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lundi, 22 avril 2013

OUVRIR LES YEUX (2): LE MINISTERE DE L'EDUCATION COMMERCIALE ET TECHNIQUE

 

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Je retourne au pays après quatorze mois d'absence et j'ouvre les yeux. Et, le constat est clair, le président de la république devrait lui aussi ouvrir les yeux pour voir ce que j'ai vu....

Sans doute le président de la république a commis une grave faute en nommant Mme Kandia Camara ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique. Il aurait eu le nez creux s'il en avait fait sa ministre du commerce. Elle aurait sans aucun doute fait une bonne ministre du commerce tant elle déborde d'idées commerciales qu'elle expérimente tous les jours dans nos écoles. D'ailleurs, tout se vend désormais dans nos écoles directement à partir du cabinet de la ministre Kandia Camara, depuis le sachet d'eau glacée jusqu'aux postes de directeurs des écoles primaires, en passant par les visites des conseillers pédagogiques aux instituteurs et les évaluations des inspecteurs de l'enseignement primaire qui permettent de titulariser un instituteur sorti du CAFOP avec un DIS, diplôme d'instituteur stagiaire. Voyage au coeur de la corruption généralisée qui gangrène la société ivoirienne depuis des lustres.

Certes, la corruption est une hydre dont les tentacules se sont irradiées dans toutes les couches sociales de notre pays. Mais il est désolant que, loin d'être endigué, le fléau se raffine, se perfectionne et se généralise sous le nouveau régime. Rien ne semble stopper la progression du mal, pas même l'adoption d'une charte d'éthique et de déontologie librement adoptée par les ministres et allègrement foulée aux pieds quelques jours plus tard, encore moins la mise en place d'un secrétariat national à la bonne gouvernance. Cette institution semble taillée sur mesure juste pour caser un obligé de M. Guillaume Soro, Méité Sindou, qui n'a ni les moyens juridiques, ni politiques et financiers pour lutter véritablement contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

Pour être nommé directeur d'une école primaire, un instituteur doit débourser au moins 200.000 FCFA et les remettre directement à son inspecteur de l'enseignement primaire, IEP. Ce dernier fait ensuite remonter la part du directeur régional, DRENET, qui à son tour fait remonter la part du ministre au cabinet. Chaque année, le directeur d'école doit ensuite entretenir son poste en faisant remonter les cadeaux pour les anniversaires des supérieurs, pour les fêtes de noël, de pâque, de la tabaski, etc. L'instituteur stagiaire, pour être titularisé, doit remettre à son IEP chargé de l'inspecter, un mouton vivant et la somme de 50.000 FCFA. Surtout pas de mouton mort, mais une bête vivante et en bonne santé. Si le candidat n'a pas de quoi payer, le COGES, comité de gestion des écoles, paie en son nom et il doit signer une reconnaissance de dette.

Avec les changements farfelus de méthodologie et de concepts pédagogiques, sans aucune évaluation des méthodes anciennes, si un enseignant demande à être visité par un conseiller pédagogique, ce dernier exige, avant de se déplacer, que l'instituteur lui paie son transport, fixé à 5.000 FCFA. Cet argent est mis dans une enveloppe puis remis au conseiller, aussitôt la séance de travail terminée. S'il n'y a pas d'argent, le conseiller ne se déplace point. Il se contente de remplir les papiers qui prouvent qu'il a effectué son boulot! C'est une vaste opération de corruption, un vaste chantier où la machine à corrompre, fortement huilée, tourne à plein régime. Mais la mesquinerie de ces messieurs et dames frise la sorcellerie. Ils vont jusqu'à exiger leur part dans les 200 FCFA que les instituteurs perçoivent pour les heures de cours de renforcement librement dispensés par eux pendant leur temps légitime de repos. Leur IEP exige sa part de ces broutilles! Toute la chaîne de commandement doit être entretenue et huilée.

Mais Kandia décroche la palme d'or. Toute la Côte d'Ivoire reconnaît, unanimement, qu'elle est incompétente pour présider aux destinées de notre école agonisante. Pendant que le peuple réclamait son départ dans le sillage du dégommage d'Ahoussou Kouadio, M. Ouattara a dérouté tout le monde en la promouvant ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique. La belle promotion pour récompenser l'incompétence! Elle fait partie de la race des intouchables de cette nouvelle Côte d'Ivoire avec MM. Cissé Bacongo, Adama Toungara et Ahmed Bakayoko. Quels que soient leur irrespect pour la charte d'éthique et de déontologie des membres du gouvernement, l'ampleur des tourbillons, l'étendue de leur incompétence ou de leurs surfacturations, ils sont assurés d'office de conserver leurs postes respectifs au nom de la loyauté du président envers eux. Mais le président ne devrait avoir de loyauté que devant le peuple de Côte d'Ivoire qui l'a élu. Si cette loyauté fondamentale venait à entrer en conflit avec sa loyauté envers certains de ses lieutenants, il devrait avoir le courage d'en tirer toutes les conséquences en les démettant, car les intérêts de quelques individus ne devraient pas primer sur ceux de la nation. Pour rien au monde.

