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lundi, 04 mars 2013

INTERVIEW EXCLUSIVE - QUAND LE GONDWANA JUGE SON ANCIEN PRESIDENT

 

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Suite à une bataille entre «pro souverainistes» et «pro communauté-internationalistes» dans la république très très démocratique du Gondwana, le Chef des coups d’État pardon… le Chef de l’État de la République très très démocratique du Gondwana, un vassal de la communauté internationale, répond aux questions du Journal Gondwanais (J.D) suite au procès du leader des vaincus (par les bombes de la communauté internationale) à la Cour Pénale Internationale (CPI).

J.G : Excellence vous avez poussé la CPI à traduire votre adversaire devant cette institution de quoi l’accusez-vous ?

Mon prédécesseur est accusé de s’être accroché au pouvoir par tous les moyens y compris le massacre des civils selon un plan commun et une politique conçus de longue date avec ses proches.

J.G : Comment s’est-il accroché au pouvoir ?

Il n’avait pas voulu reconnaître mes résultats, certifiés par l’ONU sortis de mes urnes, proclamés  par le président de la Commission Électorale Indépendante (C.E.I) que j’ai fait enlever, conduit à mon QG à l’exclusion des autres membres de la CEI et face à des journalistes que j’ai fait venir en leur faisant croire que j’allais animer une conférence.

J.G : Selon la défense, le président de la CEI n’a aucune compétence pour proclamer des résultats définitifs encore moins l’ONU. Ensuite cette même défense  soutient que le chef des « souverainistes » a été élu et déclaré comme tel par le conseil constitutionnel, seul habilité à proclamer les résultats des élections et non vos résultats. Pourquoi ce mépris de la volonté du peuple et des dispositions constitutionnelles ?

Mon prédécesseur ignore vraiment l’évolution du monde ! Vous savez, moi, et ce n’est un secret pour personne, je suis ce qu’on appelle un « pro-communauté internationale ». C’est elle qui m’a demandé d’être candidat contre les dispositions constitutionnelles et m’a aidé à imposer ma candidature par la force donc seule la parole de la communauté internationale compte pour moi. Si mon prédécesseur croit à la constitution et au peuple c’est libre à lui, nous sommes dans une république très très démocratique et ma vision est différente.

J.G : C’est peut-être pour cela que la violation massive des droits de l’homme ne vous émeut que lorsque la victime est votre soutien ou bien lorsqu’elle est membre de la communauté internationale ? En tout cas c’est ce qu’indique le dernier rapport d’Amnesty international.

Ne déplaçons pas le débat ! Il s’agit du procès de mon prédécesseur qui a massacré la population pour chercher à se maintenir au pouvoir. Je suis le Président apprécié de tous et reconnu par toute la communauté internationale.

J.G : A l’exception du peuple Gondwanais sans doute? Revenons si vous le permettez Excellence, à tous les moyens utilisés par votre prédécesseur pour se maintenir au pouvoir en massacrant son peuple. La défense estime que le seul moyen préconisé par votre prédécesseur était le recomptage des voix. Comment le fait de recompter des voix peut-il massacrer un peuple ? N’était-il pas plus simple de recompter les voix de ceux qui ont voté que de compter 3000 morts ?

La communauté internationale a estimé que ce serait une injustice que de recompter les voix qui ne pèsent pas lourd dans le monde car elle avait déjà certifié mes résultats. En plus, Il fallait aussi des sacrifices humains pour mes valeureux combattants de la confrérie des  DOZOS et faire du nettoyage pour les rétribuer avec les riches plantations des sacrifiés.

J.G : Le procureur estime que des faits majeurs accusent votre prédécesseur et illustrent le massacre du peuple : les marcheurs pacifiques pour la prise de la RTG (Radiotélévision Gondwanaise), la marche des femmes à ABABA, le massacre de la population du marché d’ABABA, le viol de plusieurs femmes, et le massacre de la population du plus grand quartier de la capitale Gondwanaise : Yapo City. Prenons la marche sur la RTG, la défense estime que des marcheurs étaient armés et donc il s’agit d’une marche non pacifique et qu’il n’est donc pas établi que les morts proviennent des balles des militaires «  pro-souverainistes » surtout qu’ils ne sont pas identifiés et qu’aucune expertise balistique n'a été effectuée et qu'aucun lien n’est établi entre cet évènement et votre prédécesseur.

