous voyez, nous payons des impôts pour tuer une partie de notre famille ».

Des « Contre-rapports » sont publiées qui discréditent les rapports officiels avec des faits et des explications. Par exemple, l’ONU a écrit dans son rapport d’enquête sur la crise post-électorale que la campagne de Gbagbo avait utilisé le slogan «Votez original 100% », qui auraient incité au meurtre de l’ethnie de M. Ouattara. Un contre-rapport par le ministre Alain Dogou explique cependant que le mot «original» dans le slogan se référait au programme politique de Gbagbo qui n’avait pas de fondements ethniques comme le faisait croire l’ONU. En fait, le même programme avait été copié par Ouattara pour sa campagne politique, d’où le « vote original» fait référence au «programme d’origine », c’est à dire celui de Gbagbo.

Dans la vision du film-portrait « Un homme une vision de Hanny Tchelley » Gbagbo dit « je t’aime Cicerone, mais depuis que je suis en politique, je préfère César, parce que César avait su l’importance d’une armée pour la construction d’un État-nation, mais aussi la nécessité de le soumettre au pouvoir civil. Nous n’avons pas fait de grands progrès sur le plan institutionnel, nous sommes encore dans l’antiquité. «

Avec le régime Ouattara (plus d’un millier de prisonniers politiques actuellement détenus pendant près de deux ans, la police et la gendarmerie sans armes, l’armée en déroute, le nettoyage ethnique dans l’ouest contre la population We, l’ancienne rébellion violente toujours pas désarmé, les réfugiés et des personnes déplacées d’urgence, le rétablissement de la base militaire française et de plusieurs ministres français au sein du gouvernement ivoirien, la privatisation effrénée, une presse persécutés et l’impossibilité d’organiser des manifestations) la Côte d’Ivoire est projeté en arrière de 50 ans dans la construction d’un Etat-nation.

L’Europe suivra-t-elle la politique de l’européanisation de l’armée française en Afrique? Est-ce que la multilatéralisation de sa politique étrangère profite au reste du monde? La crise ivoirienne met également en avant le besoin urgent de réformer le Conseil de sécurité, en augmentant le nombre de sièges permanents pour autres continents et en prévoyant une place pour l’Europe (en enlevant la France et l’Angleterre), afin de créer une arène de la gouvernance mondiale digne de recevoir le processus de démocratisation authentique.

 

Nicoletta Fagiolo, Janvier 2013.

 

Source: Le blog de Steve Beko

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