Kandia Camara va jusqu'à vendre directement aux écoles de Côte d'Ivoire, des sachets d'eau! Elle les livre directement depuis son cabinet ministériel aux écoles au coût de 15 f le sachet et leur ordonne de les revendre aux élèves à 25 f. Tout autre sachet d'eau est interdit. À ce monopole de la vente d'eau glacée aux abords des écoles, elle ajoute celui des sachets transparents vendus directement aussi aux vendeuses de nourriture depuis son cabinet. L'argument est ingénieux: elle interdit que les beignets et autres soient vendus dans les emballages papiers qui ne seraient pas hygiéniques et impose que seuls ses sachets en plastique transparent soient utilisés comme emballages des denrées alimentaires vendues devant nos écoles. C'est la meilleure façon de vendre au maximum son propre produit, de conserver son monopole commercial tant que l'on garde son fauteuil de ministre! Ensuite, chaque vendeuse qui désire s'installer devant une école devra lui payer 5.000 FCFA de caution par année scolaire. La machine de l'éducation commerciale est lancée à vive allure et rien ne pourra plus l'arrêter.

Pour les instituteurs qui enseignent une classe de CM2, leurs primes d'études surveillées, soit 120.000 FCFA par an, ne sont payées que si l'intéressé mouille la barbe à son directeur d'école, puis à son IEP, avant que son dossier ne soit visé et approuvé. Ensuite, il faut mouiller celle des agents du trésor avant que les 120.000 f ne soient payés avec 2 ans de retard! De plus, les instituteurs qui sont sortis des CAFOP depuis 2 ans sont toujours sans numéros matricules et sans salaire naturellement. Ils travaillent comme des forçats sans le moindre sou depuis tout ce temps et tant pis si la maladie et la misère les achèvent avant que leur hypothétique rappel de salaire ne soit payé. Mais la preuve a été faite par quatre que la ministre est folle des espèces sonnantes et trébuchantes. On a tous vu que, pour son baptême du feu, elle a signé en catimini un accord avec son collègue ministre RDR, sans le moindre appel d'offres, pour faire inscrire tous les élèves de Côte d'Ivoire, du primaire au secondaire, via la CELPAID. Cette inscription en ligne porte sur plusieurs milliards de f CFA chaque année et les termes de l'accord sont aussi opaques qu'un rocher. Nul ne sait précisément ce que chacun des deux ministres gagne dans cette transaction derrière les rideaux mais M. Ouattara a décidé, contre vents et marées, de faire la promotion de monsieur et madame Camara. Il est vrai que leur bien-être familial est au-dessus de l'intérêt de la Côte d'Ivoire aux yeux du président qui estime qu'il est au palais grâce à des gens comme Kandia Camara, et non grâce aux Ivoiriens qui ont voté pour lui. Mais, s'il ne rectifie le tir maintenant, il rendra compte à ses électeurs en 2015. Il ne pourra alors guère se désolidariser de la gestion scabreuse de ses ministres intouchables qui volent de promotion en promotion, et qui cumulent les postes nominatifs et électifs. Ces cumulards sont même plus gloutons que les refondateurs. Hélas! L'argent, sous eux, ne circule plus, tellement il évolue en vase clos. Il est étouffé entre eux, dans des transactions de gré à gré, entre amis et copains, derrière le dos du peuple. Aujourd'hui l'école est totalement bloquée, après les piètres résultats que nous avons connus ces deux dernières années. On devrait donc reculer un peu plus cette année. Kandia n'a évidemment aucune solution à proposer. Cependant, elle attend sa nouvelle promotion sociale et politique de M. Ouattara. À notre détriment.

Pendant ce temps, à Koumassi terminus du 05, la classe de CM1 accueille 126 élèves dont au moins 25 sont assis a même le sol, sur leurs fesses, avec les pieds tendus vers l'avant. Certains d'entre eux sont à 50 centimètres du tableau noir et lèvent haut les yeux pour lire. Ils sont dans cette posture inhumaine pour toute l'année scolaire au moins. Et pour l'année prochaine lorsqu'ils seront au CM2. Demandez à ces mômes, dans ces conditions, d'être des génies! Pendant ce temps, l'éducation commerciale fonctionne à plein régime, avec 92 élèves dans la classe de CP1. Surtout pas de bruit, Kandia prépare l'éducation de l'élite de demain.


Dr Famahan SAMAKÉ


Source: LEBANCO.NET

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