Parmi les marcheurs il y avait des DOZOS or les DOZOS sont une population toujours armée même quand ils marchent. Peut-on interdire à un informaticien de marcher avec un ordinateur ? Tous les experts en maraboutage ont confirmé que les morts ont été ordonnés par mon prédécesseur. Or la science des marabouts est infaillible dans la République très, très démocratique du Gondwana. Il en est de même des morts d’ABABA et de Yapo City et des femmes violées. Nous sommes prêts à faire témoigner les marabouts si le juge le trouve nécessaire afin qu’ils confirment tous les faits.

J.G : Comment comprendre que les plans contre les marcheurs de la RTG, les femmes d’ABABA soient établis par votre prédécesseur bien longtemps sans qu’il ne sache par avance que ces marches allaient avoir lieu ? Comment comprendre que la vidéo présentée sur la marche des femmes à ABABA soit un film tourné avec du sang de mouton versé sur les acteurs et que l’image présentant les massacres de Yapo City provient du Kenya ?

Je suis le Président choisi par la communauté internationale et le Kenya fait bien partie de la communauté internationale, voyons ! De surcroit, mes marabouts m’ont rassuré que ces massacres relèvent de mon prédécesseur.

Avant la marche des femmes à ABABA, on avait prévu un film à ABABA car j’étais déjà le président élu par la communauté internationale et le cinéma est la priorité de mon programme de gouvernement ; par coïncidence les femmes qui devaient mourir dans le film ont été effectivement tuées dans la réalité par des soldats non identifiés (peut-être de mon camp) peu importe. Mes marabouts m'ont confirmé que c'était sur l'ordre de mon prédécesseur. Alors quand la CPI nous a demandé des images, nous avons donné celles avec le sang de mouton puisqu’on avait le film.

J.G : Votre armée rebelle a fait beaucoup de massacres pendant la période enquêtée par le procureur mais pourtant tous ces massacres sont passés sous silence de surcroît  le dernier rapport d’Amnesty international montre que ces massacres continuent jusqu’aujourd’hui. Pensez-vous juger les auteurs de ces massacres ?

Parmi les victimes il y a ceux relevant des DOZOS, ce sont des sacrifices rituels, ils seront jugés par les Dieux DOZOS. Cela relève du tribunal des dieux Dozos et donc ne relève pas de ma compétence, vous comprenez ? Quant au reste, j’attends évidemment les résultats d’enquête des marabouts qui m’indiqueront en temps et en heure les véritables responsables. Aucun crime ne restera impuni, soyez rassurés !

J.G : son Excellence, une dernière question : votre prédécesseur, dans son intervention lors du dernier jour de l'audience de confirmation ou d'infirmation des charges a eu des mots très forts et je cite "Toute ma vie je me suis battu pour la démocratie…" et "la démocratie c'est aussi la façon dont on annonce les résultats des votes…que les Africains sachent que je suis ici parce que j’ai voulu respecter  la constitution de mon pays" quelle est votre vision sur sa bataille ?

C'est un beau combat, mais moi je me bats pendant ce temps à le mettre en prison. Vous comprenez que lui et moi nous ne menons pas le même combat. Hier, il se battait à travers des marches pacifiques, moi je l'envoyais à la MACA. Aujourd'hui, il se bat pour la démocratie des urnes, moi je l'envoie à la CPI. Il faut que les Gondwanais comprennent une chose tant que je serai au pouvoir le seul endroit où ce Monsieur devra être, c'est la prison. Ces partisans doivent tourner sa page et rentrer dans le jeu électoral.

J.G : Ces partisans estiment qu’il est plus jeune que vous et votre allié principal, donc que c’est  vous qui deviez tourner la page avant lui. Excellence autorisez moi une toute dernière question : Et la réconciliation ?

Vous m'avez dit que c'était votre dernière question. En effet, là où mon prédécesseur se bat pour faire de la réconciliation, moi je me bats pour faire du rattrapage et du nettoyage pour intensifier la réconciliation de nos richesses avec la communauté internationale. Vous voyez que nous ne menons pas le même combat ni n’avions la même vision de la réconciliation.

J.G : Je vous remercie, son excellence, Monsieur le président de la communauté internationale.

                              

Entretien réalisé par  le Dr Cheick DIABATE

Enseignant chercheur

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